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  • il y a 2 jours
« Planification et transformations :
quels futurs souhaitables ? ».
Comment faire des évolutions un levier de coopération et de résilience entre les acteurs de la planification ?
Avec Chris Younès, psychosociologue, docteure et HDR en philosophie,fondatrice et membre du laboratoire Gerphau.
Planif Territoires - 4ème rencontre (2025)

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Transcription
00:08Merci beaucoup Damien.
00:10En quelques minutes, l'ensemble des enjeux de nos discussions aujourd'hui ont été posés.
00:15Et peut-être, ce que je retiens, c'est que cette croisée des chemins,
00:19elle cristallise peut-être une triangulation,
00:23à la fois celle de la haute technicité des sujets sur lesquels vous travaillez au quotidien.
00:27Vous avez également mentionné un autre enjeu, la vie des gens.
00:31Revenir au réel le plus simple, celle de ce que l'on fait le matin, chacun, dans nos territoires, dans
00:37nos vies.
00:38Et puis, ce troisième élément de cette triangulation, l'avenir, penser l'avenir.
00:43Quel futur souhaitable ?
00:45Et justement, avec vous, Chris Younes, on va faire ce pas de côté, un temps d'inspiration,
00:50pour justement se dire, planification et transformation, quel futur souhaitable ?
00:55Damien vous a présenté, mais je rajouterais que vous êtes psychosociologue, docteur en philosophie,
00:59et donc fondatrice et membre du GERFO.
01:02Et vous tissez des liens entre architecture et philosophie.
01:05Et aujourd'hui, s'il vous plaît, aidez-nous à faire ce pas de côté, à penser ces futurs souhaitables.
01:10Merci.
01:15Merci beaucoup pour cette invitation, à venir partager des réflexions.
01:21Et il est certain que cette question de la croisée des chemins, qui est posée pour la planification,
01:26je crois qu'elle s'adresse vraiment à tous ceux qui sont dans la fabrique des territoires,
01:30mais la fabrique des milieux habités, en général.
01:33Et parce que, finalement, il est clair qu'il y a quelque chose de désorientation aujourd'hui.
01:41On parle beaucoup d'incertitude, d'instabilité.
01:44C'est un nouveau vocabulaire qui est arrivé très fortement.
01:47Et dans tous les travaux de recherche que nous pouvons mener,
01:50justement, vraiment, en travaillant avec les praticiens, finalement,
01:54de la fabrique des milieux habités,
01:56eh bien, c'est cette nouvelle donne qui est en jeu.
02:01Alors, pour ces quelques, enfin, pour ces 20 minutes qui m'ont été offertes,
02:07c'est, j'ai envie un petit peu de partager avec vous, au fond, trois,
02:12j'ai vu qu'il y avait des strates dans les sacs qui nous ont été distribués,
02:16sur, justement, voyant la planification en pile des strates de politique publique.
02:22Et je pense que la question, dans la recherche,
02:26quand on regarde les publications qui sont faites,
02:28à l'échelle internationale, incontestablement,
02:33la science, on pourrait dire, des milieux habités,
02:37s'inscrit profondément dans de nouveaux types de récits.
02:41Et c'est un mot qui a circulé fortement déjà dans cette ouverture.
02:45Mais je regardais dans les 50 années, approximativement, qui sont passées,
02:49l'accumulation des récits à propos du devenir, en fait, des milieux habités.
02:55Moi, j'aime bien parler des milieux habités,
02:57parce que cela renforce, bien sûr, ça implique, bien sûr, les territoires,
03:01mais ça renforce, évidemment, ce qui a été souligné,
03:05tout ce rapport, finalement, aux écosystèmes qui sont largement présents.
03:09Et donc, dans ces dernières années, dans la recherche,
03:12on peut dire qu'il y a eu vraiment ce fameux,
03:19ce qu'on appelait le récit du Club de Rome,
03:22ou bien le rapport Meadows des années 72.
03:25Vous voyez, c'est dans les années 70
03:27que quelque chose s'est vraiment mobilisé.
