- il y a 2 jours
Déjà le sang de Mai ensemençait Novembre est un film documentaire historique majeur réalisé par le cinéaste René Vautier en 1982.
Le sujet :
Le film explore l'histoire de la colonisation de l'Algérie. Il met en lumière le lien de cause à effet entre les massacres du 8 mai 1945 à Sétif et Guelma (évoqués par des témoins et l'écrivain Kateb Yacine) et le déclenchement de la guerre de libération nationale en novembre 1954.
Pourquoi ce titre ?
La phrase symbolise l'idée que la violence et la répression subies par le peuple algérien en mai 1945 ont planté les graines (le sang qui ensemençait) de la Révolution du 1er novembre. Le documentaire rétablit la vérité historique en déconstruisant la version triomphante du récit colonial français de l'époque.
Le sujet :
Le film explore l'histoire de la colonisation de l'Algérie. Il met en lumière le lien de cause à effet entre les massacres du 8 mai 1945 à Sétif et Guelma (évoqués par des témoins et l'écrivain Kateb Yacine) et le déclenchement de la guerre de libération nationale en novembre 1954.
Pourquoi ce titre ?
La phrase symbolise l'idée que la violence et la répression subies par le peuple algérien en mai 1945 ont planté les graines (le sang qui ensemençait) de la Révolution du 1er novembre. Le documentaire rétablit la vérité historique en déconstruisant la version triomphante du récit colonial français de l'époque.
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TVTranscription
00:14Le 21ème rigueur
00:20Le 22ème rigueur
00:23Pierre sur pierre sculpté en souvenir du fracas des armes
00:28Et un jour les armes se retournent contre le peuple
00:31Et le peuple a vaincu les armes
00:35Et a changé les pierres
00:37Les armes se retournent contre les armes
00:41Et les armes se retournent contre les armes
00:43Et les armes se retournent contre les armes
00:56Pierre sur pierre, nous avons bâti au-dessus de notre ville
01:00Pour la révolution de novembre
01:03En souvenir
01:05Non pas dalle pesante pour écraser les martyres dans l'oubli
01:09Mais vrilles de pierres du sol au ciel
01:12Ihnen estgili de l'aynot
01:16Donut l' refreshment
01:19Pour l'est harte qu'on n'a
01:20Dans la carte de terre
01:24pour la terre
01:41Pierre sur pierre, flamme de pierre de notre terre vers notre soleil
01:46en
02:16Non pierre fossile de la mémoire, mais lente danse du souvenir, enterrer la haine, pierre sur pierre, et au nom
02:34d'hier, veiller sur l'avenir, pierre par pierre.
02:55Il est difficile de se promener dans l'Algérie sans trouver des gens qui veulent dialoguer.
03:00Et ici, il y a devant moi Ismet. Alors Ismet, qu'est-ce que tu veux toi ?
03:04Alors moi j'ai l'idée de créer un dialogue entre jeunes français et jeunes algériens.
03:12Alors ça, peut-être par l'intermédiaire, en passant par le truchement d'un lycée, d'un lycée algérien qui
03:20parle à un lycée français,
03:21dans le but de mieux nous connaître, d'améliorer nos relations.
03:25Et je ne vois pas pourquoi maintenant il y aurait de problème.
03:28Moi-même je suis issu de la génération après 62, et les gens avec qui je dialoguerai n'auront pas
03:34connu aussi la période de guerre.
03:37C'est ça, il n'y a pas eu de sang entre vous ?
03:38Il n'y a pas eu de sang, aucune séquelle. Bon, il y a une histoire qui est commune.
03:43Justement, sur cette histoire aussi, il faudrait discuter, parce que jusqu'à présent, il y a eu que la version
03:47française.
03:49Il y a beaucoup de choses qui nous portent atteintes, et on voudrait voir maintenant dans une optique,
03:56voir si au futur, on ne pourrait pas nous-mêmes, en dialoguant, en contact, construire cette histoire, l'affaire.
04:02Réécrire l'histoire ?
04:03Réécrire l'histoire, oui, oui, réécrire l'histoire ensemble, et là on se mettra tous d'accord qu'on ne
04:08portera ni atteinte d'un français, ni eux nous porterons atteinte.
04:12Tu penses que c'est une nécessité aujourd'hui ?
04:13Oui, oui, c'est très très important ça.
04:16Sinon, il n'y aura pas de dialogue, il n'y aura pas de contact réel, il n'y aura
04:19pas d'amitié, ce n'est pas possible.
04:21C'est dans cet esprit de discussion, d'égal à égal, que nous avons invité Roland Bacry, le petit poète
04:27du Canard Enchaîné, né à Bebeloued,
04:29à venir évoquer la responsabilité de sa famille, les Bacry, dans ce coup d'éventail qui servit de prétexte à
04:35la conquête.
04:36Roland Bacry, voulez-vous que nous discutions un peu de cette période de la vie de votre famille à Alger
04:41?
04:41C'est votre histoire, c'est l'histoire de France, d'Algérie et de l'histoire de ma famille.
04:48On était des Espagnols de l'armée en déroute, on est arrivé à Livourne, et puis en 1770, tout d
04:56'un coup, les Bacry de Livourne sont venus à Alger.
04:59C'était des grands banquiers, des grands marchands de blé, et on nous appelait les rois d'Alger parce qu
05:04'on était très important.
