- il y a 22 heures
Regardez C'est notre époque avec Olivier Boy du 20 avril 2026.
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00:017h, 9h30, RTL Matin, Céline Landron.
00:05RTL Matin, on est en ce moment, vous le disiez, jusqu'à 9h30, c'est notre époque.
00:09Maintenant, Jordan Bardella, le président du RN, à rendez-vous avec le MEDEF, invité à déjeuner ce midi.
00:15La semaine dernière, c'est Marine Le Pen qui rencontrait Adiné, le grand patron du CAC 40.
00:20Le RN est-il devenu un parti comme les autres aux yeux des patrons ?
00:24On en parle avec vous Alain Duhamel, bonjour.
00:26Bonjour.
00:28Éditorialiste, est présent tous les lundis matins sur l'antenne d'RTL.
00:32Ça y est, ce n'est plus un tabou Alain de rencontrer le RN pour les patrons, ne se cachent
00:37plus ?
00:37Non, mais ça n'est pas vraiment une surprise.
00:40Bon, il y a deux explications.
00:42La première, c'est que le programme économique du RN, qui était totalement inapplicable quand il le présentait il y
00:51a quelques années,
00:52a été, disons, réécrit, affaibli d'une certaine manière.
01:01Il y a des aspirités qui ont été gommées.
01:03Oui, et plus que ça, c'est fait pour rendre attractif vis-à-vis des PME,
01:08mais sans fermer les portes vis-à-vis des grandes entreprises,
01:11qui étaient quand même classiquement une cible pour le RN.
01:15Alors, ça, ça a disparu.
01:18Donc, disons, modification du comportement.
01:22Mais au-delà de ça, il faut bien dire qu'à partir du moment où le RN a la puissance
01:28électorale dont il dispose aujourd'hui,
01:31le patronat est obligé de le rencontrer.
01:34Comme à d'autres moments, le patronat rencontrait les représentants de l'Union de la Gauche,
01:39parce que ça ne lui fait pas forcément plaisir au patronat,
01:42ni quand il y a l'Union de la Gauche, ni quand le RN est fort.
01:46Mais ce sont forcément des interlocuteurs nécessaires.
01:51Je vous propose, à ce propos, d'écouter Michel Picon, le patron de l'UDEP, l'Union des entreprises de
01:56proximité.
01:57C'est les toutes petites entreprises qui expliquaient, justement,
02:00la nécessité de rencontrer les représentants du RN, c'était au micro de Rachel Dusset pour RTL.
02:06La dédiabolisation du RN, ce sont les Français qui l'ont faite.
02:10Et voilà, si on est républicain et qu'on respecte l'expression populaire,
02:13on ne doit pas dire, non, moi ça, j'en veux pas.
02:16Les Français, vous êtes des abrugés d'avoir fait ça.
02:18Mais qui a le droit de dire ça ?
02:20Finalement, c'est le respect de la démocratie qu'appliquent les patrons ?
02:23C'est un esprit pratique qui les caractérise en général.
02:28Vous savez, quand le patronat...
02:30Lui, le patronat, ce qui lui plaît le plus, évidemment, c'est des conservateurs libéraux au pouvoir.
02:34Bon, mais il se trouve qu'en France, c'est plus compliqué que ça.
02:37Et donc, de temps en temps, il se retrouve avec un gouvernement de gauche,
02:40puis à un autre moment, avec une extrême droite qui monte très fort, etc.
02:44Et dans ce cas-là, il fait preuve d'esprit pratique.
02:47Vous savez, au moment de la période probablement la plus représentative,
02:52qui était le Front populaire,
02:54le patronat a été obligé de négocier tout de suite avec le gouvernement.
02:58Parce que simplement, l'interlocuteur, il existe.
03:01Là, ils se disent que peut-être le Rassemblement National sera au pouvoir.
03:05Et donc, il vaut mieux parler,
03:07même si on n'a pas forcément une très grande considération pour son programme économique.