03:30Et dans ce premier récit,
03:32qui est aujourd'hui largement cité, je pense, dans la recherche,
03:36c'est précisément d'aborder,
03:39sur une commande qui était faite à des chercheurs écologues,
03:42c'était de parler des limites, des limites des ressources.
03:47Donc, vous voyez, c'était, on peut dire que
03:48cette question des limites des ressources,
03:50des limites des ressources de la Terre,
03:53d'un seul coup, ça a été mis en évidence
03:54comme une espèce de paradoxe
03:57dans la façon d'utiliser,
04:00d'extraire, de faire avec les ressources
04:03qui ont été fabriquées pendant des millénaires.
04:06Les sols, l'atmosphère.
04:09Et bien d'un seul coup, c'était quelque chose,
04:12je me souviens moi-même,
04:13étant à ce moment-là étudiante,
04:15voir à quel point ça paraissait très loin.
04:18Mais rétrospectivement, on constate,
04:20c'était évidemment un premier récit fondateur essentiel,
04:25porté par la science,
04:26avec beaucoup, beaucoup de cartes,
04:28beaucoup de cartographies,
04:29pour analyser, croiser les informations,
04:32croiser les données,
04:33à propos des conditions, en fait,
04:38d'habitabilité de la planète Terre
04:40dans sa réalité géographique, physique, climatique.
04:44C'était vraiment,
04:45ça a été vraiment un coup d'envoi absolument,
04:47absolument majeur.
04:48Ce qui a suivi, a concerné,
04:53nous sommes toujours,
04:54parce qu'en fait,
04:55ces couches, elles s'additionnent,
04:57elles travaillent ensemble,
04:58elles ne se suppriment pas pour l'instant.
05:00Et donc, la complexité,
05:02comme ça a été rappelé,
05:04elle est permanente.
05:05La deuxième couche a porté vraiment
05:07sur la question du développement durable,
05:09le fameux rapport Brentland,
05:11qui est le premier contrat planétaire
05:14que l'on connaît.
05:15C'est-à-dire que tous les pays, en fait,
05:17parmi les riches et les moins riches,
05:21finalement,
05:21se sont mis d'accord sur ce contrat,
05:24sur ce récit,
05:25du contrat, finalement,
05:27du développement durable,
05:28qu'on a du mal,
05:30on sait qu'on a du mal
05:31à traduire sustainable,
05:33puisqu'on sait que dans Sustain,
05:34il y a l'idée de nourrir,
05:36entretenir,
05:38prendre soin,
05:39d'une certaine manière.
05:40Il y a quelque chose de ça
05:41dans le Sustainable.
05:43Et quand on le traduit par durable,
05:45en français,
05:46on sait qu'on a un peu de mal
05:48à rendre compte de toutes les nuances
05:49de tout Sustain,
05:50mais en même temps,
05:52ça souligne l'importance,
05:55et c'est complètement le futur souhaitable,
05:58d'une certaine manière,
05:59le rapport Brundelande,
06:00c'est-à-dire
06:01quel est notre futur à tous.
06:03Ça a été traduit,
06:03alors,
06:04comme un futur,
06:05ça a été traduit,
06:06notre futur à tous.
06:08Vous voyez,
06:08c'était d'un seul coup,
06:10c'était ce qui est lancé
06:12avec ce rapport Brundelande,
06:13c'est précisément
06:16cette question
06:17que
06:19est-ce qu'il n'y a pas un risque
06:21dans l'habitabilité,
06:22dans la transmission
06:23pour les nouvelles générations.
06:24Et donc,
06:25l'esprit du développement durable,
06:27quand on le lit,
06:29on demande à mes étudiants de le lire,
06:30c'est très, très ennuyeux à lire
06:31parce qu'il n'y a pas même
06:33le mot architecture dedans,
06:34on n'est pas sur le projet,
06:36mais c'est un constat,
06:38un bilan
06:38de tous les dégâts
06:39d'une mauvaise façon
06:41de traiter
06:41les milieux, en fait,
06:43habités,
06:44les milieux de vie.
