00:00Olivier Bois, RTL Matin.
00:03RTL Matin, on est ensemble jusqu'à 9h30, c'est notre époque.
00:07Donc chaque matin sur RTL pour décrypter l'époque, les grands sujets qui vous concernent
00:12et chaque lundi pour décrypter l'époque politique avec vous Alain Duhamel.
00:15Bonjour Alain Duhamel.
00:16Bonjour.
00:16Ce week-end marqué par la violence en politique avec la mort de ce jeune militant nationaliste
00:22Quentin qui avait 23 ans, mort à Lyon, qui a été tabassé dans la rue jeudi soir
00:27en marge d'une conférence que donnait Rima Hassan, un groupe dite d'extrême droite,
00:32un groupe de féministes, Nemesis, était venu marquer le coup pour marquer l'opposition à Rima Hassan.
00:37Il y a ensuite eu cet affrontement dont tous les contours ne sont pas parfaitement définis
00:42mais le fait est qu'aujourd'hui, un jeune homme de 23 ans est mort pour ses idées politiques dans
00:47la rue à Lyon.
00:48C'est un fait, c'est un drame politique qui marque l'époque justement ?
00:53Écoutez, ça n'est pas propre à cette époque mais que ce soit un drame,
00:57ça fait aucun doute que dans une période comme celle-ci,
01:01à aussi près d'élections municipales et avec la conférence de Rima Hassan toute proche,
01:09qu'il y ait eu des bagarres, ça n'est pas étonnant,
01:10que ces bagarres se soient terminées par ce qui est un assassinat.
01:15En tout cas un meurtre.
01:17En tout cas un lynchage d'un amateur.
01:20En tout cas un meurtre puisqu'ils l'ont tué
01:22et peut-être un assassinat si c'était un guet-apens qui était tendu.
01:26Bon, c'est épouvantable, c'est évidemment le contraire de tout ce à quoi on croit
01:31et de tout ce qu'on peut espérer de la vie politique.
01:35C'est exactement à l'opposé, c'est un échec énorme.
01:38Et évidemment, la question des responsabilités,
01:41non pas pratiques mais morales, se pose.
01:45Et c'est vrai que les discours, les invectives, les accusations, les charges,
01:55les polémiques qui se multiplient, ça crée un sale climat pour dire les choses.
02:00Et ce sale climat, malheureusement, il se termine de cette façon-là.
02:04Moi j'ai déjà connu ça dans le passé,
02:06des périodes de très fortes tensions qui se terminaient par des morts.
02:09et à chaque fois, c'est un drame et puis un échec terrible dans ce qu'est le débat politique.
02:18Précisément là-dessus, sur les responsabilités morales des uns et des autres,
02:22vous avez entendu comme nous tout à l'heure, Raphaël Glucksmann sur RTL,
02:25le député européen à Place Publique,
02:28qui parle justement de ce contexte et de ce climat politique.
02:32Écoutez.
02:33Il y a une responsabilité de tous les dirigeants politiques qui attisent la haine,
02:37y compris ceux de la France insoumise,
02:39dans ce climat de violence délétère qui est en train de gagner la France.
02:42Et donc, il va falloir maintenant qu'on mette un terme à cette brutalisation du débat public.
02:48Climat délétère, dit Raphaël Glucksmann.
02:50Vous reprenez cette expression ?
02:51Alors, d'abord, j'ai trouvé qu'il était bon ce matin,
02:54ce qui n'était pas le cas la dernière fois que j'avais entendu.
02:56Là, il était bon.
02:57Ensuite, je trouve qu'il avait raison.
02:58Non, est-ce que la violence verbale est d'un seul côté ?
03:04Non.
03:04Est-ce qu'il y a en ce moment des tensions politiques qui font que chacun a tendance,
03:09et là, quand je dis chacun, ça implique, y compris les plus modérés,
03:14que chacun a tendance à caricaturer ses convictions
03:18et à s'exprimer de façon de plus en plus polémique,
03:21et donc à créer un climat qui est un climat dangereux,
03:24parce que c'est un climat qui se veut en permanence vindicatif,
03:29qui dresse les gens les uns contre les autres.
