00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Notre grande invitée a du flair, elle signe une comédie sur MeToo, dans le monde du spectacle, du chant, plus
00:10exactement de l'opéra.
00:12Ce film, c'est l'objet du délit, présenté au Festival de Cannes.
00:15La réalisatrice et comédienne Agnès Jaoui est avec nous, bonsoir.
00:19Bonsoir.
00:20Alors avant tout, on pose le décor, c'est l'histoire d'un opéra en plein air qui se monte,
00:24ce sont les Noces de Figaro de Mozart, et c'est le bazar, manque d'argent chronique,
00:30artiste pistonné par le mécène, élément de décor qui n'arrive pas ou qui se casse.
00:34Ça j'imagine que vous l'avez vécu, c'est un joyeux chahut habituel ?
00:38Tout est vécu, tout est vrai dans le film.
00:40C'est ça, donc c'est le bazar, c'est la règle.
00:42La mise en scène est confiée à une jeune femme jolie et très inexpérimentée.
00:47Un des rôles principaux revient donc à la fille du principal mécène.
00:51Là on pourrait se dire, rien n'a changé au fil des décennies.
00:54Il y a aussi quand même un personnage que joue Ayedara, qui est un vrai talent, elle.
01:00Qui joue le rôle de chérubin et qui est noir, ce qui surprend encore certains de ses collègues.
01:04Hélas oui, hélas.
01:07Et c'est sans doute celle qui a le plus mérité sa place, on peut le dire.
01:10Certainement oui.
01:10Alors vous jouez une cantatrice de renom,
01:13Daniel Auteuil, le chef d'orchestre qui est aussi votre ex-amant,
01:17on précise, tant le film,
01:18et un ténor italien caractériel, et pas du tout politiquement correct ?
01:22Non pas du tout, on peut le dire.
01:24Et on peut dire qu'il est bariton.
01:25Mais je ne sais pas pourquoi tout le monde dit ténor.
01:28D'accord.
01:29Ça n'a aucune importance.
01:30Excusez-moi.
01:30Si, ça a une certaine importance.
01:32Le décor est posé, il va donc y avoir un incident MeToo
01:35qui remet en question le spectacle.
01:37On écoute un extrait.
01:38Je me stresse.
01:39J'aime pas quand même une touche.
01:41C'est-à-dire ?
01:42Non, rien.
01:43Si, vas-y.
01:44C'est la situation aussi.
01:46A Cressé ?
01:47Ça ne m'étonne pas de lui.
01:48Ah bah voilà.
01:49Non mais on ne peut pas continuer comme ça, il faut qu'il soit remplacé, c'est tout.
01:52Il y en a quelques jours de la première.
01:53Moi, j'ai les yeux fixés sur mon conducteur.
01:56Donc, je n'ai rien vu.
01:57Ça ne s'agit pas de toi, Igor.
01:58Tu as quelque chose à trop penser ?
02:00Non, non, non, pas du tout, non.
02:02Non, enfin.
02:06Et ce qui est passionnant, c'est que vous traitez ce sujet
02:09sous l'angle du choc des générations, en quelque sorte.
02:12Oui, du choc des générations.
02:13Parce qu'effectivement, on voit bien qu'il y a certaines plus anciennes féministes
02:19qui n'ont pas exactement le même point de vue
02:21que des jeunes, des plus jeunes, plus radicales.
02:24Et puis, même si, bon, il peut y avoir pas seulement un choc des générations.
02:29Chez les jeunes aussi, il y a des différences.
02:31Il y a des différences.
02:32Mais effectivement, oui, ça parle entre autres de ça.
02:34C'est vrai que les jeunes femmes de la génération Z se retrouvent sur cette intransigeance, notamment.
02:40Et ce qui est intéressant, c'est que tout le monde n'a pas raison,
02:43mais tout le monde a des raisons d'agir et de se positionner comme ils se positionnent.
02:49Oui, j'ai essayé de me mettre dans la peau de tous les personnages.
02:54D'abord, parce que c'est toujours intéressant pour comprendre pourquoi ils agissent ainsi,
02:58parce que personne ne se lève le matin en disant
03:00je vais être méchant, injuste et abjecte, donc voilà.
03:03C'est parce qu'il est là.
03:04Et puis, parce que aussi, j'avoue que parfois je trouve les jeunes femmes trop radicales
03:13et parfois je trouve génial qu'elles soient trop radicales.
03:15Et que pour que la situation des femmes, les droits des femmes avancent vraiment
03:19et de manière pérenne, il y a un moment où c'est vrai qu'on ne sait plus quoi faire.