06:45Et donc,
06:46l'idée,
06:47c'est profondément
06:48comment répondre
06:49aux besoins du présent
06:50tout en ménageant,
06:52tout en pensant
06:54aux générations
06:55qui arrivent.
06:56Donc,
06:56il y a cette nouvelle donne,
06:58ce nouveau récit,
06:58à mon avis,
06:59il est totalement d'actualité,
07:01aussi bien celui
07:02du rapport Meadows
07:04que du développement durable
07:07où le programme
07:08est très politique,
07:09en fait,
07:10dans le développement durable
07:11puisque
07:12ce n'est pas
07:13des procédures,
07:14ce n'est pas
07:14des réglementations,
07:15mais finalement,
07:16ce qui est souligné,
07:17c'est ces fameux...
07:19ça a été très rejeté
07:21dans les écoles d'architecture
07:22au départ.
07:22j'étais enseignée
07:23dans les écoles d'architecture
07:25à cette époque.
07:26C'était très,
07:27très rejeté
07:28parce que
07:28ça paraissait très...
07:31Ça ne parlait pas
07:32d'architecture
07:32d'une certaine manière,
07:33mais aussi,
07:34vous voyez,
07:35les mots étaient...
07:36On parlait de viable,
07:37de vivable,
07:38d'équitable,
07:39de façon comme ça,
07:41un horizon
07:42qui n'est pas déterminé,
07:44qui donne des pistes.
07:45Mais quand même,
07:46quand on reprend les mots,
07:47vous voyez,
07:48viable,
07:48qui ont rapport
07:49avec la vie
07:50et vivable,
07:51habitable,
07:52on voit que c'est exactement
07:53le récit
07:54dans lequel on est.
07:55Et puis,
07:55dans les années 2000,
07:57a tombé ce fameux récit
07:59qui est vraiment...
08:01qui s'est emparé,
08:02dont les artistes
08:02se sont emparés beaucoup,
08:04et qu'on a eu plus de mal.
08:06Et maintenant,
08:06ça y est,
08:07il fait partie
08:07de tous les milieux
08:10de la fabrique
08:10des territoires.
08:11c'est la question
08:13de l'anthropocène.
08:14Donc,
08:14je ne veux pas discuter
08:15sur...
08:16Il faut-il l'appeler
08:17anthropocène,
08:18thanatocène,
08:20stulucène,
08:21pour reprendre
08:22une formule
08:23d'une écoféministe,
08:24Donna Raoué.
08:25Mais,
08:26c'est l'idée,
08:27profondément,
08:28qu'une manière
08:29de transformer,
08:31de fabriquer,
08:32en fait,
08:32les choses,
08:33grâce à un grand pouvoir,
08:34on peut dire,
08:37techno-scientifique,
08:38industriel,
08:40a des impacts
08:42qui se trouvent,
08:43qui s'avèrent
08:43aujourd'hui problématiques,
08:45qui s'avèrent néfastes,
08:46mortifères.
08:47C'est pour ça
08:49qu'il y en a qui disent
08:49qu'on l'appelle
08:50thanatocène,
08:51c'est-à-dire carrément
08:51la capacité,
08:53le pouvoir humain
08:54par la science,
08:55par la technique,
08:57par ses choix,
08:59finalement,
09:01de détruire
09:01les milieux de vie
09:02aujourd'hui et demain,
09:03surtout ceux qui arrivent
09:04pour les générations futures
09:06et la chaîne du vivant.
09:07Donc,
09:08vous voyez,
09:08ces récits-là,
09:09ce sont nos récits,
09:10ce sont ceux
09:11avec lesquels on travaille
09:13et il me semble
09:14que toutes les politiques publiques
09:15qui sont précieuses,
09:17comme cela a été souligné,
09:19prennent en considération
09:21ces récits-là.
