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  • il y a 5 heures
Présenté en compétition au Festival de Cannes.
En salles le 16 mai.
Transcription
00:00Le film s'appelle L'être aimé et ça tombe bien, je l'aime.
00:32L'être aimé, c'est donc déjà tout simplement la chronique d'un tournage qui va se faire
00:37aux Canaries, qui montre un film dans le film dont on n'est pas sûr qu'il soit archipassionnant,
00:41qui a l'air d'être un film un peu classique, mais évidemment, c'est un film qui est d
00:46'abord
00:46un film sur un père et qui tente des retrouvailles avec sa fille et je vois bien qu'à l
00:50'instant
00:51où j'ai dit c'est un réalisateur qui n'a pas vu sa fille depuis très longtemps et
00:54qui lui offre un rôle, vous vous êtes dit « hum hum hum, je connais cette histoire, c'était
00:58celle de Valeurs sentimentales de Joachim Trier l'année dernière ». Eh ben oui, eh ben
01:02non, c'est pas du tout le même film, même s'ils ont une sorte de point de départ commun,
01:07c'est assez passionnant d'ailleurs le dialogue qui s'engage entre les deux films.
01:10Disons que celui-ci sera une version amère, passionnée, brûlante et brillante de Valeurs
01:16sentimentales.
01:17Il y a une autre différence majeure entre Valeurs sentimentales et L'être aimé, c'est
01:21dans le style de mise en scène parce qu'on a un style assez classique, assez délicat,
01:25plutôt élégant que fait Joachim Trier et Rodrigo Sorogoyen lui c'est plus direct,
01:31plus intense, c'est un peu un cinéaste du coup de force dans le bon sens du terme, qui
01:36sait vraiment installer une tension très très forte dans ces scènes.
01:40Et là, le film démarre par une discussion, les retrouvailles entre Esteban, Ravier Bardem
01:46et sa fille Victoria Luengo.
01:48C'est un dialogue qui est filmé avec le recours assez classique au cinéma du champ contre-champ,
01:53sauf qu'il n'est pas si classique que ça parce qu'il se débrouille pour mettre
01:56toujours un des personnages en amorce, ce qui fait qu'on ne voit pas bien le personnage
02:00d'en face.
02:00Donc ça donne quelque chose de très singulier et qui permet de rentrer pleinement dans
02:04le film, dans l'attention du film et dans la complexité de cette relation entre son
02:08père et sa fille, puisque c'est vraiment une succession de rendez-vous manqués, avec
02:11beaucoup de cruauté et d'amertume de part et d'autre, et peut-être plus du côté
02:16de la fille d'ailleurs que du côté du père.
02:18Samuel l'a dit, Rodrigo Sorogoyen, c'est un cinéaste un peu rouleur de mécanique,
02:22et moi j'aime ça.
02:24Et donc il y a des grandes scènes, vraiment des grandes scènes qui voient, et quand je
02:27dis grandes, elles sont grandes dans la durée, la scène du déjeuner au début du film, elle
02:30doit faire un quart d'heure ou vingt minutes, c'est complètement fou, avec ce jeu comme
02:34ça qui te la transforme presque en scène d'action, je n'avais pas vu un champ contre
02:38champ autour d'une table aussi intéressante depuis Fincher et Social Network.
02:43Il y a des scènes qui sont absolument bouleversantes, ce qui est beau, c'est de voir l'homme et
02:48l'artiste en lutte à l'intérieur d'Esteban, comment des blessures subies par le père peuvent
02:54se transformer en tyrannie chez le réalisateur, et de voir aussi que le film est malgré tout
03:01très contemporain, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de se dire je vais faire ma nuit
03:05américaine,
03:06qui est un des maîtres étalons des films dans le film et du cinéma sur le cinéma de François Truffaut.
03:12Je vais faire ma nuit américaine de 2026, c'est-à-dire qu'est-ce qui marchait il y a
03:16quelques années,
03:17ou 30 ans, ou même il y a 5 ans, et qui ne marche plus aujourd'hui.
03:21Et il y a quelque chose de très contemporain dans ce film-là, dans sa manière d'aborder le cinéma,
03:25et la question de la masculinité, parce qu'elle est toujours très présente chez Soro Goyenne.
03:28Et là, il faut quand même dire qu'on a un acteur fabuleux en la personne de Javier Bardem,
03:34dont le visage occupe le grand écran dans une sorte de documentaire sur lui,
03:42sur ses états d'âme, sur sa violence tapis, qui peut ressurgir n'importe quand,
03:46mais en même temps, il peut être désarmant de sensibilité, de tendresse,
03:50et c'est un demi-frémissement, un sourcil, un truc, c'est absolument magnifique.
03:55Donc c'est vrai que Javier Bardem, qui pour moi devrait avoir le prix d'interprétation,
03:59on ne va pas chipoter, je sais qu'il est tôt, mais c'est pas grave, moi j'ai voté.
04:02Il faut dire aussi un mot de la partenaire de Javier Bardem dans le film,
04:05alors lui effectivement, il est formidable, alors il est muy muy caliente aussi, voilà, il faut le dire.
04:11Et puis face à lui, il y a donc Victoria Luengo, alors c'est une actrice qu'on reverra aussi
04:15dans le film d'Almodovar dans quelques jours, qui est vraiment excellente.
04:20Il y a vraiment une nouvelle génération d'actrices en Espagne,
04:23Barbara Lény et désormais Victoria Luengo, qui vraiment est dans un rôle pas facile,
04:26puisque le personnage de la fille est vraiment une espèce d'écorché vive en permanence,
04:31et même quand on a l'impression que son père est plutôt dans une logique de pacification,
04:37elle revient sur les reproches en permanence.
04:40Donc ça participe aussi de l'attention du film,
04:43et Victoria Luengo arrive à être à la fois très inquiétante et assez bouleversante dans ce registre.
04:48Et puis moi je dirais aussi un mot sur ce que raconte le film sur le cinéma d'aujourd'hui.
04:53Et là aussi, voilà, c'est vraiment, comme l'a dit Marie, c'est la nuit américaine d'aujourd'hui,
04:57donc avec des thématiques d'aujourd'hui, mais sans manichéisme, avec vraiment une vision assez juste.
05:02C'est vraiment un des films les plus réalistes, les plus justes que j'ai vu sur le cinéma.
05:06Je veux l'être aimé, c'est très bien.
05:09Prendre l'amour pour l'être aimé, c'est très bien.
05:11C'est une histoire de traïcions, c'est une histoire d'abandonnement.
05:15C'est une histoire d'amour.
05:17C'est une histoire de gens qui ne peuvent pas se les yeux.
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