- il y a 2 heures
Les troubles anxieux explosent chez les jeunes, alimentés par les conflits géopolitiques, la pression scolaire, le dérèglement climatique ou encore les tensions familiales. Comment aider les adolescents et les jeunes adultes à mieux vivre avec leur anxiété ?
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00:00Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans Grand Bien Vous Fasse, comment aider les ados et les
00:05jeunes adultes à surmonter l'anxiété, c'est notre thème ce matin.
00:08Selon une récente enquête de l'INSERM et de l'université Paris-Cité, un tiers des jeunes présentent des signes
00:14de troubles anxio-dépressifs.
00:16L'étude de Mantalo, réalisée auprès de 17 000 jeunes âgés de 11 à 24 ans, le montre bien, avec
00:24des filles deux fois plus touchées que les garçons,
00:26par des signes de détresse de type anxio-dépressif, des troubles en constante augmentation au cours de ces années 2020,
00:33marqués par la crise du Covid, les incertitudes géopolitiques liées à la guerre en Ukraine, à Gaza, en Iran, les
00:39inquiétudes socio-économiques,
00:40l'omniprésence des écrans et des réseaux sociaux, l'angoisse climatique, sans oublier les difficultés scolaires professionnelles ou les conflits
00:47intrafamiliaux.
00:48Bref, une génération à vif pour reprendre le titre du livre de l'un de nos invités, Cyril Tarquignot.
00:54Et vous, racontez-nous l'anxiété des jeunes autour de vous, des jeunes qui peuvent également nous appeler au standard.
00:59Et sur WhatsApp, au 0145 24 7000 et sur l'appli Radio France.
01:04Bienvenue dans Grand Bien Vous Fasse, la vie quotidienne mode d'emploi.
01:07France Inter.
01:10Grand Bien Vous Fasse.
01:12Aller rébé.
01:15Bonjour Loïc Robu.
01:16Bonjour.
01:16Vous êtes psychologue clinicien à Montpellier, spécialisé dans les troubles du comportement, créateur de contenu sur Instagram avec votre compagne
01:23psychologue également, Mathilde Bessé.
01:26C'est le compte Militant Psy et vous avez publié Ensemble chez Marabou.
01:30Est-ce que c'est normal ?
01:31Alors pour vous, l'objectif ce matin, Loïc Robu, ce n'est pas de donner des conseils pour supprimer l
01:37'anxiété des ados, mais de leur apprendre à comprendre et à traverser cette émotion.
01:42Tout à fait. Et c'est pour ça que le thème de l'émission est bien choisi, faire face. C
01:46'est exactement ça quand on parle d'anxiété.
01:47C'est que ça va être hyper important de garder à l'esprit que l'anxiété est une émotion normale,
01:54qu'on en a besoin et qu'on fonctionne grâce à cette anxiété.
01:58On est là, tous là, parce que nos ancêtres avaient de l'anxiété. Et donc, il va falloir apprendre à
02:02la tolérer et la gérer.
02:04Bonjour Céline Tarquinio.
02:06Bonjour.
02:06Vous êtes psychologue clinicien, psychothérapeute, professeur de psychologie clinique à l'université de Lorraine, à Metz.
02:12Vous êtes également chercheur à l'Inserm. Et vous publiez chez Duneau, Génération à vif, Comprendre les défis de la
02:18santé mentale des jeunes.
02:19Et vous écrivez, Cyril Tarquinio, que les jeunes portent sur leurs épaules un fardeau psychologique inédit. Expliquez-nous.
02:25Je crois qu'être jeune aujourd'hui, c'est sans doute plus délicat qu'avoir été jeune à mon époque.
02:34Et qu'au fond, la jeunesse est devenue un point de condensation visible d'un système invisible.
02:43Et qu'il convient, pour comprendre la problématique de la santé mentale des jeunes, de resituer la problématique dans une
02:53approche systémique.
02:54Et de ne surtout pas faire l'erreur de penser que cela relève de dimensions qui leur sont propres.
03:01Qu'est-ce que vous entendez par système invisible ?
03:04Eh bien, nous sommes tous les produits d'un système qui est un système complexe, qui va du système familial.
03:13On ne peut évidemment pas sortir, en particulier pour les plus jeunes, ces derniers de leur environnement familial.
03:24Un système familial qui fait partie d'un système social, dans lequel on trouve des parents qui sont des salariés,
03:32qui sont dans des systèmes professionnels, dans lequel on trouve le système scolaire.
03:37Système social qui fait partie de la planète, qui est également déterminée par un environnement qui a changé, des alimentations
03:47qui a changé.
03:48Et évidemment, et c'est un peu le reproche qu'on peut faire à nos politiques,
03:52si on veut simplifier les choses, alors on va regarder les individus dans leur expression
03:59et ramener la problématique à quelque chose qui leur est propre.
04:02Si on prend le système de façon plus large, ça devient un système complexe.
04:05Et là, les réponses ne pourront pas être simples.
04:08Loïc Robu, vous êtes d'accord ?
04:09Tout à fait d'accord, et je trouve que c'est hyper important de pouvoir avoir des professeurs d'université
04:13qui parlent du poids de la société aussi sur les troubles mentaux,
04:18parce qu'on peut vite être réduit à sa pathologie et à ses difficultés en tant qu'individu,
04:23sans prendre en compte le système dans lequel on vit.
04:25Donc merci pour cette prise de parole.
04:27Alors Cyril, le Tarquinio, la jeunesse n'est évidemment pas un long fleuve tranquille,
04:31elle ne l'a probablement jamais été, le mythe de la jeunesse dorée n'est qu'un mythe.
04:36La grande particularité de la jeunesse actuelle, c'est de porter une dualité fondamentale,
04:40comme vous l'écrivez, connectée comme jamais, mais paradoxalement isolée dans ses angoisses.
04:47C'est le paradoxe de notre société, en fait, d'être sans doute plus seul qu'avant parmi les autres.
04:55Seul parmi les autres.
04:56Et je crois que c'est une leçon que l'on doit tirer,
05:01c'est-à-dire qu'on n'a jamais eu autant d'amis qu'on ne connaît pas.
05:06On n'a jamais autant été les uns avec les autres et finalement plongé dans nos écrans.
05:14Et je pense que, par exemple, les réseaux sociaux sont l'illustration de cela.
05:19C'est-à-dire qu'on a besoin d'un sentiment d'appartenance,
05:23et en particulier quand on est jeune, adolescent,
05:26et en même temps, cette question du sentiment d'appartenance a pris de nouvelles formes
05:34et on est face à un problème de régulation, ici, face aux réseaux sociaux.
05:41Et si je peux développer un petit peu, je peux en dire un mot.
05:45Au fond, fut un temps, j'étais un grand fan de Sylvester Stallone.
05:52C'était mon icône, qui est un personnage complexe.
05:56Je ferme la parenthèse.
05:57Mais je savais bien que, grâce à mes amis qui étaient le réel,
06:01je ne serais jamais musclé comme lui et aussi beau physiquement que lui.
06:05C'est-à-dire que j'avais une réalité sociale
06:07qui me permettait de relativiser mes aspirations, mes processus d'identification.
06:14Aujourd'hui, nous sommes face à des environnements, des réseaux
06:18qui ne donnent que des aspirations à être inatteignables.
06:21Mais nous n'avons plus une réalité tangible
06:25qui nous permet de nous réguler par rapport à cela.
06:27Et le delta est extrêmement important.
06:29Et ce delta nous met dans une situation de déséquilibre.
06:33Le micro but ?
06:34Ce qui est certain, c'est qu'effectivement,
06:36moins vivre en commun et avoir moins de relations importantes
06:41dans lesquelles on peut se livrer,
06:42dans lesquelles on peut se sentir à l'aise de parler de ce qui se passe,
06:45ça nous aide moins à pouvoir ajuster nos biais,
06:49ajuster nos pensées,
06:50de pouvoir prendre parfois un pas de recul.
06:53Et ça, ça s'accompagne du fait que
06:55il n'y a pas que les jeunes qui sont dans une moins bonne santé mentale.
06:59Et si nos parents, nos amis,
07:02eux-mêmes ont du mal à réguler cette émotion,
07:04à nommer leurs émotions, à comprendre leurs émotions,
07:06peuvent avoir du mal à nous donner de l'information nécessaire
07:08pour pouvoir aller mieux et se sentir mieux.
07:10On le sait aujourd'hui, l'omniprésence des écrans
07:13impactent la santé mentale des jeunes.
07:15C'est de plus en plus documenté,
07:16notamment dans l'excellent livre du psychologue américain
07:19Jonathan Haidt, Génération anxieuse.
07:21Des jeunes qui subissent également un contexte géopolitique tendu,
07:24la guerre en Ukraine, on l'a dit, à Gaza, en Iran,
07:27les incertitudes socio-économiques,
07:29l'angoisse climatique et j'en passe.
07:31Qu'entendez-vous à ce sujet dans vos cabinets respectifs ?
