Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 11 heures
À travers le documentaire "Le cas Meloni", diffusé dimanche sur France 5Ouverture dans un nouvel onglet, la journaliste et philosophe Anna Bonaloumé retrace l’ascension fulgurante de la présidente du Conseil italien. De ses débuts dans la mouvance post-fasciste à son arrivée au pouvoir.
Transcription
00:00Le 6-9
00:01Et notre première invitée ce matin est journaliste, philosophe, enseignante à Sciences Po Paris.
00:05Elle co-réalise le documentaire Le Ca Méloni, consacré donc à la présidente du Conseil italien,
00:10diffusé dimanche soir sur France 5. Bonjour Anna Bonaloumet.
00:13Bonjour.
00:14Ce documentaire, il explore la trajectoire complexe de Giorgia Méloni,
00:18qui est devenue une figure emblématique de l'extrême droite européenne,
00:21avec des archives, des témoignages, des analyses très riches, très éclairantes,
00:25sur une personnalité pour le moins ambiguë.
00:28On va s'intéresser à cette ascension, à ses liens avec le fascisme, à son image à l'international.
00:32Mais avant ça, si on prend les choses chronologiquement,
00:35vous vous êtes rendu au départ de ce documentaire dans le quartier de la Garbatella,
00:39qui est un quartier populaire que Giorgia Méloni présente comme son quartier natal.
00:42En fait, il y a un mensonge fondateur sur l'origine populaire de Méloni,
00:46parce que ce n'est pas son quartier.
00:47Oui, en effet, on découvre que le quartier où Giorgia Méloni a grandi d'abord,
00:54c'est la Camille Luce, qui est un quartier plutôt bourgeois.
00:56Donc, son père était un expert comptable.
00:59Et donc, elle est ancrée dans la société bourgeoise romaine.
01:06Mais elle revendique toujours une histoire liée à un autre quartier où elle déménage plus tard,
01:11c'est-à-dire la Garbatella, un quartier extrêmement populaire,
01:15qu'elle affiche souvent comme pour montrer à quel point elle est proche du peuple.
01:19C'est ça un peu sa divise, en fait.
01:21Moi, je suis un enfant de la Garbatella.
01:25Et là, je me suis rendue dans les quartiers,
01:27et j'ai pu voir effectivement là où ensuite elle a fait sa communion,
01:32dans l'église qu'elle fréquentait quand elle était plus jeune.
01:35Et j'ai parlé avec les habitants qui effectivement se disent,
01:40peut-être qu'elle n'a plus le temps pour regarder les gens de ces quartiers,
01:46pour répondre aux besoins des gens de ces quartiers.
01:48Et c'est ce que vous montrez bien dans le documentaire,
01:50c'est finalement la construction d'un récit.
01:52Elle construit un récit, et il y a plusieurs moments clés dans son ascension,
01:56notamment celui-ci.
02:05Alors, c'est un extrait du discours tenu en 2019,
02:08lors d'un meeting avec Matteo Salvini et Berlusconi,
02:12un discours avec le cœur, qui devient un véritable phénomène pop.
02:16Elle dit, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne,
02:19je suis chrétienne, et vous ne me l'enlèverez pas.
02:21C'est ensuite repris partout, remixé par un DJ.
02:25Et votre documentaire, il analyse très bien la communication comme ça de Mélanie.
02:30Quelque chose de la comédia d'Alerte,
02:32et quelque chose aussi du fascisme, notamment dans le rapport au corps.
02:35Oui, absolument. En fait, en regardant toutes les archives,
02:40et puis en la rencontrant pendant ces meetings,
02:44j'ai remarqué une chose très frappante,
02:45c'est-à-dire qu'elle s'inspire beaucoup de la tradition théâtrale italienne
02:48du VIe siècle, de la comédia d'Alerte,
02:51c'est-à-dire des masques figés,
02:53comme le capitain, pantalon, colombine,
02:56qui bougent...
02:57Des personnages, quoi.
02:58Des personnages très figés, qui sont très folkloriques,
03:01qui reviennent un peu du milieu de la farce,
03:04très populaire, et donc elle est marquée par un peu cette tradition.
03:08Et de l'autre côté, elle mélange ça avec un style musolinien, à mon avis,
03:12c'est-à-dire...
03:13Alors comment ?
03:14Alors c'est-à-dire...
03:15C'est notamment la première intuition de Mussolini,
03:18le premier, en fait, on peut dire qui est à l'origine du populisme contemporain,
03:22c'est le rôle du corps sur la scène politique,
03:26c'est-à-dire cette communication qui devient plutôt une vibration,
03:30qui oublie un peu, qui essaye de mettre de côté la réflexion,
03:34la logique, pour faire sentir au peuple,
03:37pour communiquer au peuple avec des vibrations.
03:39Et Giorgia Meloni, elle maîtrise ça parfaitement.
03:42C'est-à-dire, quand elle est face à son public,
03:45elle utilise des gestes très typiques,
03:48elle parle romain, tout son corps vibre.
