00:00Il m'a pris en sandwich, entre lui et un portail.
00:03En tant que maman, mon petit garçon, il est abîmé, très abîmé.
00:11Il le sera toujours.
00:12J'ai à peu près entre 60 et 75% de muscles qui ont été enlevés.
00:16Il y a une belle, belle évolution.
00:18On voit la marche, déjà, elle est passée de fauteuil roulant à marche sans canne, ou presque.
00:22Mais la canne uniquement sur les longues distances, aujourd'hui en tout cas.
00:25Jules, il a une force juste incroyable.
00:27C'est aussi lui qui nous a guidés, en fait, dans cette épreuve.
00:37Je suis allé à un rodéo sauvage.
00:40En fait, je ne savais pas du tout comment ça allait se passer, comment ça allait se dérouler.
00:45On arrive là-bas, tout se passe bien, on voit déjà des voitures arriver.
00:49Et il y a eu session de drift.
00:51Et moi, je m'étais mis sur une dune.
00:53Il y avait un tas de buissons d'orties derrière.
00:57Mais ce n'est pas grave, au moins, je n'aurais pas eu grand-chose.
00:59À un moment, on compte aller manger.
01:01Donc, on sort du rond-point sans issue où il y avait encore le drift.
01:05Et là, on voit un gros pick-up.
01:08Un F-150 Ford Raptor arriver.
01:10Un gros machin.
01:11On se dit, wow, c'est trop bien et tout.
01:14Du coup, on se remet dans la foule.
01:15Mais on s'est mis, pas protégé.
01:18Donc, en fait, moi, je me suis mis à l'arrière.
01:19Parce que je me suis dit, on ne sait jamais.
01:22Voilà, il peut arriver quelque chose.
01:25Et donc, on arrive dans la foule.
01:28Mon ami qui était à gauche et mon autre ami qui était à ma droite.
01:30Moi, j'étais au milieu.
01:31Et derrière moi, il y avait un portail.
01:33Il drift.
01:34Et à un moment, on voit les jantes, donc les freins.
01:38Parce qu'il driftait énormément.
01:39Rouge.
01:40Très, très rouge.
01:41Il n'avait plus de frein.
01:42Voilà.
01:42Il n'avait plus de frein.
01:43Et il est parti dans la foule.
01:45Je l'ai vu au dernier moment.
01:48J'ai voulu partir.
01:49Mais en fait, ce que j'ai fait, c'est que j'ai fait un saut.
01:51Donc, c'est ma jambe gauche qui a tout pris.
01:53Vraiment, clairement, tout pris.
01:54Il m'a percuté.
01:56Et puis, comme je vous ai dit au début qu'il y avait un portail,
02:00il m'a pris en sandwich entre lui et un portail.
02:04Voilà.
02:05Et donc, je suis resté 2-3 secondes coincé entre lui et un portail.
02:12Le temps qu'il freine, qu'il fasse marche arrière.
02:14Et je le savais encore, que j'avais Snapchat ouvert dans la main,
02:18comme ça, avec Snap.
02:20Et que ma main est tremblée et que mon téléphone est tombé.
02:22Les pompiers, ils sont arrivés en 5 minutes.
02:285-10 minutes.
02:29Pour moi, ça a duré 45 minutes.
02:30Et en fait, à un moment, ils ont découpé tous mes vêtements.
02:33Et ils ont vu que j'avais plus du tout de peau à l'arrière de la cuisse.
02:37En fait, mon os était sorti de la cuisse arrière.
02:40Et il a transpercé toute la peau arrière.
02:43Ces souvenirs sont quand même assez difficiles
02:46si je me remets dans la situation de l'angoisse et du stress.
02:50On savait que Jules était parti.
02:52Alors, non pas un rassemblement sauvage ou interdit,
02:55parce que ça, on ne l'aurait jamais laissé partir.
02:58Il partait avec des copains, voire des voitures,
03:01puisqu'il est passionné de voitures.
03:03On reçoit un coup de fil.
03:05Et on me dit, à l'autre bout du fil, j'entends une jeune fille.
03:09Alors, je vois le numéro de Jules, mais j'entends une jeune fille me dire,
03:12Jules a eu un accident.
03:13Et là, ma réaction, c'est, ce n'est pas drôle.
03:16Enfin, Jules, tu ne fais pas ce genre de plaisanterie,
03:18parce que ce n'est franchement pas drôle.
03:19Et la jeune fille me dit, si, si, Jules a eu un accident.