07:34Est-ce que l'actualité anxiogène impacte les jeunes que vous recevez ?
07:38Où est-ce secondaire, Loïc Rebus ?
07:41Ce n'est pas secondaire.
07:42Pour certaines personnes, ça peut même être vraiment un objet de consultation.
07:46Quand on a les informations qu'on a,
07:50on n'est pas tous égaux face au message
07:52et comment on va recevoir ce message.
07:53Il y a des personnes qui peuvent avoir vraiment
07:56des grosses difficultés à gérer ça.
07:58On parle maintenant, c'est bien détaillé dans la littérature,
08:00d'éco-anxiété, par exemple, pour l'écologie,
08:03mais qui peut même se généraliser à plein d'autres concepts.
08:08Du coup, oui, effectivement, ça peut être un sujet de problématique.
08:12Cyril Tarquinio ?
08:13Deux éléments de réponse.
08:14D'abord, pour rebondir sur le premier point, les écrans.
08:17On en parle beaucoup,
08:18sauf que je ne suis pas totalement d'accord avec les discours habituels.
08:22Je ne pense pas que les écrans prennent de la place.
08:26Je pense simplement qu'ils occupent une place laissée vacante.
08:29Ce n'est pas pareil.
08:30Ce n'est pas pareil du tout.
08:32Ça dit quelque chose, effectivement,
08:34des environnements familiaux et sociaux
08:36qui laissent des espaces à l'intérieur desquels
08:39des comportements comme ceux-là émergent.
08:43Alors, évidemment, ça pose problème, les écrans.
08:45Évidemment, je ne vais pas contrebalancer.
08:49Les arguments scientifiques sont là.
08:50Mais regarder, encore une fois, la problématique
08:53simplement à travers ce prisme,
08:54c'est faire l'économie d'une réflexion plus large.
08:58Deuxième élément,
08:59vous évoquiez la question de l'environnement
09:01et de la situation politique, économique aujourd'hui.
09:06Je regardais hier une chaîne d'info.
09:09Pendant au moins cinq minutes, vraiment,
09:12montre en main,
09:12j'avais des journalistes qui s'interrogeaient
09:15sur la position de Trump
09:17en disant, on ne sait pas ce que Trump va dire.
09:18Et on avait une tension médiatique
09:21pendant plusieurs tours de parole
09:23entre un correspondant qui était aux Etats-Unis
09:26qui disait la même chose.
09:27C'est-à-dire que des Etats-Unis,
09:28il nous disait que lui non plus ne savait pas.
09:30Et on avait une tension faite de vide.
09:32Et de ce point de vue,
09:34même moi qui regardais ça,
09:36en attendant, en espérant une réponse,
09:38j'étais tendu et anxieux.
09:41Et nous accueillons Noëlla Fillol.
09:43Bonjour.
09:44Vous collaborez à l'émission.
09:45Vous avez 20 ans, tout juste.
09:48Est-ce que cette actualité anxiogène
09:52vous impacte, Noëlla,
09:53ou vos camarades autour de vous ?
09:55Qu'est-ce que vous constatez ?
09:57Oui, bien sûr, ça m'impacte.
09:58Et ça impacte aussi les gens autour de moi.
10:00C'est vrai qu'on remarque beaucoup d'anxiété
10:03qui est liée au conflit au Moyen-Orient en ce moment,
10:05mais à d'autres aussi problématiques
10:06comme l'intelligence artificielle
10:08ou à l'éco-anxiété aussi.
10:10Et je pense que c'est compliqué pour les jeunes
10:12de se projeter dans un avenir
10:13qu'on ne maîtrise pas du tout
10:14parce qu'on se pose des questions
10:15que nos parents ne se posaient pas à leur époque.
10:17Par exemple, pour l'intelligence artificielle
10:19qui, aujourd'hui, menace des secteurs entiers,
10:22c'est compliqué de s'imaginer travailler
10:24dans ces secteurs-là en se disant
10:25que peut-être qu'on n'aura plus besoin de nous
10:26dans les futures années.
10:28Et bien sûr, les réseaux sociaux,
10:29ça n'arrange rien non plus
10:30parce que quand on va chercher une info
10:32sur les réseaux, sur nos téléphones,
10:34ce qui va arriver en premier,
10:35c'est des gros titres
10:36qui sont très alarmants, très anxiogènes.
10:38Et bien sûr, ça n'aide pas
10:41et ça rajoute une anxiété supplémentaire.
10:43Cyril Tarkignot.
10:44Écoutez, je commence à être
10:45un vieux prof d'université.
10:47Et pour la première fois de ma carrière,
10:50à la rentrée des premières années,
10:52j'ai à peu près 300 étudiants en licence 1,
10:55je leur ai dit, écoutez,
10:56je ne suis pas sûr que la formation
10:58qui va vous être délivrée
10:59dans les 2-3 années qui vont venir,
11:01il faut 5 ans pour être psychologue,
11:03sera adaptée et ajustée
11:05pour les professionnels que vous serez demain
11:07au regard de comment l'IA
11:09vient bousculer notre métier.
11:11Et ça veut dire que moi,
11:13en tant qu'universitaire,
11:14je prends la mesure du fait
11:17que je suis dans une disposition pédagogique
11:21et un registre de savoir
11:23que je sais qui commence à être
11:25de plus en plus désuet.
11:27Et ça, c'est quelque chose,
11:29comme vous le dites, mademoiselle,
11:30auquel on n'a jamais été confronté
11:32et vis-à-vis duquel
11:33nous ne sommes pas préparés.
11:36Loïc Rebut.
11:37C'est certain, ça va être une révolution
11:38et ça l'est déjà,
11:39ça va bousculer nos métiers,
11:41ça va bousculer aussi notre façon
11:43d'exercer notre métier, je pense,
11:45parce que, et ça on le sait,
11:46les personnes sont de plus en plus informées,
11:48donc de plus en plus exigeantes aussi.
11:50Donc je pense que ça va forcer
11:52les psychologues et tous les accompagnements
11:53de la santé mentale à se former
11:55et à être fort sur leur connaissance.
11:57C'est intéressant ce que nous dit
11:58Noélien Fillon sur l'intelligence artificielle.
12:00Est-ce qu'on sous-estime pas
12:02cet impact de l'IA
12:05sur nos psychologies
12:07et sur, évidemment,
12:08les psychologies adolescentes
12:10et des jeunes adultes, Loïc Rebut ?
12:12Un truc que je repère, effectivement,
12:14et que je n'avais pas trop avant.
12:15Sans démoniser, sataniser l'IA, évidemment.
12:18Non, surtout pas,
12:18parce que sinon on serait comme
12:19les personnes qui disent
12:20non, Internet, ça ne va pas.
12:22Mais non, mais c'est sûr
12:24que quand on travaille
12:26sur les troubles anxieux,
12:26on fait ce qu'on appelle
12:27des analyses fonctionnelles,
12:28c'est-à-dire d'essayer de comprendre
12:29un peu qu'est-ce qui s'imbrique.
12:30Et je fais rentrer
12:31dans mes analyses fonctionnelles
12:32ce que je n'avais pas avant,
12:33l'IA,
12:34parce que ça peut être
12:34une source de réassurance
12:36où on va aller chercher
12:37beaucoup d'infos dessus,
12:37on va se rassurer avec l'IA
12:40et sur des logiciels
12:42qui ne sont pas encore
12:43hyper pointus
12:44pour répondre bien aux questions
12:45et comprendre
12:47les difficultés
12:47que les personnes ont.
12:49Noélien, dernier mot ?
12:50Oui, je pense que
12:51pour pallier un peu
12:52à toute cette anxiété,
12:54le mieux c'est d'en parler.
12:55Par exemple,
12:55quand j'en parle avec mes proches,
12:57mes amis, ma famille,
12:58ce qui ressort d'abord
12:59c'est de la colère
13:00parce que je pense
13:00qu'on est tous un peu en colère
13:01face à ce qui se passe.
13:02C'est des choses
13:03qui sont souvent injustes
13:04à nos révoltes.
13:05Et d'en parler
13:05et de voir qu'on est plusieurs
13:07à se révolter
13:07et plusieurs à être en colère,
13:08ça fait du bien
13:09et c'est bien de voir
13:11qu'on n'est pas seul
13:12par rapport à ce qui se passe.
13:14Et bien sûr
13:14que c'est des émotions
13:15qu'il va falloir accueillir
13:16parce que ce n'est pas normal
13:17tout ce qui se passe.
13:18C'est normal d'être en colère
13:19contre tout ça.
13:20On parlait de système
13:21tout à l'heure.
13:23On vit dans un système
13:24où ces émotions-là
13:25elles sont importantes
13:26à aller vivre.
13:27Et puis,
13:28ce qui va favoriser l'anxiété,
13:30ça va être des processus
13:31comme l'intolérance
13:31à l'incertitude.
13:32Mais là,
13:32on est vraiment
13:33dans un monde
13:33qui est incertain.
13:34Et donc,
13:35c'est complètement normal
13:36d'avoir tout ça
13:37et c'est bien d'en parler.