05:06Auparavant, une seconde quand même, pour rétablir l'histoire dans son ensemble, vous êtes parti d'Espagne,
05:11parce que la famille Bacry, juive, avait des problèmes avec l'Inquisition.
05:16Ben oui, parce que tous les Juifs de l'époque, où on devenait catholique, et ma mère, elle n'aurait
05:21jamais accepté,
05:22ou alors, on restait juif, mais on foutait le camp. Alors on est allé à Livourne.
05:26Mais avant, vous viviez, c'est pour rétablir un certain point d'histoire comme ça, avant vous viviez très bien
05:31avec les musulmans en Espagne.
05:33Ah, de toute façon, Bacry, même à Alger, on nous appelait les Ben Sarhot. Je ne sais pas ce que
05:37ça veut dire en arabe,
05:38mais nous, les Bacry, ça existe aussi en arabe, quoi. Moi, je suis un judéo-arabe. Je ne sais pas
05:43ce que ça veut dire,
05:44mais enfin, moitié juif, moitié arabe, et maintenant, moitié français. On est trois moitiés.
05:48Alors c'est pour dire, donc, on était des Ben Sarhot, je ne sais pas pourquoi,
05:51et puis Bonaparte, comme il voulait faire sa campagne d'Egypte, il avait besoin de blé.
05:55Et donc, il s'est adressé au dé Hussin, le dé turc.
05:59Et il a dit qu'il voulait acheter pour 14 millions de francs or de blé,
06:03pour que Bonaparte puisse aller à la campagne, la campagne d'Egypte.
06:07Auparavant, donc, rétablissons aussi un point d'histoire,
06:09l'Algérie n'était pas une région tellement déserte et chauvage,
06:12puisqu'elle pouvait se permettre de vendre des quantités assez considérables de blé à la France.
06:16Mais c'est terrible !
06:17Le dé Hussin n'arrivait pas à récupérer 14 millions de francs or.
06:21La France devait de l'argent au dé d'Alger.
06:23C'est ça. Et au Bacry, bien sûr, puisque nous, on était les mandataires.
06:26Alors, M. Roland Bacry, c'est Bacry qui a obtenu les créances
06:30et qui est parti les présenter en France
06:32dans l'espoir de se faire payer par le gouvernement français
06:35les dettes datant de cette commande faite par Bonaparte en 1795
06:44et qui, en 1827, n'est toujours pas payée.
06:48Toujours pas.
06:48Alors, donc, le consul de France reçoit mission d'aller voir le dé,
06:52où c'est le dé qui lui demande de venir le voir.
06:54Non, c'est pareil. Il est sur un bourricot et il monte les petites rues de la Casbah
06:58avec des poternes, des lanternes et des...
07:00Enfin, tout ce que vous connaissez, la Casbah d'Alger.
07:03Et il arrive au palais qu'on a appelé par la suite le palais de l'Éventail.
07:07Vous connaissez, dans la Casbah, il y a le palais de l'Éventail, du coup d'Éventail.
07:11Bref, il arrive là-bas.
07:12Et puis, d'abord, c'est tiens mon frère, tiens mon frère.
07:15Enfin, tout ça, c'est toutes les salamalèques d'usage.
07:17Un, et ça tourne vite à l'aigre.
07:21Il se traite de tout.
07:22Et l'autre, un, il prend la mouche, l'autre, il prend le chasse-mouche et il donne un coup
07:26sur la...
07:26Alors, fois historique, c'est un chasse-mouche ou c'est un éventail.
07:30Et bref, le déus, je veux dire, le consul, il est tout rouge de la gifle, ainsi de suite.
07:40Il repart là-bas et puis il dit, voilà, ils m'ont donné une gifle, etc.
07:44Et l'autre, en colère, il dit, bon, puisque c'est comme ça, il appelle le général de Bourmont,
07:49garde à bout fixe, aller romper les négociations.
07:52Il rompt les négociations et on va envoyer les troupes à Sidi Féruches parce que là-bas, il paraît qu
07:58'il y a une plage terrible.
07:59Et c'est en 1830 que vous savez que les troupes françaises ont débarqué.
08:05Voilà.
08:06Monsieur Bacry, vous dites, pour défendre l'honneur de vos aïeux, que la dette française n'avait pas été réglée
08:13au dé.
08:14Ça, c'est un fait, c'est sûr.
08:16Mais est-ce qu'elle n'avait pas été réglée au Bacry ?
08:18Parce que...
08:19C'est très compliqué.
08:20C'est pas si compliqué que la science d'argent, c'est compliqué comme tout.
08:23Si on se réfère aux historiens qui ne sont pas comme vous, des historiens de rien...
08:28Oui, je sais, Charles-André Julien.
08:29Il y a M. Charles-André Julien, qui est un grand spécialiste des questions, qui vous a écrit il y
08:34a quelques années.
08:35Mon cher Bacry, tu as touché en 1800 un premier raconte de 3 175 000 francs.
08:41Puis un second de 1 200 000 francs grâce à l'intervention de ton ami Talleyrand.
08:57Talleyrand.
08:58Tu as fait une admirable affaire et du même coup roulait le dé d'Alger, qui était le seul créancier
09:03valable et qui n'a pas touché un soupe.
09:04D'où le coup d'éventail.
09:06Ça a quand même une lourde responsabilité familiale.
09:08Il faut reprendre l'histoire telle qu'elle est.
