00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoze.
00:04Soyez les bienvenus, soyez les bienvenus.
00:05On a décidé de s'intéresser à la multiplication des affaires pédocriminelles.
00:08Que se passe-t-il en ce moment ?
00:10On vient d'apprendre l'existence d'un forum qui met en relation des adultes et des jeunes, très jeunes
00:16garçons.
00:17Maître Jean Sagné, vous êtes l'avocat de l'association Innocence en Danger.
00:21Bonjour maître.
00:23Oui, bonjour.
00:23Merci d'être avec nous ce matin.
00:25Ça a été une découverte pour vous, cette annonce et ce forum tel qu'il est présenté ?
00:33Alors, quand on dit on vient de découvrir, non.
00:36Depuis des décennies, on signale.
00:40Les associations font des signalements sur ces forums.
00:43Et le gouvernement, les gouvernements successifs, se sont tous indignés quand il y a eu des affaires retentissantes.
00:51Mais n'ont jamais agi.
00:52Ce sont des forums qui sont connus depuis au moins 15 ans.
00:57Ok, alors très bien.
00:58Alors, comment vous expliquez le fait que les affichettes soient apparues hier sur les réseaux sociaux
01:05et qu'à ce moment-là, l'émotion soit montée finalement dans la population ?
01:10Je crois que depuis quelques années, on observe un déclin progressif de l'intérêt des politiques pour l'enfance.
01:17On voit disparaître en 2024 le ministère de l'enfance.
01:22On voit un groupe de policiers, l'OFMIN, regrouper simplement une poignée de fonctionnaires, 60 aujourd'hui,
01:33pour un travail qui devrait en exiger au moins 10 fois plus.
01:37Donc on voit un total des intérêts sur ces sites qui sont connus, qui sont dénoncés depuis 1999.
01:45Et que j'imagine vous répertoriez évidemment avec votre association avec Innocence en danger.
01:49Il est interdit ce site ce matin ou pas ?
01:52À ma connaissance, il ne le l'est pas, mais ce que je veux véritablement faire entendre,
01:58c'est que nous n'avons toujours pas aujourd'hui le ministère de l'enfance.
02:02Donc nous ne sommes toujours pas parvenus à faire entendre l'importance qu'il y a à accorder à l
02:11'enfance d'une façon générale.
02:12Vous avez ce forum de pédocriminels qui échange des techniques pour agresser un enfant.
02:18Ça a été signalé. Aujourd'hui, on sait qu'en permanence, à l'instant où nous parlons,
02:26vous avez 2 600 000 personnes qui sont connectées sur des sites pédocriminels dans le monde.
02:342 600 000. La civile, la commission sur l'inceste, avait dénoncé le fait qu'en France,
02:41il y a un enfant agressé sexuellement, tenez-vous bien, toutes les 3 minutes.
02:47On a dénoncé par année 160 000 enfants.
02:52Aujourd'hui, on identifie, on finalise ce chiffre à 165 000.
02:57Et vous n'avez en face radicalement aucune réaction.
03:01Vous avez des gouvernements qui n'agissent pas, qui ne protègent pas les enfants.
03:06Vous avez un parlement qui discute sur la question de savoir s'il faut interdire l'accès des mineurs de
03:12moins de 16 ans au site Internet.
03:14Vous avez d'autres gouvernements, je pense notamment à l'Australie, qui n'ont pas hésité et qui aujourd'hui
03:19ont fermé cet accès.
03:20Maître, on a également vu ce tracker de pédophiles coincer un adulte il y a quelques jours.
03:25Il était en train de se faire piéger l'adulte par une fausse fillette intelligence artificielle.
03:30C'est le tracker qui avait créé cette fillette intelligence artificielle.
03:34Une séquence qui, elle aussi, a été très commentée sur les réseaux sociaux.
03:38Quand on voit ça, d'ailleurs, on a le sentiment que ces pédophiles sont totalement prisonniers de leurs démons.
03:44Mais je reviens à ce que vous disiez à l'instant.
03:46Impuissance des pouvoirs publics, non volonté des pouvoirs publics, c'est ce que vous nous dites.
03:52Pas de ministère.
03:54Il faut qu'il y ait une multiplication de ces événements sur Internet pour émouvoir l'émotion
03:59et obliger, d'une certaine façon, les pouvoirs publics à bouger.
04:02C'est la seule façon, aujourd'hui.
04:03On voit effectivement sur Internet, avec ce streamer,
04:08qu'un enfant peut être approché par un adulte mal intentionné en quelques minutes seulement.
04:13En quelques minutes seulement.
04:14Alors, ça devrait provoquer quoi ?
04:17Une mobilisation nationale.
04:19On devrait avoir des politiques qui réagissent.
