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Musique ! Les cours du vendredi par Hélène Valmary, maîtresse de conférences en Études cinématographiques à l'Université de Caen Normandie.
Cette conférence s’interrogera sur ce qu’engage, permet ou contraint le fait pour une actrice ou un acteur de jouer dans un biopic musical. Nous verrons, exemples à l’appui, ce qui caractérise leurs personnages, les trajets et moments de vie, les traits de personnalité sur lesquels ces films choisissent de s’attarder.
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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.
Un lieu, toutes vos envies.
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Cette conférence s’interrogera sur ce qu’engage, permet ou contraint le fait pour une actrice ou un acteur de jouer dans un biopic musical. Nous verrons, exemples à l’appui, ce qui caractérise leurs personnages, les trajets et moments de vie, les traits de personnalité sur lesquels ces films choisissent de s’attarder.
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00:00:00Merci beaucoup Anne, merci comme tu l'as dit au Forum des images de m'avoir donné une nouvelle occasion et un nouvel angle pour réfléchir aux acteurs et aux actrices,
00:00:16puisque je suis là en tant qu'un peu spécialiste des acteurs et des actrices et pas du tout de la musique, je sais pas lire une portée et encore moins chanter juste.
00:00:24Merci à vous d'être ici et d'avoir osé penser qu'un vendredi soir à l'heure de l'apéro, ce que vous aviez peut-être de mieux à faire c'était venir m'écouter, j'espère que vous serez pas trop déçus.
00:00:36Donc sur cette question du biopic musical, histoire de resserrer un petit peu le corpus de films, sachant qu'ils font tous à peu près 2h30, j'ai resserré, sans avoir tout vu comme tu l'as dit,
00:00:50sur les biopics de chanteurs et de chanteuses, un genre qui s'inscrit donc dans le biopic musical et qui a proliféré depuis le début des années 2000.
00:01:01Et ce biopic de chanteurs et de chanteuses a quelques exceptions près, je pense au Maria de Pablo Larraine sur La Calas,
00:01:08mais souvent en scène des chanteurs et chanteuses donc populaires, de country, de rock ou de variété.
00:01:13Il peut se pencher sur la carrière d'un artiste ou d'une artiste depuis sa naissance, on parlera de Tina, de la môme, de Ray, de Dalida ou de Elvis.
00:01:24Il peut aussi s'attarder sur un moment précis de cette carrière, le récent Deliver Me From Nowhere sur l'album Nebraska de Springsteen
00:01:33ou le Complete Unknown, donc le parfait inconnu de James Mangold qui racontait les débuts de Bob Dylan.
00:01:39Il peut aussi, ce biopic, s'attarder plus tôt sur les derniers jours d'un artiste, là je pense aux Last Days de Gus Van Sant.
00:01:48Alors pour situer un petit peu l'endroit d'où on va parler, je vais faire référence à un article, alors c'est un article en anglais,
00:01:55mais comme je suis sympa je vais le traduire, de sociologues américains qui s'appellent Lee Marshall et Isabelle Kantsgaard
00:02:01et qui dans cet article reviennent sur ce qui selon eux a rendu à un moment donné la vie des chanteurs et des chanteuses intéressante pour le cinéma.
00:02:11Et donc ils disent que dans les années 60, il y a un double mouvement qui est apparu dans le monde de la musique.
00:02:15D'un côté un regain d'intérêt pour les traditions musicales comme le folk qui incarnaient une certaine authenticité
00:02:24à la fois dans le vécu qui était raconté dans les chansons et puis aussi dans les origines sociales que les chanteurs et chanteuses partageaient avec leur public.
00:02:34Et en même temps qu'il y avait ce retour du folk, il y a eu une montée d'une musique commerciale, faite plutôt, en tout cas pensée plutôt comme destinée aux jeunes.
00:02:43Et contrairement à la musique folk, cette musique pour les jeunes, ce rock'n'roll pour l'appeler comme ça, lui n'apparaît pas comme, selon moi, comme l'expression d'une communauté
00:02:54mais plutôt comme vraiment l'expression d'un individu et contrairement à la musique folk, ce n'est pas un genre qui vient mettre en avant des valeurs traditionnelles
00:03:02mais au contraire se situe dans la rupture avec les conventions.
00:03:07Et à ce moment-là, les chanteurs et les musiciens commencent à ne plus être perçus comme de simples entertainers ou comme les porte-paroles d'une communauté
00:03:14mais comme des individualités fortes.
00:03:19Voilà ce qu'ils disent, je traduis.
00:03:22À ce moment-là, un type particulier de personnalité rockstar a commencé à émerger, reflétant bon nombre des caractéristiques des bohémiens du XIXe siècle.
00:03:31Défier les conventions, s'adonner de manière excessive au sexe et à la drogue pour ouvrir les doors of perception, celles qui ont donné leur nom au groupe Les Doors, dont on parlera tout à l'heure.
00:03:41Faire preuve d'une sensibilité, d'une fragilité inhabituelle et mépriser ceux qui se vendent.
00:03:48Ce stéréotype bohème est depuis un élément incontournable de la célébrité dans la musique populaire jusqu'aux artistes contemporains comme Amy Winehouse.
00:03:56On est contemporain en 2012, donc on peut élargir un petit peu.
00:04:00Donc de ce double mouvement, à la fois regain d'intérêt pour la musique folk et naissance du rock, va naître une tension qui, selon eux, sera la ligne sur laquelle un grand nombre de ces chanteurs populaires vont se construire comme stars, vont devenir des stars.
00:04:13Une tension entre ce côté bohème et un côté plus romantique.
00:04:17La musique populaire est un mélange délicat, disent-ils, d'élitisme bohème et de populisme romantique.
00:04:25Mais les stars de la pop sont rarement l'un ou l'autre, oscillant plutôt entre ces deux pôles.
00:04:30Les plus grandes stars de la musique populaire, comme Dylan au milieu des années 60 et David Bowie au milieu des années 70, sont celles, ces grandes stars, qui, pendant un court laps de temps au moins, parviennent à concilier ces contradictions.
00:04:46Et à partir de là, la star de la chanson se construit finalement comme la star de cinéma, en tout cas telle que l'a défini celui qui l'a un petit peu théorisé, Richard Dailleur.
00:04:57La star musicale, la star de cinéma, la star tout court peut-être, est ainsi celle qui réconcilie un certain nombre de contradictions ou qui les fait tenir ensemble.
00:05:06Et c'est elle, en effet, qui va intéresser les biopiques filmiques.
00:05:11Quelques exemples, c'est Elvis, qui chante du blues et que l'on prend d'abord pour un chanteur noir, la première fois qu'on l'entend à la radio.
00:05:19C'est Ray Charles, qui chante du gospel, mais à sa façon, une façon qui est jugée par certains comme un peu sacrilège,
00:05:26ou qui est considérée ici par son producteur comme quelqu'un qui a réussi à combiner le R&B et le gospel.
00:05:32C'est Freddie Mercury, qui ambitionne avec son Bohemian Rhapsody de faire un album de rock'n'roll,
00:05:38mais avec l'ampleur de l'opéra et des tragédies grecques, avec la présence d'esprit de Shakespeare et un petit peu de joie débridée du théâtre musical.
00:05:46C'est aussi Victor Tsoy dans Leto, qui ne fait pas du punk ni du rock'n'roll, mais quelque chose qui se situe dans l'entre-deux.
00:05:55C'est Brian Wilson des Beach Boys, que vous pourrez voir tout à l'heure dans Love and Mercy,
00:05:59qui veut inventer plein de choses, mettre des klaxons et des sonnettes de vélo,
00:06:03et réussir à faire des chansons tristes, à faire que même les chansons gays soient tristes.
00:06:09Et puis c'est aussi Tina, qui, enfin séparée de Ike Turner, peut faire autre chose que du blues ou du R&B,
00:06:17et s'essayer, avec succès bien sûr, au rock'n'roll.
00:06:20Certains films d'ailleurs vont se pencher sur ce moment de rupture dans la trajectoire artistique d'un chanteur ou une chanteuse,
00:06:31qui pouvait sembler inscrit dans un genre, celui dans lequel il a connu le succès,
00:06:36et qui va essayer de s'en émanciper.
00:06:38Le film nous racontant aussi les réticences auxquelles ces artistes ont pu se heurter,
00:06:43c'est la tonalité nouvelle du Nebraska de Springsteen,
00:06:46et c'est aussi Bob Dylan passant du folk au rock'n'roll,
00:06:49à la fin du Complete Unknown de James Mangold.
00:06:54Si ces personnages intéressent tant le cinéma,
00:06:56et si performer une star de chanson populaire peut être une telle gageur,
00:07:00on va voir comment ils en parlent pour les acteurs et les actrices,
00:07:03c'est à la fois que la confusion entre star de la chanson et star filmique
00:07:07fait que ces rôles se prêtent à créer des stars de cinéma,
00:07:10d'ailleurs on verra certains d'entre eux ou certains d'entre elles,
00:07:13les runaways dans le film de Floria Zygues-Mondi,
00:07:16ou Elvis dans le film de Lurman,
00:07:18justement installés sur les lettres de Hollywood,
00:07:24donc c'est peut-être pour ça que ce sont devenus des personnages de cinéma,
00:07:28mais également peut-être parce que les enjeux actoraux qui entourent ces performances
00:07:31réactivent un certain nombre de fantasmes sur la relation de l'acteur au rôle,
00:07:37et des fantasmes qui rejoignent finalement peut-être aussi ce qu'on a
00:07:40sur la relation du chanteur avec sa personnalité scénique.
00:07:45Nourrissant tellement un imaginaire de l'acteur et de son personnage,
00:07:48ces rôles se prêtent à la reconnaissance à la fois critique et populaire,
00:07:52puisque comme vous le savez très bien, ce sont ce qu'on appelle des rôles à Oscar,
00:07:55alors il y a ceux qui seront simplement nommés,
00:07:58Joaquin Phoenix, Timothée Chalamet,
00:08:00ou Angela Bassett pour Tina,
00:08:02mais ceux surtout qui vont recevoir ces Oscars,
00:08:04Jimmy Fox pour Ray,
00:08:05Ruth Witherspoon pour Walk the Line,
00:08:07Marion Cotillard pour La Môme,
00:08:08ou Rami Malek pour Bohemian Rhapsody.
00:08:12Alors qu'est-ce qu'on loue dans ces performances d'acteurs et d'actrices ?
00:08:15D'abord on loue leur mimétisme,
00:08:17c'est ce qu'on disait déjà en 1991 à propos de Val Kilmer
00:08:20devenant Jim Morrison dans Les Dorses,
00:08:22donc je vous ai mis un petit échantillon de quelques critiques,
00:08:24il ressuscite à l'écran ce poète déjanté,
00:08:26même physique, la ressemblance est saisissante, même attitude,
00:08:31il est stupéfiant de mimétisme,
00:08:33il offre une interprétation saisissante qui a poussé le mimétisme
00:08:36jusqu'à chanter lui-même les scènes de concert,
00:08:39le résultat est saisissant puisque Val Kilmer est Jim Morrison,
00:08:42poussant le mimétisme jusqu'à en avoir adopté la voix de bariton si caractéristique,
00:08:46c'est plus fort que tout et Val Kilmer dans sa composition du rocker angélique est teigneux,
00:08:52c'est simple, il est, Morrison,
00:08:54Kilmer a beaucoup poussé le mimétisme,
00:08:56il a poussé le mimétisme jusqu'à chanter lui-même
00:08:58et le pire c'est qu'on y croit.
00:09:01Sur Angela Bassett, interprétant Tina,
00:09:04c'est aussi du mimétisme sans faille,
00:09:06porté avec une énergie folle par l'explosive Angela Bassett,
00:09:09elle devient la quasi-jumelle de Tina,
00:09:12et on parle encore de la formidable prestation d'Angela Bassett,
00:09:15le mimétisme avec la rockstar et non pas saisissant cette fois mais sidérant.
00:09:20Jamie Foxx, il ne joue pas Ray Charles,
00:09:22il est Ray Charles jusqu'à l'hallucination
00:09:24et il offre une très mimétique performance.
00:09:29Je ne vais pas en faire 3000 non plus,
00:09:30c'est quelques exemples mais on va sortir un peu des critiques.
00:09:34Il fallait pour incarner Johnny Cash et June Carter,
00:09:39il fallait un sacré acteur, robuste et assez fou pour l'incarner,
00:09:43et c'est Joaquin Phoenix qui est ce prodige,
00:09:44il est Johnny Cash dans le moindre geste,
00:09:46la moindre intonation de voix,
00:09:48mais c'est un film dans lequel aussi la performance de Reese Witherspoon
00:09:51a été beaucoup admirée et commentée,
00:09:54elle est June Carter dans sa gaieté blessée,
00:09:56sa soif d'amour, sa générosité de sœur et d'amante.
00:09:59Le film de James Mangold,
00:10:00c'est la rencontre entre ces deux acteurs habités.
00:10:03Plus vrai que nature, Joaquin Phoenix sera à jamais
00:10:10le légendaire homme en noir.