03:13Mais ce qui a changé, peut-être, Alain, c'est que ces discussions, elles avaient lieu avant de manière un
03:18peu plus discrète.
03:19Là, ça y est, c'est officiel, on s'affiche.
03:21Oui, bien sûr.
03:22Mais ça, je dirais que, du point de vue du Rassemblement National...
03:27C'est une victoire.
03:28Oui, c'est ce qu'ils souhaitent.
03:29Donc, ils ont tout intérêt à mettre ça en musique.
03:33Et que, du point de vue du patronat, il ne va pas faire semblant, il ne va pas se cacher.
03:37Parce que, de toute façon, on le saurait.
03:39Et qu'à ce moment-là, il aurait l'air d'être honteux de sa démarche.
03:43Donc, bon, il vaut mieux l'assumer.
03:45C'est de la réale politique.
03:48Le patronat qui prépare, donc on le comprend lui aussi, 2027.
03:52Il y a beaucoup de gens qui se préparent en ce moment pour cette élection présidentielle.
03:58Et notamment à droite, on a appris hier soir que Bruno Retailleau défendrait les couleurs des Républicains.
04:04Élu haut la main, 73% des adhérents.
04:07En tout cas, des adhérents qui se sont déplacés, puisqu'on est à peu près à 60% de participation.
04:12Est-ce que ce résultat, d'abord, vous surprend, Alain ?
04:14Ça ne risquait pas d'être un autre résultat, puisqu'il était le seul candidat.
04:18Non, mais les adhérents auraient pu choisir une primaire.
04:21Oui.
04:22Enfin, disons qu'il y a une forte personnalisation autour de Bruno Retailleau.
04:27Et c'est vrai que Bruno Retailleau, aujourd'hui, il est à la tête des Républicains.
04:32Ça ne fait pas plaisir à tout le monde, notamment pas à Laurent Wauquiez, ou à d'autres.
04:39À Jean-François Copé, ou à encore d'autres.
04:41Bon, mais c'est comme ça.
04:43Vous ne dites pas surprenant, certains, dont ceux que vous citez, disent que c'est même un scrutin qui était
04:48biaisé dès le départ.
04:49Est-ce que c'est aussi votre avis ?
04:51Ou est-ce qu'ils sont juste mauvais perdants ?
04:53Non, alors, qu'ils soient un peu mauvais perdants, oui.
04:56Que le scrutin a été biaisé, je ne dirais pas ça.
05:00Il a été organisé pour consacrer.
05:04Il a rempli sa fonction.
05:08C'est exactement...
05:08Bruno Retailleau reçoit la présidence des Républicains,
05:12exactement comme un nouvel évêque reçoit la mitre.
05:15Voilà.
05:16Hier, il a mis sa mitre sur la tête.
05:18Donc, il est candidat DLR.
05:21Est-ce que pour autant, ce sera facile pour lui d'être le candidat de la droite ?
05:24Parce que ce n'est pas tout à fait la même équation.
05:26C'est même extrêmement différent.
05:28La droite, d'abord, il y a ce qui est à la droite de Retailleau.
05:33Bon, Bruno Retailleau, il laisse plutôt les portes entreouvertes de ce côté-là.
05:37Mais il y a aussi ce qui se différencie de Bruno Retailleau et qui est de droite.
05:43Bon, Edouard Philippe, c'est un homme de droite.
05:46Edouard Philippe, c'est un concurrent sérieux pour Bruno Retailleau.
05:50Mais ça n'est pas le seul.
05:50Il est même en tête dans les sondages.
05:52Oui, oui, bien sûr.
05:53Et ça n'est pas le seul.
05:55Il peut y en avoir d'autres.
05:56Par exemple, Michel Barnier, hier, a fait comprendre
05:59qu'il mettait sa personne à la disposition de la France si besoin était.
06:05Bon, donc, Bruno Retailleau est désigné,
06:08mais Bruno Retailleau n'a pas le monopole de la candidature.
