Guerre en Ukraine, tensions croissantes à Taïwan, retour des politiques de puissance et fragmentation du droit international... Le monde semble s'éloigner des rêves de paix universelle pour replonger dans une ère de confrontation brute. Entre la montée en puissance de la Chine, les ambitions russes et le repositionnement américain, les zones d'influence se redessinent.
Assiste-t-on à un simple bégaiement de l'histoire ou à une transformation radicale de l'ordre mondial ? Sommes-nous revenus au temps des "Grands Jeux" diplomatiques, des alliances mouvantes et du cynisme géopolitique qui caractérisaient le XIXe siècle ?
🎙️ Intervenants :
Gérard Araud, ancien ambassadeur aux États-Unis, en Israël et aux Nations unies, chroniqueur au Point
Bruno Tertrais, politologue, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique et conseiller géopolitique à l'Institut Montaigne
Modérateur : Julien Peyron, rédacteur en chef du service Monde du Point
#Géopolitique #Guerre #Défense #Conflit #Diplomatie #Souveraineté #Puissance #International #LePoint
Assiste-t-on à un simple bégaiement de l'histoire ou à une transformation radicale de l'ordre mondial ? Sommes-nous revenus au temps des "Grands Jeux" diplomatiques, des alliances mouvantes et du cynisme géopolitique qui caractérisaient le XIXe siècle ?
🎙️ Intervenants :
Gérard Araud, ancien ambassadeur aux États-Unis, en Israël et aux Nations unies, chroniqueur au Point
Bruno Tertrais, politologue, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique et conseiller géopolitique à l'Institut Montaigne
Modérateur : Julien Peyron, rédacteur en chef du service Monde du Point
#Géopolitique #Guerre #Défense #Conflit #Diplomatie #Souveraineté #Puissance #International #LePoint
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00:01...
00:15Merci d'être avec nous.
00:16On voit que les gens sont en train de s'installer.
00:19On va leur laisser quelques instants pour regagner leur siège.
00:21Si vous pouvez vous installer rapidement, s'il vous plaît.
00:24Merci beaucoup.
00:24Merci d'être avec nous pour cette deuxième session du forum Guerre et Paix.
00:29On va prendre quelques secondes pour laisser le public regagner sa place.
00:42Peut-être la deuxième allée peut-elle être empruntée
00:45pour faire circuler les gens plus rapidement.
00:49Merci messieurs, dames.
00:50On vous attend.
00:52Installez-vous, rejoignez-nous.
00:59Quel succès.
01:05Merci de regagner vos sièges rapidement, s'il vous plaît,
01:08pour ne pas qu'on prenne de retard sur les sessions suivantes
01:11qui s'enchaînent très rapidement.
01:13...
01:18Vous êtes nombreux et on s'en réjouit.
01:29Installez-vous, messieurs, dames.
01:31Nous allons commencer dans quelques secondes.
01:33...
01:46Allez, on va essayer de ne pas trop empiéter sur le temps de la conférence,
01:49s'il vous plaît, messieurs, dames.
01:52...
02:01On va pouvoir commencer dans un instant.
02:05...
02:18Du monde encore qui arrive dans cet auditorium du Trois-Masarium.
02:22Et on va pouvoir y aller.
02:24Nous assistons, vous le savez, depuis quelques mois
02:25à un véritable basculement de l'ordre international,
02:29de la guerre au Moyen-Orient,
02:31aux menaces qui pèsent sur l'approvisionnement en énergie
02:34de toute la planète.
02:35Le bras de fer entre les grandes puissances
02:37marque un retour en arrière inquiétant.
02:39Sphère d'influence, nouvel impérialisme, colonialisme.
02:42Aujourd'hui, Etats-Unis, Russie et Chine
02:45se partagent le monde sans règles ni limites, apparemment.
02:47Que peut faire l'Europe dans ce choc des empires ?
02:50Décryptage avec nos prochains invités.
02:52Gérard Harrault, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis,
02:55en Israël et aux Nations Unies,
02:57et chroniqueur au point.
02:57Vous pouvez l'applaudir.
02:59Merci d'être avec nous.
03:02Également avec nous, Bruno Tertret,
03:03je serai directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche stratégique
03:06et conseiller géopolitique à l'Institut Montaigne,
03:09que l'on applaudit également.
03:13Merci à tous les deux d'être avec nous.
03:14Et pour mener cette discussion avec eux,
03:17Julien Perron, rédacteur en chef du service Monde, au point.
03:20Je vous laisse la parole.
03:21C'est à vous, messieurs.
03:24Bonjour à tous.
03:25Bonjour Gérard, bonjour Bruno.
03:27Je suis ravi d'être avec vous sur scène ce matin.
03:31Inutile de vous présenter davantage,
03:32je pense que tout le monde vous connaît.
03:35Donc, rentrons dans ce qui nous intéresse directement.
03:36Vous avez vu cette logique des empires qui revient.
03:40Et alors, je voudrais commencer avec vous, Gérard.
03:41Et je voudrais commencer par vous citer.
03:44Parce que comme tous les lecteurs du point,
03:45je lis vos chroniques chaque semaine.
03:48Et j'ai même le privilège de les lire un peu en avance.
03:50Et vous avez cette formule très belle et très parlante.
03:53Vous dites que les Européens ont longtemps,
03:59en tout cas dans une grande partie du XXe siècle,
04:02excusez-moi,
04:03ont pensé que les relations internationales
04:04étaient un drame bourgeois.
04:06Or, c'est une tragédie depuis le début de l'humanité.
04:09L'heure du réveil est assez brutale.
04:12Mais j'ai envie de vous demander,
04:13ce réveil, est-ce qu'il est effectif pour tout le monde ?
04:16Est-ce qu'il n'y a pas une partie des Français ?
04:17Est-ce qu'il n'y a pas une partie des Européens
04:18qui est encore un peu dans le déni
04:20et qui se dit, faisons le dos rond,
04:22la situation va revenir comme avant ?
04:25Merci, je suis très content d'être ici.
04:27Et je voudrais commencer par rendre hommage au point
04:31où depuis six ans, j'écris en effet des chroniques.
04:33Et pas une fois, on ne m'a demandé
04:37ou de corriger le texte que j'envoyais.
04:39J'ai bénéficié et je bénéficie
04:41de la liberté la plus totale.
04:43Et je crois que c'est un bel exemple de libéralisme
04:45parce que parfois, je ne suis pas tout à fait
04:48dans la ligne de ce journal.