09:12Cher Bacry, c'est justement ce que souhaitent les Algériens, qui n'ont récupéré en 1962 dans les bâtiments officiels
09:17d'Alger que bien peu de documents d'archives.
09:20Ces quelques documents et les recherches d'historiens permettent déjà d'établir que même si Joseph Bacry, en gardant à
09:25son compte les sommes qui lui furent versées pour régler une partie des dettes françaises au dé,
09:30a une grande responsabilité dans le coup d'éventail.
09:32Ce coup d'éventail ne fut guère qu'un prétexte.
09:34Le roi de France, Charles X, avait besoin de reprendre en main son armée.
09:38Il a pensé qu'une expédition sur Alger lui permettrait de donner à ses militaires gloire et butin.
09:42Quant au tenant du capitalisme naissant, leur théoricien Sismondi écrivait dès mai 1830,
09:48ce royaume d'Alger ne sera pas seulement une conquête, ce sera une colonie, ce sera un pays neuf sur
09:52lequel le surplus de la population et de l'activité française pourra se répandre.
09:56Voilà les véritables raisons de la conquête dont il faut aussi éclairer les méthodes.
10:03Alors j'ai pris des documents à la Bibliothèque Nationale à Paris, des témoignages des conquérants de l'époque, des
10:09conquérants français.
10:10D'abord des extraits du Brévière que l'on avait remis aux officiers et soldats qui s'en allaient en
10:15Afrique.
10:16Cela s'appelait Aperçu historique, statistique et topographique sur l'état d'Alger.
10:21Voici quelques-uns de ces extraits.
10:24Ces contrées sont des terres vacantes, abandonnées aux mauvaises herbes par la paresse et l'indolence des morts.
10:30Les femmes du pays sont livrées par la paresse des Arabes, qui passent toute leur vie à fumer, à la
10:36turpitude de mœurs extrêmement relâchées.
10:38Elles n'ont pas de religion.
10:40Beaucoup doutent qu'elles aient une âme immortelle et croient qu'elles ne sont faites que pour la reproduction.
10:44Le climat aidant, les femmes sont nécessairement disposées au plaisir.
10:50Alors, allez-y, des terres vacantes et des femmes consentantes qui n'attendent que les soldats français.
10:55Et puis à côté, j'ai vu d'autres documents qui marquent l'étonnement des officiers français qui débarquaient en
11:04Afrique.
11:05C'est « Campagne d'Afrique en 1830 par un officier du corps expéditionnaire ».
11:11Cette terre, qu'on avait présentée comme sauvage et inhabitée, est couverte de jolies maisons de campagne entourées de jardins.
11:18Toutes sont bâties sur des hauteurs dont les mouvements onduleux contrastent tout à fait avec l'aridité des côtes de
11:23Provence.
11:24La végétation y est superbe et partout, des sources et des courants d'eau fécondent la terre.
11:29Les fruits y sont en abondance.
11:30Un grand nombre d'acducs amènent les eaux jusqu'à la capitale.
11:34Et le maréchal Bugeot lui-même.
11:36J'ai reconnu que l'Algérie produit beaucoup de grains, une immense quantité de bétail.
11:40L'immensité des terrains ensemencés atteste l'existence d'une population beaucoup plus nombreuse qu'on ne le pensait.
11:46Le commandant Claude-Antoine Rosé, dans Voyage dans la Régence d'Alger en 1833.
11:52Presque tous les hommes savent lire et compter.
11:54En France, on compte à l'époque 40% d'un alphabète.
11:58Ainsi, les soldats qui débarquent sont en général moins instruits que les sauvages qu'ils viennent civiliser.
12:06Le ministre de la guerre de l'époque, il s'appelait Girard.
12:10Il faut se résigner à refouler au loin, à exterminer même la population indigène.
12:15Le ravage, l'incendie, la ruine de l'agriculture sont peut-être les seuls moyens d'établir solidement notre domination.
12:22Savary, duc de Rovigo, apportez des têtes, des têtes, bouchez les conduites d'eau avec la tête du premier bénouin
12:29que vous rencontrerez.
12:31Au nom, bien sûr, de la civilisation.
12:34Christian, dans l'Afrique française.
12:36Un détagement de l'armée, parti d'Alger, surprend la tribu désarmée des Olifias
12:40et massacre sur le champ tous les hommes, femmes, enfants, sans distinction.
12:44On parlera de 12 000 morts.
12:47Les troupeaux raflés aux Olifias seront vendus au consul du Danemark.
12:51Quant au reste du butin, il fut exposé au marché de Babazoun.
12:54On y voyait des bracelets de femmes encore attachés à des poignées coupées
12:57et des boucles d'oreilles pendants à des lambeaux de chair, au nom de la civilisation.
13:03Le colonel François de Montagnac.
13:05Selon moi, toutes les populations qui n'acceptent pas nos conditions doivent être rasées.
13:10Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d'âge et de sexe.
13:13L'herbe ne doit plus pousser là où l'armée française a mis le pied.
13:18Saint-Arnaud.
13:19Il était commandant et c'était aussi un mari très attentionné.
13:22Il écrit à sa femme.
13:23Chère Louise, je suis bivouaquée par une chaleur de 40 degrés
13:27au milieu de 20 villages superbes qui ne se sont jamais bien soumis.
13:31Je leur ai donné jusqu'à ce soir pour payer les impôts et les amendes que je leur inflige.
13:35S'ils ne s'exécutent pas, j'enverrai trois colonnes, brûlez tout.