06:11Il est le candidat officiel de LR,
06:15dont il faut se rappeler qu'après avoir été, avec les socialistes,
06:19le principal parti de la Ve République,
06:21aujourd'hui, c'est un petit parti,
06:24avec simplement 50 députés,
06:26et représentant moins de 10% de l'opinion.
06:29Donc, c'est un point de départ.
06:32Mais c'est très loin d'être un point d'arrivée.
06:34Et avec cette ligne, qui est la sienne, de Bruno Retailleau,
06:37qui incarne, disons, une droite plutôt dure, traditionnelle,
06:42est-ce qu'il sera facile d'élargir le socle, justement ?
06:46Alors, facile sûrement pas.
06:48En même temps, Bruno Retailleau, il est assez habile.
06:53Il est brillant dans les médias,
06:55en particulier à la radio,
06:57où il a le sens des formules, il se prépare bien,
07:01il s'est créé, il s'est lancé des coups,
07:04il s'est rétorqué de façon assez cinglante, même.
07:07Donc, c'est pas un candidat à négliger du tout.
07:10Mais c'est un candidat d'un parti qui est aujourd'hui un petit parti,
07:15et qui aura à affronter des candidats de partis
07:19qui ont plus de parlementaires, enfin de députés en tout cas, que lui.
07:23Des candidats.
07:24Et c'est vrai qu'il y en a beaucoup qui réfléchissent à ce scrutin, Alain Duhamel.
07:29François Hollande, notamment, il y a quelques jours,
07:31chez nos confrères de Marianne,
07:32expliquait qu'il se préparait.
07:34On l'écoute.
07:35Se préparait à quoi ? Comment ? Pourquoi ?
07:39Je me prépare parce que l'enjeu de l'élection présidentielle,
07:42il est majeur, il est historique.
07:45Le comeback de François Hollande, vous y croyez, Alain ?
07:48Je n'ai jamais cru que François Hollande allait s'effacer.
07:53Quand je dis s'effacer, je ne parle même pas du paysage politique.
07:55Là, on peut dire qu'il a son fauteuil en permanence.
07:57Mais s'effacer du paysage présidentiel.
08:01Vous savez, la gauche n'est pas tellement riche en hommes de stature.
08:08Et François Hollande, il n'a pas des candidats très nombreux
08:12qui puissent lui être comparés.
08:14Alors, vous allez me dire, il y a Raphaël Glucksmann.
08:16Raphaël Glucksmann, il est sympathique, il est séduisant.
08:20C'est un amateur.
08:22C'est un intellectuel qui fait de la politique.
08:24Vous avez d'un côté un amateur et de l'autre un professionnel.
08:28Je dirais qu'il y a d'un côté un grand professionnel qui l'a démontré puisqu'il a été
08:31président.
08:33Alors qu'un an et demi avant, là aussi, peu de gens le donnaient gagnant.
08:37Oui, il était à 5%.
08:39Et Raphaël Glucksmann, qui est quelqu'un de très bien,
08:43mais qui a tout à démontrer.
08:46Absolument tout.
08:47Mais un ex.
08:48Est-ce que les Français peuvent choisir de renouer avec un ex-président ?
08:52Il y en a d'autres qui ont essayé Nicolas Sarkozy, l'a tenté.
08:54Ça n'a pas fonctionné.
08:55Oui, Valéry Giscard d'Estaing l'avait tenté avec obstination.
08:58Ça n'avait pas marché non plus.
09:00Le seul président français de la République qui ait réussi à son retour,
09:08assez longtemps après avoir été président, c'est Poincaré.
09:11Mais évidemment, ce n'était pas en trop de guerre.
09:14Ça nous ramène à une autre époque.
09:14En face à Brouk, ça peut exister.
09:16Donc ça paraît crédible pour vous ?
09:18C'est une hypothèse.
09:20Je ne vous dis pas que c'est l'hypothèse, mais c'est une hypothèse.
09:22De toute façon, François Hollande, c'est le plus malin à gauche.
09:28Dans mon esprit, ça ne fait pas l'ombre d'un doute.
09:30Est-ce que les autres le sont aussi suffisamment malins ?