09:23Et on a du mal
09:24à voir exactement
09:26quels sont les nouveaux récits
09:28qui émergent,
09:29mais en tout cas,
09:30vous voyez,
09:31moi,
09:31ce que je constate,
09:32c'est que dans les biennales,
09:33par exemple,
09:33de Rotterdam,
09:34qui peut avoir lieu
09:36sur la question
09:36des milieux habités,
09:37où les architectes
09:38sont très présents
09:39ou bien à la biennale
09:39de Venise,
09:41cette question
09:41de vivre avec,
09:43cette question
09:44de la joie,
09:46de l'espérance,
09:47ils viennent
09:48comme une sorte
09:49de mantra
09:49pour aller à long compte
09:51de ce qui serait
09:51une sorte de terreur
09:52de ce qui pourrait arriver.
09:54Donc, vous voyez,
09:54il y a quelque chose
09:55qui, je pense,
09:57est très intéressant,
09:58de voir qu'il y a
09:59un sursaut
10:00de dire
10:01qu'est-ce qu'on peut faire.
10:02Vous voyez,
10:02ce n'est pas
10:03l'effondrement,
10:04ce n'est pas
10:05le renoncement,
10:06c'est au contraire
10:07la question
10:08d'un projet,
10:09des projets,
10:11vraiment de multiplier
10:12les projets.
10:13C'est vrai que
10:13quand on regarde
10:14les biennales
10:14qui se passent
10:16en Europe,
10:17mais aussi d'ailleurs,
10:17je pense,
10:18en Asie,
10:20dans les différents
10:21continents,
10:23on voit évidemment
10:24que c'est en termes
10:25de projets
10:26que ça s'inscrit.
10:27Une sorte d'alliance
10:29entre les sciences
10:30et finalement
10:31les choix politiques
10:32qui sont pris.
10:34et donc
10:35parmi les grands enjeux,
10:36il faut que je surveille
10:37mon temps
10:38parce que
10:38il faut que Rebecca
10:39me aide à me rappeler,
10:39je ne vais pas regarder
10:40ma montre,
10:44vraiment,
10:45je préfère
10:45ne pas parler
10:46trop longtemps
10:47puisqu'il est question
10:4820 minutes,
10:49j'ai déjà pris
10:5010 minutes,
10:50je pense.
10:52Eh bien,
10:52vous voyez,
10:53cette question des enjeux
10:54qui ont été soulignés,
10:56je voudrais
10:57en reprendre
10:58deux
10:59qui sont
11:00les enjeux
11:01qui sont au cœur
11:03de l'enseignement,
11:04de l'architecture,
11:04de l'urbanisme
11:05et des paysages
11:06actuellement,
11:07je pense,
11:08dans la plupart
11:08des écoles.
11:09Ça concerne évidemment
11:10tout ce qui tousse
11:12l'urgence climatique
11:14puisque cette question
11:15de l'urgence climatique
11:18est arrivée
11:19avec une accélération
11:22dans les résultats.
11:23Au départ,
11:24finalement,
11:25quand on regarde
11:25les récits
11:25qui ont précédé
11:26notre époque,
11:28finalement,
11:28le 21e siècle,
11:30ils étaient écologiques,
11:31mais il n'y avait pas
11:33cette pression
11:35d'une urgence,
11:36en fait,
11:37une urgence climatique.
11:38Et donc,
11:39cette question-là,
11:40elle est là,
11:41elle s'accompagne
11:42d'une urgence
11:44au niveau
11:45de la chaîne
11:45du vivant,
11:46de la biodiversité,
11:47puisqu'on parle
11:47d'une chute
11:48de la biodiversité.
11:49On suit tous,
11:51les petits-enfants
11:51le savent déjà,
11:53on parle d'une sixième
11:54extinction des espèces.
11:55Vous voyez,
11:55c'est-à-dire,
11:56parmi les récits,
11:57on retrouve
11:57la très longue histoire,
11:59la très longue histoire
12:00de la planète Terre
12:01et de la façon
12:02dont l'humanité
12:04instaure des lieux
12:05pour l'habiter.
12:07Et l'habite
12:08va faire ville,
12:10va faire village,
12:12va faire,
12:13finalement,
12:15plantation,
12:17agriculture,
12:17etc.