04:50Au fond, nous, les Européens,
04:52nous sommes sans doute les derniers
04:54à pouvoir comprendre le monde qui vient
04:56parce que nous avons vécu depuis 1945,
05:00je dirais, la parenthèse la plus heureuse,
05:05la plus libre, la plus prospère
05:07de notre histoire depuis la chute de l'Empire romain.
05:11Et d'un seul coup, d'un seul, le 24 février 2022,
05:16Poutine nous a renvoyés dans un monde
05:19dont nous ne voulions plus,
05:21un monde que nous considérions comme un archaïsme,
05:25le monde de la guerre.
05:27Nous avons cru,
05:28et c'était en particulier le cas
05:30au début des années 2000,
05:31nous avons cru qu'avec l'Union européenne,
05:33nous construisions un modèle des relations internationales
05:37fondé sur la coopération,
05:39fondé sur le droit international
05:40et fondé sur le compromis.
05:43Eh bien, on nous répond,
05:45le monde nous répond
05:47que nous n'en voulons pas.
05:48Et pour nous, c'est un, évidemment,
05:51c'est un réveil extrêmement dur.
05:52On nous demande d'abandonner toutes nos croyances
05:57et de nous plonger dans l'air glacial
06:01de la géopolitique.
06:03Et ça, je pense que c'est un élément essentiel.
06:07Le deuxième élément essentiel,
06:09c'est que ce n'est pas tellement le cas pour des Français,
06:11mais c'est en tout cas le cas pour la plupart des Européens.
06:15Ils considèrent, ils voilent leur horizon
06:18non pas comme l'Europe,
06:20mais comme la communauté euro-atlantique.
06:23La vision de la plupart de nos partenaires,
06:25c'est un monde qui irait de Vancouver
06:29ou de Seattle à Varsovie.
06:32Et donc, pour eux,
06:34le phénomène Trump
06:35est pour eux une sorte de traumatisme existentiel.
06:38Alors, existentiel en Europe de l'Est,
06:41parce que, évidemment,
06:42les pays de l'Europe de l'Est ont peur.
06:44Et n'essayez pas d'aller voir les Polonais
06:46en leur disant,
06:47vous savez, votre sécurité sera garantie
06:49par la France et la Grande-Bretagne.
06:51On leur a déjà fait le coup en 1939.
06:54Ils en souviennent.
06:56Et pour le reste de l'Europe,
06:58l'Europe de l'Ouest,
06:59c'est un attachement viscéral
07:01à la relation transatlantique.
07:05Donc, disons-le,
07:05c'est un choc qui est quand même difficile.
07:08C'est un traumatisme majeur.
07:11Et quand on est soumis à un traumatisme majeur,
07:14la tentation, évidemment,
07:15c'est le déni.
07:16C'est de penser que le 21 janvier 2029,
07:20lorsqu'arrivera le nouveau président des États-Unis,
07:23eh bien, tout recommencera comme avant.
07:25On recommencera à atlantiser
07:27comme on le faisait avec Joe Biden.
07:30Et là, je vais m'arrêter là.
07:32Et là, je pense personnellement
07:34que c'est une erreur.
07:38Bruno Tertré, c'est une erreur.
07:40Le vieux monde ne reviendra pas.
07:42Je crois que le monde est redevenu normal
07:44et que nous croyions
07:47que nous pouvions passer à autre chose.
07:49C'était l'idée de la modernité
07:50et de la post-modernité.
07:53L'analogie des empires,
07:54la métaphore des empires est très bien choisie
07:56parce qu'à propos de l'Europe,
07:59justement, toute la construction européenne
08:01s'est faite sur le dépassement
08:03de la notion d'empire.
08:04Moi, je distingue souvent
08:05les empires guéris ou en voie de guérison
08:08des empires blessés ou malades.
08:10Les anciens empires européens,
08:12que ce soit l'Allemagne, la Belgique,
08:14on a tous été plus ou moins impériaux, impérialistes,
08:17mais nous nous sommes guéris,
08:19en tout cas, je le pense, très largement.
08:22Et l'idée même de la construction européenne,
08:24c'était de faire un anti-empire.
08:26C'est pour ça que nous sommes mal à l'aise
08:28dans ce monde.
08:29Et pour aller encore plus loin
08:30que ce que disait Gérard,
08:31tu t'en souviens, Gérard,
08:32nous disions à partir de 1975
08:35et surtout de 1991
08:37que la coopération se développerait
08:39dans un espace allant de Vancouver
08:41à Vladivostok.
08:44Aujourd'hui, tu dis de Vancouver
08:46à Varsovie.
08:47Mais moi, je dirais que c'est encore plus restreint.
08:49C'est de Brest à Brest.
08:50De Brest à Brest-Litovsk.
08:52Pourquoi ?
08:53Parce que nous savons désormais
08:55que coopérer,
08:58avoir une forme de sécurité collective
08:59avec la Russie d'aujourd'hui,
09:01je dis bien la Russie d'aujourd'hui,
09:03n'est, à mon sens, pas possible.
09:05Et avoir une défense collective
09:07avec l'Amérique d'aujourd'hui
09:08et peut-être de demain,
09:10c'est peut-être là qu'on aura un débat,
09:12est de plus en plus difficile.
09:15Donc, d'une certaine manière,
09:17nous sommes seuls.
09:18Et pour reprendre le titre
09:19d'un ouvrage de Gérard,
09:21nous étions seuls.
09:22Nous sommes seuls,
09:23mais la grande différence,
09:25c'est que nous sommes seuls
09:26entre Européens.
09:27Et c'est quand même mieux
09:28que d'être tout seul
09:29en tant que Français.
09:32Donc, l'Amérique est partie.
09:34Gérard, je voulais vous demander,
09:35vous étiez en poste à Washington
09:37au moment de la première élection
09:38de Donald Trump.
09:40Vous avez été l'un des premiers
09:41à décrire son côté très inattendu,
09:47celui qu'on connaît aujourd'hui.
09:48Mais il y avait une chose
09:49qui s'imposait à l'époque.
09:50Donald Trump n'était pas un belliciste.
09:52Qu'est-ce qui a changé ?
09:54Alors ça, c'est un mystère,
09:55je dois vous avouer,
09:56parce que Donald Trump a du génie.
10:00Il a été élu deux fois
10:01président des États-Unis.
10:03Donc, il a compris quelque chose
10:05dans la société américaine.
10:06Et il y avait plusieurs aspects.