03:32Alors, au niveau des politiques, c'est de la rhétorique verbale.
03:35Au niveau des militants, ça peut devenir, ça devient au minimum des bagarres,
03:41et quelquefois, comme c'est le cas cette fois-ci, un vrai drame.
03:44Mais où est-ce que vous l'entendez, cette virulence,
03:46ou cette violence même dans les mots en politique,
03:48dans les meetings, à l'Assemblée,
03:50dans la manière dont le personnel politique se parle en ce moment ?
03:54Ça peut même arriver, on a vu des invectives,
03:56des députés qui descendaient en bas de l'Assemblée nationale
03:58pour invectiver le président de la séance.
04:01Vous le voyez, c'est particulier en ce moment, ça ?
04:04Alors, c'est particulièrement intense en ce moment,
04:07et ça l'est. Pourquoi ?
04:09Parce qu'on est à la fois dans une période globalement très difficile,
04:13dans une période, plus précisément, de graves crises politiques,
04:18et comme toujours, quand on est en période de crise politique,
04:21les comportements se caricaturent.
04:23Et au fond, ce qu'on voit à l'Assemblée nationale,
04:27c'est-à-dire un climat plus violent que ça n'est la tradition,
04:31ça se traduit, ça se reflète aussi dans la rue entre militants.
04:35Quand des politiques commencent à durcir le ton,
04:39au point où on les entend en ce moment,
04:41on voit ensuite des militants,
04:43et a fortiori des jeunes militants,
04:45qui ne sont pas forcément extrêmement réfléchis,
04:48qui à ce moment-là,
04:49prennent les choses, si j'ose dire, au pied de la lettre,
04:52et ensuite se mettent à taper.
04:55Et pour parler clairement,
04:57on entend la France Insoumise montrer du doigt,
04:59Maud Bréjean, je vous cite la porte-parole,
05:01qui dit qu'elle est fiée à une responsabilité morale
05:05dans cette affaire-là,
05:06justement par les mots qu'elle entend en meeting ou autre.
05:09Est-ce que c'est votre avis également à vous ?
05:12Alors, responsabilité morale,
05:14il faudra établir qui sont ceux qui ont frappé.
05:18Vous avez raison.
05:19D'ailleurs, on va dire qu'il y a une conférence de presse du procureur à 15h,
05:21on ne sait pas exactement comment la bagarre s'est déclenchée,
05:23est-ce que c'est un guet-apens avec un militant qui est ciblé en particulier,
05:26ou est-ce que ça vient clore une espèce de bagarre de bandes,
05:30on ne sait pas encore à ce stade.
05:31Donc, il y a à la fois des faits qui sont épouvantables,
05:36et il y a un climat qui y invite, qui y insiste.
05:40Et c'est vrai que ce climat, il existe.
05:44Rima Hassan avait tout à fait le droit de tenir une conférence
05:47et de s'adresser à des étudiants,
05:49mais on sait très bien en même temps qu'elle est porteuse de passion,
05:53de mobilisation et aussi d'anathème.
05:56Tout ça correspond à un climat.
05:58Ce climat, il vient de l'extrême gauche,
06:00il ne vient pas que de l'extrême gauche.
06:02Moi, ce qui me frappe, c'est que dans l'ensemble du monde politique,
06:05en ce moment, il y a une très forte radicalisation des thèmes.
06:09Il suffit de se rappeler la façon dont s'est présenté Bruno Rotailleau
06:13en annonçant sa candidature à l'élection présidentielle.
06:16C'était le ton qu'il prenait, les exemples qu'il prenait,
06:19les mots qu'il choisissait,
06:21c'était déjà de la radicalité.
06:23Et de la radicalité par rapport à une droite elle-même radicalisée,
06:27comme à gauche, il y a radicalisation.
06:29On est dans un climat exceptionnellement conflictuel.
06:34Alors, la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon dénoncent
06:38le procès qu'il aurait fait en quelque sorte.
06:40Jean-Luc Mélenchon qui a réagi d'ailleurs hier en meeting à Montpellier.
06:44Écoutez juste la phrase qu'il a prononcée hier.
06:47C'est nous qui sommes agressés.
06:49Nous n'avons rien à voir avec cette histoire.