12:18Donc,
12:18et puis aujourd'hui,
12:19j'en parlerai beaucoup moins,
12:20mais je pense que c'est
12:22la nouvelle,
12:22le nouveau tournant
12:23qui est évidemment
12:24le tournant numérique,
12:27l'arrivée
12:28de l'intelligence artificielle
12:29qui aujourd'hui modifie
12:30complètement notre façon
12:31de travailler,
12:32nous dans les écoles
12:32d'architecture,
12:33parce que nous devons
12:36travailler avec des générations
12:38qui travaillent
12:39avec l'intelligence artificielle.
12:42Donc,
12:42il y a le souci aussi
12:43de comment faire
12:45pour que
12:46on va pouvoir mieux
12:48traiter de l'information,
12:49mais comment est-ce
12:49qu'on va être capable
12:49de penser quand même
12:50par nous-mêmes aussi,
12:52en tant que
12:52notre petit cerveau humain.
12:54Vous voyez,
12:55dans quelle mesure
12:56la machine va,
12:57comment faire avec la machine
12:58sans être colonisée
13:00par la machine ?
13:01Vous voyez,
13:02ça,
13:02c'est un point
13:02évidemment important.
13:03Je n'en parlerai pas
13:04du tout aujourd'hui
13:04parce que je pense
13:05qu'il n'est pas encore
13:06entré tout à fait
13:07dans la question.
13:09Mais alors,
13:10je voudrais justement,
13:11peut-être,
13:13finalement,
13:15aborder un point
13:16absolument clé,
13:18qui sera d'ailleurs
13:19un petit peu quelque chose
13:20que je souhaite développer
13:21puisque j'ai eu,
13:22je dirais,
13:24l'honneur,
13:24mais aussi le stress
13:26d'avoir été nominé
13:27au Grand Prix d'Urbanisme
13:28cette année
13:29et je sais
13:29qu'il y a une grande rencontre
13:31qui aura lieu
13:31le 16 décembre
13:33et j'aurai en tant que nominé,
13:34parce qu'il y aura
13:35un grand prix,
13:35Sabine Barle,
13:36mais sur le métabolisme,
13:38très, très, très important
13:38de questions
13:40dans les récits urbains.
13:42Mais moi,
13:43je vais mettre l'accent
13:43sur la régénération
13:44et je vais profiter
13:45de ce moment avec vous
13:46pour partager,
13:48finalement,
13:48ce qui est au fond
13:51le cœur
13:52de tout mon travail
13:54de recherche
13:54depuis très longtemps,
13:56depuis très longtemps,
13:57certainement,
13:58mais en tout cas,
13:58sur lequel je continue
14:01à m'inspirer,
14:03en tout cas,
14:04et à travailler.
14:05Pourquoi la régénération ?
14:07Parce que, voyez,
14:08la régénération,
14:09ça a été finalement,
14:11dans régénération,
14:13il y a l'idée
14:13de renaître,
14:14en fait,
14:15puisque dans génération,
14:17c'est générer,
14:17il y a quelque chose
14:18qui arrive,
14:19renaître.
14:20Et cette régénération,
14:21elle a été mise au cœur
14:23d'un ouvrage
14:24très, très important
14:25d'un philosophe français
14:27qui travaillait beaucoup
14:28en Californie,
14:29qui s'appelle
14:30Michel Serres,
14:30je crois qu'on le connaît
14:31beaucoup parce qu'il a
14:32beaucoup intervenu
14:33dans, je pense,
14:35vers la fin de sa vie,
14:36il était très présent
14:36dans les médias,
14:37il a essayé aussi
14:39de partager ses convictions
14:40et il a fait un livre
14:41qui a provoqué
14:43la colère,
14:44finalement,
14:44des scientifiques
14:45à une époque,
14:46surtout en philosophie,
14:47qui s'appelle
14:48le contrat naturel.
14:50Et vous voyez,
14:50aujourd'hui,
14:51ça nous parle
14:52parce que les récits
14:54d'aujourd'hui
14:54sont dans la renaturation.
14:57On renature,
14:58on veut réparer,
14:59on veut recycler,
15:02vous voyez,
15:02on veut métaboliser,
15:04c'est-à-dire
15:04tout s'est retrouvé,
15:06finalement,
15:06une dynamique
15:08dans,
15:09finalement,
15:10l'environnement,
15:12dans les logiques
15:13d'environnement,
15:13mais aussi de vie,
15:14donc d'une écologie
15:16environnementale vivante.
