00:02...
00:04Nous sommes donc à Cannes, 35e festival du film, 6e jour.
00:08François, vous qui suivez tous les jours et qui voyez beaucoup de films...
00:12Des jours tous très longs.
00:13Des jours très longs.
00:14Et chaque jour, c'est un peu le jour d'un mettant en scène, c'est vrai.
00:17Il y a beaucoup plus...
00:18L'importance est beaucoup plus donnée désormais au mettant en scène
00:21qu'aux stars, entre guillemets, si le mot existe encore.
00:24Il n'empêche que vos comédiens et vos interprètes sont là, bien sûr,
00:27et qu'ils jouent un rôle très important en votre film.
00:30Vente Sable, il faudrait peut-être le définir, François.
00:33Vente Sable, ce n'est pas un film comme on a l'habitude d'en voir.
00:36C'est une sorte de poème où l'image et la musique se répondent.
00:42Et il ne faut pas aller le voir en se disant que l'Agda Ramina raconte une histoire,
00:46mais il traite plutôt, justement comme dans un poème, une série de thèmes
00:50qui est celui de la malédiction de la condition de la femme dans l'islam.
00:55Il y a, par exemple, une scène d'accouchement qu'on voit très longtemps,
00:59depuis les contractions jusqu'à la naissance de l'enfant,
01:03qu'il raconte avec une grande insistance et en même temps une grande beauté.
01:06Car ce qui compte pour lui, c'est le regard des petites filles
01:10qui assistent à cet accouchement et qui comprennent
01:13qu'elles aussi seront condamnées à une pareille douleur,
01:17à être aussi peu aidées et à être punies si elles ont des filles.
01:19Unis, condamnés, en effet, Mohamed l'Agda Ramina, dans votre film,
01:23vous montrez sans complaisance la terrible répression
01:27qu'une mauvaise interprétation de l'islam peut donner au rôle de la femme dans vos civilisations.
01:33C'est exactement ça.
01:34C'est exactement ça.
01:35Je pense qu'il fallait que quelqu'un le fasse.
01:39On n'a jamais...
01:39Il y a deux problèmes tabous d'abord dans notre religion,
01:43c'est de ne pas toucher au problème de la femme
01:45et de ne pas toucher au problème de la religion.
01:48Or, on s'est toujours servi de la religion,
01:49de la mauvaise interprétation de la religion
01:51qui donnait une très belle place à la femme
01:54pour s'en servir et pour réprimer la femme.
01:57Pour preuve, c'est qu'à la fin du film,
01:59il y a un exergue, j'ai dédié ce film à ma mère qui eut 16 gosses.
02:04Bon, toute ma vie, cet enfant, vous avez vu François, tout à l'heure,
02:07que vous avez vu dans le film, qui est mon fils,
02:09qui joue mon propre rôle,
02:13qui était fasciné parce que toute ma vie,
02:15je n'ai vu ma mère enceinte,
02:16chaque fois que je me réveillais la nuit,
02:18ma mère était enceinte, elle était tout le temps enceinte,
02:20tout le temps enceinte.
02:21C'est cette condition qu'il fallait bien un artiste,
02:24un jour, pour poser ce genre de problème.
02:26Mais pourquoi dites-vous une mauvaise interprétation de l'islam ?
02:29Parce que cette interprétation, elle existe depuis des siècles.
02:32Mais vous savez, elle existe depuis...
02:34Vous savez, la civilisation...
02:35Je pense que l'islam a conclu de l'indice jusqu'au passé,
02:38jusqu'à l'Atlantique,
02:39c'est parce que l'islam était facteur de progrès,
02:41l'islam apportait quelque chose,
02:42c'était un mouvement culturel,
02:44c'était un mouvement mystique,
02:45mais aussi culturel,
02:46qui avait pris dans la civilisation grecque.
02:49Et aujourd'hui, vous savez,
02:51tous les pouvoirs,
02:52dans tous les pouvoirs musulmans,
02:54s'appuient sur cette religion.
02:56C'est l'histoire du sabre et du coupillon.
02:58Un extrait, un premier extrait de votre film,
03:00Mohamed l'Aqdar Amina,
03:02extrait qui montre, je pense,
03:04le mariage, c'est le début du film.
03:05Consommation du mariage.
03:08Donc, dans Vent de sable,
03:10film décrivant, entre autres,
03:12la condition de la femme.
03:41Sous-titrage Société Radio-Canada
04:09Sous-titrage Société Radio-Canada
04:26Sous-titrage Société Radio-Canada
05:09Sous-titrage Société Radio-Canada
05:28La chemise à la main,
05:30chemise souillée de sang,
05:31j'imagine que c'est le symbole
05:33de la consommation du mariage,
05:36ce que vous appelez, en fait,
05:37Mohamed l'Aqdar Amina,
05:38un viol légal.