09:33Je pense à tous ceux qui déclarent se préparer comme l'ancien chef de l'État,
09:37mais aussi Gabriel Attal qui, en une du point cette semaine, dit
09:41« Je pense savoir comment il faut présider la France. »
09:46Vous qui les connaissez tous par cœur, Alain Duhamel,
09:48on a l'impression qu'ils sont très nombreux à se sentir capables
09:52de prendre les rênes de l'Élysée.
09:54Est-ce qu'ils sont tous bien lucides ?
09:57Évidemment non, mais on est sous la Ve République.
10:00Et sous la Ve République, ce qui compte, c'est d'abord la présidence de la République.
10:04Donc tous ceux qui ont une certaine envergure regardent vers où ?
10:08Ils regardent vers l'Élysée, évidemment.
10:11Donc il y a toujours plus de candidats qu'il n'y a de place.
10:14Et parmi les candidats, il y en a qui sont au niveau et d'autres qui le sont moins.
10:18Bon, cela étant, si on prend par exemple l'exemple de Gabriel Attal,
10:24il est jeune, il est bon en campagne.
10:26Il est jeune, est-ce que je vous dirais que c'est le favori pour l'élection présidentielle ?
10:32Non.
10:32Pas pour celle-ci.
10:33Mais voilà, c'est souvent comme ça que ça se passe.
10:37Ça a été le cas de Chirac, c'était le cas de Mitterrand, il ne faut pas oublier.
10:40Ils ont d'abord été plusieurs fois candidats avant d'être élus.
10:44Et pour finir par être élus, il faut commencer par être candidat.
10:48Autrement dit, il faut savoir se lancer au bon moment,
10:51en sachant que les chances d'y parvenir sont relativement limitées dans un premier temps,
10:56mais qu'on prend date pour la suite.
10:58Parce qu'à partir du moment où on a été candidat, une fois,
11:01surtout si on est jeune, mais de toute façon,
11:04quand on a été candidat une fois, on est présidentiable pour l'éternité.
11:08Autrement dit, à chaque scrutin.
11:10On change de statut immédiatement ?
11:11Oui, absolument.
11:12Et ça ne risque pas d'être à double tranchant,
11:15si ça ne fonctionne pas, s'il y a une déroute totale ?
11:18Valérie Pécresse, par exemple,
11:21présidentiable pour l'éternité, vraiment, après le score qu'elle a fait ?
11:23Mais il y a la valeur des personnes.
11:27Valérie Pécresse, c'est quelqu'un qui est d'un très bon niveau,
11:30intellectuellement, et qui est énergique.
11:32Il y a la valeur des personnes.
11:33Et puis, il y a la capacité à faire campagne.
11:37Ce ne sont pas du tout les mêmes choses.
11:40Savoir faire une bonne campagne politique,
11:42ça demande un type de talent qui est très peu répandu.
11:47Contrairement à ce que croient beaucoup de Français,
11:49des hommes et des femmes politiques intelligents et compétents,
11:51il y en a beaucoup.
11:53Qui savent séduire le peuple, c'est différent.
11:55Mais voilà, capables de séduire,
11:57capables de retenir l'intérêt,
11:59capables d'étonner un peu, de surprendre,
12:01de se rendre sympathique,
12:03ça c'est beaucoup, beaucoup plus rare.
12:05Et pour l'instant, sur la liste des candidats,
12:07on a peu de femmes.
12:08Oui, comme d'habitude.
12:11La France est un vieux pays,
12:14donc un pays qui, dans certains domaines,
12:16reste extrêmement conservateur.
12:18Ça, c'est vrai.
12:19Merci beaucoup Alain Duhamel.
12:21On va suivre évidemment cette campagne
12:23qui a déjà débuté d'une certaine manière
12:25en vue de 2027.
12:27Je me permets de rappeler le titre de votre dernier livre,
12:30Alain, les politiques, portraits et croquis.
12:32C'est aux éditions de l'Observatoire.
12:33Merci beaucoup.
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