00:10:13Donc ces critiques, vous voyez un peu le vocabulaire qui revient,
00:10:17elles s'accompagnent aussi d'un discours promotionnel
00:10:21et d'interview des acteurs et des actrices
00:10:23qui viennent rendre compte du dur travail
00:10:26qu'a été pour eux l'interprétation de ce rôle,
00:10:29le travail qu'ils ont fourni pour s'approcher au plus près
00:10:32de la réalité physique, gestuelle, parfois vocale aussi,
00:10:37de celui ou de celle qu'ils ont en charge
00:10:39de transformer en personnages de cinéma.
00:10:43La ressemblance, d'ailleurs le mimétisme,
00:10:46se devenir vraiment chanteur ou chanteuse
00:10:48est souvent introduit par l'adoubement
00:10:50de l'acteur ou l'actrice,
00:10:51soit par les personnes réelles elles-mêmes,
00:10:53c'est Tina Turner à propos d'Angela Bassett,
00:10:56soit par leurs proches qui sont parfois
00:10:58producteurs eux-mêmes des films.
00:11:02Alors un autre film dont on verra un extrait,
00:11:04Contrôle de Anton Corbin sur Ian Curtis,
00:11:08le chanteur de Joy Division,
00:11:10afin de s'imprégner de la gestuelle particulière de Curtis,
00:11:13Sam Riley a passé des heures à danser dans son salon
00:11:16devant des films de concert de Joy Division,
00:11:18il a même brillamment passé l'épreuve
00:11:20devant la veuve du chanteur, Deborah,
00:11:22dont le livre de souvenirs a servi de point de départ
00:11:24au film Contrôle.
00:11:26C'est aussi, peut-être ne le savez-vous pas,
00:11:29mais c'est Ray Charles lui-même
00:11:29qui a fait passer son audition à Jamie Foxx,
00:11:32en tout cas c'est ce qui est raconté
00:11:33dans les interviews,
00:11:35on lui demande qu'est-ce que ça lui a fait
00:11:37de passer cette audition.
00:11:39Alors quand on rencontre son héros,
00:11:40on est déçu, mais pas quand on rencontre Ray Charles.
00:11:43Avec Ray Charles, ce n'est pas le cas.
00:11:44Il était fatigué, il sentait qu'il avait vécu sa vie
00:11:47et qu'il voulait juste s'amuser encore un peu.
00:11:49Alors quand il a serré la main de Jamie Foxx,
00:11:51il a dit, ah c'est bien,
00:11:52tu as les os des doigts très costauds,
00:11:55c'est ça que j'aime.
00:11:56Donc un début de casting sur les os des doigts.
00:11:58Ce rire m'a détendu,
00:12:00il avait gardé intact son enthousiasme d'enfant,
00:12:02nous étions chacun assis face à un piano électrique.
00:12:04Il a commencé avec un morceau de Telonius Monk,
00:12:06très difficile,
00:12:08j'ai fait une fausse note
00:12:08et évidemment ça ne lui a pas échappé.
00:12:11Pourquoi tu l'as joué celle-là ?
00:12:12Et on a enchaîné en jouant beaucoup de blues
00:12:13et puis il m'a dit,
00:12:14this is it,
00:12:15this kid can do it,
00:12:16he's the one.
00:12:17Si tu peux jouer du blues,
00:12:19tu peux jouer toutes les musiques,
00:12:20y compris la mienne.
00:12:22Alors Joaquin Phoenix n'a pas eu la chance
00:12:23de rencontrer Johnny Cash pour le casting,
00:12:26mais il sait,
00:12:27selon Journal du Dimanche,
00:12:28il y a des versions un peu différentes.
00:12:30Lisez l'ouvrage de Yal Sadat
00:12:31chez Capricci sur Joaquin Phoenix,
00:12:34il raconte une autre version.
00:12:36Joaquin Phoenix dut se contenter
00:12:37d'un dîner avec l'artiste
00:12:38quelques mois avant sa mort,
00:12:39en septembre 2003,
00:12:40mais suffisant pour se sentir adoubé.
00:12:43Et c'est donc Tina Turner
00:12:44qui raconte être passée sur le plateau,
00:12:45dire bonjour à Angela,
00:12:47qui interprète son rôle,
00:12:48et lui donner quelques conseils
00:12:49sur sa façon de marcher
00:12:50et de bouger.
00:12:53Et donc les acteuristes racontent
00:12:55le travail qui a été le leur sur le film,
00:12:57la manière dont ils sont devenus,
00:12:59ces chanteurs et ces chanteuses,
00:13:00véhiculant finalement l'idée
00:13:01qu'un acteur, une actrice,
00:13:03doit se fondre,
00:13:04doit se confondre
00:13:05avec son personnage.
00:13:08Angela Bassett dit qu'elle a travaillé dur
00:13:10pour devenir elle,
00:13:11voilà tout,
00:13:12c'était un challenge passionnant
00:13:13qu'aucune comédienne
00:13:14n'aurait pu décemment refuser.
00:13:16On a ce même caractère
00:13:18impérieux de rôle
00:13:19à côté duquel on ne peut pas passer.
00:13:21Quand Val Kilmer,
00:13:22dans le documentaire Val,
00:13:24qui lui est consacré
00:13:25et qui est un montage
00:13:26d'un certain nombre d'images
00:13:27qu'il a lui-même filmé
00:13:28ou fait filmer par ses proches
00:13:29de lui tout au long de sa carrière,
00:13:31il raconte que quand il a su
00:13:32qu'il venait de tourner Top Gun
00:13:35et il cherchait à faire autre chose,
00:13:36qu'il y avait un film des Doors
00:13:39qui était en cours,
00:13:39il n'était absolument pas possible.
00:13:41Not playing Jim was not an option.
00:13:43Ne pas jouer Jim Morrison
00:13:45n'était pas une option
00:13:46et donc il a fait une vidéo
00:13:47dans laquelle il chante
00:13:48lui-même les chansons
00:13:50et il a eu le rôle
00:13:53et il raconte son travail
00:13:54pendant un an sur ce rôle,
00:13:56les vidéos qu'il a regardées,
00:13:58toutes ces gestes
00:13:59qu'il a enregistrées,
00:14:02mémorisées et reproduits
00:14:04et il s'étend un petit peu
00:14:05sur la difficulté
00:14:06que ça a pu être pour lui
00:14:07de porter le même type
00:14:09de pantalon que Jim Morrison.
00:14:10Le challenge pour l'acteur
00:14:12semble résider dans le défi
00:14:14à la fois physique et technique
00:14:15que représente le fait
00:14:16d'interpréter un homme
00:14:18ou une femme de scène
00:14:18qui a existé
00:14:20ou qui existe encore.
00:14:22Parfois la ressemblance
00:14:23entre l'un et l'autre
00:14:24n'est pas évidente
00:14:25et un travail physique,
00:14:26voire un travail de maquillage,
00:14:27de prothèse est nécessaire
00:14:29et fera partie parfois
00:14:32de la promotion.
00:14:33Ce sont les montages vidéo,
00:14:34les photos qu'on a pu avoir
00:14:36en ligne pour montrer
00:14:38le travail de maquillage
00:14:39enduré par la mannequin
00:14:40Sveva Alviti
00:14:41pour que son visage
00:14:42se rapproche
00:14:43de celui de Dalida.
00:14:45Ce sont aussi
00:14:46les cinq heures
00:14:47de maquillage quotidien
00:14:48que pouvait faire Marion Cotillard
00:14:51parce qu'elle dormait
00:14:51pendant ce temps-là
00:14:52et aussi ce crâne en latex
00:14:54qu'on lui avait mis
00:14:54sur le crâne
00:14:56pour incarner Edith Piaf
00:14:57dans la dernière partie
00:14:58de sa vie.
00:14:59On sait aussi
00:15:00les cours de guitare
00:15:01qu'a suivi Joaquin Phoenix
00:15:02pour incarner Johnny Cash
00:15:05ou les cours de chant
00:15:05et de guitare
00:15:06qu'a suivi Reese Witherspoon
00:15:08pour Walk the Line
00:15:09film dans lequel
00:15:10tous les deux
00:15:10interprètent eux-mêmes
00:15:11chantent et jouent
00:15:13à la guitare
00:15:13les différentes chansons.
00:15:15On sait aussi
00:15:16que Jamie Fox
00:15:17s'il ne chante pas
00:15:18dans Ray
00:15:18joue bien au piano
00:15:20et c'est quelque chose
00:15:21que semble vouloir
00:15:22nous dire
00:15:23l'apparition de son nom
00:15:25en tout cas
00:15:26au générique de début
00:15:27puisque son nom arrive
00:15:28sur ses mains
00:15:29qui sont en train
00:15:30de jouer du piano
00:15:32avant qu'un second plan
00:15:33annonce le titre du film
00:15:36Ray
00:15:36sur le visage
00:15:37de Jamie Fox
00:15:38en même temps
00:15:38que ses lunettes noires
00:15:39reflètent les mains
00:15:40toujours en train
00:15:41de voler sur les touches
00:15:42Jamie Fox
00:15:43et ses mains
00:15:44ne font vraiment qu'un
00:15:45avec Ray Charles.
00:15:47L'investissement
00:15:48des acteurs
00:15:48sur le rôle
00:15:49pourra aussi passer
00:15:50par les récits
00:15:51de et sur Jamie Fox
00:15:53par exemple
00:15:53de comment il s'est collé
00:15:55ou scotché
00:15:56les paupières
00:15:57pour mieux
00:15:57je cite
00:15:58ressentir
00:15:59la cécité
00:16:00de Ray Charles
00:16:01ou je cite encore
00:16:02pour entrer
00:16:03dans la peau
00:16:04de son personnage.
00:16:06Cette ressemblance
00:16:07entre le chanteur
00:16:08et la chanteuse
00:16:08et son interprète
00:16:09elle va aussi passer
00:16:10par des récits
00:16:11par ces récits médiatiques
00:16:13alors soit
00:16:13ceux qui sortent
00:16:15de l'esprit
00:16:15des journalistes
00:16:16soit racontés
00:16:17par acteurs
00:16:18et actrices eux-mêmes
00:16:19qui viennent tisser
00:16:20des liens
00:16:20entre leur vie
00:16:21leur histoire
00:16:22leurs expériences
00:16:23et ce personnage.