13:38C'est comme ta meilleure amie.
13:40Elle te colle
13:40et elle est tout le temps avec toi.
13:41Je suis là, je suis là.
13:42Rends bien vous face.
13:43Mais aussi,
13:43elle veille sur toi.
13:44En fait,
13:44elle est là pour te protéger
13:45et elle aussi,
13:47elle te parle
13:47et elle aussi,
13:47il faut l'écouter
13:48parce que ce qu'elle te dit,
13:50c'est primordial.
13:51Toi,
13:51ton boulot,
13:52c'est juste de décrypter
13:52le message qu'elle te dit.
13:53Tu vois ?
13:55Et ce matin,
13:55on s'intéresse à l'anxiété
13:57chez les jeunes
13:57dans un monde anxiogène
13:58avec le professeur en psychologie
14:00et chercheur Cyril Tarquinio
14:01et avec le psychologue
14:03clinicien Loïc Crobu.
14:04Alors,
14:05qu'est-ce que l'anxiété,
14:07cette anticipation
14:08d'une souffrance future
14:10Loïc Crobu ?
14:13C'est une émotion.
14:14C'est une émotion
14:16qui est normale.
14:17C'est un comportement aussi.
14:18En fait,
14:19l'anxiété,
14:19c'est ce qui nous permet
14:21de faire face
14:22à quelque chose
14:23qui pourrait arriver.
14:24Et ça,
14:24c'est hyper important.
14:25Je prends l'exemple
14:26du coup
14:27des hommes de Cro-Magnon.
14:28Quand on était encore
14:30tout nu dans la forêt
14:31et qu'on n'était
14:33pas du tout anxieux,
14:34il y avait celui
14:34qui n'était pas du tout anxieux,
14:35qui était là,
14:35qui regardait les étoiles
14:36et qui était bien.
14:37Et puis,
14:38il y a celui
14:38qui sursautait
14:39au moindre geste.
14:40Et en fait,
14:41quand il y a eu
14:41un bruit dans un buisson,
14:42celui qui regardait
14:43les étoiles
14:43et tout ça,
14:44il n'a pas réagi.
14:45Celui qui était
14:45un peu anxieux
14:46est parti en courant.
14:47Et l'autre s'est fait dévorer.
14:48Et puis après,
14:49on s'est reproduit.
14:50Et donc,
14:50c'est vraiment
14:50une émotion adaptative.
14:52C'est important
14:52de garder ça à l'esprit.
14:53Ça nous permet
14:54de nous adapter
14:55face à des situations.
14:57Malheureusement,
14:57à des moments,
14:57elle va être trop présente
14:58et on va avoir du mal
14:59à la tolérer.
15:00Et là,
15:01on peut développer
15:02des troubles.
15:02Et qu'est-ce qu'un trouble anxieux ?
15:04Des troubles anxieux
15:05qui prennent
15:06des formes multiples
15:07et qui touchent
15:08de plus en plus de jeunes.
15:09Deux grands types
15:10de troubles anxieux.
15:11L'anxiété généralisée
15:12et l'anxiété de performance
15:14pour être très schématique.
15:16C'est quoi
15:17l'anxiété généralisée,
15:18Cyril Tartugno ?
15:20Il faut peut-être
15:21déjà distinguer
15:22la peur de l'anxiété.
15:23C'est très important
15:24parce que la peur,
15:25je peux avoir peur
15:25d'un chien,
15:26ça relève
15:27d'une expérience
15:28négative
15:29vis-à-vis d'un chien.
15:30Je me suis fait mort
15:30donc j'ai peur des chiens.
15:31Donc c'est presque
15:32un processus
15:32de conditionnement.
15:34L'anxiété,
15:35c'est une anticipation
15:36comme le disait
15:36notre collègue
15:37un peu irrationnelle.
15:40D'ailleurs,
15:41ça n'active pas
15:41les mêmes structures cérébrales.
15:43Mais dans les deux cas,
15:45ça nous met
15:46dans une impossibilité
15:47à fonctionner
15:48normalement.
15:49C'est ça.
15:50Et comme on l'évoquait
15:51à l'instant,
15:52c'est une réponse adaptative.
15:53C'est-à-dire qu'au fond,
15:54l'anxiété,
15:55c'est ce qui me permet
15:56de fonctionner.
15:58Sauf qu'à un moment donné,
15:59cette anxiété,
15:59elle prend trop le pas
16:01sur la réalité
16:02et elle dépasse
16:03nos capacités
16:04d'ajustement.
16:05Elle nous déborde.
16:07Et l'anxiété généralisée,
16:08au fond,
16:09c'est un état anxieux
16:10qui arrive
16:11de façon un peu
16:14sans déclencheur précis.
16:16C'est persistant
16:17et incontrôlable.
16:18Voilà, c'est ça.
16:18C'est incontrôlable,
16:19c'est irrationnel,
16:20c'est persistant
16:20et surtout,
16:21ça nous empêche
16:22d'être,
16:23ça nous empêche
16:23de fonctionner.
16:25Et il y a des symptômes
16:25physiques aussi.
16:26N'oublions pas,
16:27ce n'est pas qu'une perception,
16:28c'est aussi des troubles digestifs,
16:30une accélération
16:31du rythme cardiaque,
16:32une activation
16:33de la physiologie
16:34du stress.
16:35Car ne l'oublions pas,
16:38cette chronicisation-là
16:39va avoir des impacts
16:40sur la santé physique.
16:41parce que c'est ça.
16:43Derrière,
16:43c'est ce qu'on caricature
16:45autour de l'anxiété
16:47parce qu'on regarde ça,
16:48on balaie ça
16:48d'un revers de manche,
16:49c'est dans la tête,
16:50ce n'est pas sérieux.
16:51Attention,
16:52aujourd'hui,
16:53on sait que tout ça
16:54va avoir des impacts
16:55sur le système immunitaire
16:56quand ça se chronicise
16:57et que ça va être,
16:59ça va créer
17:00le terreau favorable,
17:01la survenue à terme
17:03de maladies chroniques.
17:05Et l'anxiété de performance
17:07c'est une anxiété,
17:08c'est une peur
17:09liée à un événement précis.
17:11C'est ça,
17:12oui.
17:12Le schématisme,
17:13c'est une anxiété
17:15qui est réactionnelle
17:17face aux autres
17:17et face à ce que les autres
17:19vont renvoyer de nous
17:20et donc ils vont,
17:22d'ailleurs,
17:22les jeunes peuvent vraiment
17:23éprouver assez tôt
17:24dès l'âge de 13 ans
17:26par exemple
17:26où on va avoir
17:28une pression
17:29à bien faire
17:31et qui va peut-être
17:32prendre tout l'espace
17:33et si on rejoint
17:34avec le TAG,
17:35c'est vraiment
17:36l'anxiété
17:36ou le TAG,
17:38c'est le trouble anxieux
17:39généralisé.
17:40On peut le résumer
17:40sur la maladie du souci
17:41où en fait
17:42on va s'inquiéter
17:43avec des et-ci,
17:44et-ci, et-ci
17:45et ça de manière continuelle
17:46et ça même
17:47dès le début,
17:47dès l'enfant,
17:48ça peut arriver.
17:49Et à propos de pression,
17:50j'aimerais qu'on accueille
17:51Louisa.
17:51Bonjour Louisa.
17:53Oui, bonjour.
17:54De où appelez-vous Louisa ?
17:55De Paris.
17:56Alors vous,
17:56vous êtes enseignante
17:57au collège
17:58depuis deux ans
17:59et vous constatez
18:00une véritable pression
18:01sur les épaules
18:02des collégiens
18:03avec à la clé
18:05de l'anxiété,
18:06beaucoup d'anxiété.
18:07Oui, exactement.
18:09En fait,
18:10ce que je vois,
18:10je suis enseignante
18:12en sixième et centième
18:13qui sont déjà,
18:14pour moi,
18:14relativement jeune encore
18:15et je suis vraiment
18:16désarçonnée
18:17par la pression
18:19que se mettent
18:19les élèves.
18:21Ça illustre un peu
18:22ce que vous venez de dire.
18:23Vraiment,
18:23je vois l'impact
18:24sur leur santé.
18:26Certains qui évitent
18:27les cours,
18:27des phobies scolaires
18:29et puis surtout,
18:30je trouve qu'ils se mettent
18:31la pression
18:32des notes
18:32assez tôt
18:34avec Pronote.
18:35Ils sont hyper connectés
18:37et donc,
18:38moi,
18:39je vois une charge mentale
18:41que je trouve pesante
18:42chez des élèves
18:44qui sont,
18:45pour moi,
18:45assez jeunes
18:46et puis surtout,
18:47je trouve qu'en tant
18:48que professeur,
18:48on manque d'outils
18:49pour les aider.
18:50Vous pouvez nous rappeler
18:51juste en deux mots
18:52ce qu'est Pronote ?
18:54Oui, pardon.