06:52Voilà, Jean-Luc Mélenchon qui réagit de manière véhémente pour se défendre.
06:56Alors, est-ce qu'il est en difficulté quand même là ?
06:58Comment vous le percevez vous ?
06:59Écoutez, il est porteur d'une idéologie qui est agressive.
07:06On ne peut pas dire le contraire.
07:07Elle est agressive.
07:08Et lui a une forme d'éloquence qui est une éloquence vindicative.
07:15Bon, est-ce que les responsabilités sont uniquement de ce côté-là ?
07:20Sur ce qui vient de se passer, on va bien voir, c'est possible.
07:26Sur ce qui se passe en règle générale, moi ce qui me frappe, c'est qu'il y a un
07:32durcissement de l'expression,
07:34qu'il y a un durcissement du débat et qu'il y a une violence verbale.
07:39Et que la violence, et ça j'en suis convaincu, la violence verbale des politiques,
07:44ça conduit à la violence physique des deux jeunes militants.
07:49Mais est-ce que vous percevez, dans les mots que vous entendez de la France Insoumise
07:53et de Jean-Luc Mélenchon en particulier, puisque c'est lui le leader incontesté de ce mouvement,
07:57de plus en plus de virulence, de plus en plus de radicalité,
08:02de plus en plus de mots comme ça qui vont fort ?
08:05Non, la radicalité, elle est dans la nature de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement depuis des années.
08:11Ça, ce n'est pas une découverte.
08:12C'est la période qui est particulière parce que, si j'ose dire, cette radicalité a été contagieuse.
08:18Et cette radicalité, on l'entend sur tous les bancs.
08:23La virulence avec laquelle a réagi Gérald Darmanin, c'est un signe.
08:28La façon dont a présenté sa candidature Bruno Rotaillot, c'est un autre signe.
08:32Les propos de Maude Bréjean ce matin à la porte-parole du gouvernement
08:36sont des propos très durs.
08:38Autrement dit...
08:39Pour vous, ils n'attendent même pas la fin de l'enquête ?
08:41C'est une erreur de leur part d'ailleurs de ne pas attendre, de ne pas être assez patient.
08:44À partir du moment où ceux qui commentent et qui portent une parole politique,
08:48en plus une parole politique officielle en l'occurrence,
08:51prennent des positions aussi abruptes,
08:54ils devancent la justice et ils substituent à la justice.
08:57Et vous nous dites, attention ce matin,
08:59parce que dès hier on a vu, et dès ce week-end,
09:02des permanences la France insoumise vandalisée dans plusieurs villes de France.
09:05On a vu des face-à-face à nouveau hier à Montpellier.
09:07Il y a eu des manifestations de soutien en mémoire du jeune Quentin
09:11et de l'autre côté des militants qui étaient rassemblés également de l'ultra-gauche.
09:16C'est ça ? Là, il y a ce risque-là ?
09:18Non mais il y a, c'est exactement ce que je suis en train de vous dire,
09:21il y a en ce moment en France une radicalisation politique.
09:25Et quand il y a radicalisation politique,
09:27elle vient de l'extrême-gauche,
09:29mais elle vient de, si j'ose dire, les extrêmes bancs de l'Assemblée nationale,
09:34de tout le monde, y compris du gouvernement.
09:36Tout le monde est dans cette radicalisation.
09:40Et ce qui est inquiétant, c'est qu'on est à quelques semaines d'élections municipales
09:44qui sont théoriquement des élections les plus paisibles.
09:47Bon, mais qu'on va entrer ensuite dans la campagne présidentielle.
09:51Et que si cette violence verbale se traduit,
09:55comme ça a été le cas malheureusement,
09:57par la violence physique,
09:59ça peut prendre des proportions.
10:02On a connu des campagnes présidentielles qui étaient tendues.
10:05Et comme on a en ce moment à la fois une crise politique profonde,
10:10une crise économique qui, elle aussi,
10:13crée un climat épouvantable,
10:15bon, dans ces conditions-là,
10:16la campagne présidentielle,
10:18elle peut être redoutable.
10:20Merci beaucoup Alain Duhamel d'avoir été avec nous ce matin sur RTL.
10:24Merci.
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