00:16:25C'est ainsi
00:16:26par exemple
00:16:26que Rami Malek
00:16:27explique comment
00:16:28il a convaincu
00:16:29vous savez qu'il y a eu
00:16:30plusieurs acteurs
00:16:30avant lui
00:16:32c'était un peu
00:16:32un film maudit
00:16:33comment il a convaincu
00:16:35les producteurs
00:16:36que c'est lui
00:16:37qui devait jouer
00:16:37même si je ne sais
00:16:38ni chanter
00:16:39ni danser
00:16:39j'ai immédiatement senti
00:16:41que j'étais connectée
00:16:42à Freddie Mercury
00:16:43c'était instinctif
00:16:44le leader de Queen
00:16:45n'a pas toujours été
00:16:45un monstre sacré du rock
00:16:47il est né à Zanzibar
00:16:48sous le nom de Farok Bulsara
00:16:49il est allé à l'école en Inde
00:16:50avant que sa famille
00:16:51ne s'installe à Londres
00:16:52bref
00:16:52c'était un immigrant
00:16:53moi
00:16:54à ma maison
00:16:55à la maison
00:16:56mes parents parlaient arabe
00:16:57j'ai passé pas mal de temps
00:16:59à résoudre mes problèmes
00:16:59d'identité
00:17:00c'est peut-être pourquoi
00:17:01je me suis tournée
00:17:02vers la carrière d'artiste
00:17:03au grand désespoir
00:17:04de mes parents
00:17:04exactement comme Freddie
00:17:06c'est cela que j'ai dit
00:17:07aux producteurs
00:17:07moi je peux vous offrir ça
00:17:09c'est aussi Sam Riley
00:17:11qui raconte
00:17:14comment lui-même
00:17:15était musicien de groupe
00:17:16il a fait des tournées
00:17:17il connait la route
00:17:19donc c'est quelque chose
00:17:20qu'il a rapproché
00:17:21du personnage
00:17:22de Yann Curtis
00:17:24c'est aussi
00:17:26alors ici raconté
00:17:27par
00:17:28le nouvel ops
00:17:30et bien
00:17:31Ray Charles
00:17:33n'a pas tout à fait
00:17:33quitté l'enveloppe charnelle
00:17:35de Jamie Fox
00:17:36l'identification
00:17:37est profonde
00:17:37elle n'est pas que physique
00:17:39parce que comme le bluesman
00:17:40naît à Albanie
00:17:41en Géorgie
00:17:41Jamie Fox
00:17:42vient du Deep South
00:17:43il a grandi à Terrell
00:17:44au Texas
00:17:45où noirs et blancs
00:17:46vivent de part et d'autre
00:17:47d'une voie de chemin de fer
00:17:48qui coupe la ville en deux
00:17:49comme le bluesman
00:17:51l'acteur a réussi
00:17:52à s'échapper
00:17:53et on terminera
00:17:54avec Joaquin Phoenix
00:17:55puisqu'il partage apparemment
00:17:57selon le journal du dimanche
00:17:59il partage avec Johnny Cash
00:18:03le chagrin d'avoir perdu un jeune frère
00:18:06River Phoenix
00:18:07et d'avoir été accro
00:18:07non pas aux amphétamines
00:18:09mais à l'alcool
00:18:09à la fin du tournage d'ailleurs
00:18:11il a décidé de faire une cure
00:18:12de désintoxication
00:18:13être Johnny Cash
00:18:15m'a aidé
00:18:15là aussi quelque chose
00:18:18d'une porosité
00:18:19entre l'idée qu'on peut se faire
00:18:20du rapport d'un acteur à son rôle
00:18:22et ce qu'un grand nombre de biopiques
00:18:23disent d'une relation
00:18:25aussi habitée
00:18:26dans laquelle la performance scénique
00:18:28laisse des traces
00:18:29dans laquelle la confusion
00:18:30entre le personnage sur scène
00:18:32et la personne privée
00:18:33est souvent problématique
00:18:35mais aussi dans lequel
00:18:37il y a un rapport
00:18:38presque salvateur
00:18:40curatif de la chanson
00:18:41de la scène
00:18:42pour leurs interprètes
00:18:44c'est par exemple
00:18:45Amy Winehouse
00:18:46laquelle son père suggère
00:18:49que peut-être
00:18:49elle pourrait aller en cure
00:18:50de désintoxication
00:18:51et qui explique à son père
00:18:53que c'est la scène
00:18:55c'est la musique
00:18:56ça désintoxe
00:18:57ou c'est encore
00:18:58Brian Wilson
00:18:58qui va faire des voix
00:19:00qu'il entend dans sa tête
00:19:01des voix qui sont présentes
00:19:03dans ses chansons
00:19:04alors évidemment
00:19:05il ne s'agit pas du tout
00:19:06ici de savoir
00:19:07ce qui est vrai ou pas
00:19:07dans ses affirmations
00:19:09qu'elles viennent des acteurs
00:19:10ou qu'elles viennent des journalistes
00:19:11mais plutôt de voir
00:19:12quelles idées
00:19:12de l'acteur
00:19:14et de son travail
00:19:15elles drainent
00:19:15le fantasme
00:19:16d'une interpénétration
00:19:17de l'acteur
00:19:18et de son personnage
00:19:19semble assez important
00:19:20de même qu'une approche
00:19:22par le corps
00:19:24et par l'apparence
00:19:26même si on peut noter
00:19:27quand même
00:19:28un certain nombre
00:19:28d'acteurs
00:19:29et d'actrices
00:19:30formulent aussi
00:19:31l'écart
00:19:32le jeu
00:19:32qui existe
00:19:33entre elles
00:19:34et leur modèle
00:19:36Angela Bassett
00:19:36à propos de Tina Turner
00:19:39à laquelle elle dit
00:19:40ne pas complètement
00:19:42ressembler physiquement
00:19:44sa taille est plus fine
00:19:45ses jambes sont plus longues
00:19:46donc elle a dû faire
00:19:47des gros efforts
00:19:48en allant à la salle de sport
00:19:49affiner sa silhouette
00:19:50petit à petit
00:19:52je sentais que je devenais Tina
00:19:53je pouvais
00:19:54à mon tour
00:19:55jouer de cette apparence
00:19:56vive
00:19:56et sensuelle
00:19:58et donc là
00:19:58elle fait émerger
00:19:59quelque chose
00:20:00du physique
00:20:01de Tina Turner
00:20:02dont elle s'est servie
00:20:03et qui a caractérisé
00:20:04pour elle
00:20:05la manière
00:20:05dont elle allait
00:20:06interpréter
00:20:07la chanteuse
00:20:11Rami Malek
00:20:12aussi
00:20:12explique
00:20:13qu'il ne pouvait pas être
00:20:15les fans ne lui auraient
00:20:15jamais pardonné
00:20:16il n'y a qu'un seul
00:20:17Freddie Mercury
00:20:18et que
00:20:19la manière
00:20:20dont il a construit
00:20:21son personnage
00:20:24et si vous avez vu le film
00:20:25vous vous rendez compte
00:20:26c'est autour de ses dents
00:20:28et autour
00:20:30de cette manière
00:20:32de petit à petit
00:20:33libérer son sourire
00:20:35et sa manière
00:20:35de les montrer
00:20:36à ses débuts
00:20:37dit-il
00:20:38analyse-t-il
00:20:39après avoir observé
00:20:40Mercury
00:20:41il trouvait plein
00:20:42d'astuces
00:20:43pour cacher ses dents
00:20:44très en avant
00:20:45une gêne esthétique
00:20:46qui en dit long
00:20:46sur son manque
00:20:47de confiance en lui
00:20:48un tic qui disparaît
00:20:49au fur et à mesure
00:20:50qu'il se libère
00:20:50du regard des autres
00:20:51Freddie se met à chanter
00:20:53en ouvrant la bouche
00:20:53et même à sourire
00:20:54sur scène
00:20:55comme s'il disait
00:20:56regardez
00:20:57je n'ai plus de problème
00:20:58avec moi-même
00:20:59et enfin
00:21:00dernier exemple
00:21:00Sam Raële
00:21:02quand il parle
00:21:03de la manière
00:21:03dont il a pu être
00:21:05Yann Curtis
00:21:06il n'a à aucun moment
00:21:07essayé
00:21:08de le devenir
00:21:10il raconte simplement
00:21:12les quelques gestes
00:21:13sur lesquels
00:21:14il s'est attardé
00:21:15et cette relation
00:21:16il me semble
00:21:17cette relation
00:21:18de l'acteur
00:21:19ou de l'actrice
00:21:20au personnage réel
00:21:20rejoint dans les films
00:21:22dans ses biopics
00:21:23le rapport des chanteurs
00:21:24et des chanteuses
00:21:24à leur modèle
00:21:25qu'à la fois
00:21:26ils imitent
00:21:27et transforment
00:21:28auquel d'abord
00:21:29ils veulent ressembler
00:21:30avant de s'en émanciper
00:21:32par exemple
00:21:33Amy Winehouse
00:21:34et les grandes chanteuses
00:21:35de jazz
00:21:35qu'a connues
00:21:36sa grand-mère
00:21:37Yann Curtis
00:21:39avec des photos
00:21:41de David Bowie
00:21:41ou de Lou Reed
00:21:42auxquelles il essaye
00:21:43d'abord
00:21:43de ressembler
00:21:45Robbie Williams
00:21:46et les photos
00:21:47de Sinatra
00:21:48ou de Dean Martin
00:21:50ou encore
00:21:50peut-être plus évident
00:21:51Cherry Curry
00:21:52dans les Runaways
00:21:53qui pour sa première
00:21:54prestation scénique
00:21:55à un espèce
00:21:56de talent show
00:21:57à son lycée
00:21:58essaye
00:21:59d'imiter
00:22:01David Bowie
00:22:03et donc se met ainsi
00:22:04en place
00:22:04une sorte
00:22:05à l'intérieur du film
00:22:05une sorte
00:22:06de jeu
00:22:06de dédoublement
00:22:07de miroir
00:22:08entre à la fois
00:22:09le chanteur
00:22:10et la chanteuse
00:22:10et son personnage
00:22:12scénique
00:22:12et l'acteur
00:22:13et l'actrice
00:22:13et son rôle
00:22:14un dédoublement
00:22:15ou une tension
00:22:16qui va être au coeur
00:22:18de certains motifs
00:22:19récurrents de ces biopiques
00:22:20voire qui peut
00:22:21structurer les films
00:22:22le film Nina
00:22:24de Cynthia Mort
00:22:25qui met en scène
00:22:27Zoé Saldana
00:22:27dans le rôle
00:22:28de Nina Simone
00:22:29fait apparaître
00:22:31d'abord
00:22:31en haut de l'écran
00:22:32le nom de l'actrice
00:22:33en brillance
00:22:34et puis celui
00:22:35de la chanteuse
00:22:36en plus grand
00:22:36derrière l'actrice
00:22:38qui la performe
00:22:39donc la chanteuse
00:22:40reste plus grande
00:22:41que l'actrice
00:22:42on en reparlera
00:22:43avant que ne se succède
00:22:44à l'image
00:22:45sur ce générique
00:22:46de début
00:22:46différentes couvertures
00:22:47d'albums
00:22:48ou de revues
00:22:49donnant à voir
00:22:50à côté du visage
00:22:51de l'actrice
00:22:51le visage réel
00:22:53de la chanteuse
00:22:54le film le semble ainsi
00:22:55poser frontalement
00:22:56cet écart physique
00:22:57ce jeu
00:22:58vraiment le jeu
00:22:59au sens d'écart
00:22:59entre l'actrice
00:23:01et son interprète
00:23:03quand il ne donne pas
00:23:04à voir cet écart
00:23:05dès le début
00:23:06la plupart du temps
00:23:07ces biopics
00:23:07s'achèvent
00:23:08en rappelant
00:23:09ce double
00:23:10cet original
00:23:11et en instaurant
00:23:12ce trouble
00:23:12dans le générique
00:23:13de fin
00:23:14qui propose
00:23:15des images
00:23:15d'archives
00:23:16du chanteur
00:23:17ou de la chanteuse
00:23:17qui viennent du coup
00:23:18se confronter
00:23:19se superposer
00:23:20ou dialoguer
00:23:21avec l'apparence
00:23:22voire la performance
00:23:23de l'acteur
00:23:24ou de l'actrice
00:23:25ainsi se termine
00:23:26Bohemian Rhapsody
00:23:27sur des photos
00:23:29et des images
00:23:30en mouvement
00:23:30de Freddie Mercury
00:23:32de même
00:23:34Brian Wilson
00:23:36à la fin
00:23:36de Love and Mercy
00:23:37Robbie Williams
00:23:39donc plus en singe
00:23:40on en reparlera
00:23:41à la fin
00:23:42de Better Man
00:23:43et la vraie Tina Turner
00:23:45à la fin de Tina
00:23:46ces images
00:23:47étant souvent
00:23:48accompagnées
00:23:48de quelques lignes
00:23:50qui viennent nous raconter
00:23:51la suite de la carrière
00:23:53ou la fin de la carrière
00:23:54du chanteur
00:23:55ou de la chanteuse
00:23:56ainsi cette photo
00:23:57de Ray Charles Robinson
00:23:58pour clore
00:24:00le film
00:24:01le film Ray
00:24:03on a aussi
00:24:04un autre exemple
00:24:05un peu différent
00:24:06à la fin
00:24:06de Dalida
00:24:07donc des images
00:24:08de la chanteuse
00:24:09qui s'incline
00:24:11se baisse
00:24:12pour saluer son public
00:24:13et c'est l'actrice
00:24:14qui se redresse
00:24:16et puis on a
00:24:16le mouvement inverse
00:24:17de l'actrice
00:24:18qui salue
00:24:20avant que la chanteuse
00:24:21ne se redresse
00:24:22donc entre les deux
00:24:23le film nous dit
00:24:24qu'il n'y a finalement
00:24:25qu'un seul
00:24:25et même mouvement
00:24:27un film comme
00:24:28Barbara
00:24:29de Mathieu Amalric
00:24:30en 2017
00:24:30ce sera notre premier extrait
00:24:32met en scène
00:24:33une actrice
00:24:35Brigitte
00:24:35jouée par Jeanne Balibar
00:24:37sur le tournage
00:24:38d'un biopic de Barbara
00:24:39et ce film
00:24:40va
00:24:40et là on n'attend pas
00:24:42le générique
00:24:43va mêler
00:24:43par moment
00:24:44des images d'archives
00:24:45de la chanteuse
00:24:46et des images
00:24:47du tournage
00:24:48où Balibar
00:24:48joue Brigitte
00:24:49qui joue Barbara
00:24:49créant un espèce
00:24:51de va-et-vient
00:24:51entre l'une et l'autre
00:24:53on regarde
00:24:54ce court extrait
00:24:55et puis ensuite
00:24:55je vous en dis
00:24:56quelques mots
00:24:57et toi mon adolescent
00:25:01toi ma déchirure
00:25:05tu as couché tes vingt ans
00:25:12à ma quarantaine
00:25:16mes hommes ne sont-elles nées
00:25:20qu'elles sont déjà condamnées
00:25:23les amours de la désesolence
00:25:26pour que ne ternisse jamais
00:25:29ce diamant qui nous donne
00:25:31j'ai brûlé notre cathédrale
00:25:36les amours les plus belles
00:25:40les plus belles amours
00:25:45sont les amours incestueuses
00:25:51qui sont les plus belles amours
00:26:02et puis le bourreau aussi
00:26:05ça s'appelle le bourreau
00:26:07je suis pas très original
00:26:08Ah mais elle est belle, les avantages, c'est ce qu'il y a.
00:26:26Alors vous allez peut-être retrouver Dalida à l'écran, c'est peut-être créer un petit trouble.