13:39En juin 1845, la tribu des Ouladriha, chassée de ses doigts par les détachements incendiaires du colonel Pellissier,
13:46se réfugie dans des grottes de montagne.
13:49Ordre du maréchal Bugeot.
13:51Si ces gredins se retirent dans leur caverne,
13:54imitez Cavenia Cosbeha, fumez-les à outrance comme des renards.
13:58Voici le récit d'un témoin, français bien sûr.
14:01Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune,
14:03un corps de troupe française occupé à entretenir un feu infernal.
14:07Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux,
14:11le craquement des rochers calcinés s'écroulant.
14:13Le matin, quand on chercha à dégager l'entrée des cavernes,
14:16gisaient des bœufs, des ânes, des moutons.
14:19Parmi les animaux, entassés sous eux,
14:21on trouvait des hommes, des femmes, des enfants.
14:23J'ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d'un bœuf.
14:27Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras.
14:31Cet homme avait été asphyxié au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal.
14:35On a compté 760 cadavres.
14:39Le 8 mai 1845,
14:41Saint-Arnaud découvre 500 Algériens qui s'abritent dans une grotte entre Tenès et Mostaganem.
14:47Saint-Arnaud ordonne à ses soldats de les emmurer vivants.
14:51Il écrit « Je fais boucher hermétiquement toutes les issues et je fais un vaste cimetière.
14:56La terre couvrira à jamais les cadavres de ses fanatiques. »
15:00C'est à peu près ce qu'ont dit les Allemands en massacrant le village d'Auradour-sur-Glane.
15:07Montagnac, toujours lui, le colonel.
15:10« Voilà comment il faut faire la guerre aux Arabes.
15:12Tuer tous les hommes jusqu'à l'âge de 15 ans.
15:15Prendre toutes les femmes et les enfants.
15:17Vous me demandez ce que nous faisons des femmes que nous prenons ?
15:19On en garde quelques-unes comme otages.
15:21Les autres sont échangées contre des chevaux.
15:24Et le reste est vendu à l'enchère comme bête de somme.
15:27Toujours au nom de la civilisation.
15:29Nous rapportons un plein baril d'oreilles récoltées père à père sur les prisonniers.
15:33Il contient même celle d'un de nos 58 gendarmes morts de maladie.
15:37Deux pièces de 100 sous ne sont pas à dédaigner.
15:40Le Maréchal Soult, ministre de la guerre, répondant à des questions à la Chambre des députés.
15:46En Europe, un tel acte serait horrible et détestable.
15:49En Afrique, c'est la guerre même.
15:52C'est la guerre même, c'est du moins ce que dit le ministre français.
15:56Mais en face, voici un décret pris par l'émir des Arabes, l'émir Abdelkader.
16:01Tout arabe qui amènera vivant un soldat français recevra pour récompense la somme de 8 d'ouro.
16:07Tout arabe qui aura un français en sa possession sera tenu de le bien traiter et de le conduire le
16:12plus promptement possible,
16:13soit devant le califat, soit devant l'émir lui-même.
16:16Dans le cas où le prisonnier aurait à se plaindre de mauvais traitements, l'arabe n'aura droit à aucune
16:20récompense.
16:22A la lecture de ce décret, question d'un soldat algérien, quelle récompense pour un prisonnier vivant ?
16:28L'émir répond « 8 d'ouro ».
16:30Et pour une tête coupée, l'émir répond « 25 coups de bâton sur la plante des pieds ».
16:36De quel côté était la civilisation ?
16:40J'ai donc fait ce film avec les citations et des dessins et gravures qui étaient à la Bibliothèque nationale
16:48à Paris
16:48et j'ai proposé le film à la Ligue de l'enseignement pour qu'il soit projeté dans les lycées
16:53et collèges de France et de Navarre.
16:55La Ligue de l'enseignement l'a refusé avec cette appréciation.
16:59Quoique très correctement réalisé et basé sur des documents indiscutables,
17:04ce film va à l'encontre de toutes les idées qui servent de base à l'enseignement de la pénétration
17:08française en Afrique du Nord,
17:09ce qui rend sa diffusion impossible.
17:12C'était reconnaître que l'enseignement n'avait pas pour but l'éducation, c'est-à-dire l'ouverture vers
17:16la réalité,
17:17mais l'endoctrinement au service d'une idée politique, ici le colonialisme.
17:23L'avion régulier d'Air France a contribué dans une certaine mesure à la décentralisation littéraire
17:28en amenant à Biscra les membres du jury du Grand Prix des quatre jurys
17:31venus décerner en Algérie une récompense enviée.
17:34Bien qu'ils ne soient pas candidats au prix, les Aïs-Aoua font preuve d'un talent que possèdent rarement
17:38les écrivains.
17:39La littérature algérienne, avant l'indépendance,
17:44et même aujourd'hui, il y a des gens qui prétendent que c'est Albert Camus.
17:52Et il est vrai que, pendant longtemps, Albert Camus a représenté ce qu'on a appelé l'école d'Alger,
18:02et c'était un homme de gauche.
18:10Simplement, les Français qui connaissent Camus,
18:14peut-être le connaîtraient mieux, le comprendraient mieux,
18:18s'ils le comparaient à un autre écrivain qui s'est trouvé dans la même situation,
18:22un écrivain américain, un grand écrivain, un autre prix Nobel comme Camus,
18:27c'est William Faulkner.