03:52Donc effectivement, elle maîtrise cet art de la communication très italienne,
03:56et quelque chose qui ensuite a été repris par d'autres leaders politiques,
04:01même à l'étranger.
04:02Vous êtes entretenu dans le documentaire avec l'écrivain italien Antonio Scurati,
04:07qui est très célèbre en Italie pour avoir écrit une série de volumes fondamentaux
04:12sur l'ascension de Mussolini.
04:13Et Mussolini, il offre une simplification radicale
04:17qui passe par une purge linguistique de la complexité du monde,
04:20langage simple, frontal,
04:22qui lui permet d'atteindre son public sans intermédiaire.
04:26C'est ça le secret, Mélanie ?
04:28Parce que finalement, son orientation politique,
04:31elle vient de loin, elle vient de très loin.
04:33Elle vient d'un monde post-fasciste qu'on pensait reléguer aux oubliettes.
04:37Et pourtant, elle a réussi à s'imposer à une vitesse hallucinante.
04:42Absolument, oui.
04:42Il faut se rappeler qu'en Italie,
04:45il y a toujours eu une forme de nostalgie à l'égard du fascisme,
04:47notamment dans les générations un peu plus âgées.
04:51C'est-à-dire une forme d'attachement à toutes des mesures fantasmées
04:57autour de la construction des architectures, des infrastructures.
05:03Et donc, il n'y a jamais eu une forme de mise au point autour du fascisme.
05:08Et d'ailleurs, les managers du fascisme sont restés au pouvoir
05:14après la chute du fascisme.
05:15Donc, il faut savoir qu'il y a donc sa présence empêche.
05:18Oui, en Allemagne, il y a eu la dénazification.
05:20En Italie, il n'y a pas eu de démussolination.
05:24Absolument.
05:24Et donc, elle, effectivement, elle est issue de la mouvance post-fasciste.
05:29Et aujourd'hui, comme elle a Scourati,
05:32l'écrivain que j'ai interviewé dans mon documentaire,
05:35très célèbre en Italie et en France aussi,
05:39il a justement marqué,
05:41elle a essayé de critiquer Mélanie
05:44pour n'avoir jamais pris de position à l'égard du fascisme.
05:47C'est-à-dire, elle ne s'est jamais affichée en tant qu'antifasciste
05:50alors que la constitution italienne,
05:52elle est fondée notamment sur l'antifascisme.
05:57C'est-à-dire, elle est juste après la Deuxième Guerre mondiale
05:59pour marquer la distance de l'Italie, du pays italien,
06:03des Italiens à l'égard du mal absolu.
06:06Avec l'importance du Parlement,
06:07avec un président de la République
06:08qui est une figure symbolique davantage qu'un pouvoir réel de leader
06:13comme a pu l'incarner Mussolini.
06:15Mais ce qui est intéressant aussi,
06:17c'est de voir ce qui a marché et ce qui fait école.
06:19Et Marc Lazare, dans Les Echos,
06:21qui est aussi interrogé dans votre documentaire,
06:24pour l'historien Marc Lazare,
06:25c'est l'une des principales conquêtes de Georgia Mélanie,
06:27avoir réussi à imposer et même à exporter
06:30sa politique d'immigration contrôlée.
06:32Elle se fait élire avec un discours très dur anti-immigration.
06:35Et puis, sitôt au pouvoir, elle fait rentrer des centaines de milliers de migrants.
06:40Même le mouvement social-démocrate danois
06:43et le travailliste Kerr Starmer aux Etats-Unis
06:45ont applaudi des deux mains, écrit Marc Lazare, en Angleterre.
06:49Oui, alors, et son discours au début, en campagne,
06:51était en fait, revendiquait un blocus naval,
06:54c'est-à-dire un empêchement,
06:55enfin, une tentative d'éloigner militairement les bateaux des migrants.
06:59Et une fois au pouvoir, Georgia Mélanie, elle fait quoi ?
07:02Alors, d'abord, elle essaie de maintenir ses promesses,
07:06elle crée des camps en Albanie
07:07pour la détention des migrants
07:09qui essaient d'arriver sur les côtes italiennes,
07:11qui sont un échec absolu.
07:14Ensuite, elle essaie d'adopter une autre politique
07:20à l'égard des migrants,
07:21qui est celle qui est prônée,
07:23qui est défendue par le MEDEF,
07:25par le MEDEF italien,
07:27c'est-à-dire qui a absolument besoin de main-d'œuvre
07:30et qui recherche ça désespérément
07:32et qui demande à Georgia Mélanie
07:33de l'accès, enfin, l'entrée de plusieurs migrants.
07:37Et donc, sous le Georgia Mélanie,
07:39il y aura un peu moins d'un million d'entrées de migrants.
07:42Donc, en fait, dans un premier temps,
07:45400 000, ensuite 500 000.
07:47500 000 régularisées sur 6 ans.
07:49Régularisées pour pouvoir faire fonctionner l'économie italienne.
