00:00L'histoire de Boisdames Sansal depuis son arrestation le 16 novembre 2024 en Algérie,
00:05on pourrait dire que rien ne s'est passé comme ça aurait dû se passer.
00:09Premier élément, l'arrestation d'un écrivain.
00:11Rappelons-le, arrêter un écrivain pour délit d'opinion au sud de la Méditerranée,
00:16il y avait quelque chose là-dedans qui relevait de la provocation du régime algérien
00:20contre la France et contre la possibilité même de la liberté de l'esprit.
00:24C'est révélé de mémoire le 16 novembre par Rachel Binaz du journal Mariam
00:30et très rapidement, on aurait pu croire, on aurait pu espérer à tout le moins
00:34que l'opinion se mobilise sur le mode, c'est un scandale absolu,
00:38ce grand écrivain franco-algérien doit être défendu.
00:42On pouvait imaginer qu'il y aurait un front commun d'union sacrée autour de lui.
00:47Mais ce n'est pas du tout comme ça que ça s'est passé.
00:51Très rapidement, on sent un malaise autour de lui.
00:53Pour différentes raisons.
00:55La raison officielle qui est donnée, c'est une raison diplomatique.
00:58Pour être capable de faire plier le régime algérien,
01:01il faut faire semblant que nous nous plions devant lui.
01:04Donc c'était une forme de pédagogie de l'enfouissement,
01:06comme on disait dans les années 70 pour autre chose.
01:08Donc soyez très discret et n'en parlez pas,
01:10et ainsi vous réussirez à le libérer.
01:13Et on présentait ceux qui se portaient à sa défense
01:16comme des empêcheurs de libérer en rond,
01:18parce qu'on leur disait finalement, en cherchant à le libérer,
01:20à pousser à sa libération,
01:21vous facilitez son enfermement durable.
01:25Donc ça, premier point de départ un peu étonnant.
01:27Ensuite, sur l'éditeur, sur l'éditeur Gallimard,
01:30grande maison française qui dira le contraire,
01:32Boisdem Sansal lui-même dira ensuite
01:34qu'il n'était pas très à l'aise avec la stratégie
01:37qui a été utilisée par Gallimard pour l'aider.
01:39Gallimard s'est rangé sur la stratégie diplomatique.
01:41Boisdem Sansal, quant à lui,
01:43aurait souhaité une défense plus affirmée.
01:45Dix ans, quant à lui,
01:46« Une maison d'édition n'est pas une institution diplomatique
01:48et ne saurait parler à la place de l'écrivain concerné. »
01:52Par ailleurs, des gens se mobilisent pour lui.
01:54La gauche républicaine, la gauche classique,
01:56la droite nationale conservatrice,
01:58donc on pourrait dire qu'il y avait,
02:00je le dis, la tendance Mariam,
02:01de l'autre côté, la tendance Retailleau,
02:03qui se mobilisait pour lui,
02:05mais encore une fois, il n'était pas majoritaire,
02:07non pas dans l'opinion publique, je crois,
02:09mais il n'était pas majoritaire dans les élites,
02:11comme si Sansal, c'était finalement l'otage ou le prisonnier
02:15qui nous faisait un peu honte
02:16et qu'on ne voulait pas libérer.
02:18Il est condamné, on le sait,
02:20et ensuite, il est gracié, formidable.
02:23On aurait pu alors s'attendre
02:25à ce qu'il soit accueilli en France de la plus belle manière.
02:27Enfin, le grand écrivain est libéré,
02:29il revient chez nous.
02:31Mais non, encore une fois,
02:32non seulement il y a eu le malaise au temps de l'incarcération,
02:35mais il y a aussi le malaise au moment de la libération.
02:39Certes, il a été élu à l'Académie française,
02:40c'est très bien,
02:41mais rappelez-vous, il arrive ici,
02:43on comprend qu'il n'est pas maître de son récit.
02:44Il ne peut pas raconter sa vérité
02:46telle qu'il voudrait la raconter.
02:49Donc là, on commence à comprendre
02:50que tout ne se passe pas correctement.
02:53Et là, on commence à se demander,
02:54c'est la question qui annonce l'accusation.
02:57On se dit, bon, même Sansal,
02:58oui, grand écrivain, certes,
02:59mais est-ce qu'il n'est pas depuis longtemps
03:01passé à l'extrême droite?