15:17Et donc,
15:19ce contrat naturel,
15:20pour Michel Serres,
15:22il l'a fait,
15:22lui,
15:22c'était un grand
15:2318e Miste,
15:24comme on dit,
15:25un grand spécialiste
15:27du 18e siècle,
15:28du siècle des Lumières,
15:30et de ce siècle
15:31qui a produit
15:31le contrat social,
15:32qui est tellement
15:33très important.
15:34Et je trouve que
15:35nous sommes à la croisée
15:37des chemins
15:37du contrat naturel
15:39et du contrat social.
15:40Nous sommes vraiment
15:41à cette croisée des chemins.
15:42ce n'est pas la nature
15:44sans la société,
15:45ce n'est pas la société
15:46sans la nature.
15:48Donc,
15:48quand on dit nature,
15:48on parle d'environnement,
15:49évidemment,
15:50mais on parle aussi
15:51de l'imaginaire
15:51et du symbolique,
15:52culturel,
15:54comment chaque société
15:57conçoit sa rencontre
15:58avec les milieux de vie,
16:00les milieux naturels,
16:01qui sont aussi bien
16:02les éléments,
16:03l'eau,
16:03la terre,
16:04l'air,
16:04le feu,
16:04que la faune et la flore.
16:06C'était la grande...
16:08Il y a une phrase
16:09d'Aristote
16:11qui travaillait
16:11par tous ceux
16:12qui travaillent
16:13sur les thèmes
16:13de la nature
16:13parce qu'en fait,
16:15dans cette phrase,
16:16il va dire que la nature,
16:17c'est tout ce qui est
16:17en train de naître,
16:18tout ce qui est donc
16:20élémental,
16:22végétal,
16:23vivant,
16:23en fait.
16:25Et donc,
16:25c'est la matière,
16:26en fait,
16:26des territoires.
16:27C'est la matière
16:28de tout ce qui fabrique
16:29les milieux habités
16:31et qui est absolument central.
16:33Donc,
16:33la régénération,
16:35elle porte,
16:36comme le dit Michel Serres,
16:38il faut se comporter
16:38non pas comme des parasites
16:40qui vont épuiser
16:42le milieu
16:42dont ils vivent,
16:44mais nous avons
16:45un hôte
16:46qui est la terre,
16:47une terre fragile,
16:49une terre vulnérable,
16:50une terre aux ressources limitées.
16:51Et comment nous allons être
16:53des hôtes
16:54et donc des symbiotes,
16:56c'est le fameux mot
16:57magique aujourd'hui
16:58qui circule
16:59dans les travaux
17:01entre,
17:02je dirais,
17:04dans le science,
17:05en fait,
17:05dans l'écologie,
17:07finalement,
17:07du vivant
17:08et le symbiote,
17:10c'est finalement
17:11celui qui vit avec,
17:13qui vit de
17:14celui qui l'accueille,
17:15mais qui ne détruit pas
17:17celui qui l'accueille.
17:19Alors,
17:19c'est vraiment
17:20le nouveau récit.
17:21Qu'est-ce que nous allons
17:22être capables
17:22d'avoir des projets
17:23qui vont être régénérateurs,
17:25donc régénérer
17:26parce que,
17:27par exemple,
17:28je trouve que j'étais
17:28dans l'équipe du pavillon
17:30de la Biennale de Venise
17:31cette année,
17:32trois commissaires
17:32qui avaient invité
17:33un certain nombre
17:34de personnes,
17:35donc j'ai eu l'occasion
17:36de travailler un peu
17:37avec eux.
17:38Et vous voyez,
17:38le thème pour la France
17:40c'était vivre avec.
17:42C'était très intéressant.
17:43Living with,
17:44vivre avec.
17:45Et vivre avec
17:46les autres vivants,
17:48vivre avec les autres humains,
17:49vivre avec toutes les générations
17:51aussi,
17:52qui est un point
17:53très très important.
