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  • il y a 6 minutes
Dans son édito du 10/02/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors, je vois le récit médiatique qui nous est proposé pour accueillir cette nomination.
00:05Ça va être demain au Conseil des ministres. Elle prendra ses fonctions dans quelques semaines.
00:08Alors, comment ça nous est présenté? C'est en fait la compétence absolue qui serait nommée à la présidence de la Cour des comptes.
00:15On nous dit voilà la plus compétente d'entre tous, d'entre toutes.
00:19C'est la plus compétente, donc les adversaires, les partisans, la gauche, la droite, le centre reconnaîtrait en elle
00:26une femme si compétente que le poste lui reviendrait naturellement.
00:30Donc, on cherche à axer le débat sur les vertus personnelles de Mme Amélie de Montchalin.
00:36Le problème, me semble-t-il, c'est que si on décide de se concentrer exclusivement sur elle,
00:41plutôt que sur la manœuvre qui se déploie à travers cette nomination, on passe à côté de l'essentiel, en fait, tout simplement.
00:48Alors, c'est quoi l'essentiel dans les circonstances, soit si on pense en compétence,
00:51mais qui a quand même accompagné la dérive des comptes publics depuis 2017?
00:57C'est quand même pas rien.
00:58C'est-à-dire que si la compétence et la gestion des comptes publics telles qu'on la voit aujourd'hui met vivement les incompétents au pouvoir.
01:03Enfin, c'est une parenthèse dans la parenthèse.
01:06Donc, revenons-y.
01:07Quel est le récit qui se met en place à travers ça?
01:10Quelle est la stratégie qui se dévoile, en fait?
01:12C'est une véritable stratégie de confiscation du pouvoir.
01:17C'est-à-dire que la classe dirigeante, l'extrême-centre, la nomenclatura, voit sans venir le grand vent du dégagisme.
01:23Le grand vent du dégagisme, c'est-à-dire une révolte profonde contre ces élites qui, globalement, qu'elles soient de centre, de gauche ou de droite,
01:29le bloc central a globalement tout raté.
01:32À tout le moins, c'est ainsi que c'est perçu.
01:34Et ce vent du dégagisme est fort.
01:36Il traverse tout le monde occidental.
01:37On le nomme de temps en temps populisme.
01:39On le nomme extrême.
01:40On le nomme extrême droite.
01:41Peut-être même extrême gauche de temps en temps.
01:43Et le régime se dit, ce vent du dégagisme, en fait, cette mouvance, on doit être capable de la briser.
01:49Qu'on s'entende bien, elle croit être capable de la briser politiquement.
01:51Quand on regarde l'ensemble des manœuvres des réseaux sociaux, le contrôle des réseaux sociaux,
01:56à la fermeture d'une chaîne télé, à l'exécution juridique de Marine Le Pen,
02:00à la volonté d'assécher financièrement le RN,
02:02le régime se dit, on va être capable de mater l'insurrection qu'on sent dans le pays.
02:07Nous serons capables.
02:08Surtout, à l'échelle de l'histoire, normalement, on se dit, devant une révolte,
02:12le pouvoir peut se dire, on va faire des concessions au peuple.
02:14Le peuple a des demandes.
02:16Nous allons lui répondre.
02:18On constate que les élites, en ce moment, se sont dites autre chose.
02:21Elles se sont dites, ce peuple est en révolte, mais ce peuple, lui, est incompétent.
02:25Ce peuple ne comprend pas et il doit être maté pour être ramené à sa place.
02:30Donc, il ne comprend pas, par exemple, le grand besoin d'une Europe toujours plus fédérale.
02:35Le peuple ne comprend pas les grands besoins d'immigration.
02:38Il ne comprend pas les nécessaires réformes de la dite rigueur budgétaire,
02:42qui amène quand même des dettes et de l'endettement.
02:44Il se laisse manipuler par les démagogues populistes et identitaires.
02:47Il attend la tentation des extrêmes.
02:49Donc, ce peuple est dangereux.
02:50Et si ce peuple votait pour les gens, pour qui il veut voter, ça pourrait très mal se passer.
02:54Donc, il faut verrouiller les institutions.
02:57Autrement dit, si l'extrême-centre perd le gouvernement,
03:00l'extrême-centre veut conserver le contrôle de l'État.
03:02Et ça, c'est véritablement la formule qui encapsule la situation présente.
03:06On peut perdre les élections, mais on ne perdra pas le pouvoir pour autant.