18:30Voilà, là nous avons deux écrivains
18:33qui naissent dans des conditions à peu près semblables,
18:36et on peut dire que Camus était d'origine plus modeste même.
18:39Enfin, Faulkner était un fils de colon,
18:42dans le sud des États-Unis.
18:45Il était dans la même position à peu près,
18:47dans la même situation fausse,
18:49c'est-à-dire, il vivait parmi les Algériens,
18:53Faulkner vivait parmi les Noirs du sud des États-Unis,
18:57mais la grande différence, c'est que
19:01Faulkner parlait la langue des Noirs,
19:02il emploie même dans ses livres l'argot des Noirs des États-Unis.
19:06Il les connaissait.
19:08Il était resté raciste, il avait des relents racistes,
19:10mais dans ses livres,
19:12il se débattait avec ses nègres, avec ses Noirs,
19:14il essayait de les comprendre,
19:16et il les comprenait souvent,
19:18et ça ne l'empêchait pas de les haïr.
19:21Par contre, chez Camus,
19:23d'un côté, il était pour nous,
19:25pas pour l'indépendance,
19:26mais enfin, pour les indigènes,
19:28pour être moins brutale, moins raciste,
19:33mais c'était au fond une position morale,
19:35seulement morale,
19:37parce que dans l'œuvre de Camus,
19:39on peut voir, on peut voir facilement,
19:41que les plus belles pages de Camus,
19:42c'est quoi ?
19:43C'est Tipaza, c'est la plage,
19:44c'est le paysage, l'Algérie est belle,
19:46mais il n'y a pas de peuple,
19:47on ne voit pas le peuple algérien.
19:48Dans les livres de Camus,
19:49le peuple algérien est pratiquement inexistant.
19:53C'est très révélateur.
19:54Si on prend deux livres,
19:56l'un de Camus et l'un de Faulkner,
19:58on peut prendre par exemple L'étranger de Camus
20:00et Lumière d'août de Faulkner,
20:02qui peuvent très bien être comparées ici.
20:05Dans L'étranger,
20:07le personnage algérien,
20:08le seul, je crois qu'il s'appelle Saïd,
20:12c'est à peine s'il existe.
20:13On le voit tout juste,
20:15je ne sais même pas s'il dit quelques mots,
20:17et hop, il meurt d'un coup de soleil,
20:18plus de Saïd, plus d'Algérien,
20:20et tout le reste, c'est l'Algérie française,
20:22ce n'est pas l'Algérie.
20:24Par contre, dans L'Lumière d'août,
20:28Faulkner trace le portrait d'un nègre assassin
20:30qu'il charge avec haine même en sang,
20:32qu'il se bat avec ce nègre dans son livre.
20:35Mais ce nègre-là domine le livre.
20:38Là, on sent vraiment un travail d'écrivain,
20:40un grand écrivain,
20:40parce qu'il savait de quoi il parlait.
20:45Et le grand malentendu,
20:47c'est ça, justement, ici à Algérie,
20:48il était impossible,
20:50surtout aux écrivains,
20:52il y a peut-être eu des exceptions,
20:55mais dans l'ensemble,
20:57ça reposait avant tout sur une illusion,
21:00un malentendu,
21:01une situation fausse,
21:04puisque Camus
21:06vivait toujours parmi les Européens.
21:08Il n'avait aucune ouverture,
21:10et je dirais, même, on pourrait l'accuser,
21:12mais il ne faut pas non plus tomber
21:13dans une autre position morale.
21:15En fait, il n'y avait pas la curiosité
21:18la plus élémentaire
21:19pour la vie de ce peuple,
21:21pour sa langue.
21:22Sa vision du peuple algérien
21:24était une vision très rudimentaire,
21:25très lointaine.
21:27Par là même,
21:28ça a infirmé son œuvre.
21:29Et on l'a vu,
21:30on l'a vu d'ailleurs très curieusement,
21:32pendant la guerre d'Algérie.
21:34Alors, pendant la guerre d'Algérie,
21:35il a eu une position morale
21:36assez courageuse,
21:37puisque les pieds noirs lui ont jeté des tomates,
21:39il voulait même le tuer.
21:40Bon, c'est vrai.
21:42Mais de notre côté,
21:43à un moment donné,
21:44lorsqu'il a eu le prix Nobel,
21:46il a eu une parole révélatrice.
21:49Et à un moment donné,
21:49juste après la remise du prix,
21:50il y a eu une conférence,
21:51il y avait des journalistes,
21:53on lui a posé la question,
21:54parce que sa mère était encore ici,
21:56sa mère était encore en Algérie
21:57pendant la guerre.
21:59Et il en est arrivé à dire,
22:01moi, si je dois choisir
22:02entre l'Algérie et ma mère,
22:04je choisis ma mère.
22:06Et à ce moment-là,
22:07dans la salle,
22:08il y a justement un Oumé Saïd,
22:09comme le personnage qu'il a tué
22:10dans son roman,
22:10c'est très curieux,
22:12c'est un travailleur algérien
22:13qui travaillait là-bas,
22:14en Suède,
22:15qui se trouvait dans le public,
22:17et qui lui a dit,
22:18moi, je ne ferai pas la différence
22:20entre l'Algérie et ma mère.
22:23C'est-à-dire,
22:23quand on se sent Algérien,
22:25on ne viendrait pas à l'idée,
22:27on ne pourrait pas venir
22:28à l'idée d'un Algérien
22:30de dissocier sa mère de l'Algérie.