10:08Et finalement, ce sont des aspects
10:10que nous retrouvons aussi en Europe.
10:12C'est-à-dire, d'un côté,
10:13il y avait la révolte
10:14de la classe moyenne inférieure
10:16et de la classe ouvrière
10:17face à un système économique
10:20dont ils pensaient qu'il était,
10:22dont ils pensent, les électeurs,
10:24dont les électeurs pensent
10:25qu'ils ne fonctionnent plus
10:28en leur faveur.
10:30Et ça conduit notamment
10:31à la revendication protectionniste.
10:33Et de l'autre côté,
10:34il y a la révolte identitaire
10:35d'Américains qui pensent
10:37qu'ils ne reconnaissent plus leur pays,
10:40avec de manière différente
10:42par rapport à la France,
10:43parce que l'immigration
10:44n'est pas le seul sujet.
10:45Il y a aussi des sujets religieux,
10:47étant donné à quel point
10:49les États-Unis sont un pays religieux.
10:52Donc, il a su capter
10:53cette double révolte,
10:54ce qui n'allait pas de soi,
10:55parce que tous les chiffres macroéconomiques
10:58étaient excellents dès 2016,
11:00étaient excellents en 2024.
11:03Mais il a su comprendre
11:04que derrière ces chiffres macroéconomiques,
11:07il y avait une souffrance,
11:10ou il avait une révolte,
11:11et il a su les capter,
11:12il a su les incarner.
11:14Et ça, personne ne s'y attendait.
11:16La première élection de Donald Trump,
11:18j'étais à Washington,
11:19je peux vous assurer que personne,
11:21y compris Donald Trump,
11:22ne s'attendait à son élection.
11:28Donc, vous avez cette révolte.
11:31Et quelle était la question ?
11:34Donald Trump n'était pas un belliciste.
11:36Ah, voilà.
11:37Donald Trump fait la guerre
11:38aux quatre coins du monde aujourd'hui.
11:39Qu'est-ce qui s'est passé ?
11:40Dans cette politique,
11:41il avait compris que les Américains
11:42étaient fatigués
11:44des interventions extérieures.
11:47Fatigués des interventions extérieures,
11:48que ce soit l'Irak, l'Afghanistan,
11:50qui avaient duré pendant des années,
11:53des années,
11:54qui avaient coûté des milliers de milliards
11:55de dollars aux États-Unis,
11:57et tout ça pour des résultats
11:59éminemment médiocres,
12:00alors qu'il y avait des troubles,
12:02vraiment,
12:03qu'ils avaient des problèmes
12:04dans leurs propres infrastructures.
12:07Vous connaissez les routes américaines,
12:09les aéroports américains.
12:10C'est vrai qu'il y aurait quand même
12:12beaucoup à faire.
12:14Il a su capter cet isolationnisme,
12:17néo-isolationnisme,
12:18ou n'utilisons pas le mot,
12:19si nous voulons,
12:20de la population américaine.
12:22Il a su l'incarner.
12:24Et on l'a bien vu
12:25au cours de son premier mandat.
12:27Et c'est lui qui a lancé
12:30le départ d'Afghanistan.
12:34Et au cours de son second mandat,
12:37je n'étais absolument pas surpris
12:40qu'en gros,
12:41il laisse tomber l'Ukraine.
12:42Je pensais que ça rentrait
12:44dans cette logique.
12:46Et j'ajoute que c'est une logique
12:48trumpiste,
12:49mais qui correspond aussi
12:50à des tendances de long terme
12:52des États-Unis,
12:53parce que c'était juste avant
12:56son départ de fonction.
12:58Obama avait dit très clairement,
13:00Obama avait dit,
13:02l'avenir du monde se définira
13:04entre Los Angeles et New Delhi.
13:07Pour les États-Unis,
13:09pour les Américains,
13:10nous devenons un petit peu
13:11une périphérie du monde.
13:12Parce que ce n'est pas en Europe
13:13qu'il y a la croissance,
13:15ce n'est pas en Europe
13:16qu'il y a la révolution technologique,
13:17et ce n'est pas en Europe
13:18qu'il y a la menace.
13:20La menace avec un grand L
13:21et un grand M.
13:22C'est évidemment la Chine.
13:23La Russie est un problème,
13:24mais ce n'est pas la menace.
13:26Donc, je n'étais pas surpris
13:29de cette sorte de retrait
13:30des interventions militaires
13:33et le fameux pivot vers l'Asie.
13:35Et donc, je dois avouer
13:37que l'attaque contre l'Iran,
13:38je ne la comprends pas.
13:40Je ne la comprends vraiment pas,
13:42parce qu'aucun intérêt américain
13:44n'est en jeu.
13:46Et donc, ça conduit
13:48à ce narratif
13:51qui est quand même...
13:52Je sais que Bruno n'aime pas
13:54le mot narratif, je crois,
13:55me rappeler.
13:56Non, on peut dire récit.
13:58Alors, le récit,
13:59c'est donc...
14:01Le récit...
14:02Oui, on se connaît quand même.
14:04Tout a été arrangé avant.
14:06Donc, le récit,
14:09c'est vraiment...
14:11est en train de s'imposer
14:13comme quoi Netanyahou
14:16a trompé Donald Trump,
14:18ce qui est très dangereux
14:19à la fois pour Israël
14:20et pour les Juifs américains.
14:22Mais Bruno a senti
14:24il y a plein d'explications possibles,
14:26mais il est allé
14:28contre ses électeurs,
14:30contre la volonté
14:31de ses électeurs
14:32et contre...
14:32Alors, aller contre
14:33ses propres discours,
14:34ce n'est pas un problème.
14:35Il le fait sans problème,
14:38mais même des déclarations,
14:40on a vu que le vice-président
14:41J.D. Vance,
14:42par ailleurs,
14:43a essayé de se distancier
14:45de cette opération
14:46que je trouve
14:48complètement folle.
14:49Donc, juste un mot là-dessus.
14:51Je crois que j'ai déjà
14:52entendu Gérard dire
14:54que Donald Trump
14:55n'a pas de surmoi.
14:57Je vais essayer
14:58d'expliquer
15:00si possible,
15:01parce que je crois
15:01qu'il y a des choses
15:02qu'on ne peut pas expliquer
15:02sauf quand on est
15:03dans la tête de Donald Trump
15:04et c'est un endroit
15:06dans lequel je pense
15:07qu'aucun d'entre nous
15:08n'a vraiment
15:10envie d'être.