18:54Pronote,
18:55c'est le logiciel
18:56qui permet
18:57le suivi des notes
18:58et la communication
18:59avec les élèves
18:59et les parents.
19:00Donc,
19:00en fait,
19:01c'est un logiciel
19:02ou une application
19:03sur lequel vont apparaître
19:05les notes
19:07automatiquement
19:07et ça crée une anxiété
19:10à mon sens
19:11chez les élèves.
19:12Cyril Tarkineau ?
19:13Oui,
19:14c'est un vrai problème
19:16et je crois que
19:17le problème,
19:18encore une fois,
19:19la question,
19:20c'est d'où vient
19:20cette pression ?
19:21C'est pour les élèves
19:22qui naissent comme ça
19:23ou qui un matin
19:24se lèvent en me disant
19:25il faut que je réussisse
19:28mon devoir d'anglais
19:29sinon,
19:30je veux dire,
19:31à un moment donné,
19:32de façon plus ou moins
19:33implicite
19:33ou explicite,
19:35il y a une idéologie
19:37de la performance,
19:38on peut la comprendre
19:39quand on arrive
19:40à un certain niveau,
19:42mais ce sont des enfants
19:44et d'une certaine manière,
19:46qu'est-ce que ça dit
19:46de notre société ?
19:47Ça dit que notre société,
19:49par cette pression-là,
19:51signe chez ces jeunes-là
19:53la fin de l'enfance.
19:54Parce que la fin de l'enfance
19:56c'est justement
19:57une espèce d'insouciance.
19:59Donc,
19:59on est là
20:00dans une fracture
20:02d'une certaine manière
20:04alors que,
20:05je veux dire,
20:05mais les enjeux
20:06ne sont pas là.
20:07Les enjeux ne sont pas là.
20:08Je veux dire,
20:09et l'autre question,
20:10c'est qu'au fond,
20:12je veux dire,
20:12on voit bien
20:13qu'on a augmenté
20:14les espaces
20:16d'évaluation académiques
20:17mais qu'à l'inverse,
20:19les espaces
20:19de valorisation
20:20non académiques
20:21n'existent plus.
20:23C'est-à-dire qu'on a,
20:23comme pour les enfants
20:24et peut-être aussi
20:26pour les parents
20:26par rapport à leurs enfants,
20:27les espaces,
20:29je veux dire,
20:30de réalisation,
20:32la plupart du temps
20:33ne se cantonnent
20:34qu'à l'environnement scolaire.
20:35Et ça aussi,
20:36ça dit quelque chose
20:37de cette société
20:38dans laquelle on est
20:38qui est celle
20:39d'une société
20:39de la performance
20:40dès la sixième.
20:41On est sur une société
20:43qui est tournée
20:43vers le travail
20:44et avec cette idée
20:45que sans l'exercice
20:50et la réussite
20:52dans l'école,
20:53on ne fera rien
20:53de notre vie.
20:54Et ça,
20:55c'est une pression intense,
20:56c'est une pression
20:56qu'ont les parents,
20:57c'est une pression
20:57qu'ont les enfants
20:58qui comprennent tôt.
20:59Le système de notation
21:00est peut-être à revoir,
21:02on les fait lever hyper tôt,
21:04donc en plus,
21:04ils sont stressés
21:05de manière générale
21:06dans l'organisme,
21:07il y a des comparaisons
21:07et il y a vraiment
21:08cette idée
21:09qu'une note
21:09égale mon avenir.
21:12Louisa ?
21:13Oui, je suis d'accord
21:13et même,
21:14si je peux me permettre,
21:16la note définit aussi
21:17un peu leurs valeurs
21:19et j'ai l'impression
21:19que ça va d'autant plus
21:22en...
21:23comment dire,
21:23ça crée d'autant plus
21:24en anxiété chez eux.
21:25Merci beaucoup, Louisa,
21:26de nous avoir appelé.
21:27Tiens, quand même,
21:28Louisa se sentait un peu démunie,
21:30Cyril Tarquignot,
21:31je rappelle,
21:31vous êtes professeur
21:31en psychologie
21:33et je pense que
21:34de nombreux profs
21:35qui nous écoutent,
21:36d'enseignants,
21:37de professeurs des écoles
21:39peuvent ressentir
21:40le même sentiment
21:41que Louisa.
21:42Oui,
21:43et je pense qu'on a
21:44un défaut de formation
21:46de tous les métiers
21:47qui sont en lien
21:48avec les jeunes
21:48et de ce point de vue,
21:50je rappellerai
21:50l'existence
21:51d'un dispositif européen
21:53mais qui existe en France
21:54et qui est vraiment
21:55très utile
21:56pour tous les professionnels,
21:58quels qu'ils soient,
21:58qui sont en lien
21:59avec la jeunelle,
21:59c'est la formation
22:01PSSM,
22:02premier soin en santé mentale
22:03qui est gratuite,
22:05il faut...
22:06se connecter,
22:07aller voir le site national
22:09de PSSM France
22:10qui permet à chacun,
22:11ce sont des formations
22:12premiers secours
22:13de secouristes
22:14en santé mentale.
22:15Ça nous permet juste
22:16de développer
22:16de nouvelles compétences
22:18pour savoir identifier
22:19comment les jeunes
22:21se comportent devant nous
22:22et pouvoir,
22:23non pas diagnostiquer,
22:24mais avoir le sentiment
22:26que ça nous parle
22:27et peut-être mieux orienté.
22:29et la formation
22:30premiers secours
22:31en santé mentale,
22:32PSSM,
22:33devrait être
22:34une dimension,
22:36une compétence
22:37en fait,
22:37que chaque adulte
22:39en lien avec les jeunes
22:41devrait disposer.
22:42Merci beaucoup Louisa
22:43de nous avoir appelé
22:44et nous accueillons
22:45le professeur Karine Chevreul.
22:46Bonjour.
22:47Bonjour.
22:48Bonjour professeur Chevreul,
22:50vous êtes médecin
22:51spécialisé en santé publique,
22:52vous êtes professeur
22:53à l'université Paris Cité
22:55et vous menez
22:56une vaste étude
22:57coordonnée par l'INSERM,
22:59l'Institut National
23:00de la Santé
23:00et de la Recherche Médicale,
23:03l'étude MENTALO,
23:04M-E-N-T-A-L-O,
23:06une étude auprès
23:08de 17 000 jeunes,
23:0917 000 volontaires
23:10âgés de 11 à 24 ans
23:12avec des jeunes
23:14qui devaient répondre
23:15à plusieurs reprises
23:16sur une appli dédiée.
23:19Quels étaient,
23:19professeur Chevreul,
23:20les principaux objectifs
23:22de cette étude MENTALO ?
23:26Alors, MENTALO a été développé
23:27dans un contexte assez particulier.
23:29On avait fait une application
23:30qui a été utilisée
23:31pendant le Covid
23:32pour les adultes
23:33qui s'appelait Stop Blues.
23:34L'objectif, c'était
23:35d'éduquer les gens
23:37à la santé mentale,
23:38de comprendre en fait
23:39ce que c'était des signes
23:40qui pouvaient être physiques
23:42ou autres,
23:43qui pouvaient être évocateurs
23:44du fait qu'on n'allait pas bien
23:45et de leur expliquer en fait
23:47aussi vers qui ils pouvaient
23:48se tourner si vous en avez besoin,
23:50des tip-tips pour aller mieux,
23:52des comportements.
23:53Et on s'est rendu compte
23:54qu'en fait,
23:54ce n'était pas du tout
23:55adapté aux jeunes.
23:56On a eu un financement
23:57par le ministère de la Santé
23:59pour faire une recherche
24:00et en développer un
24:00pour les ados
24:01et là est arrivé le Covid.
24:03Et là, on s'est dit
24:03qu'on ne comprend plus rien.
24:05Donc, avec plusieurs collègues,
24:06on s'est dit
24:07qu'il faut absolument
24:07qu'on comprenne
24:08non seulement
24:09si effectivement il y avait
24:10des signes de plus grande
24:12médicalisation de la santé mentale
24:14et plus de tentatives de suicide,
24:16des jeunes qui allaient moins bien,
24:18des rapports par les chefs
24:19d'établissement,
24:20on s'est dit
24:20qu'on va faire une étude
24:21pour comprendre
24:22si c'est un groupe
24:22qui décroche,
24:23si c'est tout le monde,
24:25ce qu'ils comprennent
24:25de la santé mentale,
24:26ce qu'ils savent
24:27et quels sont leurs sujets
24:28de préoccupation.
24:29Et c'est comme ça
24:30qu'on a construit l'étude
24:31avec 300 jeunes
24:32pour lancer Mentalo
24:33pour lesquels
24:34on recrute toujours.
24:35Parce qu'aujourd'hui,
24:35il y a 20 000 participants
24:36et on essaye d'en faire
24:37une cohorte
24:38pour suivre au cours du temps
24:39en fonction de ce qui se passe,
24:41comment ça change
24:42et c'est surtout
24:43quand on peut les suivre,
24:45une fois qu'en fait,
24:46ils nous disent
24:47je vais mieux
24:47ou je vais moins bien,
24:48on leur dit
24:48qu'est-ce qui s'est passé
24:50pour essayer de comprendre
24:51ce qui influence.