03:02Est-ce qu'il y a tout le monde à droite
03:03et probablement à l'extrême droite?
03:05Et là, on commence,
03:06le procès traînait déjà au temps de l'incarcération,
03:08mais il se radicalise alors.
03:09Est-ce qu'il n'a pas déjà accepté
03:11de collaborer, par exemple,
03:12avec le journal Frontières?
03:13Est-ce qu'il n'a pas déjà affirmé
03:15qu'il ne faut pas non seulement
03:16critiquer l'islamisme,
03:17mais aussi l'islam,
03:19quitte quelquefois à flirter
03:20avec l'idée que les deux
03:21sont interchangeables selon lui?
03:23Est-ce qu'il n'a pas remis en question
03:25le récit canonique négatif
03:27de la présence française en Algérie?
03:30Donc, est-ce qu'on n'est pas devant
03:31quelqu'un, finalement,
03:31qui ne méritait pas
03:33qu'on se batte pour lui?
03:34Alors, à partir de là,
03:35un nouveau récit s'installe.
03:37On nous explique, par exemple,
03:39lorsqu'il quitte Gallimard pour Grasset,
03:41eh bien là, c'est un événement
03:43dans la presse parisienne,
03:44trahison, crime de l'aise-éditeur,
03:46en crime de l'aise-majesté.
03:48D'une certaine manière,
03:48il trahissait la Sainte Église
03:50des lettres françaises.
03:51On ne quitte pas Gallimard
03:53sans se le faire reprocher.
03:54Donc, il va chez Grasset
03:55et là, c'est déjà un scandale.
03:57Et rappelez-vous,
03:57on en a parlé hier soir
03:58lorsqu'on lui demande
03:59si vous allez chez Grasset,
04:00est-ce que vous ne passez pas
04:00à l'extrême-droite?
04:02Je ne connaissais pas
04:03cette réputation à Grasset
04:04depuis quelques décennies,
04:05mais qu'importe.
04:06Ensuite, on nous dira,
04:07puisqu'il va chez Grasset,
04:09c'est qu'en fait,
04:09il a été acheté.
04:10Acheté par qui?
04:11Par le grand méchant Vincent Bolloré.
04:13C'est ce qu'on dit dans la presse.
04:14Il a été acheté.
04:15Autrement dit,
04:16Boisdames Sansal n'est pas
04:17un écrivain attaché à sa liberté.
04:18Il est possible de l'acheter
04:20en y mettant les billets nécessaires.
04:22Dès lors, est-ce que cet écrivain
04:23vaut vraiment la peine d'être lu
04:24parce qu'il ne serait désormais
04:25qu'une prise de guerre?
04:27Et là, ça va encore plus loin.
04:28On nous dit, vous savez,
04:29on célèbre surtout Boisdames Sansal
04:31dans la presse de droite
04:32et dans ce qu'ils appellent
04:33la presse d'extrême-droite.
04:34Est-ce que ce n'est pas le signe
04:35que c'est un écrivain
04:35qui n'est plus véritablement
04:37récupérable aujourd'hui?
04:38Vous noterez, cet argument
04:39me fascine toujours.
04:40Il n'y a rien qui interdit
04:41à la presse de gauche d'en parler.
04:42Rien n'interdit à la presse de gauche
04:43d'en parler.
04:43Mais elle dit,
04:44elle n'en parle pas,
04:45mais elle dit, eux, ils en parlent.
04:46Donc, c'est bien la preuve
04:46qu'on n'en parlera pas, nous,
04:47à notre tour.
04:49Dimanche dernier,
04:50il est à la une du JDD
04:51en débat avec Philippe de Villiers.
04:54Alors là, franchement,
04:54ça devient,
04:55ce n'est plus un homme aimable
04:56et estimable.
04:57On ne parle pas
04:58avec Philippe de Villiers
04:59si on veut être admis
04:59dans la République des Lettres,
05:01la République des Mondains
05:02à Paris.
05:04Et là, ça va encore plus loin,
05:05je l'ai dit.
05:05L'accusation,
05:06êtes-vous désormais
05:07d'extrême-droite?
05:07Parce qu'on se comprend.
05:08La question,
05:09êtes-vous d'extrême-droite?
05:09C'est toujours une accusation.