17:54Et je voudrais donc
17:56terminer,
17:56vous voyez,
17:57donc cette régénération,
17:58comme le disait
17:58Michel Serres,
18:00c'est
18:01non seulement
18:02prendre dans le milieu,
18:03mais lui rendre
18:04au moins autant
18:05et même plus.
18:06Parce qu'il y a eu
18:07beaucoup de programmes
18:08de recherche
18:08qui n'ont pas tellement
18:09bien marché,
18:09moi je n'aimais pas trop ça
18:10d'ailleurs,
18:10je reconnais,
18:11ça s'appelle
18:11sa compensation,
18:13on en parle encore un peu.
18:15Mais en tout cas,
18:16vous voyez,
18:16cette idée
18:17de dire qu'on fait
18:18avec les milieux,
18:20c'est dans l'esprit
18:20la compensation,
18:21c'est quand même
18:21de faire avec les milieux
18:23et de tenir compte
18:26finalement
18:26d'une approche systémique,
18:28écosystémique,
18:29holistique.
18:30Et donc,
18:30c'est un ensemble
18:32avec lequel il faut travailler.
18:33Alors je crois
18:34qu'aujourd'hui,
18:35il faut bien reconnaître
18:36que nous savons
18:37que le cap,
18:38il est celui
18:39de la régénération
18:40écologique,
18:41sociale,
18:43environnementale,
18:44donc environnementale
18:44et sociale.
18:46Et pourtant,
18:47nous rencontrons
18:48plus que jamais
18:49des résistances
18:50à ce programme.
18:51Donc la réalité,
18:52elle est là.
18:53Donc moi-même,
18:54je suis psychosociologue
18:55de formation
18:55à l'école des hautes études
18:56en sciences sociales,
18:57j'ai eu la chance
18:58d'avoir un grand professeur
18:59sans barre de l'eau.
19:00Et vous voyez,
19:01c'était,
19:02je dirais,
19:02à notre époque,
19:03à mon époque d'étudiante,
19:05l'horizon s'ouvrait
19:07vers des futurs souhaitables,
19:10faciles à identifier.
19:12Aujourd'hui,
19:13c'est moins net.
19:14et l'horizon est là.
19:17Quel cap ?
19:18Nous sommes désorientés.
19:19Quel cap prendre ?
19:21Eh bien,
19:23je pense que ce cap-là
19:24de la rencontre
19:26de nature-culture
19:27reste évidemment majeur.
19:30Je pense que c'est au cœur,
19:32par exemple,
19:33du zéro artificialisation net,
19:35dont on sait à quel point
19:36il a été rejeté
19:37sur les territoires,
19:41on peut dire,
19:42parce qu'en fait,
19:43ça provoque des conséquences,
19:45comme vous l'avez souligné
19:46juste avant,
19:47qui n'ont pas toujours été,
19:49ou en tout cas,
19:50qui ne sont pas appropriées
19:52actuellement
19:53et qui ne sont pas acceptées.
19:54Donc pour moi,
19:55j'aurais terminé là-dessus.
19:57Vous voyez,
19:57je pense,
19:58en tout cas,
19:58c'est là-dessus
19:59que nous orientons
20:00pas mal de recherches
20:01sur notre laboratoire
20:03et sur laquelle moi,
20:04je m'investis énormément.
20:06peut-on développer
20:08des récits
20:09de fabriques
20:10des milieux habités
20:11qui seraient
20:12symbiotiques
20:12et synergiques ?
20:13J'ai un chat dans la gorge.
20:17Il n'est même pas vivant,
20:18mais il m'a entendu parler
20:21de la chaîne du vivant.
20:23Et donc,
20:24vous voyez,
20:26cette question
20:26du symbiotique
20:27et du synergique,
20:28à mon avis,
20:29c'est le nouveau challenge
20:30de la croisée des chemins.
20:32C'est symbiotique,
20:33c'est-à-dire qu'il faut être capable
20:35de participer
20:36de la chaîne du vivant.
20:37On parle beaucoup
20:38de la symbiose.