24:52Voilà.
24:52J'entends un croc derrière,
24:53ce n'est pas une hallucination auditive.
24:55Pas du tout,
24:56ce n'est pas une hallucination.
24:58Vos collègues
24:58ont été formidables,
24:59ils vont trouver
25:00une connexion,
25:01je ne suis pas du tout,
25:02je suis en plein air
25:03pour essayer de vous parler.
25:05Alors, professeur Karine Chevreul,
25:07qu'est-ce qui vous a le plus frappé
25:08dans cette vastitude
25:12qui concerne 20 000 jeunes ?
25:13C'est énorme.
25:14Qu'est-ce qui vous a le plus frappé ?
25:17Alors, ce qui m'a le plus frappé,
25:20c'est,
25:20alors les résultats,
25:21vous les avez dit tout à l'heure,
25:22c'est qu'il y en a quand même
25:23la moitié qui disent
25:23qu'ils vont bien
25:24puis après,
25:25il y en a un tiers
25:26qui présentent
25:27des signes anxio-dépressifs
25:29modérés ou sévères.
25:30Mais ce qui m'a le plus
25:31frappé,
25:31c'est qu'étant donné
25:32qu'on les interroge
25:33sept fois sur une année,
25:35que quinze jours après
25:36la première fois
25:37qu'ils aient répondu
25:38à nos questionnaires,
25:39ils aillent un peu mieux.
25:40Et ce que ça veut dire,
25:41ça veut dire qu'en fait,
25:42quand on leur pose des questions,
25:44ça entraîne
25:44une certaine réflexivité.
25:45Ils commencent à comprendre
25:47ce qui influence
25:48leur bien-être
25:49et sa petite influence après,
25:52même s'ils ne savent pas
25:53quoi faire après.
25:54Et ça veut donc dire
25:54qu'en fait,
25:55non seulement on a besoin
25:56de comprendre nous
25:57pour pouvoir développer
25:58des systèmes adaptés,
25:59mais on voit bien
26:00qu'il y a plein de gens
26:01qui ont des super initiatives,
26:02qu'il se passe plein de choses
26:03qui sont positives,
26:04mais qu'eux ont besoin
26:06de comprendre
26:06ce qui a un effet
26:07en fait sur leur bien-être mental,
26:10sur leur anxiété
26:10ou leur dépression
26:11pour pouvoir en fait changer.
26:13Et ça, c'est important.
26:15Professeur Karine Chevrolet,
26:15pourquoi les filles
26:17sont presque deux fois
26:17plus nombreuses
26:18que les garçons
26:19à aller mal
26:20dans votre étude ?
26:21Alors pour le coup,
26:23nous, on ne peut pas vous dire
26:24pourquoi.
26:24Par contre,
26:25on va savoir qu'effectivement,
26:27dans les études,
26:28parce que là,
26:28on n'a fait que
26:28des premières analyses,
26:30on va voir
26:30qu'elles ont plus de pression
26:31à la réussite,
26:32qu'elles sont plus préoccupées
26:35et que souvent,
26:36on voit qu'effectivement,
26:37cette pression à la réussite,
26:38comme le disaient
26:39vos autres invités tout à l'heure,
26:41elle est vraiment très importante,
26:43elle a un effet important
26:44sur eux
26:44et sur leur santé mentale,
26:45qu'elle augmente avec l'âge.
26:47C'est-à-dire ce que disait
26:48la professeure Louisa tout à l'heure,
26:51effectivement,
26:51au collège,
26:52ça commence à monter,
26:53puis ensuite,
26:53au lycée,
26:54ça monte.
26:55Et le lycée,
26:55c'est vraiment,
26:56vraiment de plus en plus important.
26:58Et le lycée,
26:59c'est là où les filles
27:00sont plus exposées.
27:02Donc effectivement,
27:03moi,
27:03je ne peux analyser
27:05que les chiffres comme ça
27:06pour ensuite
27:06qu'on est creusé
27:07un peu plus loin.
27:08Loïc Rebus.
27:10Déjà,
27:11merci pour cette étude
27:12parce que ça,
27:12ça va donner plein d'infos
27:13pour nous,
27:14les cliniciens,
27:15par rapport à la suite.
27:16Mais être une femme
27:18dans nos sociétés,
27:18c'est compliqué,
27:19c'est dur.
27:20On est plus exposées,
27:22enfin,
27:22les femmes sont plus exposées
27:23à des attaques,
27:25il y a une pression
27:26qui est forte,
27:28il y a un sexisme
27:29et une poids du patriarcat
27:31qui est encore fort.
27:33Et puis,
27:33oui,
27:34il y a vraiment
27:34une pression
27:34dans tout plein
27:37de domaines de vie.
27:39Et après,
27:39on ne sait pas trop ici,
27:41mais il y a certainement aussi
27:42une plus grande facilité
27:43à parler d'anxiété
27:44et de dépression
27:46et donc qui ferait
27:46qu'il y ait une petite
27:47majoration ici
27:47dans les études,
27:48mais ça n'explique pas tout.
27:49Cyril Tarkignot ?
27:50Oui,
27:51ce qu'évoquait ma collègue
27:52tout à l'heure,
27:53c'est que
27:55c'est la nécessité
27:57pour ces jeunes-là
27:59de comprendre
28:00ce qui se passe,
28:01y compris ce qui se passe
28:02à l'intérieur d'eux-mêmes.
28:04Et je pense que,
28:06sans doute que,
28:07là aussi,
28:08il serait intéressant
28:10de sensibiliser
28:12beaucoup plus
28:13ces jeunes-là
28:14à la question
28:15de la santé mentale.
28:15C'est-à-dire,
28:16au fond,
28:17nous,
28:18en tant qu'adultes,
28:18on peut nommer les choses.
28:20Eux,
28:20ils subissent
28:24un certain nombre
28:25de manifestations
28:25sans comprendre
28:27ce qui se passe,
28:28donc avec un vrai sentiment
28:29de perte de contrôle,
28:32de compréhension
28:33sur ces manifestations
28:35qu'ils ne comprennent pas,
28:36qu'ils les déterminent.
28:38Et je pense que,
28:39là,
28:39au niveau de l'éducation nationale,
28:42ce serait très utile
28:45de faire de l'éducation
28:46à la santé mentale
28:48et d'expliquer
28:49que, voilà,
28:50arrive un moment,
28:51on risque,
28:52on peut,
28:53sans faire de l'induction
28:54de symptômes,
28:55mais être confronté à ça.
28:56Et puis,
28:57ça donne des grilles
28:57d'analyse pour soi,
28:58mais ça donne aussi
28:59des grilles d'analyse
29:00pour le copain.
29:02Oui,
29:02on manque vraiment
29:03d'infos justes.
29:04On peine,
29:05nous aussi,
29:06je pense que
29:06j'en prends pour notre partie
29:08des psychologues
29:08à diffuser aussi
29:09nos connaissances
29:10et c'est pour ça
29:12que c'est super
29:12que vous puissiez inviter
29:13à des psychologues
29:13sur des plateaux comme ça,
29:14diffuser de l'information juste.
29:16Il y a des médias
29:17qui sont chouettes,
29:18il y a des livres,
29:18mais il faut le rendre
29:19accessible aux jeunes
29:20parce qu'il y a
29:22plein de petites choses
29:23si on les comprend.
29:24La psychoéducation,
29:25c'est quand même
29:25quelque chose de puissant
29:26et qui peut permettre
29:27de ne pas rentrer
29:27dans des troubles.
29:28Karine Chevreul ?
29:29Oui,
29:30ce qu'on voit quand même,
29:31c'est que
29:32s'il y a plus d'un tiers
29:33qu'on ne parle jamais,
29:34il y en a qu'on parle parfois,
29:35c'est parce qu'ils ont honte
29:37ou parce qu'ils ne savent pas
29:38à qui en parler.
29:39D'où l'importance
29:40de l'éducation
29:41et de l'information
29:42sur la santé mentale.
29:43Et c'est aussi pour ça
29:44que dans la suite de Mentalo,
29:45c'était la première partie,
29:47on a développé exactement
29:48ce type d'outil,
29:49un outil qui s'appelle Mental Plus
29:51et qui va être là
29:52comme une plateforme
29:53qui pourrait être diffusée
29:54par l'Éducation nationale,
29:55le ministère de la Santé
29:56et autres,
29:56c'est ce qu'on est en train de faire,
29:58juste pour les informer.
30:00Quels sont les signes
30:01qui pourraient dire
30:02que je ne suis pas bien ?
30:03Mais c'est surtout aussi,
30:03en fait,
30:04quels sont les facteurs
30:06de ma vie
30:07qui vont peut-être
30:08moins bien ou autres
30:09et qui peuvent avoir
30:10un effet sur ma santé mentale.