03:23Parce qu'on peut dire que ça résiste, puisque justement c'est mis en perspective
03:27avec cet opéra du XVIIIe et on voit que les problématiques étaient les mêmes en fait.
03:31Alors tous les points de vue tranchés s'expriment,
03:34et bizarrement ça donne de la nuance en fait.
03:37Alors voilà, et surtout ça ne donne pas simplement les uns contre les autres,
03:42enfin une possibilité, voilà, si on dit qu'on est pour la présomption d'innocence,
03:46on a l'impression d'être un traître tout de suite auprès de certaines féministes,
03:51et puis ça y est, il n'y a plus de discussion possible.
03:54Et c'est vrai que j'aimerais bien qu'on puisse discuter et lutter ensemble
03:58plutôt que se dresser les unes contre les autres
04:02pendant que les vraies menaces, elles, sont bien là.
04:05Même si les points de vue sont différents,
04:07vous semblez effectivement comprendre l'hypervigilance des jeunes femmes
04:11et le rejet du patriarcat en fait.
04:15Ah ben je le comprends, puis j'en suis ravie,
04:17puisque moi ça fait plutôt 30 ans que je suis féministe,
04:22mais avec très peu de femmes,
04:23et que c'était complètement ringard,
04:25et quand je parlais à des jeunes étudiants et étudiantes,
04:27ils me disaient, ben non mais il n'y a plus de problème, c'est quoi ?
04:30Ils ont du mal à me croire les jeunes d'aujourd'hui,
04:32mais alors vraiment pendant des années,
04:35c'était, ça n'avait plus de sens d'être féministe,
04:38c'était la ringardise absolue.
04:40Alors vous jouez une femme assez dure dans le film,
04:44vous maltraitez la jeune metteur en scène
04:46en se moquant de sa voix, en se moquant de ses choix.
04:49Alors il faut dire qu'elle a des idées un petit peu saugrenues,
04:51comme par exemple de faire venir des grands phallus sur la scène.
04:56Oui, mais enfin finalement, moi je trouve que c'est plutôt une bonne idée,
04:58mais c'est vrai qu'au départ, je ne vois pas très bien où elle veut en venir,
05:02et puis c'est vrai que le personnage tacle sa contradiction
05:07d'avoir tout un vocabulaire très post-MeToo justement,
05:13et par contre dans l'attitude d'être complètement assignée
05:17à la chaîne de petite fille qui parle comme ça,
05:19pour en servir tout le monde, avec des minijupes et compagnie.
05:22Mais des contradictions, on en a tous et toutes.
05:25Bien sûr, alors vous aussi, vous n'accordez pas beaucoup de temps et d'intérêt
05:28à votre frère compositeur qui vous supplie d'écouter son oratorio,
05:32c'est un peu l'idée d'une génération de femmes
05:34qui s'est battue pour réussir et qui t'est un peu revêche ?
05:40J'avais vu ça avec les intermittents,
05:42déjà quand j'avais pris leur défense et une autre, enfin bon bref,
05:46que je me souviens d'acteurs que j'admirais beaucoup,
05:49comme Rochefort, Marielle, etc.,
05:51qui nous regardaient un peu outrés,
05:54parce qu'effectivement ils avaient réussi sans ça,
05:57et donc ils ne comprenaient pas très bien nos revendications.
06:00Et je crois qu'il y a effectivement toute une génération de femmes
06:02qui a réussi sans ça,
06:06sans aussi...
06:06Sans le combat, vous voulez dire féministe ?
06:07Sans ce combat, enfin pas celui-là en tout cas.
06:10Et pas ceux-là, et qui du coup,
06:13s'en étant sorties, sans avoir besoin de tout ça,
06:17est peut-être un peu moins tendre avec les jeunes générations.
06:20Et même accusées parfois d'une certaine complaisance.
06:24Oui, mais ça, c'est le moment où, alors pour le coup,
06:27je me désolidarise totalement,
06:29puisque c'est tout de suite, immédiatement,
06:32encore une fois, une violence encore plus grande
06:34vis-à-vis de leurs consœurs que vis-à-vis, je le répète,
06:37des masculinistes, mais on voit ça dans la gauche,
06:40enfin voilà, en ce moment,
06:42où ils se combattent plus qu'ils combattent la montée de l'extrême droite.
06:46Donc j'ai du mal à comprendre dans ce cas-là.