22:32Voilà, le drame, il est là.
22:35C'est pourquoi,
22:36bon, il faut quand même
22:37que les Français comprennent
22:39une fois pour toutes
22:39que la littérature algérienne,
22:41ce n'est pas Camus,
22:42et l'Algérie n'est pas française.
22:44Et la littérature est un bon moyen
22:47de comprendre.
22:48Quand on prend un livre français,
22:51spécialement un dictionnaire,
22:52qui est le reflet de la civilisation,
22:56qui est le reflet de la civilisation
22:58et même,
22:59on pourrait trouver notre image
23:01à nous que nous donnent les Français.
23:03Quand on regarde,
23:04on prend par exemple le mot « c'est mythe »
23:05qui est assez révélateur.
23:07Alors, je prends le « mythe » du dictionnaire.
23:09Et tout le monde sait ce que c'est que c'est mythe ?
23:10Alors, tout le monde sait ce que c'est que c'est mythe.
23:12Alors, je reprends parce que j'ai l'impression
23:13que les gens ne savent pas ce que c'est.
23:16Alors, c'est mythe, dans le dictionnaire,
23:18dit Sème, fils de Noé,
23:20n'ont donné aux membres d'un ensemble de peuples
23:22du Proche-Orient parlant actuellement,
23:24ou ayant parlé dans l'Antiquité,
23:25les langues sémitiques.
23:27Les plus importants des peuples sémites,
23:30anciens ou modernes,
23:31sont les Acadiens,
23:33les Amorites,
23:35les Aramés,
23:36les Phéniciens,
23:37les Arabes et les Hébreux.
23:38Les Arabes et les Hébreux.
23:39Donc, alors maintenant,
23:41on va voir qu'est-ce que veut dire le mot antisémite,
23:43qui pour nous veut dire opposé.
23:45On est bien d'accord sur ce plan-là ?
23:46On va voir ce qu'on pense le dictionnaire.
23:49Alors, pour le mot antisémite,
23:51alors la définition est très courte,
23:53c'est étrange,
23:53c'est hostile aux juifs.
23:55Alors, puisque être antisémite,
23:59c'est être hostile aux juifs,
24:00alors qu'est-ce que serait être hostile à l'arabe ?
24:02Tu es un arabe,
24:03qu'est-ce qu'on qualifierait ça de quoi ?
24:04Oui, tu dis que les Arabes,
24:05effectivement, sont sémites aussi,
24:07et antisémite,
24:08c'est uniquement hostile aux juifs,
24:09donc d'après toi,
24:10d'un conditionnaire...
24:11Non, il y a quelque chose qui cloche, là.
24:13Quand on tue un arabe,
24:14on n'est pas antisémite,
24:15mais quand on tue un juif,
24:16on est antisémite.
24:40La guerre, c'est le rationnement.
24:42Tout était rationné,
24:43tout était aux marchés noirs.
24:45Il y avait la famine.
24:47Je ne sais pas si on imagine
24:49vraiment ce que ça veut dire,
24:50la famine.
24:51Moi, j'ai vu de mes propres yeux
24:52un homme mort de faim,
24:53assitif dans la rue,
24:55et il était à moitié nu,
24:56parce qu'on ne trouvait même pas
24:57de quoi s'habiller non plus.
24:58On ne trouvait strictement rien.
24:59C'était la misère la plus noire.
25:02Il y avait, d'ailleurs,
25:04la misère emmène d'autres choses.
25:05Les épidémies, par exemple.
25:06Il y avait une épidémie de typhus
25:10terrible au village où j'étais,
25:12près du Cétif.
25:14Enfin, les gens allaient au cimetière
25:16plusieurs fois par jour.
25:18On mourait par famille entière,
25:20parce que toutes les familles
25:21étaient décimées.
25:23Vraiment, c'était une épidémie
25:24qui a fait énormément de victimes.
25:27La misère, ces épidémies-là,
25:29et puis tout d'un coup,
25:30l'annonce d'une victoire
25:33qui devait se concrétiser
25:34par un changement pour nous.
25:36Une grande espérance,
25:38c'était de voir l'Algérie
25:40se libérer en même temps
25:42que la France
25:43et établir avec elle
25:46d'autres liens
25:48que les liens coloniaux.
25:49Mais pour les tenants du colonialisme,
25:52il est hors de question
25:53que changent ces liens coloniaux.
25:55Pour eux, ces soldats algériens,
25:56rescapés de la campagne d'Italie,
25:58de la campagne de France,
25:59de la campagne d'Allemagne,
26:00il faut bien leur faire comprendre
26:01dès leur retour à Alger
26:02qu'ils se sont battus
26:03pour la liberté des autres
26:04et pas pour la leur.
26:05Pour bien marquer qu'en Algérie,
26:07rien n'est changé,
26:08l'administration coloniale entend,
26:09avant même que cesse
26:10la joie populaire,
26:11frapper un grand coup.
26:14Lorsque je suis sorti du collège
26:17le mardi 8 mai 45,
26:20parce que nous étions...
26:23Nous avions l'autorisation de sortir,
26:25c'était un jour de fête,
26:26il y avait les cloches,
26:27les cloches chrétiennes qui sonnaient,
26:29il y avait même des officiers
26:30qui buvaient du champagne
26:31sur les trottoirs.
26:33C'était d'un côté dans le centre,
26:34puisque le lycée était au centre,
26:37une atmosphère de joie,
26:38une atmosphère...