30:11Parce qu'on sait qu'en fait,
30:12l'effet sur leur santé mentale,
30:13il est de deux sortes.
30:14Soit, en fait,
30:15j'ai un facteur
30:16qui va pouvoir me stresser,
30:18soit alors,
30:19je vais pouvoir avoir,
30:21donc ça va me stresser plus,
30:22soit alors,
30:23le fait que j'aille moins bien,
30:24ça va être lié au fait
30:24que je n'ai rien pour amortir.
30:26Vous voyez ?
30:26Je n'ai rien pour amortir
30:27cette anxiété.
30:28Et si on arrive
30:29à les éduquer à ça,
30:31effectivement,
30:31et leur donner des solutions
30:33et tout centraliser,
30:34à ce moment-là,
30:35on sait qu'on va les rendre plus forts.
30:36Karine Chevreul,
30:37il y a une chose
30:37qui m'a beaucoup intéressé
30:38dans votre étude mentale,
30:41c'est le lien
30:41entre le sommeil
30:43et le bien-être mental.
30:44Trop souvent sous-estimés,
30:47les 62% de jeunes
30:49sur leurs écrans
30:51après 22 heures,
30:5220 heures pour les collégiens,
30:54sont près de la moitié
30:54à déclarer
30:55ne pas aller bien
30:57contre 10%
30:58chez celles et ceux
30:59qui le font occasionnellement.
31:01Est-ce qu'on ne sous-estime pas
31:04cet impact du sommeil
31:05sur la santé mentale
31:06des jeunes adultes
31:08et des ados ?
31:09Karine Chevreul ?
31:10Alors ça,
31:11c'est difficile à dire.
31:12Après,
31:12il faut reprendre
31:13l'analyse
31:14comme elle a été faite.
31:15Aujourd'hui,
31:15l'analyse,
31:16elle dit
31:17ceux qui dorment moins
31:18vont moins bien.
31:20Elle dit aussi
31:20ceux qui vont moins bien
31:21dorment bien.
31:21Donc,
31:22on ne sait pas
31:22où est la poule de l'œuf.
31:23Ça va avec le coq
31:23qui chante derrière moi,
31:24là,
31:24vous entendez ?
31:25Mais pour le coup,
31:27on ne sait pas
31:28quelle est la poule de l'œuf.
31:29Par contre,
31:29on sait qu'effectivement,
31:30beaucoup d'entre eux
31:31ne savent pas
31:31l'importance du sommeil.
31:34Donc,
31:34c'est là
31:34où on doit encore
31:36les éduquer.
31:36Louis Crobu ?
31:37Sur le sommeil,
31:38quand même,
31:39je pense que
31:39c'est une réflexion
31:40qu'on doit mener
31:42parce que c'est
31:43un facteur déterminant
31:45dans pas mal
31:45de troubles psy,
31:46quand même.
31:47Une chose intéressante,
31:49Karine Chevreul,
31:49c'est qu'il existe
31:50des éléments protecteurs
31:51de la santé mentale.
31:52J'en distinguerai deux,
31:54un climat familial stable
31:56et puis des activités
31:57culturelles et sportives.
32:00Alors,
32:00de façon générale,
32:01oui,
32:01c'est un climat familial.
32:03C'est-à-dire
32:03une entente familiale
32:04qui va vous soutenir
32:06quand vous êtes plus stressé
32:07ou qui ne va pas
32:08être sujet de stress.
32:09Mais il y a aussi
32:10toutes les autres relations
32:11dans leur vie.
32:12Les relations avec les amis,
32:13la relation amoureuse
32:14qui d'eux-mêmes
32:15soit est générateur
32:16de stress,
32:18soit alors protège
32:19contre un autre événement
32:21qui peut être stressant.
32:22Donc, effectivement,
32:23c'est très important.
32:24En fait,
32:25les activités
32:26culturelles,
32:27sociales,
32:27ça va avec le fait
32:28que non seulement
32:29ça va pouvoir me permettre
32:31de me détendre,
32:32de soulager la pression,
32:33mais ça va aussi
32:34me permettre
32:34de socialiser.
32:35Et ça va avec
32:36ce qu'on disait au départ.
32:37Cette espèce
32:38de sentiment de solitude,
32:40ce n'est pas parce que
32:41je suis hyper connectée
32:42et que j'ai plein de gens
32:42autour que j'ai des gens
32:43avec qui partager.
32:44Et cette socialisation
32:46autour des activités
32:47est extrêmement protectrice
32:48et importante.
32:49Et dans votre livre,
32:50Cyril Tarquinio,
32:51vous insistez vraiment
32:53beaucoup sur
32:53les relations personnelles,
32:55les liens humains
32:57devenus plus fragiles,
32:59plus liquides
32:59et qui peuvent être
33:00générateurs
33:02d'anxiété
33:03ou de dépression
33:04chez les jeunes adultes
33:06et les ados.
33:06Mais complètement,
33:07et comme le reprend
33:08notre collègue à l'instant,
33:11c'est d'une grande trivialité,
33:13mais parfois,
33:13les trivialités
33:14sont bonnes à redire.
33:15C'est que la famille,
33:19la tangibilité
33:20de l'environnement social
33:21sont des éléments essentiels.
33:23Et on revient
33:24à ce que j'évoquais
33:25tout à l'heure
33:25et on revient
33:26à un philosophe
33:27qu'on connaît bien
33:28qui est Zingbun Mboban
33:29qui parle de société liquide.
33:31C'est-à-dire
33:31l'idée que
33:32le travail,
33:35la famille
33:36sont devenus instables,
33:37changeantes.
33:38Les amitiés,
33:39les amours.
33:39Voilà,
33:40ça se dilue.
33:42Et c'est l'évolution
33:43de la société.
33:44On ne va pas dire
33:44que c'est un muavir.
33:45avant,
33:45mais aujourd'hui,
33:47on voit bien
33:47que la famille
33:47n'est plus
33:48ce qu'elle était avant.
33:49Aujourd'hui,
33:49vous avez des parents
33:50qui sont physiquement présents
33:52mais psychologiquement absents.
33:54On divorce,
33:55on se sépare,
33:57on recompose
33:58des familles
33:58et on sait bien
33:59que les familles recomposées,
34:01ça se passe bien
34:03souvent,
34:03mais dans les séries américaines,
34:05ça se passe toujours bien.
34:06Dans la vraie vie,
34:06c'est plus compliqué.
34:08Donc,
34:08voilà,
34:08toute cette réalité-là
34:09qui relève
34:10du champ de l'adversité
34:12est aussi
34:13une dimension
34:14à prendre en compte.
34:15C'est-à-dire
34:16qu'il y a des paramètres
34:18qui sont des paramètres
34:19tangibles
34:20qu'il faut instruire
34:21pour comprendre
34:22ce qui se passe.
34:22Et nous accueillons Zoé.
34:23Bonjour Zoé.
34:25Bonjour.
34:26Bonjour,
34:26vous avez 19 ans.
34:28Oui.
34:28Vous habitez où ?
34:30Vous vous appelez d'où ?
34:31Moi,
34:33je suis de la Drôme.
34:34Alors,
34:35êtes-vous à 19 ans
34:36une jeune femme
34:39anxieuse ?
34:41Je dirais que
34:42sur certains points,
34:43oui.
34:44Par exemple,
34:44l'écologie,
34:45ça peut stresser
34:47beaucoup.
34:48En tout cas,
34:49moi,
34:49certains autres jeunes
34:50aussi.
34:52Mais oui,
34:54il y a beaucoup de choses
34:54qui peuvent stresser.
34:55Tous les étés,
34:56on voit les canicules.
34:57Moi,
34:58chez moi,
34:58j'habite dans une forêt.
34:59On a tout le temps peur
35:01des feux de forêt.
35:02Il y a des coupures d'eau
35:03souvent.
35:04On voit des inondations
35:05et des tempêtes
35:05partout en France.
35:07Voilà,
35:08c'est
35:08effrayant pour le futur.
35:10Comment ça se traduit
35:10pour vous,
35:11Zoé ?
35:12Est-ce que
35:13ça vous pousse à l'action
35:14justement pour conjurer
35:15cette éco-anxiété ?
35:17Qu'est-ce que ça provoque
35:18chez vous,
35:19concrètement ?
35:22Moi,
35:23j'aime bien
35:24passer à l'action
35:25je suis à Sciences Po
35:27et je faisais partie
35:27d'une association
35:30qui lutte
35:31pour l'écologie,
35:32le bien-être
35:33de la planète,
35:33etc.
35:34Et après,
35:35ça passe par des petits
35:37gestes de tous les jours,
35:38le recyclage,
35:40manger bio,
35:41etc.
35:41Même si,
35:41c'est sûr,
35:42c'est plus compliqué
35:43en tant qu'étudiante.
35:45Oui,
35:45je m'imagine bien.
35:47Mais est-ce que
35:48l'actualité également,
35:49anxiogène,
35:51joue aussi
35:52dans votre vie quotidienne ?