05:11Et le point final,
05:12dès lors de ce portrait
05:13de Boislem Sansal
05:14en écrivain infréquentable,
05:15on l'a vu dans l'Ibée ce matin,
05:17lorsqu'on nous dit du livre
05:18qui va raconter son enfermement,
05:22son emprisonnement
05:23et sa libération,
05:24que nous dit-on
05:25dans l'Ibée ce matin?
05:26Le texte de Boislem Sansal
05:28au départ confus
05:29et impubliable.
05:31Autrement dit,
05:31Boislem Sansal
05:32au terme de tout cela
05:33est tout simplement
05:33un mauvais écrivain.
05:35C'est ce qu'on appelle
05:35une exécution en règle
05:36dans le petit milieu parisien.
05:39Nous l'évoquions hier
05:41en quelques mots,
05:42Mathieu,
05:43ce n'est pas la première fois
05:44que la gauche se détourne
05:46d'un grand dissident.
05:48Pourquoi?
05:49Alors, la gauche
05:50a une certaine idée
05:51de ce que devrait être
05:52le dissident admirable.
05:53Le dissident admirable,
05:55c'est quelqu'un
05:55qui incarne
05:56les valeurs de gauche
05:57et qui s'éloigne
05:58d'un régime lointain
05:59pour venir embrasser
06:00ses valeurs en Occident.
06:02Et on aime particulièrement
06:03le dissident qui arrive ici
06:05et qui nous crache au visage
06:06en expliquant
06:07qu'on n'est pas assez progressiste,
06:09assez diversitaire,
06:10assez inclusif,
06:11autrefois assez socialiste.
06:12Donc, il y a une figure
06:13du dissident désiré
06:14qui doit être
06:15le dissident progressiste
06:17de référence.
06:18Mais ce n'est pas
06:19la première fois.
06:20Et il faut répéter
06:21à Sotjanistin,
06:22le traitement réservé
06:23à Sotjanistin,
06:24qui me fait beaucoup penser,
06:25même si le sort des deux
06:25n'est pas le même,
06:26qui me fait beaucoup penser
06:27au sort de Bois-lème sans salle.
06:29Sotjanistin, on le sait,
06:30écrivain immense,
06:31mais immense au 20e siècle,
06:33celui qui,
06:33avec l'archipel du Goulag,
06:34a décrit le système
06:36concentrationnaire soviétique.
06:38En 1973,
06:39il publie
06:40l'archipel du Goulag.
06:41En 1974,
06:42il est déchu
06:43de sa nationalité soviétique,
06:44le 12 février.
06:45Il est expulsé
06:46de l'Union soviétique
06:47le 13 février.
06:48Donc là,
06:49il est accueilli en Occident.
06:49La première réaction,
06:50c'est,
06:50c'est un dissident,
06:51chassé des soviétiques,
06:52c'est un homme de liberté.
06:53Et on se le représente,
06:54c'est comme si on le grime
06:56en la manière
06:57d'un libéral,
06:57droit de l'homiste,
06:59progressiste,
06:59de centre-gauche,
07:00quelque chose
07:00comme aujourd'hui
07:01une forme d'électeur
07:02de Raphaël Glucksmann.
07:03Donc on se dit,
07:04Sotjanistin, c'est ça.
07:05Et là, on découvre
07:06peu à peu
07:07que Sotjanistin,
07:08c'est pas exactement ça.
07:09C'est un nationaliste
07:10dans le bon sens du terme,
07:11il y en a-t-il un mauvais.
07:12C'est un patriote,
07:13c'est même un réactionnaire
07:14à sa manière,
07:15c'est un chrétien orthodoxe,
07:16c'est un homme
07:16qui a trouvé
07:17la manière de résister
07:20au totalitarisme,
07:21au communisme,
07:21au goulag,
07:22dans sa foi
07:23et son patriotisme.
07:24Autrement dit,
07:25c'est parce qu'il avait
07:26des racines très profondes,
07:27le patriotisme,
07:28et des aspirations
07:29très élevées,
07:30sa foi,
07:30qu'il a été capable
07:31de résister
07:32à un système
07:33qui voulait le briser.
07:35Et bien dès lors,
07:36qu'est-ce qu'on a fait?
07:37Le milieu intellectuel occidental
07:39qui autrefois le chantait
07:40se met à tout faire
07:41pour le détruire.
07:43Sotjanistin, réactionnaire.
07:45Sotjanistin,
07:46ennemi de la liberté,
07:48antidémocrate,
07:48extrême droite,
07:49et tout ça.