15:11Mais je ne suis pas sûr
15:12qu'il n'ait pas de surmoi.
15:12Je pense qu'il a un surmoi
15:14et un ça
15:15et que le ça
15:16l'a emporté sur le surmoi.
15:17Alors, je ne vais pas
15:18trop vous perdre
15:19dans la psychanalyse
15:20qui n'est pas d'ailleurs
15:20ma spécialité,
15:22mais s'il y a un surmoi,
15:23c'est-à-dire une rationalité,
15:25c'est la paix,
15:26c'est mieux que la guerre
15:27parce que la paix,
15:28c'est mieux pour le business.
15:29Donc, effectivement,
15:30on pourrait penser
15:31que de même qu'il avait,
15:33et on l'oublie,
15:34donc c'est bien
15:35que Gérard l'ait rappelé,
15:36que c'est lui
15:37qui négocie
15:37le retrait piteux
15:39d'Afghanistan.
15:42Mais je crois aussi
15:44que le ça,
15:45c'est-à-dire ses instincts,
15:46c'est d'abord la force,
15:47c'est d'abord
15:48le rapport de force,
15:49cette croyance extraordinaire
15:50qui fait son succès
15:52de pouvoir régler
15:53les problèmes du monde
15:54parce qu'il a un fantasme
15:55de toute puissance.
15:56Là, pour le coup,
15:58je pense que ça serait
15:58vraiment un régal
15:59de psychanalyste.
16:00Il y a des conflits
16:01non réglés apparemment,
16:03très clairement.
16:04Et ce fantasme
16:05de toute puissance
16:06lui fait dire aussi
16:07je peux le faire.
16:08Et en plus,
16:09si je règle
16:10le problème iranien,
16:10je suis un héros
16:11aux Etats-Unis
16:12et je vais peut-être
16:13quand même finalement
16:13gagner le prix Nobel
16:14de la paix.
16:15Là où c'est plus compliqué
16:17et mon analogie
16:19tombe assez rapidement,
16:20c'est que finalement
16:22il arrive à allier,
16:23enfin cette administration
16:24arrive à allier
16:24le ça et le surmoi.
16:25Pourquoi ?
16:26Parce que la guerre,
16:27c'est aussi une affaire
16:28de business personnel.
16:30Et là,
16:31il faut quand même
16:31dire un tout petit mot
16:32de ce qu'on a appris
16:33il y a trois jours,
16:34à savoir que Peter Excess,
16:36en tout cas le mandataire
16:37financier de Peter Excess,
16:39a fait un fantastique
16:41délit d'initié
16:42quelques minutes,
16:43quelques heures,
16:44je crois,
16:44avant le déclenchement
16:46de la guerre.
16:46Et malheureusement,
16:47c'est comme ça
16:48tout le temps.
16:50Donc l'enrichissement...
16:51le dossier de couverture
16:52du prochain journal ?
16:53Alors,
16:55je voudrais justement
16:56féliciter le point
16:57pour avoir fait cette couverture
16:58que j'ai découverte ce matin
16:59parce que franchement,
17:01c'est une dimension
17:01un peu sous-estimée
17:05et à mon avis
17:05extrêmement grave
17:06pour la République américaine
17:08qui va fêter
17:10son 250e anniversaire aujourd'hui.
17:12Donc finalement,
17:12c'est la force,
17:13je peux le faire.
17:14Là où je ne suis pas
17:14tout à fait d'accord avec Gérard,
17:15c'est que de ton point de vue,
17:17il n'y a pas d'intérêt américain
17:19en jeu,
17:19mais moi,
17:20je crois qu'au contraire,
17:21du point de vue américain,
17:22tous les intérêts
17:23sont en jeu dans cette région.
17:25C'est la prolifération nucléaire,
17:27c'est le soutien à Israël,
17:29c'est le terrorisme
17:30et le soutien iranien
17:31au terrorisme,
17:32c'est l'énergie
17:33et la libre circulation
17:34des hydrocarbures.
17:36Donc voilà,
17:36du point de vue américain,
17:37je ne suis pas sûr
17:38que cette guerre
17:38soit dans leur intérêt,
17:39mais ça,
17:40c'est un autre sujet,
17:40mais dire qu'il n'y a pas
17:42d'intérêt à intervenir
17:43dans cette région,
17:44je crois que ça va
17:45un petit peu à l'encontre
17:46de tout ce qui a été
17:47la vision américaine
17:48du monde
17:49du Moyen-Orient
17:50depuis 1979.
17:53Et pour nous,
17:54Européens,
17:54aujourd'hui,
17:55Gérard,
17:56le projet impérialiste
17:57qui nous menace directement,
17:59celui qui devrait
17:59nous empêcher de dormir,
18:01est-ce que vous êtes
18:02toujours d'accord
18:02pour dire que c'est la Russie ?
18:09Je ne vais pas faire
18:10des classements
18:10par rapport aux menaces
18:12qui allaient la première.
18:13Je pense qu'il y a
18:13la menace globale
18:14pour nous,
18:15c'est que,
18:16de nouveau,
18:17c'est un cliché,
18:20mais les ambassadeurs
18:21sont supposés
18:22étaler des platitudes,
18:24donc je vais le faire.
18:25C'est un peu mon métier.
18:28Nous sommes des herbivores
18:30dans un monde de carnivores.
18:32Voilà.
18:32Nous avons autour de nous
18:33des puissances
18:34qui ont redécouvert,
18:36qui redécouvrent
18:37l'usage de la force,
18:39qui n'ont plus peur
18:40du gendarme américain.
18:42Parce que c'est vrai
18:42que les Français
18:44ont se plaignait
18:45amèrement
18:45du garde-chasse américain.
18:47Il était maladroit,
18:48il était brutal,
18:49mais ce garde-chasse,
18:51finalement,
18:53maintenait un minimum
18:53d'ordre.
18:54C'est-à-dire que,
18:55lorsqu'il y avait
18:55un braconnier,
18:56il pouvait se dire
18:57est-ce que j'envahis
18:58mon voisin ?
18:59Ah, je ne sais pas
19:00ce que va faire l'américain.
19:01Eh bien, aujourd'hui,
19:02il peut envahir son voisin.
19:04La Thaïlande peut envahir
19:06le Cambodge,
19:08le Rwanda peut envahir
19:10la République démocratique
19:11du Congo,
19:12les Américains
19:13ne feront rien.
19:15Et donc,
19:15il faut se dire que...
