00:01Anne-Sophie Lapix, RTL Soir.
00:03Le grand invité d'RTL Soir est un immense acteur français.
00:07Pierre Arditi est avec nous alors qu'il s'apprête à jouer dans une semaine une pièce écrite pour lui.
00:12Je me souviendrai de presque tout d'Alexis Macart.
00:15Bonsoir Pierre Arditi.
00:16Bonsoir Anne-Sophie.
00:17Vous jouez un comédien père et grand-père qui débarque chez son fils,
00:20incarné par Nicolas Briançon, ce qui veut dire que vous l'avez vu très très jeune quand même.
00:24Et puis il débarque après des années sans donner de nouvelles.
00:27Son fils est un écrivain raté et il va lui demander d'écrire sa propre biographie.
00:31Ce n'est pas idiot, ça va permettre de raconter en fait l'histoire de ces deux hommes,
00:36leur parcours, leurs antécédents.
00:37Oui, c'est un rapport père-fils et petit-fils d'ailleurs, puisque lui c'est le grand-père.
00:44La pièce est belle parce que c'est une comédie douce amère.
00:48On va appeler ça comme ça, il y a des choses très drôles.
00:50Et puis tout d'un coup ça bascule dans quelque chose qui...
00:54Un conte qui règle, mais c'est autre chose qu'un conte.
00:56C'est leur rapport, c'est la vie.
00:58Cette vie, effectivement le fils est un écrivain sinon raté en tout cas,
01:03qui n'a pas réussi et le père est une gloire de l'art dramatique
01:08qui revient au fond, le prétexte est qu'il vient de chercher pour écrire ses mémoires.
01:14En fait, il vient parce qu'il a envie de le revoir et il a envie que tout ça se tasse.
01:19Il y en a pour tous les goûts.
01:22D'abord, les gens vont beaucoup se retrouver sur le rapport père-fils.
01:25Ça parle à tout le monde ça.
01:27Moi aussi j'ai eu des problèmes.
01:29Un comédien qui réussit, c'est forcément un mauvais père ou... ?
01:32C'est pas forcément un mauvais père, mais c'est pas commode d'être père.
01:35Être père, comme dit la pièce, c'est impossible.
01:39Ça se construit sur rien, c'est basé sur rien.
01:42Il faut tout le temps revisiter son rôle, c'est compliqué.
01:46Non, quand j'étais...
01:48Enfin, je suis toujours père d'ailleurs.
01:49Enfin, maintenant il y a prescription.
01:51Mais j'étais en train de me fabriquer moi-même comme acteur avec ma première femme.
01:55Donc le petit, il a été beaucoup baladé chez ses grands-parents.
01:58Oui, et quand on a les projecteurs sur soi, quand on est sur une scène tous les soirs,
02:03et qu'on rentre chez soi et qu'on n'est plus forcément...
02:04On devient un père.
02:06Est-ce que c'est facile justement de prendre un rôle différent
02:08et de se mettre peut-être au service de l'enfant ?
02:11Je n'ai pas connu ça avec mon fils, parce que je ne l'ai pas connu.
02:16Mais j'ai connu ça avec la fille de ma femme, Evelyne.
02:20Salomé Lelouch, parce que je l'ai pratiquement élevé.
02:24Mais j'étais déjà plus âgé, donc c'était plus facile de gérer
02:27pour employer ce verbe que je déteste.
02:30Le rapport avec la petite, c'était délicieux d'ailleurs.
02:33C'était merveilleux.
02:34Dans ces cas-là, vous n'avez que des avantages,
02:36aucun des inconvénients du père à part entière.
02:40Il y a un comédien que vous considérez comme un père spirituel ?
02:44Un comédien ?
02:45Oui.
02:47Il y en a plusieurs.
02:49Il y a Jean Poiré, parce que je l'adore.
02:52Il m'a appris à mentir en scène.
02:54C'est une qualité précieuse pour un acteur.