07:49Et ce qui est particulier,
07:50c'est que Sotjanistin,
07:51il arrive en Occident
07:52et il aime un Occident
07:53que les élites occidentales
07:54n'aiment plus.
07:55Il dit,
07:55je suis venu ici
07:56pour trouver
07:56une spiritualité supérieure,
07:58pour trouver le patriotisme,
07:59pour trouver les libertés,
08:00et je trouve aujourd'hui
08:01des sociétés sans courage.
08:03Je trouve des sociétés
08:04qui n'ont plus de transcendance,
08:05des sociétés
08:06strictement matérialistes.
08:07Donc il arrive chez nous
08:08et nous rappelle
08:09que nous ne sommes plus fidèles
08:10à nos anciennes valeurs.
08:12Et bien à certains égards,
08:13c'est un peu le sort
08:14de Boilem Sans Salle aujourd'hui.
08:15Il arrive en France
08:17et il dit,
08:17la France n'est plus fidèle
08:18à ce qu'elle a toujours été.
08:19La France aujourd'hui
08:20est en train
08:21de se perdre elle-même,
08:23donc il se porte
08:23à la défense
08:24de l'ancienne France
08:25condamnée au nom
08:26de la nouvelle.
08:27Dès lors,
08:28il n'est pas le bienvenu.
08:29Un homme qui invite
08:30les Français
08:30à se ressaisir,
08:31à ne pas se renier,
08:32à ne pas cracher
08:33sur leur histoire,
08:34à ne pas capituler
08:35devant l'islam politique
08:36conquérant,
08:37à ne pas se laisser islamiser,
08:38un tel dissident
08:39n'est pas le bienvenu.
08:40Il ne mérite pas
08:41bonne réputation.
08:42Il faut s'en détacher
08:43et le maudire.
08:45De ce point de vue,
08:45la gauche est fidèle
08:46à son histoire.
08:49Autrement dit,
08:50Mathieu,
08:51à vous entendre,
08:51Boilem Sansa
08:51n'a pas joué
08:52le rôle attendu,
08:53en fait,
08:53dès lors qu'il est rejeté.
08:55Exactement.
08:55Qu'est-ce qu'il a fait
08:56de mal, en fait ?
08:56Tout simplement,
08:57il n'a pas accepté
08:58d'être le pantin
08:59de la comédie
09:01littéraire parisienne.
09:02Alors,
09:02Boilem Sansa
09:03ne sera plus un écrivain.
09:04On ne se rappellera plus
09:04le titre de ses livres.
09:08Franchement,
09:08il est merveilleux.
09:092084,
09:09tant d'autres.
09:11On ne le jugera plus
09:14sur son style,
09:15sur sa plume,
09:16sur son imaginaire,
09:17sur le monde
09:18qui l'a fait naître
09:18par sa plume.
09:19On va désormais dire
09:20que c'est l'homme
09:21qui porte la terrible étiquette
09:22de l'extrême-droite
09:23comme d'habitude.
09:24Et ça nous ramène,
09:25en fait,
09:26à cette vision étriquée
09:28de l'histoire littéraire
09:29et intellectuelle
09:29où, finalement,
09:30les grands écrivains,
09:31les grands intellectuels
09:32ne peuvent pas
09:32ne pas être de gauche.
09:34S'ils s'éloignent
09:35des codes
09:35de la respectabilité mondaine,
09:37le grand écrivain
09:38devient polémiste,
09:39le grand intellectuel
09:40devient vague chroniqueur.
09:42On pourrait dire,
09:42de ce point de vue,
09:43que la droite,
09:43tel qu'il se l'imagine,
09:44est un marqueur maléfique,
09:45un symbole de médiocrité.
09:46J'ajoute une chose,
09:47que Bohanem Sansal,
09:48à cause de cela,
09:49ne sera plus considéré
09:50dans la presse de gauche
09:51comme le grand écrivain
09:51qu'il est,
09:52mais comme une prise de guerre
09:54de l'extrême-droite.
09:55Dès lors,
09:55pourquoi le lire?
09:56On pourra se contenter
09:57de le mentionner
09:58à la manière d'un homme
09:59autrefois respectable
09:59et qui, aujourd'hui,
10:00ne l'est plus.
10:01Je pense que la seule manière
10:02de répondre à tout cela,
10:03c'est de le lire simplement.
10:04On découvrira non pas
10:05un monstre,
10:06mais un grand écrivain.
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