03:22Et là, j'entendais Jules hurler.
03:25J'entendais dans le téléphone Jules hurler.
03:28J'entendais les pompiers.
03:29Et là, j'ai vraiment réalisé qu'il s'est dépassé quelque chose de vraiment grave.
03:35Les conséquences que j'ai eues sur mon corps,
03:38j'ai eu des très gros problèmes de mémoire,
03:41dus aux médicaments que j'ai eus pendant huit semaines.
03:46J'ai eu un pneu motoraxe.
03:49J'ai eu une fracture au cotyle, au bassin.
03:54Sur la jambe gauche, j'ai une triple fracture du fémur ouverte.
04:01On m'a fait une greffe de peau à la cuisse gauche.
04:04Donc, on a pris une fine couche peau de la cuisse droite
04:08et on m'a tiré, tiré, tiré, tiré, mis sur la cuisse gauche.
04:12Je crois que j'avais un petit peu plus de 70 agrafes tout autour.
04:15J'ai eu une perte de sensibilité au mollet gauche.
04:20Et j'ai eu le nerf sciatique qui a été sectionné à gauche.
04:25Donc, j'ai plus du tout de mobilité au pied gauche.
04:29Donc, je porte ce qu'on appelle un releveur sur mesure en carbone.
04:33C'est ce qu'on met dans la chaussure pour pouvoir relever ton pied à 90 degrés.
04:38Si je ne les ai pas, je n'ai pas de mobilité dans les pieds.
04:43Et donc, je vais marcher, mais marcher difficilement et en faisant des très grands pas.
04:50À droite, j'ai eu ce qu'on appelle le syndrome des loges.
04:53Les muscles, ils n'avaient plus du tout de respiration.
04:56Et toute la nuit, ils ont nécrosé.
04:59Et à mon réveil, je me suis plein de très grosses douleurs.
05:02Et on m'a ramené encore au bloc pour me retirer tous les muscles.
05:09J'ai à peu près entre 60 et 75 % de muscles qui ont été enlevés.
05:15Donc, je n'ai plus du tout de mobilité au pied droit.
05:18Je n'ai plus de sensibilité à part sur le côté droit.
05:21J'ai les doigts de pied qui sont crochus et qui ne se relèvent pas.
05:25Et ça me saoule.
05:27En tout, je suis resté hospitalisé six semaines en réanimation,
05:32deux semaines et demi en orthopédie.
05:34Et j'ai fait six mois et demi de rééducation intensif.
05:38Ils souffraient beaucoup.
05:40Ils souffraient tout le temps.
05:42Alors, c'était compliqué.
05:43Les soignants nous disaient qu'il y avait une part de souffrance physique,
05:47mais il y avait aussi une part de souffrance psychique.
05:50En fait, il fallait qu'ils le perdent quasiment tous les deux jours
05:53puisqu'il fallait nettoyer la plaie qui ne se refermait pas.
05:59Et il y a eu des moments très tendus
06:02parce qu'on ne savait pas s'ils allaient sauver la jambe ou pas.
06:07En tant que maman,
06:11mon petit garçon, il est abîmé, très abîmé.
06:15Il le sera toujours.
06:17Donc, je fais avec.
06:20Mais c'est vrai que quand je vois l'état de sa jambe,
06:25ce n'est pas ce qu'on a envie pour son enfant.
06:29En fait, je ne peux pas tout faire.
06:31Je ne peux pas beaucoup marcher, mais je marche quand même.
06:33Je ne peux plus faire de travail manuel.
06:35Je ne peux pas courir.
06:36Donc, s'il y a une attaque, je vais courir doucement.
06:41Il y a plein de trucs.
06:43Il y a plein de trucs que je faisais avant que je ne peux pas faire.
06:45Par exemple, aussi, le vélo normal.
06:48Comme je n'ai pas assez de force dans les jambes,
06:51vous me mettez en face d'une montée.
06:52Moi, je ne peux pas la monter.
06:59Bonjour, Julo.
07:01Tu as tout ramené, ça va ?
07:02Ça va bien.
07:03Nickel.
07:03Dis-moi stop.
07:07Déjà ?
07:08Là, ça tire.
07:09Est-ce que tu sens que ça tire exactement à l'endroit de la greffe ?
07:12Oui.
07:12Il faut que tu réétires un peu plus, Julien.
07:14Oui, mais ça me fait mal.
07:16Le mollet, je te jure, je...
07:18Les tirements, oui.
07:19Les chers, elles sont un peu plus en tension que la normale.