26:39Mais tout d'un coup,
26:41cette atmosphère-là
26:42a totalement changé,
26:44parce que...
26:45Je l'ai compris plus tard,
26:46mais enfin,
26:47il y a eu un élément nouveau,
26:49c'est le défilé,
26:51le défilé du 8 mai 45 à Sétif,
26:55qui était vraiment imposant,
26:56parce qu'il faut savoir
26:57que le mardi,
26:58c'est le jour de marché à Sétif.
27:00Et il y a énormément de paysans,
27:02il y a des communes très peuplées
27:04tout autour,
27:05et il y a énormément de gens
27:07un jour de marché à Sétif.
27:09Les paysans étaient désarmés,
27:10mais c'était une immense foule,
27:12et devant la foule,
27:14il y avait les scouts,
27:16les scouts musulmans,
27:17et derrière les scouts,
27:19des étudiants,
27:21dont certains étaient des camarades.
27:24Et ils m'ont fait signe
27:25de les rejoindre.
27:27C'est comme ça que j'ai
27:30participé à la manifestation
27:32avec ces étudiants.
27:36mais nous avons tout juste fait
27:37quelques pas.
27:38Et puis il y a eu
27:39des coups de feu,
27:41le cortège a reflué,
27:42on a vu même des enfants écrasés,
27:46puis c'était la panique.
27:48On ne pouvait pas bien comprendre
27:50ce qui se passait,
27:50mais on voyait bien
27:51que c'était très grave.
27:52J'ai pris la décision
27:53de rentrer dans mon village
27:54parce que mon père était malade.
27:55L'armée est arrivée,
27:58il y a eu des scènes de viol,
28:00etc.,
28:00mais ça je l'ai su après.
28:04Bref, l'armée a occupé
28:05le village, la région,
28:07et puis le 13 mai,
28:08on est venu me chercher
28:09à la maison,
28:10à la Cétilie civile.
28:11J'ai été arrêté,
28:12conduire à la gendarmerie,
28:14ensuite à Cétif,
28:15au camp d'artillerie.
28:17Là, nous étions
28:17quelque chose comme 6 000.
28:206 000 Algériens
28:21de cette région-là.
28:23Et il y avait,
28:24moi j'étais jeune,
28:25j'avais 15 ans,
28:26mais il y avait
28:26plus jeune que moi.
28:28Il y en avait qui avaient
28:2912 ans,
28:29des gosses
28:30qui avaient été ramassés.
28:31C'était une sorte
28:32de coup de filet
28:34à la gendarmerie,
28:35par exemple,
28:36dans le village.
28:39On avait vu des corps,
28:40on avait vu des cadavres
28:42pour arriver
28:42à la gendarmerie.
28:43Et puis,
28:43on entendait des coups de feu,
28:45souvent,
28:46surtout la nuit,
28:46tout près.
28:48Alors,
28:49tout le monde pensait
28:50qu'on allait être liquidés.
28:52Bon,
28:54les gendarmes
28:55et l'armée,
28:57amenaient tout le temps
28:58de nouveaux prisonniers
28:59et on comprenait bien
29:01qu'il y avait vraiment
29:02une vague de répression
29:03qui s'est poursuivie après.
29:06Et c'est assertif,
29:07surtout,
29:07quand on est arrivé au camp
29:09que nous avons commencé
29:10à avoir quelques informations
29:12et à comprendre
29:12l'ampleur du massacre.
29:15Face à 103 morts européennes,
29:18l'administration coloniale
29:19amoncera
29:201150 morts algériens
29:21victimes de la répression.
29:23Mais si le bilan
29:24des morts européens
29:25reste stable,
29:26le chiffre des morts
29:27algériens
29:27s'alourdit vite.
29:297500,
29:30dit-on,
29:30à l'état-major
29:30du général Duval.
29:31La commission
29:32présidée par le général
29:33Tubert
29:34arrive à 15 000 morts,
29:35mais est rappelée
29:36avant d'avoir terminé
29:37son décompte.
29:38La commission algérienne
29:39et une commission
29:40de l'ambassade américaine
29:41arrivent à peu près
29:42à un chiffre commun
29:43entre 40 000
29:44et 45 000
29:45victimes algériennes.
29:50Oui,
29:51c'était vraiment
29:51un massacre,
29:52un grand massacre.
29:53Et il faut comprendre
29:54qu'il n'est pas dû au hasard,
29:56il n'est pas seulement
29:57lié à l'histoire
29:59entre l'Algérie
30:01et la France.
30:01Puisque ce massacre,
30:02le même,
30:03et peut-être encore plus ample,
30:04il s'est produit
30:04en Madagascar,
30:05la même année.
30:07Et en Indochine aussi.
30:08C'est la même politique
30:10qui a conduit
30:11à ces massacres-là.
30:11Parce qu'en Indochine,
30:13le bombardement de Haïfang,
30:14le revirement
30:15du gouvernement français
30:16avec le bombardement
30:17d'Argent-Dieu,
30:18l'amiral d'Argent-Dieu,
30:20qui traduisait
30:21un changement radical
30:22de la politique française.
30:23Parce qu'après
30:25le discours de Brazzaville,
30:27de De Gaulle,
30:28on pensait
30:29que le gouvernement
30:30de la France libre
30:31serait pour l'émancipation
30:32des colonies.
30:33Il y avait
30:34des espérances
30:35et des illusions
30:35dans ce sens.