00:26:30Alors quelques mots sur cet extrait.
00:26:33Donc d'abord on a presque le moment classique du biopic avec Balibar qui joue Barbara.
00:26:40Et puis on bascule sur le réalisateur Mathieu Amalry qui est aussi le spectateur de cette scène.
00:26:47Ce qui fait disparaître Balibar et ramener peut-être l'image de Barbara dans nos têtes.
00:26:56Et puis ensuite on retrouve, on a le contre-champ sur les images de la chanteuse.
00:27:03Le film nous raconte d'une certaine manière comment la confusion se fait pour le spectateur.
00:27:07En écoutant Balibar chanter Barbara, finalement elle fait ressurgir la chanteuse.
00:27:13Et puis ensuite on retourne sur Balibar avec la voix de Barbara et ses lèvres à elle qui ne bougent plus.
00:27:21Avant que la séance de dédicaces ne vienne les rendre d'une certaine manière interchangeable.
00:27:26Comme si le travail du biopic musical était de laisser opérer ce glissement.
00:27:32De faire surgir ce trouble pour le spectateur, voire pour le fan.
00:27:36Ce qui est à la fois Mathieu Amalry ici.
00:27:39Ou parfois l'actrice prend le dessus.
00:27:42Le spectacle de l'actrice en train de performer prend le dessus.
00:27:45Et parfois laisse ou fait revenir le fantôme de l'original.
00:27:49Un autre exemple pour parler de cette relation entre l'acteur et les images d'archives du chanteur réel.
00:27:57C'est la fin du biopic que Baz Luhrmann consacre à Elvis en 2022.
00:28:01Qui donc vient laisser place aux images d'archives du chanteur avant même qu'on soit au générique.
00:28:07Le film raconte la manière dont Elvis est devenu une espèce de marionnette marchandise.
00:28:12régentée par ce colonel dont vous allez entendre, qui est joué par Tom Hanks, dont vous allez entendre la voix au début de l'extrait.
00:28:19Donc qui introduit ce dernier concert du King Malad à Las Vegas avec ses quelques mots en voix.
00:28:25On en reparlera.
00:28:26Et vous allez voir, on voit d'abord l'acteur, Sid Butler, qui joue Elvis avec tout ce qu'il faut de prothèses.
00:28:35Et puis à la faveur d'un raccord, on va se retrouver face aux images qui nous restent de ce dernier concert d'Elvis.
00:28:44Il me semble que cette fin condense beaucoup d'éléments narratifs et visuels récurrents de ces biopiques.
00:28:48En même temps qu'elle offre des pistes sur ce que ces tensions entre corps réel et corps de l'acteur racontent.
00:28:54Donc on regarde cet extrait qui fait à peu près 4 minutes et puis ensuite on essaye de dérouler toutes ces pistes.
00:29:00Et après on ne voit plus Dalita.
00:29:02Enfin, c'est une fois, mais plus qu'il salue.
00:29:08Vous savez, quelques semaines avant qu'il a mort, j'ai vu lui chanter pour la dernière fois.
00:29:15Il ne pouvait pas se lever.
00:29:18Unsane Melody.
00:29:21Un album called Unsane Melody.
00:29:25Ça a l'air d'un sens.
00:29:27Ok.
00:29:29Mais cette nuit, il s'est dit, comme il s'est toujours fait, avec tout son cœur et son âme.
00:29:36Comment vous aimez-vous donc ?
00:29:37Ça a l'air d'un voix s'écritait, et il s'est dit, avec toute sa vie.
00:29:48Oh, my love, my darling, I've hungered for your touch.
00:29:59A l'air d'un voix s'écritait, et il s'est dit, avec toute sa vie.
00:30:04Ça a l'air d'un voix s'écritait, et il s'est dit, avec toute sa vie.
00:30:09Ça a l'air d'un voix s'écritait, et il s'est dit, avec toute sa vie.
00:30:14Ça a l'air d'un voix s'écritait, et il s'est dit, avec toute sa vie.
00:30:18Ça a l'air d'un voix s'écritait, avec toute sa vie.
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00:34:18Elvis, à la fois déchaîné et peut-être aussi désenchaîné de ce corps.
00:34:24Ce corps, il est ici partout, c'est tous ces hommes en blanc qui sont dans la même tenue qu'Elvis sur scène,
00:34:33et notamment celui à côté de lui qui lui tient le micro, qui est son bras, qui a les mêmes trucs miroitants sur le côté,
00:34:43qui à un moment a aussi un geste vers son nez qui redouble celui de Elvis.
00:34:50Il sort aussi de lui-même et de ce corps qui le contraint, puisque cette chanson est chantée par tout le monde,
00:34:57elle est reprise par le public. Elvis dépasse le corps d'Elvis, Elvis fait un seul corps avec son public,
00:35:03ce qu'on retrouve dans de nombreuses scènes de concerts dans ses biopics.
00:35:07Je pense à quand Bob Dylan chante pour la première fois « The Times are changing » au festival de Norfolk,
00:35:15que les gens ne connaissent pas et pourtant déjà répètent ce refrain.
00:35:20Et puis c'est aussi Queen au festival Live Aid de Wembley.
00:35:24D'ailleurs le film présente vraiment Queen comme un groupe qui voulait faire corps avec son public,
00:35:29qui voulait interagir avec lui, les faire participer.
00:35:34Et donc comme une conséquence peut-être de ce corps qui déborde et se répand,
00:35:40mais dans un sens pas dégoûtant, le film vient éclater ce régime d'images qui était jusqu'à présent basé sur la reconstitution,
00:35:48pour finir donc sur ces images d'archives qui ont nourri cette dernière scène,
00:35:52ce dernier concert d'Elvis à Vegas peu de temps avant sa mort.
00:35:56Et puis le montage, on va reparler des deux plans qui servent à faire le raccord,
00:36:02vient remplacer l'Elvis joué par le vrai Elvis et vient faire retour sur un certain nombre de moments du film
00:36:11en nous en proposant la version archive, le matériau de départ, le modèle visuel,
00:36:17créant ainsi deux images de certains moments, les dédoublant,
00:36:20puisqu'un certain nombre des scènes, quand on voit Elvis qui embrasse toutes ses fans,
00:36:24ce sont des scènes qu'on a déjà vues, jouées par Austin Butler un peu plus tôt dans le film,
00:36:29mais finalement les images de fiction ont fait ressurgir les images réelles,
00:36:33ont ramené à l'image le fantôme du King, enfin peut-être qu'il n'est pas mort, on ne sait pas,
00:36:37ainsi que sa voix qu'il va reprendre, ça aussi ça me semble important de cet extrait,
00:36:41il reprend sa voix de deux manières,
00:36:42d'abord le film remplace la voix qui le raconte depuis le début,
00:36:48celle du colonel qui ouvrait l'extrait avec cette voix off,
00:36:51par la voix de Elvis qui se raconte,
00:36:55et d'une certaine manière cela nous dit la manière dont finalement le biopic,
00:36:58ce n'est qu'une version, une interprétation, une histoire de la vie d'un chanteur ou d'une chanteuse,
00:37:04à partir des traces qu'il nous en reste, que ce soit des images ou des traces sonores,
00:37:08et cette histoire elle pourrait être racontée avec d'autres voix,
00:37:11et elle pourrait raconter une autre histoire,
00:37:14par exemple ici on aurait pu nous raconter l'histoire de ce qu'est chanté pour Elvis,
00:37:19ce qui n'est pas du tout ce dont parle le film,
00:37:21mais ce dont il vient parler dans ces quelques moments,
00:37:25et puis ce retour de sa voix, c'est aussi ce formidable,
00:37:30enfin moi je le trouve formidable,
00:37:31et probablement cet inimitable râle à la fin,
00:37:33ce son presque animal qui vient s'arracher de la gorge du chanteur
00:37:37avant qu'il ne vienne donc s'incliner à genoux et bras en croix,
00:37:40on en reparlera, devant son public,
00:37:43un dernier son qu'il pousse à la fois à ras le final,
00:37:46et peut-être grognement de victoire, de reconquête de son corps,
00:37:50comme de son image qui a pris le dessus sur le reste du film.
00:37:54Enfin, s'achevant sur, je ne vous l'avais pas dit,
00:37:57mais vous l'avez peut-être compris, sur le colonel,
00:37:59donc cette tête en surimpression, c'est celle du colonel,
00:38:03mourant alors qu'en surimpression on a la silhouette bleue d'Elvis qui salue,
00:38:07le film oppose ceux dont le corps disparaît et que l'on va oublier,
00:38:12et ceux qui restent, parce que leur enveloppe corporelle,
00:38:15aussi altérée qu'elle ait pu être,
00:38:16et vous avez vu le changement physique d'Elvis,
00:38:20cette enveloppe corporelle n'était qu'une enveloppe dont ils se sont débarrassés
00:38:23pour finir dans les étoiles,
00:38:24gagner le ciel, c'est sur ce petit scintillement que l'on termine.
00:38:30Alors dans cet extrait, le raccord entre l'acteur et son modèle
00:38:36se fait avec deux plans qui sont assez caractéristiques
00:38:40d'une constante qu'on a dans les films et dans la construction psychologique
00:38:44de ces personnages de chanteurs et de chanteuses,
00:38:48elle se fait sur l'enfance et un moment de l'enfance,
00:38:51qui est le nœud de l'évolution à venir,
00:38:53la clé de la compréhension de la psychologie du personnage,
00:38:55donc ça c'est le petit Elvis qui vivait avec sa mère dans un quartier noir
00:39:02et qui là court vers une espèce d'église dans laquelle chante toute la population noire
00:39:10et il rentre en trance avec ces gens-là et il est porté par cette foule,
00:39:16les bras en croix avec son éclair de Captain Marvel,
00:39:19puisqu'il se prend pour un super-héros, on en reparlera aussi.
00:39:22Mais cette enfance qui est importante dans le parcours du personnage,
00:39:29on la retrouve dans un grand nombre de ses biopiques,
00:39:31par exemple Ray qui est hanté par la mort de son frère à laquelle il a assisté enfant,
00:39:38frère qui est mort noyé dans une bassine que vous voyez là,
00:39:42donc il y a plein de moments dans le film comme ça où il a l'impression,
00:39:45Ray Charles adulte, de patauger dans de l'eau qui rappelle ce moment,
00:39:49c'est aussi Brian Wilson dans Love and Mercy qui ne cesse de rechercher l'avis et l'aval de son père,
00:39:58qui est pourtant quelqu'un d'assez méprisant et violent,
00:40:01et Brian Wilson, joué ici par Paul Desnaux, vous verrez qu'il y a deux acteurs qui le jouent,
00:40:06qui a aussi souvent l'air d'un enfant pris en faute dès que quelqu'un lui fait des reproches,
00:40:12alors j'ai mis ce qui pour moi veut dire l'air d'un enfant pris en faute,
00:40:15voilà, peut-être que vous n'avez pas les mêmes images,
00:40:17et qui a son piano dans un bac à sable avec une tente dressée dans son salon.
00:40:24Alors ce retour du personnage dans l'enfant s'exprimera souvent à l'écran
00:40:27par le retour des personnages en position fœtale sur un lit ou à côté d'un lit,
00:40:33quelques exemples, Amy Winehouse, Ray, Ian Curtis assis à côté de son lit,
00:40:39ou le singe Robbie Williams dans Better Man,
00:40:43il faut toujours faire revenir, ressurgir quelque chose de l'enfant
00:40:47que la chanteur ou la chanteuse a été, et même le matérialiser physiquement,
00:40:52ou peut-être plus précisément de la manière dont, aussi star que cette chanteuse ou ce chanteur soit,
00:40:58il se sent toujours tout petit,
00:40:59je vous rappelle le grand Nina et le petit Zoé Saldana sur le générique,
00:41:04en tout cas cette idée de tout petit, c'est par exemple ainsi que les cahiers du cinéma
00:41:08proposent d'analyser le choix de Valérie Le Mercier,
00:41:11de jouer elle-même Aline Céline Dion, Aline Dieu Céline Dion, enfant,
00:41:15donc vous l'avez ici qui chante Mamie Blou,
00:41:18comme une manière à la fois pour l'actrice réalisatrice de dire son rapport à son modèle,
00:41:22elle aura beau essayer de l'imiter, elle est forcément plus petite que Céline Dion,
00:41:27mais aussi peut-être pour retrouver quelque chose de cet âge où l'on est fan en recopiant ces modèles,
00:41:34ce qu'ont été tous ces chanteurs ou chanteuses, je vous les ai montré quelques images,
00:41:38elle, elle se mettait des gommettes sur les doigts pour essayer de reproduire les ongles de Barbara Streisande.
00:41:44Ces différentes manières de dire ce retour, cette présence toujours sous-jacente de l'enfance,
00:41:50donc cette autre de soi qui est encore toujours là, dans ce corps adulte,
00:41:54s'accompagnent parfois de choix plus radicaux pour rendre sensible à la complexe personnalité de l'interprète.