06:48Alors, dans le film, un homme est donc mis en cause par des femmes,
06:51et il devient radioactif.
06:53Sa participation à des spectacles est menacée.
06:56Évidemment, ça nous fait penser à Patrick Bruel,
06:58accusé d'agression sexuelle ou de viol sur 30 femmes.
07:01Un festival suisse a d'ailleurs annulé aujourd'hui même un de ses concerts.
07:05Ça vous paraît inévitable, ces annulations,
07:07ou c'est plutôt dangereux, en fait ?
07:10Alors, le cadre de Bruel, de ce que j'en sais,
07:14est extrêmement différent du cadre du film.
07:17C'est vrai, mais comme il y a ces conséquences, c'est pour ça que...
07:22Oui, oui, bien sûr, mais c'est deux choses différentes.
07:26Moi, je parle aussi des gens qui sont,
07:29où il y a une plainte, un, enfin, on ne sait pas trop quoi,
07:33et puis où, effectivement, la personne est annulée.
07:36Il y en a beaucoup, en fait, il y en a beaucoup que vous ne connaissez pas,
07:38parce qu'ils ne sont pas médiatisés,
07:39mais il y en a eu beaucoup, il y en a beaucoup dans le monde du théâtre,
07:42un peu, pas beaucoup dans le monde de l'opéra,
07:44et beaucoup aussi, enfin bref, et on ne le sait pas,
07:48mais aussi des auteurs, aussi des directeurs de théâtre, etc., etc.
07:52Et c'est vrai que du jour au lendemain,
07:54enfin, dans la seconde, leur vie est finie,
07:57et des fois, bon, ben voilà, on peut se poser la question.
08:00Le cas de Bruel, je crois, est très différent.
08:03Vous avez donc choisi le milieu de l'opéra,
08:05et ce n'est pas un hasard, vous êtes chanteuse,
08:07vous avez l'amour du chant,
08:09et vous, vous êtes fait plaisir.
08:11Quel est le rôle de Mozart dans le film ?
08:15C'est Mozart, mais c'est surtout cette pièce,
08:18les notes de Figaro, tirée du mariage de Figaro, de Beaumarchais,
08:21qui est complètement révolutionnaire comme pièce,
08:25et d'ailleurs qui a été censurée,
08:26et je crois savoir que c'est la reine qui a demandé finalement à ce qu'on voit,
08:33et qui a finalement fini la tête tranchée,
08:35parce qu'il ne dit pas seulement que le droit de cuissage est inadmissible,
08:40il dit aussi à un moment, Figaro dit à son maître aristocrate,
08:44mais vous ne vous êtes donné que la peine de naître.
08:47Et ça, c'est assez révolutionnaire à cette époque.
08:51Je ne sais pas si vous le saviez,
08:52mais Daniel Auteuil rêvait de mener à la baguette un orchestre.
08:58Non, je ne le savais pas avant de...
09:01Non, non, pas du tout.
09:02Vous avez réalisé son rêve ?
09:03Tant mieux.
09:04Et c'est une belle complicité aussi dans le film, tous les deux.
09:07On ne peut s'empêcher de penser à celle que vous aviez avec Jean-Pierre Bacry,
09:11à qui vous dédiez le film.
09:12C'est la première fois que vous écrivez sans lui.
09:15Est-ce qu'il vous est arrivé de vous demander
09:17comment il aurait dit cette chose-là ?
09:19Comment il aurait écrite ? Quel retour il aurait fait ?
09:21Peut-être pas dans ses termes,
09:23mais par contre, il est présent évidemment à chaque instant.
09:28L'objet du délit, c'est donc dans les salles mercredi prochain.
09:33Et vous avez un casting de rêve,
09:34j'ai l'impression que personne ne vous dit non.
09:35Et j'ai adoré.
09:36Je ne le dis jamais, mais là je le dis.
09:37C'est drôle, c'est intelligent.
09:40Enfin voilà, on adore.
09:41Merci.
09:42Vous restez avec nous pour la petite bande d'RTL soir ?
09:44Avec plaisir.
09:45Alors au programme, la tentation du soir,
09:47c'est la BD du mois qui nous emmène au Groenland.
09:49Le petit phénomène, ça va vous plaire Agnès ?
09:51C'est la folie des chorales.
09:53Et puis l'info qu'on a failli manquer,
09:54c'est une nouvelle pièce en or lancée par la monnaie de Paris.
09:58Il y avait les Louis d'or,
09:59là ce sont les Mariannes d'or.
10:00A tout de suite.
10:08C'est RTL.
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