07:21Il y a une belle, belle évolution.
07:22On voit la marche.
07:23Déjà, elle est passée de fauteuil roulant à marche sans canne ou presque.
07:26Mais la canne, uniquement sur les longues distances.
07:28Aujourd'hui, en tout cas.
07:29On ne peut pas savoir jusqu'où Julien sera capable de récupérer.
07:33Mais on ne peut que, voilà, continuer à renforcer toutes les semaines, plusieurs fois par semaine et voir jusqu'où
07:39il y aura.
07:41Moi, je me dis, je peux tout faire.
07:43Au futur, je peux tout faire.
07:44Même s'il y a des aménagements, je peux tout faire.
07:47En fait, l'hôpital m'a tellement renforcé mentalement.
07:51J'ai tellement combattu pour moi, en fait, pour tous les médocs que j'ai reçus, toutes les opérations.
07:59Tous les deux jours, on m'endormait, j'allais au bloc à chaque fois.
08:03Et donc, en fait, mentalement, je suis très fort.
08:07Et c'est pour ça qu'en fait, en kiné, ça se passe super bien.
08:09En kiné, je suis toujours demandeur de travail.
08:12Je ne suis pas déçu.
08:13OK, voilà, j'ai eu un accident très grave.
08:16J'ai failli mourir.
08:17Mais bon, on passe à la suite, en fait.
08:21On tourne la page.
08:24Jules, il a une force juste incroyable.
08:27C'est aussi lui qui nous a guidés, en fait, dans cette épreuve.
08:31Et là, moi, j'ai face à moi un jeune juste extraordinaire.
08:46Et c'est une sacrée leçon de vie parce qu'il n'aurait pas eu cette force-là.
08:53En fait, je crois que tout le monde n'aurait pas réussi à suivre.
08:58Qu'est-ce que toi, tu aimerais dire à des jeunes qui pratiquent ces rodéos ou qui vont voir ces
09:03rodéos ?
09:04Déjà, faites attention à ce qu'en fait, vous avez en face de vous une personne qui a été accidentée
09:14due aux rodéos sauvages.
09:17Et voilà, faites très, très attention parce que c'est très dangereux.
09:21Un rodéos sauvage où les véhicules roulent à je ne sais pas combien, accélèrent et tout, etc.
09:27Où ils driftent alors qu'il n'y a pas de barrière et tout, c'est inadmissible.
09:33Tout ça, ça se fait par les réseaux sociaux.
09:38Moi, je crois que les organisateurs n'ont pas du tout conscience du danger qu'ils font courir aux gens
09:46qui viennent assister à ça.
09:48Ce n'est absolument pas encadré.
09:50Il n'y a pas de règles.
09:51Les règles, elles sont faites pour protéger les gens.
09:54Là, il n'y a aucune règle.
09:55Vous vous rendez compte, on a des témoignages de gens qui, ce soir-là, étaient présents, des mamans avec des
10:01poussettes.
10:01Pour moi, plus on sera ferme et plus on durcira la répression, moins il y aura de gens qui iront.
10:08Et il faut surtout essayer de taper au niveau des organisateurs.
10:13Quand Jules a assisté à ce rodéos sauvage à Saint-Jean-de-Boiseau, si les forces de police avaient pu
10:20intervenir, avaient eu les moyens d'intervenir.
10:22Je ne pense pas que c'est une question de volonté, c'est une question de moyens.
10:24Quand on est deux policiers en patrouille avec 300 ou 400 personnes, je ne vois pas comment on peut faire
10:33arrêter quelque chose comme ça.
10:34Si je vous mets en situation, j'étais sur un rond-point sans issue avec 300 personnes autour et un
10:41véhicule qui passait à un mètre de nous et qui roulait à entre 30 et 50 km heure.
10:47Moi, j'en veux vraiment à ce conducteur.
10:52C'est quelqu'un qui est adulte, qui a une famille, qui avait envie d'avoir des sensations fortes ou
11:00de briller avec son véhicule.
11:03Mais quand on est adulte et qu'on a une famille, on réfléchit à deux fois avant de s'adonner
11:10à ce genre d'activité.
11:12Ce n'était pas la première fois, a priori pour lui.
11:15Donc bien sûr que je lui en veux.
11:17Tu es positif sur ton avenir ?
11:18Bien sûr. Il faut toujours être positif.
11:21Même si on a eu un accident, il faut l'accepter toute sa vie.
11:25Et puis, de toute façon, on ne peut pas faire marche arrière.
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