03:09Donc, comment on fait ça?
03:10En s'assurant que la clique, en fait la clique, la mouvance dominante,
03:14s'empare de l'ensemble des institutions, quelles qu'elles soient.
03:16Et je me permets de vous raconter une conversation récente avec un intellectuel,
03:20je ne le nommerai pas, un intellectuel, on pourrait dire gauche,
03:23un macroniste un temps plus maintenant.
03:25Il m'expliquait, je sais, le RN veut faire son référendum sur l'immigration,
03:30mais vu le pouvoir que s'est donné le Conseil constitutionnel maintenant,
03:34il ne pourra pas le tenir.
03:35On décrètera que c'est illégal.
03:37Et s'il cherche à le faire néanmoins, il se mettra dans l'illégalité.
03:40Nous avons, dit-il, globalement, pas lui spécialement,
03:43modifié les institutions pour rendre illégale toute volonté référendaire
03:47s'appuyant sur le peuple.
03:48Et il disait cela avec une grande satisfaction.
03:51Il racontait à la manière d'une forme de vertu le verrouillage des institutions.
03:55Donc, nous sommes devant des gens qui nous ont dit globalement
03:57le pouvoir de nous appartenir,
03:59les institutions doivent nous appartenir,
04:01il faut verrouiller.
04:02Donc, si jamais néanmoins la tempête chassait la classe politique telle qu'on la connaît,
04:07le pouvoir appartient encore à l'extrême-centre,
04:08et peut-être dans l'attente du retour d'Emmanuel Macron en 2032,
04:11puisque c'est le fantasme de quelques-uns, je crois.
04:14Ne peut-on pas voir aussi, dans cette séquence,
04:17Mathieu l'illustration,
04:18de ce que certains appellent la République des copains ?
04:21J'ai même entendu la République des copains et des coquins.
04:24Mais c'est une formule que je ne reprends pas à mon compte.
04:27Alors, ce qu'on voit, effectivement, c'est que les fidèles du président
04:29et les premiers fidèles même sont nommés dans l'ensemble des fonctions importantes.
04:34Je me permets de nommer quelques nominations,
04:36et franchement, il y en aurait d'autres.
04:37Par exemple, qu'on pense, Mme de Mochana, présidente de la Cour des comptes,
04:40Richard Ferrand, au Conseil constitutionnel,
04:43Stéphane Séjourné, commissaire européen,
04:45Clément Bond, haut commissariat à la stratégie au plan...
04:48Franchement, il doit s'ennuyer, celui-là.
04:50Amélie Gouzéa-Castera, présidente du Comité national olympique,
04:54et on pourrait en nommer d'autres, et on verra pour la Banque de France.
04:56Donc, qu'est-ce qu'on voit à travers cela ?
04:58Des nominations à la tonne de gens qui s'installent dans les institutions.
05:03Alors, je me permets d'élargir la réflexion en disant,
05:05qu'est-ce que ça dit tout ça ?
05:07Des ponts de très long mandat, voire inamovible.
05:10Mais bien sûr, en fait, une fois installés,
05:12ils sont... imaginons, allons plus loin,
05:14que le pouvoir change, que le RN l'emporte,
05:17ou le Bloc national l'emporte,
05:18ou une nouvelle coalition des droites l'emporte,
05:19qu'en sais-je ?
05:21Voudrait-il les déloger, que ce serait très compliqué,
05:23presque impossible ?
05:24Donc, vous nommez des gens, des postes de pouvoir
05:26qui ne relèvent plus de la décision démocratique,
05:29et ces gens bien installés, si vous gouvernez,
05:31peuvent vous faire...
05:32Je me permets d'ajouter, conversation récente
05:35avec de jeunes énarques
05:37qui m'expliquaient que de leur expérience du pouvoir,
05:40surtout au ministère de l'Intérieur,
05:41j'ai compris, c'est ce qu'on me rapporte,
05:43les nominations se multiplient en ce moment sur le mode
05:45« il faut verrouiller les institutions »
05:47au cas, encore une fois, où on perdrait le pouvoir.
05:50Donc, c'est une petite musique qu'on entend beaucoup.
05:52Alors, à travers ça,
05:54je me permets de faire un lien avec la séquence
05:55sur l'audiovisuel public dont on a parlé récemment.
05:58Qu'est-ce qu'on a découvert ?
05:59On en parlait l'autre fois avec Charlotte aussi.
06:01Tant que le débat était sur l'idéologie,
06:03bon, ça ne les dérangeait pas.
