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  • il y a 7 heures

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00:00Le carrefour de l'info sur Arabelle.
00:06Et c'est l'heure de la chronique de Jean-Marc Meilleur, avocat pénaliste et ancien procureur du Roi qui
00:12est avec nous.
00:12Bonjour.
00:13Bonjour Tharic.
00:14Alors votre chronique est sous le titre « Libérée après les attentats du 22 mars, la justice restauratrice ».
00:20Alors c'est une information qui a peut-être surpris pas mal de monde la semaine dernière.
00:24Un homme condamné dans le cadre de ces attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles vient de sortir de prison.
00:30Alors qui est-il ?
00:31Alors oui, effectivement, il a été libéré début avril, le 6 avril je pense, après avoir purgé l'intégralité de
00:37sa peine de 10 ans de prison.
00:39Alors c'était pas un des kamikazes, il n'a pas posé de bombe, mais ce qu'il a fait
00:43et qu'il a reconnu d'emblée et dans le cadre du procès,
00:46c'était d'avoir hébergé des membres de la cellule terroriste, Mohamed Abrini, l'homme au chapeau comme on l
00:52'a appelé,
00:52et Ossama Krayem, celui qui a finalement renoncé à se faire exploser dans le métro.
00:57Et donc il a été poursuivi pour assassinat terroriste et participation aux activités d'un groupe terroriste.
01:03Il a été acquitté sur la question des assassinats, mais par contre il a été condamné à 10 ans, peine
01:09qu'il a purgé et donc il sort libre.
01:11Alors 10 ans après les attentats, ça fait quand même quelque chose.
01:14Son avocat a expliqué qu'il s'est engagé dans quelque chose qu'on appelle la justice restauratrice.
01:19Alors de quoi parle-t-on ici ?
01:21Alors c'est une notion qui est finalement assez ancienne.
01:24Elle est dans la loi depuis 2005, mais beaucoup de gens ne la connaissent pas vraiment.
01:28On n'en parle pas énormément, et c'est d'ailleurs un peu l'objet de ma chronique.
01:32C'est une idée comme quoi la peine de prison ne suffit pas à réparer ce qui a été brisé,
01:38ni pour la victime, ni parfois pour l'auteur lui-même, parce qu'on oublie souvent que ça peut se
01:43jouer des deux côtés.
01:44Et concrètement, ça peut prendre la forme de rencontre encadrée entre l'auteur d'une infraction et les victimes et
01:50ou les proches.
01:51Mais en fait, il y a autant de formes que de cas spécifiques.
01:55Alors il faut être bien clair, c'est que l'objectif, ce n'est pas spécialement de pardonner.
01:58On n'impose rien à personne.
02:00On ne demande rien à la victime.
02:01Mais l'idée, c'est de créer un dialogue, d'expliquer, d'entendre.
02:06Et dans le cas qui nous occupe, cette personne a expliqué, via son avocat, avoir travaillé avec une association qui
02:12s'appelle Médiante,
02:13qui est spécialisée là-dedans et qui est spécialisée dans ce type d'accompagnement.
02:16Il y a eu des contacts, manifestement, avec les victimes.
02:19Et je crois que ce qu'on peut dire, c'est que c'est courageux de part et d'autre,
02:23c'est courageux de la part de l'auteur, certainement si c'est sincère.
02:26Alors justement, si c'est sincère, politiquement en Belgique,
02:29est-ce que cette justice restauratrice est vraiment acceptée ?
02:32Parce qu'on imagine que pour des familles de 35 morts du 22 mars, voir cet homme sortir libre, ce
02:40n'est pas tout à fait évident, ça ?
02:41Non, effectivement.
02:42Alors c'est presque une question philosophique, puisque d'un côté, il y a ce que je viens d'expliquer,
02:47la justice restauratrice et la philosophie qu'il y a derrière et qui est reconnue en droit belge depuis 2005.
02:54Elle est dans la loi, on a l'obligation d'indiquer dans les procédures que cette possibilité existe.
03:02Et de l'autre, on en a déjà parlé souvent, une politique pénale qui se vaut plus dure sur la
03:07sécurité et la criminalité.
03:09Et donc on a en même temps cette justice restauratrice, pardon, qui est peu financée,
03:15et pas assez valorisée en fait dans le débat public.
03:18Mais donc si on croit à la réinsertion, et en fait c'est la philosophie générale du droit pénal en
03:24Belgique,
03:24il faut assumer que ça s'applique aussi dans les dossiers les plus difficiles et les plus tragiques.
03:30C'est une démarche qui est volontaire de part et d'autre, rien n'est imposé.
03:33Et pour moi ça, c'est un gage de qualité.
03:36Et donc comme il n'y a rien qui est imposé, je pense qu'on peut arriver à de beaux
03:41résultats.
03:42– Encore une dernière question, est-ce que cette libération était-elle vraiment inévitable juridiquement ?
03:48– Alors oui, il a purgé ses 10 ans, il a été, comme on dit, à fond de peine.
03:53Et c'est aussi là tout l'intérêt de cette justice restauratrice.
03:56De nombreux détenus choisissent, comme ils disent, d'aller à fond de peine,
03:59parce que dans ce cas-là, il n'y a pas d'accompagnement.
04:01Quand on demande une libération conditionnelle, il y a un accompagnement.
04:04Mais il n'y a aucun accompagnement systématique qui est prévu,
04:08ou quasiment pas, qui est prévu quand on va à fond de peine.
04:12Et donc c'est un peu l'angle politique de ce dossier.
04:15On peut avoir un débat sur les peines, sur la durité, sur le fait qu'elle répare ou pas.
04:18Mais une fois que la justice a parlé, il a purgé ses 10 ans, il a le droit de sortir.
04:23Et c'est tout le pari de la politique pénale, c'est qu'une personne ne se résume pas
04:28au fait qu'elle a commis à un moment donné dans sa vie, il y a un pari sur le
04:31futur.
04:32Voilà, c'était donc la conclusion de Jean-Marc Meilleur.
04:34Je vous rappelle que vous êtes avocat pénaliste et ancien procureur du Roi.
04:38A très bientôt pour une nouvelle chronique.
04:39A bientôt, Tariq.
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