02:57Et puis, il y en a qui ont disparu.
03:01Pierre Brasseur, par exemple.
03:02Ou Claude Riche.
03:04Claude Riche, c'est à cause ou grâce à lui
03:06que j'ai eu envie d'être un acteur dans la vie.
03:08J'avais vu dans une pièce qui s'appelait
03:09Victoire où les enfants ont pouvoir.
03:11Il était génial.
03:12Et je me suis dit, je veux faire ça.
03:14Je n'avais pas 18 ans.
03:16Vous dites que Jean Poiré vous a appris à mentir dans la pièce.
03:19Justement, il y a une seule règle qui est fixée par le fils.
03:21C'est ne pas mentir.
03:22Ce qui est absolument impossible pour votre personnage.
03:25Parce qu'il a l'habitude d'améliorer la vie, en fait.
03:28De rendre les choses plus belles.
03:29Et donc, de mentir un peu aux entournures.
03:31Mais il ment d'une manière professionnelle,
03:34comme je mens d'une manière professionnelle.
03:36Parce que ma vie a raconté des histoires
03:38qui ont l'air vraies.
03:39Et qui, en fait, sont fausses.
03:41Mais peu importe.
03:42L'essentiel, c'est que les gens croient que c'est vrai.
03:43Et ça donne des dialogues extrêmement piquants.
03:46Parfois un peu méchants.
03:47Il y a tout.
03:48Il y a de tout.
03:49Il y a un affrontement.
03:50Et en même temps, il y a une tendresse
03:51qui se balade à l'intérieur de ça.
03:55Vraiment, je ne connaissais pas cet auteur.
03:57Qui est un jeune auteur.
03:58Alexis Macard.
03:58Alexis Macard.
04:00Et je suis très heureux d'avoir accepté.
04:02Là, on est en train de faire des dernières répétitions.
04:05Et on prend un plaisir fou
04:06avec mon copain Nicolas Briançon,
04:07que j'adore aussi.
04:08Alors, le titre de la pièce,
04:09c'est donc Je me souviendrai de presque tout.
04:11Alors, vous, en l'occurrence,
04:12vous n'avez pas de problème pour vous souvenir
04:13de quoi que ce soit.
04:15Vous enchaînez les pièces, les films,
04:16les téléfilms depuis toujours.
04:17Vous avez fait une pause
04:18après votre malaise sur scène il y a deux ans.
04:20Elle a été de courte durée.
04:22Vous aviez dit
04:22« Oui, je ne viendrai que deux fois par semaine sur scène. »
04:25Bon, là, j'ai regardé.
04:26On peut vous voir du mercredi au samedi.
04:29C'est bien ça ?
04:30Du mercredi au dimanche.
04:31Au dimanche même.
04:32Oui, j'ai le plus dimanche.
04:33Ça fait cinq fois par semaine.
04:34Vous êtes vraiment un drogué de la scène, en fait.
04:37C'est ma vie.
04:38C'est la vie que j'ai choisie.
04:39Alors, qu'est-ce que je vous le dis ?
04:40Après, on me dit
04:41« Mais vous n'arrêtez jamais. »
04:42Je vais avoir toute la mort pour m'arrêter.
04:44L'heure n'est pas venue.
04:45L'heure n'est pas venue.
04:47On a cru qu'elle venait,
04:48mais elle n'est pas venue.
04:49Je suis plus fort qu'elle pour le moment.
04:51Il ne faut pas faire trop de pause,
04:52sinon on se ramollit.
04:53On n'est pas...
04:54Non, c'est-à-dire que je ralentis un petit peu quand même,
04:56parce qu'avant, j'ai beaucoup joué, tourné, répété,
04:59tout ça en même temps.
05:00Bon, maintenant, ou je joue, ou je tourne,
05:02mais je fais rarement les deux en même temps.
05:04Mais non, quand je joue, je me repose.
