00:00 BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole,
00:10 les plus grandes banques françaises affirment avoir opéré un virage écologique.
00:17 Contribuer à la transition énergétique, la préservation de la biodiversité et l'économie circulaire.
00:23 Pour tourner la page des énergies fossiles.
00:25 Rendre possible un avenir durable.
00:28 Des positions présentées comme alignées sur les accords de Paris
00:33 pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré.
00:38 Pourtant, des milliards de dollars sont octroyés chaque année par ces mêmes banques aux groupes pétroliers.
00:45 Parmi eux, l'entreprise qui émet le plus de gaz à effet de serre au monde,
00:51 Saoudia Ramco.
00:54 Un groupe aux objectifs d'expansion assumés, incompatibles avec une trajectoire neutre en carbone à 2050.
01:04 Le monde, avec l'aide de différentes ONG spécialisées,
01:09 a épluché des données financières payantes au public
01:14 et analysé les rapports d'activité de Saoudia Ramco.
01:18 Un travail qui montre comment, en dépit de leurs engagements environnementaux,
01:24 les banques françaises soutiennent la stratégie d'expansion pétro-gazière la plus agressive au monde.
01:31 Depuis 2019, la plupart des grandes banques françaises s'engagent pour le climat.
01:41 Désormais, une partie de leurs activités doit viser une trajectoire à zéro carbone d'ici 2050.
01:50 Mais cela ne les a pas empêchés de financer l'industrie pétro-gazière,
01:56 dont les produits, de leur extraction à leur utilisation, émettent 42% des gaz à effet de serre dans le monde.
02:04 Depuis 2019, les géants du secteur ont récolté 249 milliards de dollars grâce aux banques françaises,
02:13 principalement BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et BPCE.
02:20 Résultat, les banques françaises sont les premières financeuses européennes des énergies fossiles.
02:27 Parmi les sociétés financées des entreprises occidentales bien connues comme Total ou BP, mais aussi Saudi Aramco.
02:36 Une entreprise détenue à 98% par l'État saoudien.
02:41 C'est le plus gros producteur mondial de pétrole et l'entreprise la plus émettrice au monde.
02:47 Mais surtout, elle prévoit une expansion pétro-gazière sans équivalent.
02:53 En 2022, elle dépense 29 milliards de dollars dans l'exploration et la production de pétrole et de gaz,
03:01 et investit plus que tous les autres groupes pétro-gaziers.
03:05 La même année, elle annonce la découverte de deux nouveaux champs gaziers
03:10 et son projet d'agrandir cinq de ses gisements dans les années à venir.
03:15 Son objectif, produire en 2027 13 millions de barils de pétrole par jour, contre 12 actuellement.
03:24 Si Saudi Aramco finalise tous ses plus gros projets d'exploitation,
03:29 106 gigatonnes de CO2 seront émises dans l'atmosphère, soit deux fois et demi tout le CO2 émis par l'humanité en 2022.
03:39 Une politique d'expansion incompatible avec la trajectoire tracée par les scientifiques du GIEC
03:46 pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré.
03:52 Pourtant, Aramco bénéficie d'un soutien important des banques internationales, notamment françaises.
04:00 Selon notre enquête, ces dernières lui ont permis de récolter 16 milliards de dollars entre 2019 et 2022,
04:08 soit environ un tiers de son budget annuel.
04:12 Des données et des documents obtenus et analysés par Le Monde nous permettent de dresser un portrait détaillé de ce soutien.
04:20 Il prend d'abord la forme de prêts directs.
04:24 Avril 2022. Avec 24 autres banques, BNP Paribas, Société Générale, Natixis et Crédit Agricole prêtent 8 milliards de dollars à Saudi Aramco.
04:37 Un prêt pourtant clairement visé par le texte qu'elles ont signé un an plus tôt.
04:44 Mais les banques françaises fournissent aussi d'autres types de financements et de services pour lesquels elles ne se sont pas engagées.
04:52 Par exemple, le Conseil financier.
04:56 Janvier 2022. BNP Paribas accompagne Saudi Aramco dans l'acquisition de parts d'un groupe pétrolier polonais.
05:05 Dans ce communiqué, elles s'en félicitent.