00:42:04Ainsi, le début de Betterman, dont la voix off est dite par Robbie Williams,
00:42:10donc le chanteur dont Betterman est le biopic,
00:42:13et bien elle nous propose de découvrir l'artiste Robbie Williams,
00:42:17non pas tel qu'on le décrit, ou pas que tel qu'on le décrit,
00:42:21un type qui a envie de mettre des baffes et qui est très narcissique,
00:42:25il est tout ça, mais il a envie de nous montrer comment vraiment lui se voit,
00:42:29et donc tout le film nous présente Robbie Williams sous les traits d'un singe.
00:42:36Alors il s'agit évidemment aussi par là de dire quelque chose de cette industrie musicale,
00:42:41ou peut-être plus précisément de celle des boys bands,
00:42:43dont il faisait partie avec le groupe Take That,
00:42:46comme d'un cirque dans lequel les chanteurs sont des numéros dressés pour aller sur scène,
00:42:51mais peut-être aussi une manière de dire quelque chose du biopic en général,
00:42:54dans lequel peut-être on attendrait des acteurs ou des actrices qu'ils singent leurs modèles.
00:43:00C'est évidemment aussi un autre exemple de comment les films par les acteurs
00:43:07essayent de raconter quelque chose de la complexité des artistes,
00:43:11c'est évidemment les six interprètes de Bob Dylan dans I'm Not There,
00:43:16Bob Dylan le disait, I contain multitudes,
00:43:19et bien il contient au moins ces six acteurs-là.
00:43:22C'est aussi dans Love and Mercy,
00:43:25deux acteurs pour jouer Brian Wilson,
00:43:27à la fois Paul Dano et John Cusack.
00:43:29On peut aussi penser au début de Dalida,
00:43:33où on a le visage de l'actrice qui nous est offert en gros plan,
00:43:38en même temps que son nom s'inscrit à l'écran,
00:43:40mais un nom qu'on ne voit pas d'abord en entier,
00:43:43puisqu'une partie est en contre-jour,
00:43:46et puis elle met ses lunettes noires qui coupent notre observation,
00:43:50et un peu plus tard,
00:43:52le titre du film va s'afficher sur le nom que la chanteuse vient de noter
00:43:57sur un registre d'hôtel, Yolanda Gidliotti,
00:44:02et donc on a bien, à la fois dans la présentation de l'actrice,
00:44:05et celui, le titre du film est celui de la chanteuse,
00:44:09une tension et une dualité qui s'affiche.
00:44:12Un peu plus tard dans le film,
00:44:15Dalida est demandée en mariage par Jean-Paul Rouve,
00:44:18bon elle ne veut pas l'épouser,
00:44:20enfin je dis ça comme c'était une évidence,
00:44:21mais elle pourrait vouloir l'épouser,
00:44:23je referai pour le montage.
00:44:25Donc un peu plus tard,
00:44:26elle est demandée en mariage par un homme
00:44:28qu'elle ne veut plus épouser,
00:44:30et on a ces trois reflets,
00:44:33et on va voir que le motif du miroir est assez récurrent,
00:44:36qui apparaissent et qui disent ce qu'elle ne dira pas,
00:44:41qui disent la tension entre l'image qu'elle affiche
00:44:44et ce qu'elle ressent.
00:44:45Je ne t'aime plus,
00:44:56on ne sera pas mis.
00:44:59Alors ?
00:44:59Alors la scène au miroir,
00:45:06ce sera un motif qui va accompagner de manière assez fréquente
00:45:09ces acteurs et ces actrices,
00:45:11pour notamment dire cette dualité qui les anime
00:45:14et ces multitudes qui les habitent.
00:45:17C'est donc Jeanne Balibar qui joue Brigitte,
00:45:21qui joue Barbara,
00:45:21vous l'avez au générique de fin,
00:45:23dans le film de Mathieu Amalric,
00:45:26et qu'on voit ici dans plusieurs reflets.
00:45:31C'est Elvis, au début de Elvis,
00:45:34qui se retrouve dans un palais des miroirs
00:45:36à la fête foraine,
00:45:37et à qui le connel vient demander justement
00:45:40s'il n'est pas perdu.
00:45:43C'est dans Better Man,
00:45:45Robbie Williams,
00:45:46qui voit et qui entend son reflet,
00:45:48se moquer et mépriser
00:45:49ce qu'il est en train de faire,
00:45:51You're Worthless.
00:45:53Ce qu'il est en train de faire,
00:45:54c'est le chanteur de Boys Band
00:45:55que lui, l'amoureux de Sinatra,
00:45:57est en train de devenir.
00:45:59Et donc il vient matérialiser une voix intérieure
00:46:01et des doubles qu'il va ensuite voir régulièrement
00:46:04quand il est sur scène.
00:46:05Là vous avez la version la plus violente,
00:46:07qu'il va ensuite voir systématiquement
00:46:09quand il est en concert,
00:46:11avant de les affronter à la fin du film
00:46:14et puis de les amadouer
00:46:15lors de son dernier concert.
00:46:18Dans Contrôle d'Antoine Corbidge,
00:46:21sur la courte vie de Yann Curtis,
00:46:23ce rapport au reflet raconte
00:46:25non pas tant une dualité
00:46:27ou un combat intérieur du chanteur
00:46:30que sa progressive sortie
00:46:33ou absence à lui-même
00:46:35et à son corps.
00:46:37Dans un premier temps,
00:46:38alors que Yann Curtis n'est pas encore chanteur,
00:46:40il est adolescent
00:46:41et le miroir est l'endroit
00:46:43devant lequel il explore
00:46:45et construit son apparence
00:46:46en lien avec ses modèles
00:46:48Lou Reed et David Bowie
00:46:49dont j'ai déjà parlé
00:46:50qui sont à côté de lui,
00:46:52se maquillant, se déhanchant,
00:46:54enfin comme on l'a tous fait,
00:46:55et reprenant les paroles
00:46:56de leur chanson.
00:46:57Il va souffler sur ce miroir
00:46:59et soufflant sur ce miroir,
00:47:01il semble à la fois attester
00:47:03qu'il est bien vivant
00:47:04puisque son souffle laisse une trace
00:47:06et une trace dans laquelle
00:47:07il va dessiner deux initiales
00:47:09comme s'il se créait
00:47:10une nouvelle identité
00:47:12et en même temps
00:47:13comme s'il venait opacifier
00:47:14un petit peu
00:47:15ce reflet premier.
00:47:19Devenu chanteur,
00:47:20il fait des concerts,
00:47:22parfois même des tournées
00:47:23et il a la mauvaise idée
00:47:25très jeune de se marier
00:47:26et d'avoir un enfant
00:47:27et donc quand il rentre
00:47:28de la tournée
00:47:29avec les fans,
00:47:31les groupies,
00:47:32l'exaltation de la scène
00:47:33et qu'il se retrouve chez lui
00:47:34avec les bavoirs
00:47:35et les biberons,
00:47:36c'est pas facile.
00:47:38Donc je vais vous montrer
00:47:38ce très court extrait
00:47:40et on va parler du miroir
00:47:42ou de l'absence de miroir
00:47:43dans cet extrait
00:47:43donc là il rentre chez lui
00:47:45comme l'indique son grand sac
00:47:46il rentre chez lui
00:47:47après une tournée.
00:48:08Sous-titrage Société Radio-Canada
00:48:14Sous-titrage Société Radio-Canada
00:48:19Merci.
00:48:20Merci.
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00:49:20La tension entre romantisme et bohème
00:49:33dont je parlais tout à l'heure
00:49:35souvent dans ces biopiques
00:49:36elle prend la forme
00:49:40elle se joue dans la tension
00:49:41entre la tournée et la maison
00:49:42la tournée avec l'alcool, le sexe, la drogue, les fans
00:49:46et la maison beaucoup plus calme
00:49:50ici donc on voit le héros poser son sac
00:49:52et sembler spectateur de sa propre vie
00:49:54qui est maintenant réduite aux bavoir
00:49:56et autres body et biberons qui sèchent et attendent
00:49:59et donc il se rend dans la salle de bain
00:50:01il se plante devant la petite armoire à glace
00:50:03au dessus du lavabo
00:50:04alors on le voit se regarder
00:50:06mais on ne verra pas son reflet
00:50:08et on le voit se toucher le cou
00:50:10s'inspecter les dents
00:50:12avant d'ouvrir cette armoire
00:50:13qui contient donc ces nombreux médicaments
00:50:15qui sont censés l'aider à endiguer
00:50:18ces crises d'épilepsie
00:50:19et donc à la place d'un contre-champ
00:50:21qui nous donnerait à voir le reflet du personnage
00:50:23dans le miroir
00:50:24et bien on a des médicaments
00:50:25sur lesquels son nom est écrit
00:50:27comme si ce qu'il voyait désormais
00:50:29c'était cette maladie et ce traitement
00:50:32comme s'il ne possédait plus de reflet
00:50:34devenant une sorte de créature fantastique
00:50:36un vampire peut-être
00:50:37il regarde ses dents
00:50:39qui observe cette transformation en cours
00:50:41à travers quelques gestes
00:50:43que ce soit la maladie, la scène
00:50:45le fait de devenir père
00:50:46la rencontre avec une nouvelle femme
00:50:48qui vient d'avoir lieu en tournée
00:50:49cette absence de reflet
00:50:51laisse à penser qu'une transformation
00:50:52est en cours
00:50:53une dépossession de l'image
00:50:55qu'il pouvait reconnaître
00:50:56jusqu'à présent dans le miroir
00:50:57une absentéisation de ce corps
00:50:59qu'il pouvait s'assurer
00:51:01occuper et être bien vivant
00:51:03quelques scènes plus tôt
00:51:04le miroir dit aussi peut-être
00:51:06quelque chose
00:51:07non seulement du genre
00:51:08avec lequel flirtent
00:51:09certains de ses biopiques
00:51:10notamment les biopiques
00:51:11qui mettent en scène
00:51:12des personnages féminins
00:51:13et que certains qualifient
00:51:14de mélodrame musical
00:51:16et on pourrait faire une étude
00:51:17comparée du miroir
00:51:19et des femmes dans le miroir
00:51:20dans les mélodrames de sœurs
00:51:21qui sont dans les biopiques
00:51:22ce sera pour une prochaine fois
00:51:24mais peut-être que le miroir
00:51:25dit aussi quelque chose
00:51:26de la relation
00:51:27entre l'acteur et le personnage
00:51:29un acteur réfléchit un personnage
00:51:31à la fois le pense
00:51:33mais aussi le reflète
00:51:34en est un miroir
00:51:35de par certains gestes
00:51:36qu'il reproduit
00:51:37et par cette reproduction
00:51:38de posture
00:51:39ou de gestes
00:51:41et bien l'acteur ou l'actrice
00:51:42interprète
00:51:43au sens de donner du sens
00:51:44certains mouvements
00:51:45de l'artiste musical
00:51:46quelques interprétations
00:51:48pour vous
00:51:49alors j'ai des gifs
00:51:50parfois un peu pixelisés
00:51:51je m'en excuse
00:51:53mais par exemple
00:51:54quand Kristen Stewart
00:51:55dans The Runaways
00:51:55où elle joue Joan Jett
00:51:57avance
00:51:58ses épaules voûtées
00:52:00elle a tout
00:52:00de l'adolescente replié
00:52:02sur elle-même
00:52:02qu'elle était déjà
00:52:03en Bella dans Twilight
00:52:05pas à l'aise dans un corps
00:52:06sur lequel elle se referme
00:52:07et dans un monde
00:52:08aux conventions duquel
00:52:09elle ne veut pas s'ouvrir
00:52:10mais en fait
00:52:11quand un peu plus tard
00:52:12dans le film
00:52:12on la voit sur scène
00:52:13il me semble que
00:52:14cette position
00:52:15jouée par Kristen Stewart
00:52:16prend une autre dimension
00:52:17elle devient
00:52:18celle de la jeune femme
00:52:19que la sangle de sa guitare
00:52:20tire
00:52:21fait se pencher
00:52:22vers le micro
00:52:23et donc si elle est voûtée
00:52:25ce n'est pas tant
00:52:25qu'elle est repliée
00:52:26sur elle-même
00:52:27que tendue
00:52:27uniquement vers la musique
00:52:29certains gestes
00:52:30ou attitudes
00:52:30et manières d'interpréter
00:52:32de ces acteurs
00:52:34et actrices
00:52:35éclairent
00:52:36les tensions
00:52:36qui sont au coeur
00:52:37de l'artiste
00:52:38ainsi par exemple
00:52:39donc là je crois
00:52:40que j'ai des gros pixels
00:52:41la manière
00:52:41si vous ne l'avez jamais vu
00:52:42la manière de danser courir
00:52:44de Sam Riley
00:52:46et Yann Curtis
00:52:48donne l'impression
00:52:49qu'à la fois
00:52:49la scène est une épreuve physique
00:52:51et une épreuve d'endurance
00:52:53mais c'est aussi un endroit
00:52:54où l'on court
00:52:55alors peut-être
00:52:55où l'on court sur place
00:52:56loin ou vers d'autre chose
00:52:58que le quotidien
00:52:59des bébés
00:53:00et des femmes un peu fades
00:53:02par rapport aux fans
00:53:03cette course
00:53:04c'est quelque chose
00:53:05qui revient aussi
00:53:05dans certains biopics
00:53:06et qui pourra caractériser
00:53:08par exemple
00:53:08Kristen Stewart
00:53:09au début des Runaways
00:53:10d'ailleurs c'est le titre du film
00:53:11Runaway
00:53:12ou aussi Amy Winehouse
00:53:14au début de Back to Black
00:53:16autre exemple
00:53:17tout petit extrait
00:53:19que je lance de l'ordi
00:53:20Zoé Saldana
00:53:21au début de Nina
00:53:23elle chante
00:53:23Feeling Good
00:53:24et il me semble
00:53:25qu'il y a quelque chose
00:53:25d'intéressant
00:53:26dans la manière
00:53:26dont elle le chante
00:53:27où elle a l'air
00:53:28d'être quelque part
00:53:29entre plaisir
00:53:31et souffrance