05:08C'est quand je ne joue pas que je ne me repose pas,
05:12je m'ennuie, en fait.
05:13C'est fascinant, ça, de se dire,
05:14que vous vous reposez en jouant.
05:16Comment toutes ces choses peuvent rester dans votre...
05:19Parce qu'encore une fois,
05:20c'est quand j'entre en scène,
05:22c'est pour ça que je suis fait,
05:23je suis né pour faire ça.
05:25Alors, d'ailleurs,
05:27quand il dit « je me rappelle »,
05:28je me souviendrai de presque tout,
05:33ce n'est pas parce qu'il est Elzheimer,
05:34pas du tout,
05:35c'est parce qu'il se souvient des choses
05:37dont il veut bien se souvenir
05:39et les autres, il les laisse de côté.
05:40Je suis un peu fabriqué comme ça.
05:42Vous êtes aussi un drogué de l'actu ?
05:44Non ?
05:45Oui, si, mais enfin,
05:47en ce moment, il n'y a pas de quoi rigoler.
05:48Justement, vous êtes attentif à la politique depuis toujours.
05:51Nous avons un nouveau Premier ministre depuis deux jours,
05:53Sébastien Lecornu.
05:54C'est un ministre que vous aviez remarqué ?
05:56Non, mais je ne fais pas contrairement
06:00un certain nombre d'hommes et de femmes politiques
06:04qui, vous savez, la réponse est non,
06:07quelle est la question ?
06:08Bon, alors, je ne suis pas fait comme ça,
06:10donc je lui ferai plutôt confiance pour le moment.
06:12On comprend bien que, compte tenu de la colère
06:16et de l'errance d'un certain nombre de catégories
06:20de gens qui vivent dans notre pays aujourd'hui,
06:23on peut comprendre qu'on a besoin
06:25que les choses bougent, elles évoluent
06:26et qu'elles aillent dans un sens peut-être plus social.
06:29Voilà, je le crois.
06:30Mais pourquoi ce Premier ministre n'irait pas là-dessus ?
06:33D'ailleurs, à mon avis, il est intelligent
06:35et à mon avis, il va y aller.
06:37Il va y aller, oui, mais...
06:39Pas de droite ou pas.
06:41Si vous voulez, moi, personnellement,
06:42vous connaissez ma sensibilité politique.
06:45Elle est encore...
06:47Elle est moins intacte,
06:49mais je veux continuer de croire que tout ça,
06:51et en particulier mon camp, comme on dit,
06:54évoluera et changera.
06:56Ce que je ne comprends pas aujourd'hui,
06:58c'est comment toute cette classe politique,
07:02quelle que soit sa sensibilité,
07:04n'arrive pas à se mettre d'accord
07:06au minimum sur trois ou quatre choses
07:09dont tout le monde dit qu'elles doivent changer.
07:11C'est pas...
07:12Ça peut être un compromis,
07:14mais pas une compromission.
07:16Pourquoi ?
07:16Ils font tous le même diagnostic.
07:18Vous savez, je suis effectivement...
07:19Je suis un malade de ça,
07:20je regarde ça toute la journée.
07:21Bon, je les entends.
07:23Il n'y en a pas un qui...
07:24Ils disent tous la même chose.
07:25Ils ne sont pas d'accord sur l'ordonnance,
07:27mais écoutez, peut-être faut-il faire un effort
07:29pour qu'au moins, sur des choses essentielles,
07:32momentanément, on se mette d'accord
07:34quand le pays ira mieux,
07:36ils reprendront chacun leur autonomie.
07:38Et taxer les riches ?
07:39Ça peut être taxer un peu plus les riches ?
07:41C'est la solution pour retrouver un équilibre
07:43qui calme les colères à gauche, c'est ça ?
07:45Non, ça n'est pas la seule,
07:46mais honnêtement,
07:48quand on dit qu'on commence à taxer les gens
07:50à partir de 100 millions d'euros,
07:52honnêtement,
07:53c'est normal.