30:36On parlait
30:37d'Union française
30:39et quand on a vu
30:41le massacre,
30:42quand on a commencé
30:43à avoir des nouvelles
30:43de ce qui s'était passé,
30:45par exemple,
30:46pour ma part,
30:46moi j'étais dans la région
30:47de Sétif,
30:48mais j'avais une grande partie
30:49de ma famille
30:50à Guermas,
30:51dans la région.
30:52Et on a appris là
30:54que les massacres
30:55ont été extraordinairement
30:56sauvages.
30:58Ils voulaient vraiment
30:59nous aléantir.
30:59Et d'ailleurs,
31:00les plus cyniques
31:02disaient,
31:02« Bon, comme ça,
31:03on aura la paix
31:03pendant dix ans. »
31:05Ce qu'ils faisaient,
31:06c'était,
31:07vraiment,
31:07ils voulaient atteindre
31:09avant tout
31:09la jeunesse algérienne.
31:10Cette jeunesse
31:11qui levait la tête,
31:12la santé relevait la tête.
31:14Et à Guermas,
31:15par exemple,
31:16ils se présentaient
31:16avec des camions
31:17dans les domiciles.
31:18Ils prenaient,
31:19j'ai eu comme ça,
31:19beaucoup de camarades
31:20d'école,
31:20beaucoup de jeunes
31:21que je connaissais bien
31:22qui avaient le même âge
31:24que moi après
31:24et beaucoup d'autres
31:25qui ont été ramassés
31:26et froidement exécutés
31:28par les milices.
31:29Alors ces milices,
31:31c'était,
31:32naturellement,
31:32des milices de colons,
31:33mais elles agissaient
31:34en rapport étroit
31:35avec l'armée.
31:36Ça a été vraiment
31:38la boucherie.
31:39D'autant plus
31:40que c'est allé très loin.
31:41C'est-à-dire,
31:41on n'aurait jamais soupçonné
31:42tant de haine.
31:44Il est vrai que la haine
31:44a existé des deux côtés.
31:46Mais je crois que là
31:47où elle a existé le plus,
31:48c'est du côté
31:48des colonialistes.
31:50Par exemple,
31:51quand on brûle
31:52un greffier
31:52qui avait neuf enfants
31:53à Kharrata,
31:54ils l'ont brûlé
31:54là où...
31:55Bon,
31:55ils l'ont asperger
31:56des sens
31:56et brûlé avec ses enfants.
31:58Bon,
31:58moi j'ai eu un parent
32:01qui a été tué
32:02avec sa femme enceinte.
32:03Là,
32:03justement,
32:04l'histoire de ce parent
32:04prouve qu'on ne pouvait
32:05même pas être neutre.
32:06Parce que ce parent-là,
32:07au fond,
32:07il était neutre.
32:08Il n'était pas engagé
32:08politiquement.
32:09Lui,
32:10ce qui l'intéressait,
32:10c'était la pêche à la ligne.
32:12Il travaillait
32:12à l'école d'agriculture.
32:14Bon,
32:14il faisait très bien son travail
32:15et puis il allait à la pêche.
32:17Puis voilà.
32:17Bon,
32:17quand il y a eu
32:18des événements,
32:19quand il y a eu...
32:20Bon,
32:20quand la milice de Galma
32:21s'est formée,
32:22on est allé le prendre.
32:23On lui a dit,
32:24voilà,
32:24prends un fusil
32:25et on va tuer les Arabes.
32:26Bon,
32:26lui,
32:27il a dit,
32:27non,
32:27pourquoi je vais tuer les Arabes ?
32:28Il n'y a rien qu'on peut.
32:29Bon,
32:30à ce moment-là,
32:30on l'a immédiatement fusillé.
32:32Sa femme l'a entendu tomber.
32:33Elle est venue en criant,
32:33enceinte.
32:34Ils l'ont tué.
32:34Son fils,
32:3510 ans.
32:36Pareil.
32:36C'était pareil.
32:37Ça a été...
32:38Dans toute une région,
32:39ça a été ça,
32:40systématiquement.
32:41Le gouverneur général.
32:42C'était un socialiste.
32:43C'était le gouvernement de De Gaulle.
32:45C'est là qu'on a vu l'armée,
32:46déjà,
32:47dépasser,
32:47en quelque sorte,
32:48le gouvernement.
32:48Le maître,
32:49devant le fait accompli,
32:50procéder au massacre
32:52et, par là même,
32:53confisquer le pouvoir au civil.
32:55Et ça,
32:56on ne l'a pas assez compris
32:57en 1945.
32:58Et ce qui s'est passé ce jour-là,
33:00je crois que ça a été...
33:02On pourrait appeler ça
33:03les illusions perdues.
33:04Nous,
33:05nous avons perdu l'illusion
33:07que nous pouvions avoir
33:08l'indépendance
33:09comme ça,
33:12octroyée d'en haut,
33:14comme un cadeau
33:14des Français de gauche.
33:16Quant aux colonialistes,
33:18eux aussi,
33:19ils ont perdu
33:20au moins une illusion.
33:22Parce qu'ils pensaient
33:23que,
33:24par ce grand massacre,
33:25ils auraient la paix
33:26pendant dix ans.
33:28Mais,
33:28quelle paix !
33:29Montag
33:31avec nous,
33:31la plus de Nakожд
33:33121.
33:40C'est parti !
34:06C'est parti !
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