19:17Vous n'avez rien fait
19:17au Rwanda en 94,
19:19alors que la tragédie
19:20était d'une autre ampleur
19:21non plus.
19:22Tout à fait.
19:23Mais là,
19:23je parle d'aujourd'hui,
19:24de la guerre,
19:25de l'invasion
19:25par l'armée rwandaise
19:27de la République démocratique
19:28du Congo,
19:29qui est quand même
19:29assez étonnant.
19:31Donc,
19:31vous avez ces réalités
19:34et nous avons donc
19:35potentiellement
19:36que fera la Turquie ?
19:37La Turquie est redevenue
19:39une grande puissance.
19:41Comment la Turquie
19:42définira-t-elle
19:42ses intérêts géopolitiques ?
19:45Comme vous le savez,
19:46il y a des conflits
19:47territoriaux majeurs
19:48entre la Turquie
19:49et ses voisins,
19:51qui, je le rappelle,
19:52sont la Grèce et Chypre,
19:53membres de l'Union européenne.
19:55Et donc,
19:56on est confronté
19:57à de multiples points
20:00d'interrogation,
20:01nous,
20:01les Européens,
20:02et nous devons
20:03nous adapter
20:03à cette nouvelle réalité.
20:05Mais en même temps,
20:08et en même temps,
20:09vous voyez,
20:11je crois que
20:11il ne faut surtout pas
20:13justement parler
20:14de relations internationales
20:15en ne pensant
20:16qu'aux Etats-Unis,
20:17à la Russie et à la Chine.
20:18On a l'impression
20:18qu'il n'y a que ces trois pays,
20:20alors qu'aux Nations Unies,
20:21il fallait que je me rappelle
20:23de quel pays représentait
20:25les 193 ambassadeurs,
20:27quel pays représentait.
20:28Eh bien,
20:29ces 193 pays,
20:31ils partagent
20:32avec les Européens,
20:33pour beaucoup d'entre eux,
20:34la grande majorité d'entre eux,
20:36la même préoccupation.
20:37Ils ne veulent pas
20:38être pris
20:39entre le marteau chinois
20:40et l'enclume américaine,
20:42entre le marteau russe
20:43et l'enclume américaine.
20:45Ils veulent survivre,
20:47ils veulent vivre
20:48dans un monde
20:49où le droit international
20:50est relativement respecté,
20:51non pas parce que ce sont
20:52par vertu,
20:53mais par intérêt.
20:55Et donc,
20:56nous,
20:56les Européens,
20:57justement,
20:58n'essayons pas
20:58de devenir des prédateurs,
21:00on ne sait pas faire.
21:01On ne sait pas faire
21:02et ce sera un désastre.
21:04Mais allons voir
21:05ces 190 pays.
21:07Allons voir,
21:07et d'ailleurs,
21:08on a commencé.
21:09Notamment,
21:09le président de la République
21:10a construit
21:11une relation solide
21:12avec le Premier ministre indien.
21:14Allons voir les Indiens,
21:15allons voir les Mexicains,
21:17les 250 millions
21:18d'Indonésiens.
21:19Donc,
21:20il y a tout un vaste monde
21:21avec lequel,
21:22nous,
21:22les Européens,
21:23nous devons parler.
21:24Mais,
21:25j'ouvre,
21:25dernier point,
21:26ça nous pose
21:27un problème
21:27européen
21:28parce que
21:29s'il y a deux choses
21:30que déteste
21:31le reste du monde,
21:32c'est d'un côté
21:33le bombardier américain
21:35et de l'autre
21:35le missionnaire européen.
21:38Et donc,
21:39ça,
21:39c'est un problème.
21:40C'est-à-dire que
21:40si nous allons les voir
21:41tout en leur faisant
21:42la leçon,
21:43ce ne sera pas
21:44vraiment facile
21:46de louer
21:46une véritable coopération.
21:49Mais là,
21:49vous voyez
21:49qu'on touche quasiment
21:50au cœur
21:51du projet européen.
21:54Je partage
21:55tout à fait
21:56la vie de Gérard.
21:57Je pense que
21:58par culture
21:59et par structure,
22:00on peut être
22:01ni un empire
22:01ni l'Amérique,
22:02nous,
22:03Européens,
22:03parce qu'on ne sera
22:04jamais aussi unis.
22:05On ne sera pas
22:06à échéance prévisible
22:07un État fédéral
22:08unitaire
22:09qui peut peser
22:10comme une entité unique
22:11sur la scène
22:12internationale.
22:13Et tout,
22:15dans notre histoire
22:15depuis 1945,
22:16nous conduit
22:18à être plus mesurés
22:19dans le rapport
22:21de force
22:21et à effectivement
22:22être des défenseurs
22:23du droit.
22:24Donc,
22:24je pense que
22:24la bonne méthode,
22:25effectivement,
22:25c'est de faire
22:26un petit peu
22:27d'ailleurs
22:27ce qu'avait proposé
22:29le Premier ministre
22:30canadien
22:30dans son discours
22:31à Davos.
22:32Maintenant,
22:33il était important
22:34ce discours aussi
22:35parce que ça nous montrait
22:36qu'une autre Amérique
22:37est possible.
22:37Le Canada
22:38est un pays américain,
22:40ce n'est pas un pays
22:41à moitié français
22:42comme le croient
22:43parfois
22:44les Français eux-mêmes.
22:45Et donc,
22:46le Canada,
22:46l'Australie,
22:47l'Indonésie,
22:48le Japon,
22:48la Corée du Sud,
22:49même s'ils sont
22:49des alliés
22:51des États-Unis,
22:52ils sont disponibles
22:53aussi pour d'autres
22:54types de dialogues
22:55et de coopérations.
22:56Et au fond,
22:57la grande question
22:57pour moi,
22:58juste pour terminer
22:59parce que je ne voulais
23:00pas la perdre,
23:02c'est est-ce que
23:02l'Amérique
23:03est en train
23:03de devenir
23:04ou de redevenir
23:05un empire
23:06comme un autre ?
23:07Autrement dit,
23:08à partir du moment
23:09où vous avez un État
23:09qui ne fonctionne
23:10que sur le rapport
23:11de force,
23:11qui néglige l'ONU,
23:13qui a l'ambition
23:14affichée
23:15d'agrandir son territoire,
23:16qui se comporte
23:17en colonialiste
23:18et pour qui
23:21la quête
23:21des ressources,
23:22c'est plus le charbon,
23:23c'est plus le fer,
23:24c'est le lithium,
23:26etc.,
23:26est devenu un enjeu central.