00:53:32Et peut-être que
00:53:58cette manière
00:53:58de jouer
00:53:59ce Feeling Good
00:54:00qui n'a pas l'air
00:54:01si good quand même
00:54:02il me semble
00:54:03qu'entre plaisir
00:54:04et souffrance
00:54:04incarne peut-être déjà
00:54:06ce que soulignera
00:54:07ce que dira
00:54:08un journaliste
00:54:09qu'il interview
00:54:11un peu plus tard
00:54:11dans le film
00:54:14et qui remarquera
00:54:15cette tension
00:54:16cette différence
00:54:17cette oscillation
00:54:18entre des chansons
00:54:20d'amour tendres
00:54:21et de très intenses
00:54:22et très en colère
00:54:24chansons un peu plus politiques
00:54:26Dans Bohébien Rhapsody
00:54:28aussi un court moment
00:54:29où Freddie Mercury
00:54:32est en train de trouver
00:54:33des paroles
00:54:34d'une chanson
00:54:35dont il semble très content
00:54:37« That's really good »
00:54:39dit-il
00:54:39et en même temps
00:54:40il n'y a pas que de la joie
00:54:42sur son visage
00:54:43« Oh, that's really good »
00:55:01Oh, that's really good
00:55:13Oh, ben je vous ai mis
00:55:26un petit paysage
00:55:27là aussi
00:55:27et enfin
00:55:29dernier exemple
00:55:31dans Ray
00:55:32le film se termine
00:55:35sur Ray Charles
00:55:38qui le 7 mars 1979
00:55:40est reçu
00:55:40au Georgia State Capitol
00:55:42où lui sont présentés
00:55:43des excuses publiques
00:55:45après qu'il ait été interdit
00:55:47depuis 1961
00:55:48de jouer
00:55:48dans cet état de Géorgie
00:55:50puisqu'il avait refusé
00:55:51de se produire
00:55:52devant une salle
00:55:53emplie uniquement
00:55:54de blancs
00:55:55et donc
00:55:56monsieur au micro
00:55:57annonce
00:55:58que la chanson
00:55:59« Georgia on my mind »
00:56:00devient
00:56:00la chanson officielle
00:56:02de l'état de Géorgie
00:56:03et donc lui présente
00:56:04les excuses publiques
00:56:05la salle se lève
00:56:06et applaudit
00:56:06et il a ce geste
00:56:08d'auto-enlacement
00:56:09qui je trouve
00:56:13assez saisissant
00:56:14et donc
00:56:16alors ce geste
00:56:17peut-être montre
00:56:18à la fois
00:56:18la manière
00:56:19dont cet homme aveugle
00:56:20se nourrit
00:56:21et incorpore
00:56:23tous ces applaudissements
00:56:24qu'il ne peut qu'entendre
00:56:25mais c'est peut-être
00:56:26aussi un geste
00:56:27qui vit
00:56:27venant après
00:56:29la scène
00:56:30que je vous ai montrée
00:56:30tout à l'heure
00:56:31où il repense
00:56:34à son petit frère
00:56:35qui est mort
00:56:36et dans la scène
00:56:37des photogrammes
00:56:38que je vous avais montré
00:56:39en fait
00:56:40il y a son petit frère
00:56:41qui vient lui faire
00:56:42un câlin
00:56:43faire un câlin
00:56:43au Ray Charles adulte
00:56:45en lui disant
00:56:45que ce n'est pas sa faute
00:56:46peut-être que
00:56:47cet auto-enlacement
00:56:49de Ray Charles
00:56:51nous dit aussi
00:56:52de quelle manière
00:56:53il prend ici
00:56:54dans ses bras
00:56:55le fantôme
00:56:56de son petit frère
00:56:56et se réconcilie
00:56:58avec lui-même
00:56:59il peut maintenant
00:56:59se faire des câlins
00:57:01mais dans le même temps
00:57:03il me semble que
00:57:04par l'interprétation
00:57:05de ces acteurs
00:57:06et actrices
00:57:07on peut avoir
00:57:08quelque chose
00:57:11de leur manière
00:57:12d'être
00:57:12qui s'explicite
00:57:13les films
00:57:15ont souvent à coeur
00:57:15parfois par le retour
00:57:18des images d'archives
00:57:19parfois par d'autres plans
00:57:20de conserver
00:57:21un certain mystère
00:57:22et un certain
00:57:23quand vous avez marre
00:57:24de voir Ray Charles
00:57:24comme ça
00:57:24vous me dites
00:57:25un certain mystère
00:57:28et un certain
00:57:28inaccessible
00:57:29de la star
00:57:31et on a comme ça
00:57:32là aussi
00:57:32des scènes
00:57:33qui reviennent
00:57:34assez souvent
00:57:35de la star
00:57:37chanteur ou chanteuse
00:57:39souvent au fait
00:57:40de sa gloire
00:57:41qui est à la vitre
00:57:43soit à la fenêtre
00:57:45d'un train
00:57:45soit d'une voiture
00:57:46plongée dans des pensées
00:57:47qui ne seront pas
00:57:48toujours lisibles
00:57:50et qui
00:57:51voilà
00:57:51des images comme ça
00:57:53qui nous disent
00:57:53qu'elles nous restent
00:57:55un peu lointaines
00:57:56on ne rentre pas
00:57:56complètement à son intérieur
00:57:57il ou elle
00:57:59et dans un autre monde
00:58:01bon alors un film
00:58:02mélancolique et dépressif
00:58:03comme contrôle
00:58:03regorge d'images
00:58:05derrière la fenêtre
00:58:06il y a aussi
00:58:08par exemple
00:58:09alors là je crois
00:58:09que c'est compliqué
00:58:10à voir avec
00:58:11la qualité d'image
00:58:14dans Last Days
00:58:15de Gus Van Sant
00:58:16donc qui raconte
00:58:17qui nous fait suivre
00:58:18les derniers jours
00:58:21de Blake
00:58:21Kurt Cobain
00:58:22dans cette espèce
00:58:24de maison
00:58:25ici pour la première fois
00:58:26dans le film
00:58:27alors peut-être que
00:58:28vous le voyez un petit peu
00:58:29vous voyez un truc
00:58:30qui bouge
00:58:30derrière la fenêtre
00:58:31sur la gauche
00:58:32pile à l'embrasure
00:58:34et bien la première fois
00:58:35qu'il prend les instruments
00:58:36et bien en fait
00:58:36on ne le voit pas
00:58:37alors non seulement
00:58:38on est à l'extérieur
00:58:39et il est à l'intérieur
00:58:40mais en plus
00:58:41il est caché à la fois
00:58:41par l'abat-jour
00:58:42et par cette
00:58:43par cette plainte
00:58:45de la fenêtre
00:58:46et en plus
00:58:46on a un long
00:58:47travail guerrière
00:58:48alors je ne vous l'ai pas
00:58:49mis en entier
00:58:49c'est un long travail guerrière
00:58:50de 5 minutes
00:58:53un geste qui à la fois
00:58:54enfin ce mouvement arrière
00:58:56il me semble que c'est un geste
00:58:57à la fois qui présentifie
00:58:59le propos du film
00:58:59qui est de ne pas nous donner
00:59:01à voir le musicien
00:59:02et le chanteur
00:59:03dans son art
00:59:03mais qui dit aussi
00:59:05cette absentéisation
00:59:07à ce corps
00:59:08c'est ce que suggérait
00:59:09en tout cas
00:59:09Emmanuel Burdeau
00:59:10dans cet article
00:59:11des cahiers du cinéma
00:59:11ce travelling arrière
00:59:13suggère la vie
00:59:14qui se retire
00:59:15l'avance de la mort
00:59:16sur ce personnage
00:59:17de condamné
00:59:18dans les plans
00:59:20qui reviennent aussi
00:59:21et qui nous montrent
00:59:22qui laissent à distance
00:59:25le chanteur
00:59:26ou la chanteuse
00:59:26ce sont des nombreux plans
00:59:27on les voit
00:59:28qui marchent seuls
00:59:30Cherry dans les Runaways
00:59:32Dalida
00:59:33Michael Pitt
00:59:34dans Last Day
00:59:35Freddie Mercury
00:59:37dans Bohemian Rhapsody
00:59:38Robbie Williams
00:59:38dans Better Man
00:59:40et j'en ai encore deux
00:59:41Amy Winehouse
00:59:42et Yann Curtis
00:59:44cette tension
00:59:46entre réel et fiction
00:59:49entre refaire
00:59:51les gestes
00:59:52ou en inventer
00:59:52entre mimer
00:59:53s'émanciper
00:59:54entre incarner
00:59:55et maintenir
00:59:57insaisissable
00:59:58il me semble
00:59:58qu'elle apparaît
00:59:59notamment
00:59:59dans ses films
01:00:00dans les moments
01:00:01qui donnent à voir
01:00:02à l'acteur sur scène
01:00:03ou dans les montages
01:00:04clippés
01:00:05qui mettent en scène
01:00:06l'acteur
01:00:06ou l'actrice
01:00:07sur une bande son
01:00:08qui est une bande son
01:00:09d'une de ses chansons
01:00:10il s'agit alors
01:00:11de donner corps
01:00:12à ses chansons
01:00:12non seulement par la performance scénique
01:00:14mais également
01:00:15en associant les morceaux
01:00:17en off
01:00:18à des images
01:00:19de la vie
01:00:19du chanteur
01:00:20ou de la chanteuse
01:00:21dans ces séquences
01:00:22il s'agit de raconter
01:00:23l'interprète
01:00:24à partir du morceau
01:00:25et de la manière
01:00:27dont il l'habite
01:00:27alors certains biopics
01:00:29avancent de manière
01:00:30un peu grossière
01:00:31et systématique
01:00:32un morceau
01:00:34égale
01:00:34un événement
01:00:35de la vie
01:00:36un drame
01:00:36un morceau
01:00:37une naissance
01:00:38un morceau
01:00:39mais certains films
01:00:40aussi
01:00:41par le montage
01:00:42entre le titre
01:00:43ou un titre phare
01:00:44de l'artiste
01:00:45des moments de sa vie
01:00:46et la manière
01:00:47dont il ou elle joue
01:00:48propose une interprétation
01:00:51ou plutôt peut-être
01:00:52ouvre la compréhension
01:00:53du morceau
01:00:54de ses paroles
01:00:55l'imaginaire
01:00:56qui l'entoure
01:00:56et qui le draine
01:00:57à autre chose
01:00:58qu'un simple raccord
01:01:00ou qu'une simple illustration
01:01:01d'un moment
01:01:02de la vie de l'artiste
01:01:02pour en parler
01:01:04je vous propose
01:01:05de regarder un extrait
01:01:06de Back to Black
01:01:07et d'entendre
01:01:08chanter
01:01:09Back to Black
01:01:10Amy Winehouse
01:01:12vient de se séparer
01:01:13de Blake
01:01:14dont elle est
01:01:15follement amoureuse
01:01:17elle va partir
01:01:18aux Etats-Unis
01:01:18pour rencontrer
01:01:19un producteur
01:01:20et elle vient
01:01:21juste avant
01:01:22de dire au revoir
01:01:23à sa grand-mère
01:01:23chérie
01:01:24avec qui elle partage
01:01:25l'amour du jazz
01:01:26et de ses grandes chanteuses
01:01:27et de ses grands musiciens
01:01:29quand elles se disent
01:01:30au revoir
01:01:31sa grand-mère
01:01:32lui dit
01:01:32d'aller à New York
01:01:33d'aller voir Birdland
01:01:34d'aller rendre hommage
01:01:35à Charlie Parker
01:01:36et donc vous allez voir
01:01:37dans l'extrait
01:01:37elle va bien devant Birdland
01:01:39cette mythique salle
01:01:40de jazz
01:01:41new-yorkaise
01:01:41sa grand-mère
01:01:43lui a donné aussi
01:01:44un collier
01:01:44que vous allez voir
01:01:45qu'elle tient
01:01:47au début
01:01:48de l'extrait
01:01:49et surtout
01:01:50lui a fait
01:01:50cette magnifique
01:01:51coiffure choucroute
01:01:53grâce à laquelle
01:01:54à la fois
01:01:54Amy Winehouse
01:01:55ressemble à sa grand-mère
01:01:57telle qu'elle était
01:01:57dans les années 50
01:01:58et ressemble un peu aussi
01:02:00aux Ronettes
01:02:01et aux Shangri-Las
01:02:02qui sont deux groupes
01:02:03vocaux féminins
01:02:04des années 60
01:02:04sa grand-mère
01:02:05est malade
01:02:06d'un cancer
01:02:06et je vous le dis
01:02:08tout de suite
01:02:08elle va mourir
01:02:09on va le voir
01:02:09dans l'extrait
01:02:11le clip de la chanson
01:02:12c'était un clip
01:02:13qui se faisait
01:02:14sur un enterrement
01:02:15mais on ne savait pas
01:02:16de qui
01:02:16c'était un enterrement
01:02:17un peu symbolique
01:02:18de son histoire d'amour
01:02:19alors ici
01:02:20on retrouve ce motif
01:02:21de l'enterrement
01:02:22mais vous allez voir
01:02:23que beaucoup d'autres choses
01:02:24s'y passent
01:02:26donc je vous propose
01:02:27de regarder cet extrait
01:02:28et puis ensuite
01:02:29d'essayer de le déplier
01:02:30un petit peu
01:02:30ce sera mon dernier extrait
01:02:33alors profitez-en
01:02:34c'est ça
01:02:35c'est ça
01:02:36c'est ça
01:02:37c'est ça
01:02:38c'est ça
01:02:39c'est ça
01:02:40c'est ça
01:02:41c'est ça
01:02:42c'est ça
01:02:43c'est ça
01:02:44c'est ça
01:02:45c'est ça
01:02:46c'est ça
01:02:47c'est ça
01:02:48c'est ça
01:02:49c'est ça
01:02:50c'est ça
01:02:51c'est ça
01:02:52c'est ça
01:02:53c'est ça
01:02:54c'est ça
01:02:55c'est ça
01:02:56c'est ça
01:02:57c'est ça
01:02:58c'est ça
01:02:59c'est ça
01:03:00c'est ça
01:03:01c'est ça
01:03:02c'est ça
01:03:03c'est ça
01:03:04c'est ça
01:03:05c'est ça
01:03:06c'est ça
01:03:07c'est ça
01:03:08c'est ça
01:03:09c'est ça
01:03:10c'est ça
01:03:11c'est ça
01:03:12c'est ça
01:03:13c'est ça
01:03:14c'est ça
01:03:15c'est ça
01:03:16c'est ça
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01:03:18c'est ça
01:03:19c'est ça
01:03:20c'est ça
01:03:21c'est ça
01:03:22c'est ça
01:03:23c'est ça
01:03:24c'est ça
01:03:25c'est ça
01:03:26c'est ça
01:03:27c'est ça
01:03:28c'est ça
01:03:29c'est ça
01:03:30c'est ça
01:03:31c'est ça
01:03:32c'est ça
01:03:33c'est ça
01:03:34c'est ça
01:03:35c'est ça
01:03:36c'est ça
01:03:37c'est ça
01:03:38c'est ça
01:03:39c'est ça
01:06:10And I go back to black
01:06:16Please kill me
01:06:33Alors, cette chanson « Back to black » nous fait traverser les continents et les temporalités.