04:22On devrait avoir une onde de choc au Parlement.
04:24Bien sûr.
04:25Que voit-on absolument aucune réaction ?
04:28Ou alors des réactions timides ?
04:30Comment vous expliquez ?
04:32Comment je l'explique par un désintérêt complet, aujourd'hui, de la protection ?
04:38Mais pourquoi ce désintérêt ?
04:39Ça n'est pas prioritaire.
04:41Pour quelles raisons n'a-t-on pas plus de fonctionnaires à la off-mine ?
04:44Pour quelles raisons n'interdit-on pas l'accès ?
04:46Moi, j'ai eu récemment un dossier, dans le sud de la France ailleurs, d'un homme, d'un père
04:53de famille, qui va découvrir sur le téléphone de sa fille qu'elle échange des photos d'elle nues avec
05:00d'autres adultes.
05:02Bien entendu, il fait son contrôle parental à l'épisode régulier, il s'aperçoit de cela.
05:06Et qu'est-ce qu'il fait ?
05:07Eh bien, il va dénoncer cela au service de gendarmerie.
05:10Que se passe-t-il ?
05:11Rien.
05:12Alors, qu'est-ce qu'il se passe ? Le père va lui-même chercher le pédocriminel.
05:17Bien sûr.
05:17Quelques jours plus tard, et ça c'est important parce qu'il faut vraiment que la honte change le camp.
05:22Quelques jours plus tard, que se passe-t-il ?
05:24Cette fille de 12 ans est dans sa chambre et le père s'affole parce qu'il entend des bruits,
05:28des bruits de claquements.
05:29Il se précipite dans la chambre, la fille s'est pendue.
05:33Elle s'est pendue et ce sont les jambes de cet enfant qui, tétanisant, frappent sur le lit.
05:39C'est ce bruit régulier des jambes qui tétanisent.
05:41Il arrive à la décrocher, il appelle le SAMU, elle est sauvée.
05:44Il va, pendant des mois, continuer à utiliser le téléphone de sa fille pour se faire passer pour elle,
05:50pour finalement identifier le pédocriminel.
05:52Il le livre, il livre le nom au service de gendarmerie.
05:56Et là encore, on a une juridiction qui va prononcer une sanction.
06:01Je vous la donne, cette sanction.
06:03Un an de prison avec sursis.
06:04Il a mis en jeu la sécurité d'un enfant qui a failli mourir et le tribunal derrière ne répond
06:10pas.
06:11On a donc une espèce d'indifférence.
06:13Incroyable.
06:14Des services, pas d'indifférence, je veux dire d'incapacité.
06:17Des services de policiers ou de gendarmerie d'enquêter, ils n'en ont pas les moyens.
06:20Ils sont débordés par des choses beaucoup plus graves, peut-être, ou pensent-ils.
06:24En tout cas, ça n'est pas une priorité.
06:26Et puis derrière, vous avez une justice qui ne répond pas, qui ne mesure pas l'ampleur du phénomène.
06:31J'ai récemment été à Châteauroux.
06:34À Châteauroux, je vais plaider pour quoi ?
06:38Je vais plaider contre un pédocriminel qui a été signalé à quatre reprises par l'association Latim Mort.
06:47Et puis qui finalement n'a pas été interpellé, si bien qu'il s'en est pris à une gamine
06:50de six ans.
06:51Il arrive au tribunal, les mains dans les poches, en disant « j'ai pas eu le temps de prendre
06:54un avocat ».
06:55Alors que ça fait un an qu'il sait qu'elle est convoquée.
06:58Le psychiatre qu'il avait expertisé l'avait décrit comme étant dangereux et récidiviste, susceptible de récidive à nouveau.
07:05Que fait le tribunal ? Il renvoie l'affaire à dans huit mois.
07:08Et le type est en liberté.
07:10C'est poignant, c'est poignant.
07:12Et merci pour ce cri d'alarme, maître Jean Sagné.
07:15Parce qu'à travers les deux exemples que vous venez de nous dire,
07:18on est saisi à l'antenne de Sud Radio ce matin.
07:20Et on se dit « mais que font les pouvoirs publics ? On ne peut être que de votre côté
07:23».
07:24Vous reviendrez, vous nous expliquerez tout ça.
07:25J'avais d'autres questions à vous poser également.
07:28Notamment l'affaire du périscolaire parisien.
07:31Avec la suspension de 121 personnes, 51 pour des violences à caractère sexuel.
07:36Je voulais savoir si on avait des garanties pour la rentrée.
07:39Je crois connaître votre réponse.
07:40Non, j'imagine qu'à ce stade, on n'a évidemment pas de garantie pour la rentrée.
07:45Merci infiniment Jean Sagné.