23:27Est-ce que l'Amérique
23:28n'est pas en train
23:29de devenir
23:30ou de redevenir
23:31un empire
23:31comme un autre ?
23:32Pour moi,
23:32c'est vraiment
23:32la question centrale
23:34de notre temps.
23:36Et admettons
23:37que l'Amérique
23:37redevienne un empire
23:38comme un autre,
23:39que ce ne soit plus
23:39du tout notre allié,
23:41quelle serait la mesure
23:43radicale,
23:44sans doute
23:44assez douloureuse,
23:45qu'est-ce qu'il faut
23:46faire concrètement
23:46au niveau français,
23:48au niveau européen,
23:49pour refuser
23:51soit la vassalisation,
23:53soit de devenir
23:54ce musée
23:55visité par des Américains
23:56et des Chinois
23:57et qui n'a plus
23:57son mot à dire
23:58sur la scène mondiale.
24:00Gérard,
24:00si vous deviez
24:01trouver une ou deux
24:02mesures radicales.
24:06Interdire l'anglais
24:07à l'Union européenne.
24:12Et il y a
24:13le rond-point Schumann
24:14à l'Union européenne
24:15y mettre
24:15une statue
24:16du général de Gaulle.
24:17Ça pourrait être
24:18les deux mesures
24:18qu'on me demande.
24:21Plus sérieusement,
24:23il y a la question
24:24de la défense européenne
24:25et il y a le...
24:27Moi, je pense
24:28que cette question...
24:29J'ai passé 30 ans
24:30à défendre
24:30la défense européenne
24:31dans toutes les institutions
24:33et j'étais
24:35la chèvre
24:35de M. Seguin.
24:37J'étais tout seul.
24:38Aucun pays européen
24:39n'en voulait
24:39et même nos armées,
24:40l'État belgeur français
24:41n'était pas enthousiaste.
24:45Et donc,
24:45la question se pose maintenant.
24:47Lorsque Donald Trump dit
24:49« Ah, vous ne me soutenez pas
24:50dans le détroit d'Hormuz,
24:52je ne vais pas vous soutenir »,
24:53mais il ne dit rien.
24:54On sait très bien
24:55qu'il ne fera pas
24:55la guerre pour nous.
24:56On sait très bien
24:57que si demain,
24:58l'Estonie est envahie,
24:59les Américains
25:00ne feront pas la guerre
25:00pour l'Estonie.
25:01Voilà.
25:02Donc, nous devons regarder
25:04les choses en face
25:05et peut-être que Donald Trump
25:09quittera la Maison-Blanche.
25:11Je dis bien peut-être,
25:12mais je ne suis pas sûr
25:13que les démocrates,
25:14de leur côté,
25:15si c'est un président démocrate,
25:19reprennent la même politique
25:21européenne que leurs prédécesseurs.
25:23Et donc,
25:24la question de la défense européenne,
25:25moi, je pense qu'il y a plusieurs points.
25:27Petit un,
25:28il n'y aura pas d'armée européenne.
25:29Ce terme est absurde.
25:32C'est une évidence
25:33pour les gens
25:33qui connaissent un petit peu
25:34les questions de défense.
25:36C'est une évidence.
25:38Petit deux,
25:38nous n'allons pas construire
25:39une institution de défense,
25:42une nouvelle institution de défense.
25:44On ne va pas créer
25:44un nouvel État majeur.
25:47On ne va pas dépenser
25:48des milliards
25:49pour construire quelque chose
25:50qui existe déjà.
25:52Et ce quelque chose,
25:53c'est l'OTAN.
25:53Et donc, au fond,
25:54la mesure radicale,
25:56ce serait l'européanisation
25:58de l'OTAN.
25:59C'est de dire aux Américains,
26:00ce serait de dire aux Américains,
26:02bon, ben, on comprend,
26:03au revoir,
26:04à combien vous estimez,
26:06parce qu'ils vont nous le faire payer,
26:07à combien vous estimez
26:09ce que vous avez payé à l'OTAN.
26:10Et voilà, là,
26:11parce que l'OTAN,
26:12au fond,
26:13d'abord,
26:13il n'y a pas d'armée de l'OTAN,
26:14je le rappelle.
26:15L'OTAN,
26:16ce sont les armées nationales
26:17qui apprennent
26:18à travailler ensemble.
26:20Elles apprennent
26:20à travailler ensemble
26:21les manœuvres,
26:22les procédures,
26:24les systèmes
26:24de communication.
26:25Et il y a une chaîne
26:27de commandement
26:27qui est préparée
26:28en cas d'opération.
26:30Voilà.
26:31S'il y a une opération,
26:32les États la décident
26:33à l'unanimité
26:34et il y a la chaîne
26:35de commandement
26:36qui s'est entraînée.
26:37Donc, je pense que ce serait
26:38la première idée,
26:41l'européanisation
26:44de l'OTAN.
26:44La deuxième,
26:45c'est la question commerciale,
26:47c'est évidemment
26:48le Buy European Act,
26:50acheté européen.
26:51Et là,
26:52on en est loin,
26:52il faut bien dire.
26:54Et ça pose
26:55une question centrale
26:56qui, il faut dire,
26:57une fois de plus
26:58dans l'histoire de la France,
26:59c'est la question allemande.
27:00Que veut l'Allemagne
27:01vraiment ?
27:02Grande puissance exportatrice
27:04dont le marché
27:05qui est en train de perdre
27:06ou d'être
27:07le marché chinois
27:08et pour laquelle
27:09le marché américain
27:10reste quand même
27:11un marché absolument central.
27:14Bruno voulait dire un mot
27:15et après,
27:15on prendra des questions
27:16du public.
27:17Oui, mais un tout petit mot
27:18parce que là encore,
27:19on est largement en accord.
27:22La première chose à faire,
27:23elle est comportementale.
27:25Face à un Trump,
27:26mais aussi face à un Xi Jinping,
27:28mais aussi face à un Poutine,
27:30cesser d'essayer
27:30de les séduire.
27:32Cesser d'essayer
27:33de les séduire.