06:04Quand on a vu qu'on touchait à d'immenses fortunes
06:07qui étaient rendues possibles
06:08parce que des gens s'appropriaient l'État,
06:10s'appropriaient les ressources de l'État
06:12pour faire de l'enrichissement privé,
06:13légal, certes,
06:14mais on pourrait dire immoral,
06:16là, c'est devenu scandaleux
06:17parce qu'on voyait que des gens
06:18s'étaient emparés des immenses ressources de l'État.
06:21De la même manière,
06:22est-ce qu'on pourrait se dire
06:23que le développement de la classe bureaucratique,
06:25les mille autorités de ci, de ça,
06:27les conseils de ci, de ça,
06:29ça favorise le développement
06:31de cette classe bureaucratique
06:32où on peut toujours recaser
06:34de mille manières des gens
06:35qui font carrière dans les palais de la République.
06:37Mais là, on nous dira,
06:38mais ils sont compétents.
06:39J'y reviens, c'est l'argument de tantôt,
06:40ils sont compétents.
06:42Vu l'État du pays aujourd'hui,
06:44très honnêtement,
06:44leur compétence,
06:45on peut quand même se dire que c'est une blague.
06:47Moi, je redéfinis ainsi la compétence
06:49dans le système qui est le nôtre,
06:50c'est la capacité à se mouvoir
06:52dans le système technocratique et bureaucratique
06:54sans jamais être responsable
06:56des résultats de son action.
06:58Qu'est-ce que c'est la compétence ?
06:59C'est la possibilité de faire carrière
07:01en passant d'un poste à l'autre,
07:03toujours plus prestigieux,
07:04toujours plus payant,
07:05toujours plus intéressant,
07:06sans pour autant assumer
07:08la responsabilité de ses gestes.
07:09C'est de faire carrière dans l'appareil.
07:11Quelle est la compétence
07:12dont on nous parle aujourd'hui ?
07:13À tout de moins,
07:13c'est ainsi que je la comprends.
07:15Mais alors, Mathieu,
07:16si l'État est verrouillé juridiquement
07:18et administrativement,
07:20la France s'était condamnée
07:21à subir l'impuissance publique et politique.
07:25C'est ce que plusieurs ressentent.
07:26C'est-à-dire, vous savez,
07:27quand un État n'existe plus
07:28que pour fournir des privilèges
07:30à ceux qui s'en sont emparés,
07:32il y a à travers cela
07:33un petit parfum d'ancien régime.
07:35Les privilèges sans les devoirs,
07:37la richesse et la fortune
07:39sans la responsabilité,
07:40ça peut finir par exaspérer
07:41le commun des mortels.
07:43De la même manière,
07:43un État puissant, obèse,
07:45ventripotent,
07:46puissant, mais en fait impuissant
07:48quand il y a le temps d'agir pour le pays,
07:50ça suscite une frustration démocratique réelle.
07:52Donc, devant cela,
07:54il n'est pas interdit de se dire
07:55que nous soyons témoins
07:56d'une forme de rupture profonde.
07:57Vous savez,
07:57quand une institution se calcifie,
07:59quand elle est grosse, lourde,
08:01mais n'est pas capable d'agir,
08:02eh bien, elle peut finir par se briser.
08:03Et l'histoire de France,
08:04et je le dis avec tristesse ici,
08:05donc ce n'est pas un appel
08:06à quoi que ce soit,
08:07l'histoire de France n'est pas étrangère
08:09à quelquefois
08:09au sursaut populaire violent.
08:11On a connu la séquence
08:12des gilets jaunes
08:13il y a quelques années.
08:14Il n'est pas interdit de se dire
08:15que si avec les années,
08:16si les années passent,
08:17on a encore cette caste
08:18qui se maintient au pouvoir
08:20avec un mélange d'autoritarisme
08:22et de mépris pour le commun et mortel,
08:24il n'est pas interdit
08:24qu'un jour,
08:25tout cela éclate
08:26d'une manière ou de l'autre.
08:27Notez que dans l'histoire de France,
08:28c'est arrivé quelquefois,
08:29c'est même à l'origine
08:29de quelques redressements,
08:301958.
08:32Reste à voir de quoi
08:32l'avenir sera fait.
08:33Mais quoi qu'il en soit,
08:34aujourd'hui,
08:34on nous demande d'apprécier
08:35la compétence
08:36de Mme de Montchalin.
08:38Je l'apprécie
08:38telle que je l'ai définie.
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