05:09 « Grâce à cette opération, Saudi Aramco étendra ses opérations européennes. »
05:15 La banque a touché 4,9 millions de dollars de commissions pour ce service.
05:21 Au total, sur la période 2021-2022, BNP Paribas a touché 25 millions pour avoir conseillé Saudi Aramco sur quatre ventes et acquisitions.
05:33 Enfin, une banque peut aider une entreprise à récolter de l'argent en tant que teneur de compte.
05:40 Elle joue le rôle d'intermédiaire avec des investisseurs et permet à l'entreprise de vendre des actions ou d'émettre des obligations, moyennant une commission.
05:50 Une aide cruciale qui a l'avantage de ne pas apparaître à son bilan, puisque ce n'est pas elle qui prête directement de l'argent.
05:59 Les données obtenues par Le Monde montrent que, depuis 2019, BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale ont participé à arranger 17 obligations pour Saudi Aramco,
06:13 sur les 18 émises sur cette période par le pétrolier.
06:17 Des emprunts qui lui ont permis de lever un total de 23 milliards de dollars.
06:23 Interrogée par Le Monde, Crédit Agricole confirme ces chiffres.
06:27 De son côté, BNP Paribas estime avoir eu un rôle passif dans un certain nombre d'obligations, sans plus de précision.
06:37 Aucune banque n'a souhaité s'exprimer sur le futur de sa relation avec Saudi Aramco.
06:43 Mais toutes ont souligné avoir récemment pris de nouveaux engagements.
06:47 En décembre 2022, le Crédit Agricole a en effet annoncé l'arrêt du financement de nouveaux projets pétroliers.
06:55 En mai 2023, BNP Paribas durcit elle aussi sa politique sur le pétrole et le gaz, et annonce réduire de 80% ses financements d'ici 2030.
07:05 Sauf que ces nouveaux engagements ne concernent toujours qu'une partie des financements des banques.
07:13 Essentiellement les financements directs de projets, un type de financement marginal du secteur pétrogazier.
07:21 Certaines banques s'engagent aussi à réduire progressivement les prêts généraux qu'elles accordent aux entreprises du secteur, mais pas les émissions d'obligations.
07:31 Or ces fonds généralistes peuvent être utilisés par l'entreprise comme elle l'entend.
07:36 Résultat, trois mois après sa nouvelle politique pétrole et gaz, le Crédit Agricole participe à deux émissions d'obligations au profit de Saudi Aramco, pour un montant total de 3 milliards de dollars.
07:49 En juin 2023, des experts indépendants mandatés par l'ONU adressent une lettre d'avertissement à Saudi Aramco.
07:57 Ils pointent l'ampleur de ces émissions, l'absence d'une stratégie crédible de transition, un manque de transparence.
08:06 Mais ils écrivent aussi à la France, ainsi qu'à trois grands patrons de banques.
08:11 Cher M. Bonafé, cher M. Oudea, cher M. Brassac, ces dernières années, les entreprises du secteur financier ont soutenu les activités commerciales de Saudi Aramco de diverses manières.
08:24 Et ils pointent leurs responsabilités.
08:27 Ces entreprises contribuent aux impacts sur les droits humains liés au changement climatique.
08:32 Plusieurs sont domiciliées en France.
08:35 Car au-delà des fonds mobilisés, le soutien des banques a un impact plus profond.
08:41 Les grandes banques françaises comme BNP Paribas, Crédit Aériqueol et Société Générale font partie des plus grandes banques du monde.
08:47 Elles peuvent donc envoyer un signal fort au marché pétro-brésilien, mais aussi aux responsables politiques et obligatoires.
08:54 Et de par leur statut d'acteur majeur du système bancaire, peuvent entraîner des banques concurrentes avec elles.
09:01 Une perspective dont s'inquiète régulièrement le PDG de Saudi Aramco lui-même.
09:09 L'investissement en eau et en gaz a disparu.
09:13 Et je dois dire que l'imbalance actuelle de l'investissement nous conduit vers un chemin dangereux.
09:23 L'investissement en eau et en gaz a disparu.
09:27 L'investissement en eau et en gaz a disparu.
09:32 [SILENCE]
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