27:34Franchement,
27:35je suis consterné
27:36de voir que
27:37plusieurs pays européens
27:38et parfois même le nôtre
27:40se comportent parfois
27:41dans ces capitales,
27:42pas toujours,
27:43mais d'une manière,
27:44qui laissent penser
27:47ou peut laisser penser
27:48qu'ils ne comprennent pas
27:49que leur interlocuteur
27:51est dans un rapport de force
27:52et que franchement,
27:54ce n'est pas la peine
27:55d'essayer de les persuader
27:56qu'ils ont des intérêts
27:57communs avec nous
27:59et encore moins
28:00que nous savons nous-mêmes
28:02quel est leur intérêt
28:04mieux qu'ils ne le sachent.
28:06Ça, ça m'a toujours étonné.
28:07Alors, on dit que parfois
28:08c'est un travers français.
28:09Non, c'est un travers occidental.
28:11Nous pensons parfois
28:12pouvoir dire à Poutine,
28:14à Xi,
28:15voire à Trump,
28:16mais vous savez,
28:17c'est dans votre intérêt
28:17que de faire cela.
28:19Ça, c'est, je pense,
28:20une énorme erreur.
28:21Non, mais en un mot,
28:23savoir,
28:24enfin, c'est une facilité
28:25de dire ça,
28:25mais je n'ai pas une mesure précise,
28:27mais rentrer dans le...
28:29Cesser d'essayer de séduire
28:30et rentrer franchement,
28:33courtoisement,
28:33mais fermement,
28:34dans le rapport de force,
28:35tant avec Washington
28:36qu'avec Pékin
28:37ou Moscou.
28:39Merci beaucoup.
28:40Est-ce qu'il y a des questions
28:41dans le public ?
28:42Question pour Gérard Arrault,
28:43Bruno Tertreil.
28:46Le micro arrive jusqu'à vous,
28:47monsieur.
28:48Décidément,
28:48vous êtes très gourmands en question.
28:51Merci beaucoup pour ces mots.
28:52J'ai une question quand même
28:53concernant les empires,
28:54les empires tels qu'ils sont aujourd'hui
28:56et tels qu'ils seront
28:56il y a dans 20 ans.
28:58Dans 20 ans,
28:58il n'y aura plus beaucoup de pétrole.
29:00Et de mon point de vue,
29:01il y aura deux catégories
29:02de pays,
29:04ou en tout cas de zones.
29:05celles qui disposent de pétrole
29:07et celles qui n'en ont jamais eues,
29:10comme l'Europe par exemple.
29:11En Europe,
29:12on n'en a pas.
29:12Et qu'est-ce que ça va changer
29:13de votre point de vue ?
29:16Les Etats-Unis vont exporter
29:17peut-être plus cher
29:18ou alors ils vont se garder ça pour eux.
29:21Quel est votre point de vue là-dessus ?
29:22Moi, je veux bien répondre à ça.
29:24Dans 20 ans,
29:25il y aura plus de pétrole
29:26qu'il y en a aujourd'hui.
29:27On ne cesse de découvrir...
29:28Les réserves de pétrole
29:30augmentent plus vite
29:31que la consommation.
29:32Deuxièmement,
29:33il ne faut pas,
29:34je crois,
29:34voir les conséquences économiques
29:37et stratégiques
29:37de la guerre actuelle,
29:40principalement
29:41à travers le prisme
29:42du pétrole.
29:43Nous ne sommes plus en 1973.
29:44Les conséquences les plus importantes,
29:45elles sont sur le gaz,
29:47elles sont sur les engrais,
29:48elles sont sur l'hélium,
29:49elles sont sur le soufre,
29:50etc.
29:51Donc,
29:51pardon de cette réponse
29:53un petit peu brutale,
29:56mais je crois vraiment
29:57que ça n'est pas le sujet
29:59et que les empires
30:00du XXIe siècle
30:01ne seront pas principalement
30:03celles qui sont dotées
30:05des matières
30:06du XIXe,
30:07à savoir
30:09le charbon,
30:10le fer
30:11et le pétrole.
30:14Un faux problème
30:15qui fait donc la une
30:15de l'actualité,
30:16alors.
30:17Votre raccourci
30:18pourrait être l'objet
30:19d'un prochain éditorial,
30:21une prochaine chronique.
30:22Y a-t-il d'autres questions
30:24dans la salle
30:24pour nos invités,
30:25s'il vous plaît ?
30:25Monsieur,
30:26on vous écoute.
30:27Oui,
30:27Philippe Caradet.
30:29Personne n'a abordé,
30:30peut-être pour une question
30:30de temps,
30:32les conflits asymétriques
30:34auxquels nous sommes
30:35aujourd'hui confrontés.
30:37À votre avis,
30:38comment pouvons-nous
30:39nous y préparer
30:40au mieux ?
30:41Avec un corollaire
30:43qui est tous les câbles
30:44qui passent
30:45dans les fonds marins
30:46du détroit d'Hormouz
30:48et qui pourraient
30:49à la seconde
30:50couper toute transaction
30:51bancaire,
30:52tout retrait,
30:53toutes nos opérations
30:55et je m'arrête là.
30:57Très rapidement,
30:59j'ai envie de dire
31:00que la plupart des conflits
31:01sont asymétriques
31:02dans leur déroulement,
31:04pas forcément
31:04dans leur déclenchement
31:06mais en tout cas
31:06dans leur déroulement.
31:07Ce qui frappe
31:07quand on regarde
31:09dans la longue durée
31:09mais d'autres spécialistes
31:10que moi le feront
31:11beaucoup mieux
31:11dans la journée,
31:13c'est de voir
31:13que c'est l'extension
31:15du domaine de la guerre.
31:16Il y a 2000 ans
31:18c'était la terre
31:19et la mer,
31:20ensuite il y a eu
31:21les aires,
31:22l'espace,
31:22le cyberespace,
31:23les fonds marins,
31:24l'information,
31:25c'est l'extension
31:26du domaine
31:26de la lutte armée
31:28qui du coup
31:30offre les avantages
31:31aux adversaires
31:32puisqu'il y a
31:33de nouvelles possibilités
31:35d'agressions
31:36qui se présentent.
31:40Votre remarque
31:41sur les câbles,
31:42alors d'abord
31:42je ne suis pas sûr
31:42que si on coupe un câble
31:43c'est la catastrophe absolue
31:44mais on sait aussi
31:46les réparer assez rapidement
31:47mais ce que vous dites
31:50et le conflit
31:51et la guerre d'Iran
31:54donnent immédiatement
31:55à penser
31:56que l'une des priorités
31:57pour tout le monde
31:58pour les européens
31:59pour les golfiques
32:00pour les asiatiques
32:01pour tout le monde
32:03ça sera
32:04la multiplication
32:05des passages
32:07et des tuyaux.