05:39Oui, j'appelle ça un viol légal
05:40et c'est humiliant pour la femme.
05:43Mais ça n'a jamais été montré
05:44dans votre cinéma,
05:45dans le cinéma algérien ?
05:46Je n'ai jamais, dans aucun cinéma
05:47du tiers monde,
05:48aucun cinéma musulman,
05:49on n'a jamais osé montrer
05:50ce genre de scène.
05:52D'abord, ce genre de scène
05:53ne passeront jamais
05:54dans le monde musulman.
05:56Ah, vous voulez dire
05:56que votre film,
05:57qui représente officiellement à Cannes,
05:58le cinéma algérien,
05:59ne sera jamais montré en Algérie ?
06:00Il sera montré en Algérie,
06:01mais couper de ces scènes-là ?
06:02Vous croyez ?
06:03Ah, ça, j'en suis sûr,
06:04puisque je suis le directeur
06:05d'un organisme d'État.
06:06Alors, c'est vous
06:07qui allez le couper ?
06:07Je ne le couperai pas, moi.
06:09Les autres se chargeront
06:10de le couper, ça, j'en suis sûr.
06:12Nadia Talbi, je vous vois sourire.
06:13Mais vous,
06:14qui interprétez cette femme,
06:15alors vous aussi,
06:15vous craignez d'être l'objet
06:17ou le sujet d'une représailles,
06:19d'une censure ?
06:20Non, pas du tout.
06:21Je ne parlerai pas de représailles
06:22parce que je pense
06:23que ça n'existe pas
06:24à partir du moment
06:25où on a débloqué justement
06:26un budget
06:27et on a permis
06:27à ce film de se faire.
06:29Donc, on ne peut pas parler
06:30de représailles
06:31ni de sanctions.
06:33Mais disons que,
06:35pour revenir à la question
06:36du viol,
06:38c'est surtout pour montrer
06:39cette chemise tachée de sang,
06:41c'est pour montrer
06:41la virilité de l'homme.
06:43Et ça, c'est très important
06:45de montrer effectivement
06:47que l'acte a été consommé.
06:49Oui, Albert Maski,
06:50c'est toute une civilisation,
06:51un comportement machiste,
06:53comme on dit aujourd'hui.
06:54L'homme prime.
06:55C'est l'homme.
06:56C'est vrai.
06:56Il m'a déposé un jour
06:57en avion dans le désert.
06:59Je suis devenu un arabe
07:00du jour au lendemain.
07:01Et j'étais l'interprète
07:02de sa pensée,
07:03mais d'une façon,
07:03je crois, élégante.
07:04Admirable, d'ailleurs.
07:07François, revenons
07:08au deuxième extrait,
07:09si vous voulez bien
07:10nous le situer.
07:11Deuxième extrait
07:11du film de Mohamed.
07:13C'est la répudiation définitive
07:15de la femme qui s'en va
07:16parce qu'elle a fait
07:17huit filles
07:18et que quand elle a accouché
07:19de la neuvième,
07:20c'est trop.
07:20L'homme la répudie.
07:21Et quand elle vient
07:22d'accoucher,
07:25elle quitte la corde
07:26à laquelle elle était accrochée
07:27car elle accouche debout,
07:30elle tombe par terre
07:30et l'homme mécontent
07:32la frappe avec une ceinture.
07:34Alors c'est un souvenir
07:35d'enfance, ça ?
07:35Vous avez vécu tout ça ?
07:36J'ai vécu tout ça.
07:38De toute façon,
07:38d'y vont des horaires,
07:39ça chronique des années
07:40de vrais à ce film.
07:41Je tourne toujours.
07:42J'ai presque vendu
07:44trois fois
07:45le même film
07:46au même producteur.
07:48Je ne sens jamais
07:49de ma tribu,
07:51de mon enracinement,
07:52de mes choses.
07:53et c'est une continuité.
07:56Ma tante a eu
07:57treize filles,
07:58ça a toujours été matraqué.
08:00Je crois qu'Albert
08:01a été formidable.
08:02Il a joué,
08:03ce fille,
08:03cette histoire
08:04avec une violence
08:05et avec une justesse
08:08formidable
08:09et ça,
08:11ça m'a toujours marqué.
08:12Alors voyons donc,
08:13puisque vous nous avez
08:14gentiment montré
08:15en fait presque
08:15l'ouverture du film,
08:16le début du film,
08:17voyons-en la conclusion
08:19ou presque
08:19que la répudiation
08:21est l'adieu.
08:22Répudiation parce qu'on a cru
08:23que cette femme
08:23avait été infidèle.
08:32C'est parti.
09:01C'est parti !
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