35:54Est-ce que ça vous impacte
35:55ou très peu ?
35:57Moi,
35:58ça m'impacte beaucoup
35:59quand je vois
36:00toutes les news
36:03dans les journaux,
36:04sur les plateaux télé,
36:07sur les catastrophes climatiques
36:10partout dans le monde,
36:11les guerres,
36:12c'est affolant
36:14pour l'avenir.
36:15mais voilà,
36:17il faut essayer
36:17de faire sa part
36:18chacun.
36:19Je pense aussi
36:20qu'on peut réussir
36:21à faire des choses
36:23en faisant notre parallèle.
36:25Cyril Tarquinio ?
36:26Je voudrais revenir
36:27sur la question
36:28de l'éco-anxiété,
36:28en fait.
36:30Alors,
36:30je ne sais pas
36:31si c'est de l'anxiété,
36:32en tout cas,
36:32c'est une préoccupation,
36:33ça,
36:34ça me paraît évident.
36:35Et je crois
36:36que pour comprendre
36:37également la question
36:38de la santé
36:39des jeunes,
36:40une petite parenthèse,
36:41la santé des jeunes
36:42n'est que le reflet
36:42de la société
36:44en général.
36:44Ne perdons pas ça de vue.
36:46Je crois qu'il faut aussi
36:47resituer l'action
36:48de la planète,
36:50de la pollution.
36:51Aujourd'hui,
36:52je travaille beaucoup
36:54dans une perspective
36:54qu'on qualifie
36:55de santé unique,
36:56One Health.
36:57C'est comment
36:57la santé des individus
36:59est déterminée
37:00par la santé
37:01des animaux,
37:02la santé
37:03de l'environnement,
37:04de ce que l'on mange,
37:06la pollution.
37:08J'ai une collègue
37:09qui a présenté
37:09un travail
37:10il y a quelques temps
37:11qui montrait comment
37:13la météo,
37:14la température,
37:15la pression atmosphérique
37:16avaient des impacts
37:17sur le fait
37:18que les polluants
37:18du sol remontaient
37:19dans l'atmosphère
37:20ou que les polluants
37:21des voitures
37:22restaient dans l'atmosphère
37:23et que ça déterminait
37:24sur le plan national
37:25tel ou tel type
37:26de consommation
37:27de médicaments.
37:28Aujourd'hui,
37:29on voit bien
37:29que notre environnement
37:30impacte notre santé physique
37:32mais mentale.
37:32On a des travaux
37:33qui montrent
37:34que les microparticules
37:37vont avoir des impacts
37:38chez les plus jeunes
37:39et chez les aînés
37:40les plus âgés
37:41sur le développement
37:42de certaines structures
37:43cérébrales
37:44impliquées
37:45dans ce qui concerne
37:47la régulation
37:47des états émotionnels.
37:49La question c'est
37:50qu'est-ce que ma génération
37:51a foutu au fond ?
37:53Parce que
37:53cette planète-là
37:55voilà ce qu'on en a fait.
37:57Après,
37:58on peut effectivement
37:59s'étonner
37:59de voir que nos enfants
38:01on paye le prix
38:02mais ils payent aussi
38:03le prix
38:04de notre négligence.
38:06Loïc Robud ?
38:06Et pour recentrer
38:07sur la problématique
38:08de la personne
38:09dont tu as parlé
38:10effectivement
38:10on peut parler
38:10peut-être même
38:11d'éco-lucide
38:12parce que c'est des personnes
38:13qui comprennent
38:14et qui prennent la mesure
38:15de ce qui se passe
38:15et c'est top
38:16ce que la personne fait
38:17c'est d'aller faire
38:18des choses qui donnent du sens
38:19ça, ça peut être
38:20un vrai plus
38:21quand on souffre
38:21d'éco-anxiété
38:22pour venir calmer
38:23cette anxiété.
38:25Petite précision
38:26toute la jeunesse
38:27comme disait
38:28pour reprendre
38:29le titre d'un livre
38:30de Bourdieu
38:30la jeunesse n'existe pas
38:31et toute la jeunesse
38:33n'est pas éco-anxieuse
38:34il existe des pans
38:34dans la jeunesse
38:35qui n'éprouvent pas
38:37cette émotion-là
38:38et n'ont pas
38:40les mêmes préoccupations
38:41que Zoé.
38:43C'est vrai
38:43mais ceux qui doivent
38:44nous intéresser
38:46c'est ceux qui vont mal
38:47et ceux qui doivent
38:48nous intéresser
38:49c'est ceux qui vont bien
38:50aussi pour qu'ils
38:51continuent à aller bien
38:52mais c'est bien sûr
38:54et il ne faut pas
38:54qu'on soit dans
38:55une vision pessimiste
38:56mais quand même
38:56je veux dire
38:57derrière ces questions-là
38:59je voudrais quand même
38:59revenir sur ce point-là
39:00parce que nos travaux
39:01vont dans ce sens-là
39:03c'est que les altérations
39:05de la santé mentale
39:06sous forme de troubles anxieux
39:07de stress
39:08ou de dépressions
39:09mettent en péril
39:10la santé physique
39:11dans les années à venir
39:12et ça c'est important.
39:13Merci beaucoup Zoé.
39:14Un mot
39:15professeur Chevreul ?
39:17Oui, oui
39:17alors je voulais juste dire
39:18quand on leur parle
39:19dans leur sujet
39:20quand on leur demande
39:21leur sujet de préoccupation
39:22et simplement arrive
39:24le monde
39:24et l'éco-anxiété
39:25mais ce qui reste
39:27quand même
39:27le plus prégnant
39:28c'est aussi
39:29la pression
39:30qu'ils subissent
39:31eux-mêmes
39:32alors
39:32où qu'ils se mettent
39:33on est d'accord
39:34sur leur avenir
39:36et pour le coup
39:37c'est un petit peu
39:38justement
39:39beaucoup plus
39:40égocentré
39:41et ce que je trouve
39:42quand même important
39:42qu'on réalise
39:43c'est qu'il y a ce virage
39:44au moment du lycée
39:46avec cette façon
39:47dont est décidé
39:48et eux-mêmes
39:49parlent justement
39:49de parcours sup
39:50et autres
39:51et c'est ce dont vous parliez
39:52tout à l'heure
39:53c'est-à-dire ce fait
39:53d'être toujours soumis
39:54à la note
39:55et donc d'être toujours jugé
39:56et de se comparer
39:57toujours aux autres
39:58donc ça c'était un sujet
39:59qui était très important
40:00pour nous
40:01et de notre façon
40:02je pense qu'il faut aussi
40:03qu'on se dise
40:04que comme vous le disiez
40:05tout à l'heure
40:05le fait qu'il soit
40:07autant soumis
40:08à l'information
40:09que ce soit
40:10sur l'état du monde
40:11mais aussi sur d'autres choses
40:13à travers les réseaux
40:14y compris en fait
40:15des informations
40:16ou des sujets
40:18qui ne sont pas très bons
40:19pour eux
40:19type la pornographie
40:21par exemple
40:22ça va avec le fait
40:23qu'il faut les éduquer
40:24ce que nous on voit
40:25dans notre étude
40:26et qui est quand même
40:26très étonnant
40:27et je ne sais pas
40:28si vos autres invités
40:30l'auront vu également
40:30c'est qu'en fait
40:31ils décrivent
40:32un usage problématique
40:34de la pornographie
40:35quand même
40:35à partir du collège
40:36et que cet usage
40:38de la problématique
40:39de la pornographie
40:40n'existe pas quasiment
40:41chez les filles
40:42mais est très important
40:44chez les garçons
40:45et on a un quart
40:46de nos étudiants
40:47qui nous disent
40:47être addicts
40:48à la pornographie
40:49avec un effet
40:50sur leur anxiété
40:52donc toujours
40:53par comparaison
40:53et cette angoisse
40:54de performance
40:55exactement
40:56cette angoisse
40:57de performance
40:58qui fait que
40:59ça on a plus
41:00chez les garçons
41:00les filles
41:01on aura plus
41:02le problème
41:02avec l'estime de soi
41:04l'image de soi
41:05le corps et autres
41:06d'où notre responsabilité
41:08en fait
41:08de les éduquer
41:10au fait qu'il n'y a pas
41:10de normes
41:11qu'on est tous
41:11différents
41:12et qu'on ne doit pas
41:13tendre vers un modèle
41:14et l'effet que ça a
41:15sur leur santé mentale
41:16Louis Crobus
41:17tout à fait
41:17et effectivement
41:18on revient sur ce problème
41:19de socialisation
41:20dont on parlait
41:21et pour donner juste
41:21quelques repères aux parents
41:22si vous voyez
41:23un enfant qui se replie
41:24qui n'a pas d'envie
41:26qui a un impact
41:27sur ses notes
41:28sur la qualité
41:29de ses relations
41:30justement
41:30ça doit être un profit
41:31qui doit nous alerter
41:32et sur les troubles
41:33anxio-dépressifs
41:33on sait faire des choses
41:34et les thérapies
41:35cognitivo-comportementales
41:36sont des thérapies
41:37qui ont montré
41:37vraiment une efficacité
41:39pour soigner
41:40les troubles anxieux
41:41France Inter
41:42ensuite je dirai
41:43anxiété
41:43hé
41:44arrête de t'en faire
41:45en permanence
41:46grand bien vous fasse
41:47et elle dira
41:48wow joie
41:49je n'y aurais jamais pensé
41:50sans toi
41:50merci
41:51on se fera un gros câlin
41:52on deviendra copine
41:53et je la balancerai
41:53à la décharge
41:54à l'irrébé
41:55quoi ?