01:06:46On passe de son camden natal qui se reflète sur les vides de la voiture et se surimpressionne sur son visage aux immeubles new-yorkais.
01:06:55On passe de New York présent aux souvenirs des heures de gloire de ce club de jazz.
01:07:00On passe du jour à la nuit et on passe de la voix intérieure que semblent être les paroles au début au studio.
01:07:09On passe du haut des immeubles au passage piéton.
01:07:12Cette chanson qui s'apparente à une chanson de rupture amoureuse et qui rattache le noir qu'elle va broyer à ce moment-là.
01:07:18Le black, c'est du Blake aussi, c'est « Back to Blake », devient une chanson de deuil et de chagrin plus globale, associée aussi à la mort de la grand-mère bien-aimée, sur le nom de laquelle d'ailleurs le silence se fait à un moment donné.
01:07:29« I go back to » et on a ce silence et on entend le nom de la grand-mère « I go back to Cynthia Levy » avant d'entendre le black.
01:07:39Le jeu de l'actrice dit ou montre plusieurs choses parmi les tensions qu'on a déjà évoquées.
01:07:45D'abord, il y a ce regard qu'elle ne cesse de porter autour d'elle, un regard qui semble à la fois vouloir mémoriser les lieux qu'elle connaît et en même temps les découvrir ou les redécouvrir.
01:07:56Un regard aussi qui dit la tension entre repli sur soi et ouverture aux autres avec tous ces moments où elle baisse les yeux ou les ferme.
01:08:05Aussi une tension entre mouvement et immobilisme avec ce grand geste de s'entourer de lacs pour fixer ses cheveux de la manière qu'a été coiffée sa grand-mère.
01:08:18Les moments de pause en haut des immeubles et puis les moments où la voix marcher dans les rues ou traverser les passages piétons.
01:08:24Et cette chanson qui semble pouvoir accueillir tous les pires moments de cafard de la terre et en même temps, qui semble sortir, être en mouvement et en même temps, qui ressasse et qui revient à ce moment de rupture.
01:08:37Avec ce « He's killed me » final, tension aussi entre quand elle chante en studio, notamment à la fin, avec un mélange de tristesse et de colère qui apparaît avec à la fois ces veines saillantes sur son front et cette mâchoire un peu en avant.
01:08:52Et en même temps, ce regard triste qui s'achève sur une larme qui s'écoule.
01:08:58Et puis, il y a une espèce de ligne que tient à l'extrait autour du souffle.
01:09:03On a d'abord cette cigarette dont elle souffle la fumée.
01:09:07Et puis, c'est ce souffle par lequel elle essaye de se ressaisir au moment de l'enterrement de sa grand-mère.
01:09:14C'est ce souffle qui remonte, qu'on voit par ce léger mouvement remonter.
01:09:18C'est toujours embêtant quand on fait truc sur l'acteur, on essaie d'imiter, mais ça ne sera jamais aussi bien.
01:09:23On voit son souffle qui remonte quand elle est en train de chanter au micro et jusqu'à la fin, avec cette respiration retenue à la fin de la chanson,
01:09:32comme si elle avait la révélation après avoir chanté tout ça, que ça n'était pas fini.
01:09:38Et que toutes les cigarettes et toutes les chansons de la Terre ne lui permettront pas de continuer à respirer s'il n'y a plus de Blake dans sa vie.
01:09:48Peut-être finalement, en plus ou plus que des multitudes, les stars de ces chansons populaires,
01:09:56telles qu'elles nous apparaissent en tout cas dans de nombreux biopiques,
01:09:59comme cette chanson ici, contiennent de nombreux fantômes.
01:10:04Alors ça peut être les fantômes d'eux-mêmes, avec par exemple Yann Curtis,
01:10:10qui raconte que tout ce succès qui est le sien, il a l'impression que ça ne lui arrive pas.
01:10:15Ça arrive à quelqu'un qui fait semblant d'être lui, qui est habillé avec sa propre peau.
01:10:21D'une autre manière, c'est Aline Dieu, à la fin du film, donc elle marche déprimée dans les rues,
01:10:27et elle tombe à Vegas sur deux sosies d'Elvis, qui pensent qu'elle est une sosie d'elle-même,
01:10:31une sosie d'Aline Dieu, et donc ils lui disent qu'elle a un peu trop de seins et un nez pas bien,
01:10:36et qu'ils donnent quelques conseils pour qu'elle se ressemble un petit peu plus.
01:10:41Et c'est aussi à la fin de Last Days, Blake s'est suicidé,
01:10:46et il va quitter son propre corps, comme vous le voyez quand même un peu malgré les pixels,
01:10:51à l'écran, et monter à l'échelle vers un hypothétique ciel,
01:10:55où on sait déjà qu'il y a Elvis qui trône.
01:10:58Ces stars, donc à la fois là et absentes à elles-mêmes,
01:11:03pourront alors être aussi bien des figures un peu christiques,
01:11:08dont les critiques d'ailleurs pourront dire qu'elles ressuscitent celles et ceux qu'elles interprètent.
01:11:12Je vous passe le nombre d'articles sur Ray, qui s'appelle Ray's Erection,
01:11:16mais il y en a un certain nombre.
01:11:18Donc des figures christiques, comme ici Robbie Williams au début d'un concert,
01:11:23ou Freddie Mercury qui rentre sur scène.
01:11:26On pourrait aussi parler de Aline Dieu, elle s'appelle quand même Dieu,
01:11:30et elle aussi quand elle chante Titanic, elle a les bras en croix.
01:11:32C'est aussi Dalida, j'en ai pas fini avec Dalida,
01:11:36mais les bras en croix sur son lit, ou porté sur scène,
01:11:40Dalida qui montre ou qui chante ses plaies,
01:11:43et les offre au public avec cette robe qui semble dessiner aussi bien un éclair qu'une cicatrice,
01:11:49éclair qui est aussi celui du capitaine Marvel Elvis porté en croix,
01:11:53lui aussi dans l'extrait qu'on a vu tout à l'heure,
01:11:55enfant par toute la fervente population religieuse noire au milieu de laquelle il est entré en transe.
01:12:01Et cet état de transe dans lequel peut être le chanteur lui-même,
01:12:04mais aussi dans lequel il peut mettre son public,
01:12:07se retrouvera par exemple, ou se retrouvera déjà,
01:12:10avec la danse indienne de Val Kilmer qui fait ressurgir les fantômes du passé meurtrier de l'Amérique
01:12:16et entraîne le public dans cette transe du feu,
01:12:21cette danse du feu, cette danse autour du feu,
01:12:24un espèce de retour à des temps de rituels païens
01:12:28que l'on a aussi sur la plage de Leto,
01:12:30où, nu, on saute par-dessus les flammes,
01:12:33faisant de ces chanteurs des sorciers ou des chamanes,
01:12:37exorcisant l'heure et peut-être nos peines ou nos angoisses dans le chant et dans la danse.
01:12:42C'est ainsi qu'était qualifiée la prestation de Sam Riley,
01:12:45une performance quasi-chamanique,
01:12:47ou mi-cadre, mi-sorcier du micro.
01:12:50C'est aussi ainsi que pouvait être décrite la Barbara de Mathieu Amalric et Jeanne Balibar.
01:12:59Il ne s'agit pas, avec cette interprétation, d'imiter Barbara,
01:13:02il s'agit de décoller d'elle comme une seconde peau
01:13:05pour assurer une nouvelle présence fantomatique.
01:13:10Et en retour, Barbara surgira, parfois du corps de Balibar,
01:13:14comme une entreprise d'exorcisme.
01:13:15Ces chanteurs et chanteuses renverront aussi à des figures ou à des temps mythologiques ou mythiques.
01:13:22C'est le visage de Val Kilmer auquel Oliver Stone superpose celui d'une statue grecque,
01:13:29Jim Morrison, qui a pu être comparé à une sorte de synthèse entre Apollon et Dionysos
01:13:33dans un article que je vous ai mis ici.
01:13:36Mais on peut aussi penser, dans ses références mythologiques,
01:13:39à la plage de Leto, où les chanteurs Victor Tsoy et Mike Nomenko
01:13:43se rencontrent autour de bouteilles de vin,
01:13:45et alors qu'ils chantent, on a ces jeunes filles dans leur tenue blanche au vent,
01:13:49cheveux au vent, avec des feuilles qu'elles agitent,
01:13:52qui font penser aux ménades grecques qui accompagnaient le dieu Dionysos dans ses libations.
01:13:58Alors, entre sacré et profane, entre religion et mythologie,
01:14:01c'est, et ce sera mon dernier point,
01:14:04c'est l'imaginaire de l'eau qui semble accompagner le plus ses artistes et ses interprètes,
01:14:09qu'ils soient dans des baignoires, où ils se reposent, où ils meurent parfois,
01:14:13qu'ils traversent des rivières, comme Blake au début de Last Days,
01:14:18appelant, convoquant peut-être aussi, une autre image d'eau,
01:14:20à la couverture de l'album Nevermind, avec ce petit bébé qui nage.
01:14:25Ça peut être aussi des plongées dans la piscine, comme dans Love and Mercy,
01:14:29où on a Brian Wilson, Paul Dano, qui plongent au fond de l'eau,
01:14:33alors que tous ses frères des Beach Boys sont assis autour.
01:14:35Et un peu plus tard, Brian Wilson, John Cusack, se redresse dans son lit,
01:14:39avec deux tableaux bleus autour de sa tête,
01:14:43comme laissant penser qu'il n'est peut-être pas complètement sorti de cette piscine
01:14:46autour de laquelle il y avait ses frères,
01:14:48ou peut-être qu'il aimerait bien y retourner.