07:53Donc, finalement, elle a dû opérer une conversion pragmatique
07:58très rapide qui a étonné tout le monde
08:01parce que c'était vraiment son objectif,
08:03c'était celui de réduire l'immigration.
08:05Mais justement, vous le montrez dans le documentaire,
08:07il y a plusieurs conversions pragmatiques de ce genre.
08:09C'est-à-dire qu'on part d'une jeune fille
08:10qui se réclame justement du fascisme,
08:12qui dit Mussolini, c'était un bon politicien,
08:14vous le montrez dans une archive,
08:15et qui ensuite devient fréquentable
08:18par l'ensemble des leaders européens
08:19parce qu'elle se confronte au pouvoir avec pragmatisme
08:22sur le thème de l'immigration,
08:23sur le thème de l'Ukraine aussi,
08:25du soutien à l'Ukraine.
08:26Est-ce qu'elle est encore d'extrême droite, Georgia Meloni ?
08:29Alors, elle ne s'est jamais affichée en tant qu'antifasciste.
08:35Donc, d'un point de vue idéologique,
08:36je pense qu'elle revendique un peu sa famille politique.
08:41Mais surtout, les discours à l'égard des migrants,
08:45de l'Union Européenne,
08:47les discours autour de Dieu, patrie, famille,
08:51ces trois valeurs qui ont été fondamentaux dans le fascisme,
08:56sont encore une fois revendiqués.
08:57Pourquoi ?
08:58Parce que les politiques des natalités
08:59et autour de la famille,
09:00notamment autour de...
09:02Ça reste idéologique,
09:04mais elle le défend toujours.
09:06Et aussi, les politiques à l'égard de la sécurité.
09:09En fait, il y a des décrets, des projets de loi
09:11qui sont actuellement en discussion au Parlement
09:14qui permettent d'endourcir les politiques de sécurité.
09:19Donc ça, on pourrait dire qu'elles appartiennent
09:21à une idéologie d'extrême droite.
09:22Même si c'est en rupture avec d'autres extrêmes droites,
09:25le soutien à l'Ukraine,
09:27la posture pro-européenne, pro-OTAN,
09:29même si aujourd'hui, il y a une rupture avec Donald Trump,
09:32elle est où, Georgia Meloni ?
09:33Elle est de quel côté, au fond ?
09:35Justement, ce qui est intéressant de la politique italienne...
09:37Le cas Meloni, c'est un cas d'école ?
09:40Oui, parce qu'elle porte plusieurs masques,
09:42selon le moment.
09:44Et aujourd'hui, elle a dû prendre des distances.
09:46On verra si c'est d'une manière opportuniste
09:49ou bien si c'est une maturité politique
09:51qui l'amène à prendre ces distances de Trump,
09:54qui était son grand allié.
09:55Et toute sa visibilité internationale
09:58a été fondée sur le fait de se proposer
10:00en tant que pont naturel
10:01entre les Etats-Unis et l'Europe,
10:03grâce à son amitié ancienne
10:06avec le président américain.
10:07Aujourd'hui, elle prend ses distances.
10:10Est-ce que ça sera suffisant
10:12pour se faire élire
10:14par l'électorat modéré
10:16l'année prochaine en Italie
10:17lors des élections prévues en 2017 ?
10:18Voilà, c'est ça qui a changé
10:19depuis votre documentaire.
10:20C'est la relation avec Trump
10:21et le fait qu'elle essaye
10:22vraiment de se démarquer aujourd'hui
10:24du président des Etats-Unis.
10:26Justement, vous dites,
10:27à la fin de votre documentaire,
10:28son objectif, c'est
10:29les législatives de 2027,
10:30la présidentielle en 2029.
10:32Est-ce que c'est crédible ?
10:33Est-ce qu'elle pourrait arriver
10:34au pouvoir, à la présidentielle ?
10:37Alors, il faudra évaluer
10:40comment l'opposition va s'organiser
10:42face au premier échec
10:44qu'elle a remporté,
10:45qui est celui du référendum
10:47sur la justice,
10:47qu'elle a perdu.
10:49Et ça a été le premier revers
10:50de Georgia Melody
10:51depuis qu'elle est au pouvoir.
10:53Et puis, il faudra voir
10:54après les midterms
10:55comment elle va se positionner
10:57à l'égard de Trump
10:58et à l'égard de tous
11:00les alliés internationaux.
11:01Donc, il faut encore avoir...
11:02On a encore du temps
11:03pour voir comment
11:04Georgia Melody va se positionner.
11:05Et elle aussi aimerait
11:06avoir du temps pour durer.
11:08Merci, Anna Bonaloumé,
11:09journaliste, philosophe,
11:10d'être venue nous parler
11:11de ce documentaire
11:12Le cas Melody,
11:13diffusé dimanche
11:13à 21h sur France 5
11:14et déjà sur la plateforme
11:16France.tv.
11:17Merci.
11:17Merci.
Commentaires

Recommandations