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Frédéric Pommier révèle dans son livre avoir été violé, enfant, par 4 hommes dont un ancien élu. Des viols longtemps enfouis, qui l'ont hanté des dizaines d'années, jusqu'à ce que la mémoire revienne et qu'il décide de parler. S'il ne nomme jamais l'homme politique qu'il accuse, des médias évoquent l'ancien maire d'Alençon et ex-député Joaquim Pueyo. Il a annoncé porter plainte contre le journaliste et nie les faits. Frédéric Pommier est l'invité de Céline Landreau dans RTL Matin.
Regardez Face à Céline Landreau du 29 avril 2026.
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00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h19, l'interview de Céline Landreau.
00:07Son livre « Derrière les arbres ne peut pas laisser indifférent ».
00:10C'est l'histoire du petit garçon qu'il a été et qui a été violé par plusieurs hommes.
00:14Vous recevez donc ce matin le journaliste Frédéric Pommier.
00:16Bonjour Frédéric Pommier.
00:17Bonjour.
00:18C'est l'histoire de celui que vous appelez l'enfant, puis le garçon avant d'adopter le jeu.
00:23Un enfant à la vie bousillé par quatre hommes qui ont abusé sexuellement de vous.
00:26La première fois, vous aviez quatre ans, la quatrième, sept ans trois quarts.
00:31C'était le compagnon de votre nounou, le gardien de l'immeuble, un jeune homme en vacances,
00:34et puis un ami de la famille devenu homme politique.
00:36Vous aviez pris soin de ne pas le nommer dans votre livre.
00:39On ne le fera pas non plus ce matin, car vous n'y tenez pas.
00:41Mais des médias l'ont identifié, comme étant l'ancien député maire d'Alençon.
00:45Lui n'y les faits.
00:46Il a fait savoir qu'il allait porter plainte contre vous pour fausses accusations.
00:51Comment vous avez réagi quand vous l'avez appris d'abord ?
00:56Alors, cette plainte jusqu'à présent n'existe pas.
00:58Donc c'est compliqué pour moi d'évoquer une plainte qui n'existe pas.
01:01C'est compliqué pour moi d'évoquer une plainte qui n'existe pas,
01:05venue d'un homme que j'ai choisi de ne pas nommer de ce recroi,
01:07mais qui visiblement s'est de lui-même identifié.
01:11Donc, certains médias l'ont identifié et son avocat a confirmé son identité.
01:15Moi, je ne la confirme pas.
01:15Parce qu'il n'est pas mon sujet.
01:19Parce que, visiblement, il a annoncé qu'il allait porter plainte pour demander réparation.
01:28Demander réparation.
01:30Quand, moi, ça fait plus de 40 ans que j'essaie de me réparer,
01:34cette phrase est d'une violence inouïe.
01:36Et il l'explique par la prescription des faits.
01:38Ça n'a aucun sens.
01:39Alors, je cite les propos de son avocat pour que les auditeurs comprennent bien cet argumentaire.
01:44La prescription empêchant la diligence d'une enquête impartiale, sérieuse et contradictoire,
01:48donnant lieu à une réponse formulée par un juge indépendant.
01:51Le préjudice subi est permanent.
01:55Oui, alors là, c'est une bêtise confondante.
01:57Car rien ne l'empêche de dire ce qu'il veut.
02:00La preuve, il a pu le dire déjà à plusieurs reprises.
02:02Ceci est très faux.
02:03La prescription, elle empêche simplement une condamnation d'ordre pénal.
02:09C'est tout.
02:10Là, aujourd'hui, je pense que si lui a compris qu'il s'agissait de lui,
02:14sa seule attitude un petit peu digne serait de se cacher et de boire sa honte.
02:20Dans cette affaire, il y a une plainte, malgré tout, qui a déjà été déposée.
02:24Qui est la mienne.
02:25C'est la vôtre, voilà, à l'encontre de ce responsable politique qu'on ne citera pas,
02:29je le répète, ce matin, puisque c'est votre souhait.
02:33Il y a même eu une confrontation, confrontation au cours de laquelle il avait déjà nié les faits.
02:39Vous avez choisi, malgré tout, de les coucher sur le papier, sans le nommer, on le rappelle,
02:44mais en laissant peut-être suffisamment d'indices pour que les gens puissent l'identifier.
02:48C'était indispensable pour vous ?
02:50Alors, pour moi, ce qui était indispensable, c'était de coucher les choses, effectivement, sur ce papier,
02:54d'écrire ce livre et d'essayer de me laver de cette histoire, d'essayer de la mettre à distance,
02:59d'essayer de parler à la fois pour le petit garçon que j'ai été,
03:03de rendre justice à ce petit garçon qui n'a pas pu se défendre au moment des faits,
03:08qui n'a pas pu se défendre quand on l'a agressé à 4 ans, à 5 ans, à 6
03:12ans, à 7 ans.