01:14:51On a des plongées dans l'eau un peu plus métaphoriques,
01:14:54avec Kristen Stewart qui plonge dans sa baignoire,
01:14:57et baignoire qui devient un océan.
01:15:00Et on retrouve ces espèces d'océans dans lesquels ces artistes se débattent,
01:15:06ou parfois se complaisent,
01:15:07comme des narcisses plongeant dans leur propre image,
01:15:10pour soit essayer d'en sortir, soit essayer de se retrouver.
01:15:14C'est Robbie Williams dans Better Man,
01:15:17ou Amy Winehouse dans Back to Black,
01:15:19qui évoquent évidemment la figure shakesperienne de Ophélie,
01:15:24dont l'image que vous avez sur la droite,
01:15:27c'est aussi évidemment Aline Dieu qui chante la chanson de Titanic aux Oscars,
01:15:32dans cette espèce de décor tout à fait aquatique.
01:15:36Mais c'est aussi peut-être Nina,
01:15:39où l'artiste Nina Simone semble marcher sur les vagues de la moquette de l'aéroport,
01:15:45ou se déplacer au milieu de l'eau,
01:15:47l'eau de la piscine dont les reflets ondulent sur le mur,
01:15:51évoquant peut-être les sirènes qui attiraient par leur chant.
01:15:55Parce que des chants et des poèmes qui évoquent l'eau,
01:15:59il y en a souvent dans ces biopiques.
01:16:01Alors, bon, dans le contrôle, c'est plutôt la noyade.
01:16:04Ici, quand Yann Curtis assiste pour la première fois à une crise d'épilepsie,
01:16:09« maybe drowning soon », peut-être bientôt en train de se noyer.
01:16:13Mais ces chansons peuvent aussi nous apprendre à nager,
01:16:16pour s'en sortir.
01:16:17C'est Tina qui fait le crawl, ou la brasse,
01:16:21sur le fleuve Mississippi,
01:16:22« The Creedence Clearwater Revalval »,
01:16:24donc il s'agit bien de renaître par l'eau.
01:16:27Ou, oui, c'est pour toi, Cécile, cet extrait.
01:16:29Ou c'est Bob Dylan, à la fin,
01:16:31enfin, pas à la fin, dans « Un parfait inconnu »,
01:16:33qui chante ces temps qui sont en train de changer,
01:16:37cette eau qui a monté,
01:16:38alors les paroles en français,
01:16:39j'aurais dû mettre les sous-titres en anglais,
01:16:40mais cette eau qui a monté
01:16:42et le fait qu'il faut bien apprendre à nager
01:16:44pour ne pas couler.
01:16:47Ainsi donc, les acteurs et les actrices de biopics musicaux,
01:16:50qui ont la lourde tâche de ressusciter
01:16:52des chanteurs et des chanteuses populaires,
01:16:54portent bien un certain nombre de tensions
01:16:56propres au statut de star de leurs interprètes,
01:16:59dès la manière dont ils embrassent leur rôle,
01:17:01à la fois dans la ressemblance et dans l'écart avec l'original,
01:17:05mais aussi dans le jeu qu'ils proposent,
01:17:07qui vient interpréter une vie
01:17:10et des gestes,
01:17:11tout en préservant un certain mystère de la présence,
01:17:14ou encore dans les motifs auxquels
01:17:15ils et elles sont confrontés,
01:17:17qui font osciller entre sacrés et profanes,
01:17:20entre religieux et mythologiques,
01:17:21entre Narcisse et Ophélie,
01:17:23entre mort et renaissance.
01:17:25Et ce faisant,
01:17:26ces interprètes révèlent ce que ces stars populaires,
01:17:29qu'elles soient musicales ou filmiques,
01:17:30partagent,
01:17:31et ce qu'elles nous donnent à voir,
01:17:32à quel point nous sommes multiples,
01:17:34et ce n'est pas grave,
01:17:35et habitaient de nombreux fantômes,
01:17:37multitudes des fantômes,
01:17:38avec lesquels leurs chansons
01:17:39et les films aussi,
01:17:41peuvent nous aider,
01:17:42voire nous apprendre à vivre
01:17:43et à nager aussi,
01:17:44bien sûr,
01:17:45en crôle ou en brasse.
01:17:46Je vous remercie beaucoup pour votre attention.
01:17:47Merci beaucoup, Hélène,
01:17:55pour ce remarquable panorama
01:17:58qui donne envie de voir plein de films
01:18:00qu'on n'a pas vus.
01:18:02On a un micro,
01:18:03même deux,
01:18:04voilà.
01:18:05Donc,
01:18:05si vous avez des choses à dire,
01:18:08il faut digérer tout ça,
01:18:11y a-t-il des...
01:18:16Y a-t-il des...
01:18:17Oui ?
01:18:19Oui.
01:18:32Bonsoir,
01:18:33merci pour cette passionnante découverte
01:18:36et exploration des acteurs dans les biopics.
01:18:40Alors,
01:18:43j'ai un rapport un peu contradictoire
01:18:48aux biopics musicales actuellement.
01:18:51Je trouve que ça devient du jukebox,
01:18:53c'est-à-dire,
01:18:54on enchaîne les chansons pour signifier,
01:18:57tu veux ressentir le désespoir,
01:19:00tiens,
01:19:00il y a la chanson qui va le faire,
01:19:01là,
01:19:02dans Back to Black,
01:19:03par exemple.
01:19:05Et j'ai l'impression que c'est devenu un passage obligé
01:19:09pour un acteur
01:19:10de se dire,
01:19:11t'as vu comme je sais imiter,
01:19:13t'as vu comme je sais me glisser dans la peau.
01:19:16Et je trouve que ça devient une convention qui...
01:19:21Bon,
01:19:23il y a des très bonnes réussites
01:19:25comme Bob Dylan,
01:19:26comme Timothée Chalamet
01:19:28dans Un Parfait inconnu,
01:19:29mais par exemple,
01:19:30dans Back to Black,
01:19:31il y a un problème que j'ai,
01:19:32c'est qu'il y a une absence de regard
01:19:34parce qu'on sait que c'est des ayants droit
01:19:36qui veulent faire un biopic
01:19:41parce que c'est un moyen de poursuivre
01:19:44l'héritage d'un artiste
01:19:45pour revendre des disques,
01:19:47pour aussi se dédouaner parfois
01:19:49par rapport à l'artiste,
01:19:50par rapport à la personne qu'ils ont connue.
01:19:53Donc,
01:19:54je suis un peu...
01:19:56C'est un genre que j'aime regarder
01:19:57pour le côté comment il imite bien,
01:19:59comment il ressemble et tout,
01:20:01mais je trouve que ça devient
01:20:03une marchandisation
01:20:05de l'exploration de l'artiste à l'écran.
01:20:09Mais il y a des films que j'adore
01:20:10comme Love and Mercy
01:20:11que je trouve passionnants
01:20:13dans sa manière de capter l'artiste au travail
01:20:17et je trouve que c'est une dimension
01:20:19qui manque beaucoup dans des biopics,
01:20:21c'est de montrer l'artiste au travail
01:20:22et le traduire à l'écran.
01:20:24Et aussi une autre chose
01:20:25avec laquelle j'ai du mal,
01:20:27là ça déballe,
01:20:28c'est la figure tragique
01:20:31de l'artiste féminine.
01:20:33C'est-à-dire, je regarde Dalida,
01:20:37je regarde...
01:20:38Je n'ai pas vu Barbara,
01:20:39donc je ne peux pas dire.
01:20:42Et il y a toujours ce côté où...
01:20:45Je regarde le biopic
01:20:46sur la chanteuse de country
01:20:47Tammy Wynette
01:20:48avec Jessica Chastain.
01:20:51et il y a toujours l'aspect sentimental,
01:20:57le côté tragique et torturé
01:20:59chez l'artiste féminine
01:21:00qui, moi, me gêne
01:21:02parce que je trouve que
01:21:03c'est des histoires incroyables
01:21:05pour des femmes qui ont percé
01:21:06dans le milieu musical
01:21:07et qui sont devenues des icônes.
01:21:09Donc voilà, c'est juste mon petit retour.
01:21:12Merci en tout cas.
01:21:12Oui, oui, je vais vous faire
01:21:14un retour à votre retour,
01:21:15enfin, sur deux, trois choses.
01:21:17Mais oui, oui,
01:21:17je ne suis pas une spécialiste du biopic,
01:21:20je regarde de temps en temps, en effet.
01:21:22Et c'est vrai que
01:21:23pour en avoir vu beaucoup,
01:21:24il y a vraiment de tout.
01:21:25Après, comme souvent,
01:21:26de par ce biais de l'acteur,
01:21:28je trouve que parfois,
01:21:28il y a des films
01:21:29où tout à coup,
01:21:29il y a un moment de jeu,
01:21:30il y a quelque chose qui est...
01:21:30quelque chose qui est...
01:21:32Mais c'est vrai qu'il y a
01:21:33beaucoup de biopiques.
01:21:35En effet, celui sur Amy Winehouse
01:21:37qui sont là pour vendre.
01:21:39Celui sur Robbie Williams
01:21:40était aussi pour amener
01:21:41Robbie Williams
01:21:41sur le territoire américain
01:21:43où il n'était pas complètement connu.
01:21:46Après, je suis d'accord aussi
01:21:49sur le...
01:21:50C'est très difficile
01:21:50d'avoir des vraies belles scènes
01:21:53sur l'artiste au travail.
01:21:54Alors dans Love and Mercy,
01:21:55pour le coup, il y en a,
01:21:57mais souvent,
01:21:58où c'est juste ce truc de
01:21:59« Ah, il a vécu ça,
01:22:00donc il va écrire cette chanson
01:22:01et puis c'est réglé. »
01:22:03Sur les biopiques féminins,
01:22:06alors je vous conseillerais de voir,
01:22:07je n'ai plus le nom du réalisateur,
01:22:10c'est un film qui, en anglais,
01:22:12s'appelle « Coal Miner's Daughter »,
01:22:15voilà, avec Sissi Spasek
01:22:16et Tommy Lee Jones
01:22:17sur la chanteuse de country,
01:22:19Loretta Young,
01:22:19et c'est un film assez étonnant
01:22:21parce que ça ne part pas du tout
01:22:22comme...
01:22:22Enfin, moi, quand cette jeune fille,
01:22:25elle a, je ne sais pas,
01:22:2615-16 ans,
01:22:27elle voit ce Tommy Lee Jones-là
01:22:29qui n'a pas encore son...
01:22:30mais bon,
01:22:30qui fait déjà un mec un peu rude
01:22:33et, voilà, coup de foudre,
01:22:35il se marie,
01:22:35ça commence quand même,
01:22:36on a un viol conjugal,
01:22:38voilà, assez vite,
01:22:39et en fait,
01:22:39ce type,
01:22:40il est persuadé du talent
01:22:41de cette femme
01:22:42et c'est lui
01:22:43qui va tout faire,
01:22:45il va donner...
01:22:46Les gamins,
01:22:46ils vont avoir 12 enfants,
01:22:48ils vont les donner à la mère
01:22:49et puis ils vont l'amener
01:22:49en tournée,
01:22:50en tournée de maison de disques
01:22:51et ensuite,
01:22:52il va s'occuper de la maison
01:22:54et il croit en sa femme
01:22:55et c'est assez étonnant
01:22:57surtout d'où partait le film
01:22:58et puis, bon,
01:22:59évidemment,
01:22:59avec des acteurs assez...
01:23:00Alors,
01:23:01on retrouve les scènes au miroir,
01:23:03on retrouve,
01:23:03j'en ai pas parlé,
01:23:04mais il y a toujours
01:23:04la découverte du premier instrument,
01:23:06alors la guitare,
01:23:06on la découvre sur son lit,
01:23:08tranquille,
01:23:08enfin, voilà,
01:23:08ça c'est tout le temps ça
01:23:10mais c'est quelque chose d'assez...
01:23:13Ça dit des choses sur la chanson folle,
01:23:15comment elle raconte finalement
01:23:16le quotidien
01:23:17et ce lien entre la chanteuse
01:23:19de country et son public
01:23:20et en même temps,
01:23:21il y a ce couple assez étonnant
01:23:25dans la manière où souvent,
01:23:27c'est des histoires de la chanteuse
01:23:28avec son manager
01:23:29dont elle doit se séparer
01:23:29parce que...
01:23:30Et là, en fait,
01:23:31le manager,
01:23:31c'est le mari
01:23:31et qui consacre sa vie
01:23:33à faire de sa femme
01:23:35qui l'emmène en tournée,
01:23:36qui fait...
01:23:37Voilà,
01:23:37c'est assez étonnant
01:23:38et si vous aimez bien
01:23:39Sissi Spassak et Tomé Lee Jones,
01:23:41voilà,
01:23:41les voir jeunes comme ça,
01:23:42c'est une belle découverte.
01:23:45Eh bien,
01:23:46voilà,
01:23:47quittons-nous du coup.
01:23:48Merci beaucoup Hélène.
01:23:49Merci.
01:23:49Merci.
01:23:50Merci.
01:23:51Merci.
01:23:51Merci.
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