07:57Moi, je ne gagne pas cette somme-là,
07:59ils s'en foutent de beaucoup,
08:00mais si on me demande de payer un peu plus d'impôts,
08:02parce que je gagne honorablement ma vie,
08:04il est évident que je serai d'accord.
08:06Alors, il ne faut pas demander ça
08:07à des gens qui n'arrivent même pas
08:08à boucler les fins de mois.
08:09Bien entendu, c'est infaisable, ça.
08:12Il y a beaucoup trop de gens,
08:13il y a 12 millions de pauvres dans notre pays,
08:15c'est quand même gratiné.
08:16Bon, donc on ne peut pas leur demander ça à eux,
08:18mais les autres,
08:20enfin, il y a un certain nombre d'entre nous,
08:22c'est la moindre des choses,
08:23on ne le fait pas pour...
08:24On le fait pour le pays.
08:26C'est important, le pays, vous savez.
08:27C'est très important.
08:28Je ne pensais pas tout à fait comme ça
08:30quand j'étais beaucoup plus jeune,
08:32maintenant, étant beaucoup plus âgé.
08:33Vous avez cette salle.
08:34Je le crois.
08:35Je crois à notre pays,
08:36donc je n'ai pas envie de lui tourner le dos.
08:37Vous avez souvent soutenu les politiques de gauche,
08:40essentiellement à la présidentielle,
08:41vous avez soutenu Emmanuel Macron aussi.
08:43Oui.
08:43Quel est celui qui vous a le moins déçu ?
08:47Le moins déçu, je ne sais pas si je peux dire ça.
08:49Le plus peut-être.
08:51Celui qui m'a le plus impressionné,
08:53c'est François Mitterrand.
08:54Et Charles de Gaulle,
08:56que j'ai vu et entendu,
08:58j'étais très jeune.
08:59Vous avez rencontré Charles de Gaulle.
09:00Je ne l'ai pas rencontré, je l'ai vu.
09:01Vous avez entendu, d'accord.
09:02Je n'ai pas eu la chance de le rencontrer.
09:04Même maintenant,
09:05quand je revois un certain nombre de ses discours,
09:06comme ça, c'est une pointure.
09:09Aujourd'hui, il y a beaucoup de gens
09:11pour lesquels ce costume-là est beaucoup trop large.
09:13Mais Mitterrand, oui.
09:15Mitterrand est resté gravé.
09:18J'ai aimé cet homme-là.
09:19Après, on peut dire tout ce qu'on veut.
09:20On n'est pas obligé de faire comme moi.
09:22Je n'ai pas de leçon de mort à la donner,
09:24mais cet homme-là reste gravé dans ma mémoire.
09:26Merci beaucoup, Pierre Arditi.
09:27C'est moi.
09:28Ça m'a fait plaisir de vous revoir.
09:29C'est un moment qu'on ne s'est pas venu.
09:30C'est vrai, ça faisait très longtemps.
09:31Ça vous va très bien, Dénéry.
09:33Merci, c'est gentil.
09:33Je me souviendrai de presque tout d'Alexis Macart
09:36avec Nicolas Briançon et Mickaël Van Der Linden aussi.
09:39C'est à partir de jeudi prochain au Théâtre Montparnasse.
09:42C'est donc du mercredi au dimanche.
09:44Oui, c'est comme ça.
09:45Merci beaucoup.
09:46Merci à vous.
09:47Dans un instant, dans RTL Soir,
09:48Florian Gazan nous révèle les derniers rebondissements
09:50de l'affaire du couple illégitime
09:52surpris par une caméra lors d'un concert.
09:54Et puis Laurent Marsic nous propose
09:55de réviser nos fables de La Fontaine
09:57dans un musée immersif.
09:58C'est la tentation du soir.
09:59A tout de suite.
10:01RTL Soir.
10:02Avec Anne-Sophie
10:03Merci.
10:05Merci.
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