32:08Les tuyaux on le sait
32:09c'est déjà une évidence
32:10tout le monde a réappris
32:11la géopolitique
32:12des zoologiques
32:14et des gazoducs
32:14le projet IMEC
32:16par exemple
32:16India Middle East Corridor
32:18va à mon avis
32:19être boosté
32:20tout ce qui concerne
32:22la redondance
32:23des points de passage
32:24des câbles
32:25des réseaux
32:26des tuyaux
32:27va à mon avis
32:28prendre un saillot coup de boost
32:29dans les années qui viennent.
32:31Pardon
32:32c'est une réponse
32:32très générique
32:34mais c'est ce que j'avais envie
32:35de dire
32:36en entendant votre question.
32:37Il nous reste encore
32:38quelques minutes
32:39si d'autres questions se posent.
32:41Monsieur on vous écoute.
32:42Jean-François de Poli
32:43du camion de conseil
32:44PwC
32:44vous n'avez pas parlé
32:45beaucoup du numérique
32:46est-ce que vous ne pensez pas
32:47que nous sommes déjà
32:48une colonie numérique
32:49des GAFAM
32:49et complètement dépendant d'eux ?
32:53Non c'est à toi.
32:55Non alors
32:56écoutez
32:57je crois que
32:58je ne suis pas un spécialiste
32:59du numérique
33:00je ne sais pas si Thierry Breton
33:01sera là aujourd'hui
33:02mais lui c'est son grand sujet
33:03le mot colonie
33:04est un peu difficile
33:06à entendre
33:07notre dépendance
33:08est extrême
33:09et certainement
33:10beaucoup trop forte
33:10notre capacité
33:11à la limiter
33:12d'après ce que je comprends
33:13des experts
33:13dont je ne suis pas
33:14est limité également
33:16je vois qu'on parle
33:17de cloud souverain
33:18depuis déjà une dizaine d'années
33:20et que les choses
33:21ne se font que très lentement
33:24je vois que le débat
33:25sur l'euro numérique
33:26ça fait 5 ans
33:27qu'on en parle
33:28et on n'est toujours pas
33:29c'est toujours pas en marche
33:31donc je ne sais pas
33:32si le mot colonie
33:33est très fort
33:33mais simplement
33:34il y a une chose
33:35que je voudrais dire
33:35quand on parle
33:36des dépendances
33:37vis-à-vis des Etats-Unis
33:38c'est que nous avons tendance
33:39et là aussi
33:39c'est une question
33:40de posture
33:41de réflexe mental
33:42à sous-estimer
33:43la dépendance américaine
33:45à l'Europe
33:45que ce soit
33:46notamment dans le domaine
33:48commercial
33:48et financier
33:49nous sommes
33:50et c'est pour ça
33:51que je ne crois pas
33:51au divorce transatlantique
33:52l'interdépendance
33:54entre l'Europe
33:54et l'Amérique
33:55et l'interdépendance
33:56qui est la plus forte
33:57entre deux continents
33:58dans le monde
33:59dans le monde
34:00et donc voilà
34:01pardon de cette réponse
34:02un peu rapide
34:03mais en gros
34:04ne jamais oublier
34:05que les GAFAB
34:06ont besoin de nous
34:06et que quand on a fait
34:09le RGPD
34:09on a commencé
34:10à établir
34:11un rapport de force
34:11et ça a marché
34:12il y a d'autres choses
34:13qu'on peut faire
34:14à condition
34:15d'avoir
34:16le courage
34:18une dernière question
34:20peut-être très brièvement
34:21il nous reste
34:22une petite minute
34:23monsieur
34:24bonjour
34:24face à ces empires
34:26doit-on inventer
34:28une nouvelle forme
34:29d'alliance
34:30qui serait une alliance
34:32des puissances moyennes
34:33un petit peu
34:34comme se fait
34:34le président de la république
34:35qui est parti au Japon
34:36avec son bâton de pèlerin
34:38pour essayer
34:39de réunir
34:40toutes les puissances moyennes
34:43dites moyennes
34:44je pense que c'est
34:46exactement
34:46ce que je
34:47au fond
34:47ce que je proposais
34:48sans le qualifier
34:49d'alliance
34:50c'est le discours
34:51du premier ministre
34:52Carnet à Davos
34:53qui parlait
34:54exactement
34:55dans ces termes
34:56nous devons
34:57j'en suis convaincu
34:59nous devons parler
35:01à toutes ces puissances moyennes
35:03qui partagent
35:04comme je l'ai dit également
35:05face aux empires
35:06qui partagent
35:07les mêmes préoccupations
35:09alors on peut le faire
35:11de deux manières
35:11on peut le faire
35:12d'abord dans le cadre
35:12de l'Union Européenne
35:13pour un certain
35:15de questions
35:15notamment des questions
35:16dites transversales
35:18le commerce
35:19mais aussi la gestion
35:20de l'internet
35:21etc
35:23mais il y a encore
35:24un rôle pour les états-nations
35:25il est évident
35:26que la France
35:27a un rôle à jouer
35:28elle le joue relativement bien
35:30ce que nous faisons
35:31avec l'Inde
35:32ce que nous faisons
35:33avec l'Indonésie
35:34ce que le président
35:35de la République
35:36veut faire également
35:37avec le Japon
35:39et je conclurai
35:40par cette phrase
35:41juste à la fin
35:42en telle sorte
35:42que Bruno
35:43ne puisse pas me retirer
35:44me répondre
35:46nous avons besoin
35:47d'un gaullisme
35:482.0
35:49allez on s'arrête là
35:50merci beaucoup
35:51merci à tous les trois
35:53pour cet éclairage
35:54merci pour vos questions
35:55merci à vous
35:55je précise que Bruno Tertré
35:57sera en dédicace
35:58dans un instant
35:58pour son ouvrage
35:59la guerre des mondes
36:00le retour de la géopolitique
36:01et le choc des empires
36:02nous on poursuit dans quelques minutes
36:03j'invite les spectateurs
36:05qui n'ont pas de billets
36:06pour la prochaine session
36:07à regagner la sortie
36:08qui se trouve au milieu
36:09de la salle
36:10pour laisser la place
36:10au suivant
36:11car les conférences
36:12s'enchaînent très vite
36:12on marque une courte pause
36:14à tout de suite
36:14pour la prochaine
36:24Sous-titrage Société Radio-Canada
36:25Sous-titrage FR ?
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