20:38Et quelle image
20:39pour la symbiose ?
20:40Ce n'est pas évident
20:41parce qu'évidemment,
20:42on prendra un arbre,
20:43par exemple,
20:44parce qu'on sait
20:44que les arbres
20:45sont en symbiose
20:46avec le sol,
20:47avec l'air,
20:48avec les autres arbres aussi,
20:49d'ailleurs,
20:50et certainement
20:51avec pas mal d'habitants
20:52de l'arbre.
20:53Mais vous voyez,
20:54cette question
20:54de la symbiose,
20:55d'une symbiose
20:56qui va être vivifiante
20:58et non mortifère,
21:00elle est déterminante.
21:02Vous voyez,
21:02c'est faire avec,
21:02en fait,
21:03aussi,
21:04non seulement
21:05avec la symbiose,
21:06mais aussi être capable
21:07de travailler ensemble
21:08dans des disciplines
21:09très différentes.
21:10C'est pour ça
21:11que synergie-symbiose,
21:13pour moi,
21:13c'est les deux
21:15entrées majeures
21:16pour les futurs souhaitables.
21:17Parce que s'il n'y a pas
21:19une appropriation
21:20par la base
21:22de récits
21:24finalement
21:25souhaitables,
21:27vitaux,
21:28on pourrait dire,
21:29et donc
21:30qui seront simplement
21:31vécus
21:31comme des contraintes.
21:33Parce qu'actuellement,
21:33l'écologie
21:33est souvent perçue
21:34comme simplement
21:35des contraintes
21:36venant d'en haut,
21:37en bas,
21:38transformant
21:39les modes de vie.
21:41S'il n'y a pas,
21:42par la base,
21:43une appropriation,
21:44pas simplement
21:46une adaptation,
21:47mais une adhésion
21:49à un projet,
21:50à un horizon,
21:52eh bien,
21:52ça ne pourra jamais marcher
21:53parce qu'il y aura
21:54des révoltes
21:54qui vont à long contre.
21:55puisqu'en fait,
21:57on ne sait pas
21:57que penser aujourd'hui
21:58dans la recherche
21:59de cet animal humain,
22:02qui est un animal
22:02social et politique,
22:04comme le disait Aristote.
22:06On ne sait pas
22:07comment comprendre
22:08qu'on sait
22:10intellectuellement
22:10la chose,
22:11mais affectivement,
22:14sensiblement,
22:15on ne va pas
22:16transformer
22:17nos manières
22:18de faire
22:18si c'est trop difficile,
22:20s'il n'y a pas
22:21un soutien collectif.
22:23On l'a observé
22:25très fondamentalement,
22:26par exemple,
22:27pour les gens
22:27qui veulent arrêter
22:27de fumer ou de boire,
22:29ou bien,
22:30à une époque,
22:31je me rappelle,
22:31les études étaient
22:32sur la psychologie
22:33de groupe,
22:34prendre plutôt
22:35des oranges
22:36qu'on va presser
22:36plutôt que simplement
22:37envoyer des poudres
22:38comme ça se faisait
22:39beaucoup aux Etats-Unis
22:39à une époque,
22:40et encore maintenant
22:41partout.
22:42Et c'était cette idée
22:43que si on est avec
22:44un groupe,
22:45si ensemble on s'y met,
22:46on y arrive.
22:48Mais seul,
22:49on n'arrive pas
22:49à transformer ses habitudes.
22:51Donc voilà,
22:52moi je vous souhaite
22:52les souhaitures souhaitables,
22:53beaucoup,
22:54beaucoup de synergies,
22:55de symbiose,
22:56et merci beaucoup
22:57de m'avoir donné l'occasion
22:58de partager mes convictions.
23:04Merci,
23:05un grand merci
23:06Chris Younes
23:08pour cet éclairage,
23:10cette ouverture
23:11et cette insistance
23:12sur les enjeux
23:13du vocabulaire
23:14à utiliser
23:15pour réenchanter
23:17nos façons de travailler.
23:23et là,
23:25c'est parti.
23:27Merci.
23:27Sous-titrage FR ?
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