41:56non colère
41:56ouais bon ok
41:57c'est vrai je la balancerai pas
41:57c'est bon
41:59et ce matin on s'intéresse
42:00à l'anxiété
42:01chez les jeunes
42:02dans un monde anxiogène
42:03dans le 1 hebdo
42:05une psychiatre
42:05comme Marion Robin
42:07rappelait que
42:07la santé mentale
42:08des jeunes
42:09ne pouvait pas
42:11reposer uniquement
42:12que sur
42:13les épaules
42:14des familles
42:15pour cette psychiatre
42:16l'état doit prendre
42:18ses responsabilités
42:19en créant davantage
42:20d'espaces de vie
42:21en commun
42:22d'occasion quotidienne
42:23de se rencontrer
42:24d'échanger
42:25en chair et en os
42:26il est vrai que
42:27plus les relations sociales
42:28sont riches
42:29à l'extérieur du foyer
42:31plus la santé mentale
42:32des jeunes
42:33est plutôt bonne
42:34vous partagez ce constat
42:35Loïc Crudu ?
42:36ouais complètement
42:36et on a souvent tendance
42:37à accabler les parents
42:38en plus quand il y a des personnes
42:39des jeunes qui sont en souffrance
42:41ou qui ont des troubles anxieux
42:42en tant que parent
42:43on fait souvent de notre mieux
42:44alors je ne parle pas
42:45de cas spécifiques
42:46où il y a de la maltrécence
42:46mais quand on fait de son mieux
42:48c'est parfois difficile
42:48et quand on est face
42:49à l'anxiété de son enfant
42:50on a envie de l'aider
42:51on a envie de faire à sa place
42:53on a envie qu'il ne traverse
42:54pas ses émotions désagréables
42:55et parfois
42:57ça peut engendrer
42:59des troubles anxieux
42:59mais ce n'est pas toujours leur faute
43:00et ce n'est pas les fautes
43:01des parents exclusivement
43:02avec l'émission
43:03qu'on fait aujourd'hui
43:04vous en êtes convaincus
43:06j'espère
43:07et dans votre livre
43:08Cyril Tarquino
43:09Génération à vif
43:10vous appelez un sursaut
43:11et je vous cite
43:12nous refusons d'admettre
43:13que la mauvaise santé
43:14des jeunes
43:15n'est en fait
43:15que le miroir brutal
43:16de nos choix collectifs
43:17le révélateur impitoyable
43:19de nos renoncements
43:20et de nos lâchetés
43:21oui
43:22oui je crois que
43:25c'est parce que
43:27moi j'étais un petit peu
43:29comment dire
43:32agacé un peu
43:33par la réponse
43:33des politiques
43:34ces dernières années
43:35j'ai comptabilisé
43:37une dizaine de rapports
43:38ministériels
43:39sur la question
43:39de la santé mentale
43:40des jeunes
43:41des moins jeunes
43:41des plus jeunes
43:42enfin bon
43:4310 rapports en moins de 10 ans
43:45et quelles sont les réponses
43:46qu'on a proposées
43:47faites de la psychothérapie
43:49et en d'autres termes
43:49on réduit
43:50à une problématique
43:51individuelle
43:52quelque chose
43:52qui relève
43:53d'une responsabilité
43:54collective
43:55c'est trop facile
43:56je pense qu'effectivement
43:58il faut agir
43:59à différents niveaux
44:00sans occulter
44:01la dimension individuelle
44:02c'est-à-dire qu'on a fait
44:04de telles avancées
44:04en matière de psychothérapie
44:06mais
44:07il faut aussi
44:08qu'on transforme
44:10l'environnement
44:10dans lequel nous sommes
44:12sinon
44:12ça ne servira à rien
44:15et nous accueillons
44:16Enora
44:17bonjour Enora
44:18bonjour
44:19bonjour
44:20vous avez 17 ans
44:21vous allez
44:22passer votre bac
44:23est-ce que vous êtes
44:24un naturel anxieux
44:26Enora ?
44:28naturel
44:29oui
44:29je suis atteinte
44:33atteinte
44:33je ne sais pas si on peut dire ça
44:34mais j'ai un trouble anxieux
44:36généralisé
44:38j'ai fait beaucoup
44:39d'anxiété sociale
44:41beaucoup plus au CNED
44:42donc c'est aussi
44:43enseignement à distance
44:45oui
44:47est-ce que vous souffrez
44:49donc ce trouble
44:49d'anxiété généralisée
44:50est-ce que
44:51l'actualité anxiogène
44:53est-ce que
44:53la pression scolaire
44:56est-ce que
44:57ça joue également
44:58dans votre
44:58dans votre trouble
45:00oui beaucoup
45:01bien souvent
45:03c'est
45:03oui oui
45:04c'est
45:04c'est un des
45:05points faibles
45:06on va dire
45:07c'est une des raisons
45:09de mes angoisses
45:09et comment est traité
45:11cette
45:12cette
45:13cette anxiété
45:14Enora ?
45:15moi j'ai
45:16j'ai un suivi psychologique
45:18avec une thérapeute
45:19de
45:21comportementaliste
45:22cognitive
45:22et
45:25moi
45:26de mon côté
45:27j'essaye de
45:28du coup
45:28de comprendre
45:29ce qui se passe
45:29dans ma tête
45:30pour pouvoir
45:31mieux comprendre
45:33me détacher
45:34de ma situation
45:34en observant
45:36ce qui se passe
45:37à l'intérieur de moi
45:38pour
45:39pour
45:39mieux comprendre
45:40et mieux analyser
45:42et pouvoir
45:43me détacher
45:44de
45:44toutes ces
45:45toutes ces
45:46vagues d'angoisse
45:47qui viennent
45:47c'est intéressant
45:49ce que nous dit Enora
45:49tout à fait
45:50je pense que
45:52vous faites exactement
45:53ce qu'il faut faire
45:53ça peut prendre du temps
45:54il faut aussi accepter
45:56que des fois
45:56c'est pas simple
45:58que ça prend du temps
45:59mais là
45:59vous êtes
46:00totalement sur
46:01la bonne voie
46:02donc bravo pour ça
46:03merci Enora
46:03juste un mot
46:04qu'est-ce que vous avez
46:04envie de dire
46:05aux ados
46:06jeunes adultes
46:06qui sont
46:08particulièrement
46:08touchés
46:09par une anxiété
46:10plus ou moins
46:11généralisée
46:11plus ou moins
46:12forte
46:12c'est une émotion
46:14en tout cas
46:15ce sont des choses
46:15qui sont normales
46:16attention quand ça
46:17devient trop fort
46:20il y a un paradoxe
46:21sur l'anxiété
46:22c'est que
46:22plus on l'évite
46:23plus ça va devenir
46:24envahissante
46:25et au contraire
46:26quand on va réussir
46:28à l'affronter
46:29petit à petit
46:30et bien elle va
46:31petit à petit
46:31s'apaiser
46:32mieux être tolérée
46:33et donc aller mieux
46:33donc l'évitement
46:34c'est le piège
46:35dans lequel il ne faut pas tomber
46:36merci beaucoup
46:37Cyril Tarquinio
46:38génération à vif
46:40comprendre les défis
46:41de la santé mentale
46:42des jeunes
46:42c'est publié
46:43chez Duneau
46:44merci Loïc
46:45crevu
46:45est-ce que c'est normal
46:47les 80 questions psy
46:48qui t'inquiètent
46:49c'est chez Marabou
46:49et vous venez de lancer
46:51une plateforme
46:52à destination
46:53des professionnels
46:54de la santé
46:55psy
46:56médecin généraliste
46:57psychiatre
46:59et ça s'appelle
47:00militant psy pro
47:00ça va vraiment
47:01permettre de faire
47:02de la formation continue
47:03de créer un réseau
47:04de professionnels formés
47:06pour pouvoir
47:07toujours progresser
47:08dans nos métiers
47:09et aller aider
47:10toutes ces personnes
47:10qui nous ont appelé
47:11militant psy pro
47:12pour les professionnels
47:13et merci
47:13professeur Karine
47:15Chevrolet
47:16demain comment expliquer
47:17le succès de la voyance
47:17nous recevrons notamment
47:18notre camarade
47:19Marie-Pierre Planchon
47:20qui dialogue régulièrement
47:21avec l'invisible
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