03:13Et si j'ai pris la parole pour raconter l'histoire de ce petit garçon,
03:17qui aujourd'hui est un grand garçon,
03:19c'est aussi pour prendre la parole pour tous les autres petits garçons qui n'ont pas pu se défendre.
03:24Et parmi tous ces petits garçons et toutes ces petites filles,
03:28il y en a encore qui aujourd'hui ne peuvent pas raconter les choses,
03:30et il y en a beaucoup qui en sont morts de ça,
03:33de n'avoir pas pu parler et d'avoir souffert jusqu'à en mourir,
03:38car la violence sexuelle, quand on ne peut pas en parler,
03:41quand on ne peut pas en guérir,
03:44on la porte dans son cœur et dans son corps à vie.
03:48C'est un crime qu'on porte à vie.
03:52Et donc il faut apprendre à vivre avec.
03:54Et moi, le chemin que j'ai choisi,
03:56c'est de mettre cette histoire à un endroit qui me la rend supportable,
04:01en l'occurrence d'en avoir fait une œuvre littéraire.
04:03Mais pour ça, il a fallu 40 ans.
04:07Pendant toutes ces années, avant vous vous êtes tue,
04:10c'était enfoui, jusqu'à ce qu'une nouvelle agression dans le hall de votre immeuble,
04:15agression qui, on le précise, n'a rien de sexuel, celle-ci,
04:18commence à tout réveiller.
04:19Vous aviez déjà 34 ans.
04:20Jusque-là, il fallait composer avec des images qui venaient vous hanter le matin,
04:24notamment comme des pièces d'un puzzle que vous n'arriviez pas à assembler.
04:28Oui, toute ma vie, moi je me suis réveillé avec les mêmes images.
04:32Toute ma vie, je dirais, enfin dès l'enfance,
04:34où je voyais un petit bonhomme minuscule et un géant.
04:39Et puis autour, il y avait des images qui changeaient d'un matin sur l'autre.
04:44Il y avait un bois, il y avait la mer,
04:46et puis il y avait le préau d'une école.
04:49Et c'était incompréhensible.
04:50Et puis à l'adolescence, j'ai commencé à dire à quelques amis,
04:54je crois qu'il m'est arrivé quelque chose de grave.
04:56Quand j'étais petit, je ne sais pas bien quoi.
04:59Et puis au bout d'un moment, j'ai dit,
05:00je pense que c'est un rapport avec cette partie-là de mon corps,
05:06le sexe, les fesses, la bouche.
05:09Et en effet, à l'âge de 34 ans,
05:11quand je me fais agresser dans l'aul de mon immeuble...
05:15Par quelqu'un qui vous demande de l'argent et qui vous menace avec un coteur.
05:18Et qui me plante un coteur dans le cou,
05:20en fait, je me défends.
05:22Ça m'est insupportable de me faire agresser.
05:24Et là, comme je suis adulte, je me défends,
05:26alors que petit, je n'ai pas pu le faire.
05:28Et même si à ce moment-là, je n'ai pas encore les souvenirs précis
05:31de ce qui s'est passé quand j'étais petit,
05:33le fait de m'être défendu a, je crois,
05:36ouvert une case dans mon cerveau
05:37qui m'a permis d'accueillir progressivement,
05:41de façon plus précise, les souvenirs des différentes agressions.
05:45Et de leurs conséquences aussi.
05:47Donc de me souvenir aussi que petit,
05:50je m'insultais, je me donnais des coups.
05:53Que petit, j'ai eu des voix dans la tête pendant de longues années.
05:56Que petit, dès 4-5 ans, vous avez,
05:59alors je ne sais pas si on peut déjà qualifier ça de pensée suicidaire,
06:01mais une envie d'être jeté par la fenêtre,
06:04de sauter, de vous envoler.
06:05Plus tard, c'est aussi un comportement que vous racontez dans ce livre,
06:09à la limite de l'autodestruction,
06:11avec une consommation d'alcool excessive,
06:13avec aussi de multiples rapports sexuels,
06:17souvent sans protection.
06:18Il fallait frôler la mort en permanence
06:19pour continuer à se sentir vivant ?
06:23Ça, c'est un comportement typique
06:25de certains enfants abusés.
06:28C'est effectivement la recherche du danger.
06:30C'est la mise en danger permanente.
06:33C'est la recherche de la mort.
06:35C'est se voir mort.
06:37Se dire peut-être que si je n'existais pas,
06:39j'arriverais à être plus en paix.
06:44Ça veut dire, si je me tue,
06:45je tue le poison du viol qu'on a injecté dans mes veines.
06:48Même si ça n'est pas conscient.
06:50Moi, toute cette période de l'adolescence,
06:52où effectivement, j'ai une consommation sexuelle
06:55très très très importante,
06:56aujourd'hui, je me dis que j'étais sans doute
07:00à ce moment-là à la recherche
07:02de ceux qui m'avaient tué.
07:04Je précise que vous avez grandi
07:06dans un milieu social qu'on pourrait qualifier d'ordinaire
07:09avec des parents aimants, des parents attentifs
07:11qui ont vu à un moment donné
07:13que ça n'allait pas très bien,
07:14qui vous ont emmené aussi chez des psys.
07:17Ça montre toute la difficulté
07:18de parler quand on est enfant,
07:21même si autour, on a des adultes
07:23qui semblent être réceptifs.
07:25Des parents très aimants,
07:26des parents cultivés,
07:27des parents attentifs.
07:29Mais quand on est petit, on n'a pas les mots.
07:30Quand on est petit, on ne comprend pas
07:32ce qui nous est arrivé.
07:33On ne comprend pas ce que c'est
07:34que le corps d'un adulte.
07:36Et si en plus, l'adulte qui nous fait du mal
07:38nous dit, ça, ce sera notre secret.
07:41Personne ne te croira si tu le racontes.
07:44Ou nous dit, pire encore,
07:50après avoir fait sa dégueulasserie,
07:54je savais que tu en avais envie.
07:57Quand on a sept ans, trois quarts,
07:58et qu'on entend ça,
07:59ça veut dire qu'on sait
08:00que le coupable, c'est nous.
08:03Évidemment qu'on ne va pas raconter ça.
08:05D'abord parce qu'on n'a pas compris,
08:06mais en plus parce qu'on a honte.
08:07Donc tout le chemin de reconstruction,
08:09tout le chemin de réparation,
08:11c'est aussi un chemin
08:12pour se défaire progressivement
08:15de la honte
08:17et se défaire de la culpabilité.
08:19Et c'est ça qui permet ensuite la parole.
08:21Et avec ce livre,
08:22vous lui rendez justice
08:23à ce petit enfant que vous étiez ?
08:25C'est ça l'idée.
08:26La justice ne lui rendra pas justice.
08:28Donc moi, je dois lui rendre justice.
08:30Et je dois rendre justice
08:31à tous les autres aussi.
08:33Et ce petit garçon, aujourd'hui,
08:34il a gagné
08:36parce qu'il est en couverture sur ce livre.
08:39Et parce qu'il n'est pas mort.
08:40J'ai une dernière question, Frédéric Pommier.
08:42Est-ce que vous arrivez à manger du fromage ?
08:44Non.
08:45Toujours pas.
08:45Je dis ça parce que,
08:46pour ceux qui n'ont pas lu le livre,
08:47vous parlez de cette résolution d'enfant
08:49de ne jamais en manger,
08:51une promesse que vous faites
08:52que jamais plus on vous imposera
08:54de mettre quelque chose dans votre bouche
08:55que vous n'avez pas décidé.
08:56Et vous dites
08:57quand je pourrai rompre cette promesse,
08:58je serai guéri.
08:59Vous n'êtes pas guéri.
09:02On ne guérit pas de ça.
09:04On ne peut pas guérir de ça.
09:06On peut apprendre à vivre avec
09:09une fois qu'on a compris
09:11ce qui s'était passé.
09:12Apprendre à vivre avec,
09:13ça veut dire
09:15réussir,
09:17s'efforcer
09:18de mettre
09:20les traumatismes
09:21dans des cas
09:22qui les transforment
09:23en souvenirs acceptables.
09:26Souvenirs atroces,
09:27mais souvenirs
09:28qui ne nous empêchent plus de vivre,
09:29qui ne nous envahissent plus
09:31toute la journée.
09:31Mais on ne guérit pas.
09:32ça n'empêche pas
09:34d'être joyeux,
09:35ça n'empêche pas
09:36d'avoir des enfants merveilleux,
09:38de mener sa vie,
09:39d'avoir un métier extraordinaire,
09:40de continuer à vouloir
09:41se lever le matin
09:43et à donner du mot d'or
09:45aux autres aussi
09:46et à partager
09:47cette joie de vivre
09:49qui est profonde.
09:50Mais,
09:51faire avec
09:52en se disant
09:53j'appartiendrai
09:55jusqu'à la fin de ma vie
09:57à la communauté
09:58des inguérissables.
09:595 millions d'adultes français,
10:01on le rappelle,
10:02qui ont été abusés sexuellement
10:03lorsqu'ils étaient enfants.
10:05Merci Frédéric Pommier.
10:06Je rappelle le titre
10:07de ce livre
10:08Derrière les arbres
10:09chez Flammarion.
10:10Lecture
10:12difficile
10:13mais nécessaire.
10:14Merci.
10:14Merci beaucoup.
10:15Merci.
10:15Prendre la parole
10:16pour tous les petits garçons
10:17et toutes les petites filles
10:18qui n'ont pas pu parler,
10:19dites-vous.
10:19On entend votre émotion
10:20Frédéric Pommier
10:21et on vous remercie
10:22pour ces mots utiles
10:23qui peuvent sauver les vies
10:24parce que vous l'avez dit,
10:25il faut le redire,
10:25vous avez raison.
10:26La pédophilie détruit des vies
10:28et tue des innocents.
10:29Merci.
10:29Merci.
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