00:008h08 sur Sud Radio, soyez libre. Bonjour Franck Dedieu.
00:02Bonjour.
00:03Rédacteur en chef à Marianne avec cette semaine à la une,
00:06comment l'État laisse crever notre patrimoine.
00:08Je l'ai lu cette nuit et j'en recommande vivement la lecture
00:10à retrouver sur le site internet et en kiosque
00:13avec notamment une grande interview de Stéphane Berne.
00:15Mais votre chronique ce matin, mon cher Franck,
00:17risque de faire grincer quelques dents,
00:19notamment dans l'Est de la France,
00:20puisque vous déplorez le vote, c'était avant-hier,
00:22des députés au sujet de l'Alsace.
00:24Ils ont approuvé, vous nous dites ce matin,
00:26l'idée de faire sortir l'Alsace de la région Grand Est.
00:29pour qu'elle devienne une région à part entière.
00:32Et pour vous, ce type de sujet,
00:35ça prouve qu'il y a péril en la demeure,
00:37péril au sein de notre République.
00:38Bon, en gros, vous vous enflammez là ce matin, Franck.
00:41Oui, non, en fait, je m'enflamme peut-être,
00:43mais je m'enflamme pour de bonnes raisons.
00:45Les députés portés par Gabriel Attal de Renaissance
00:48avancent d'un cran avec cette idée
00:50de l'autonomie régionale de l'Alsace
00:53vers des revendications identitaires de toutes les régions.
00:57Alors, on pourrait y voir un opportunisme de bonnes lois
01:00pour gagner quelques voix dans les territoires,
01:01où le macronisme ne perce pas vraiment, vous savez.
01:04Pour montrer un peu de souplesse face à un État centralisé
01:08qui, parfois, peut se montrer un peu autoritaire.
01:11Mais les députés viennent de mettre le doigt,
01:13ou plutôt le bras tout entier,
01:14dans un engrenage dangereux.
01:16Car il se produit, depuis quelques années,
01:18une logique de surenchère.
01:21Chaque région veut son statut particulier,
01:23son surmesure institutionnelle.
01:26Le tout sous une forme victimaire.
01:28Vous savez, en ce moment, c'est la formule gagnante,
01:29être victime.
01:30La singularité des régions serait bafouée
01:33par les méchants jacobins favorables
01:35à l'unité de la nation.
01:37Non, mais alors, attendez, par contre,
01:38l'unité de la nation franque,
01:39ce n'est pas parce qu'on a donné un peu d'autonomie
01:41à une région dans un bout de France
01:42que, concrètement, il y a péril en la demeure.
01:44Vous, vous voyez monter, clairement comme un danger,
01:47les fameux régionalismes dont on entend parler régulièrement.
01:50Je vais vous donner des exemples.
01:51Je pense à la Corse, avec un statut particulier
01:54appelé collectivité de Corse.
01:56Je pense aussi aux écoles d'Iwan, en Bretagne,
01:59où les enfants sont immergés dans un bain linguistique,
02:02presque sans recourir aux Français,
02:04et dans ces écoles sous contrat,
02:06avec l'éducation nationale.
02:07Ça veut dire que les profs sont payés
02:09avec les impôts de l'ensemble des Français.
02:11En fait, Maxime, quelque chose de nouveau se joue
02:14et c'est très dangereux.
02:16La décentralisation des années 80,
02:18elle était différente.
02:19Elle donnait aux collectivités locales,
02:23certes de l'autonomie,
02:24mais la même autonomie.
02:25Par exemple, les mêmes nouveaux droits.
02:28Vous voyez, quand on a donné le permis
02:29de construire aux maires,
02:30eh bien, tout le monde avait le permis
02:33de construire, tous les maires.
02:34Ce n'était pas seulement ceux sur le littoral
02:36ou ceux qui habitaient dans d'autres régions.
02:37Exactement. Il y avait quand même,
02:38dans la décentralisation,
02:39quelque chose de général, d'unitaire.
02:42Aujourd'hui, on note un désir
02:43d'avoir un régime à soi,
02:45avec cette idée pernicieuse.
02:47Plus l'identité est forte,
02:49je pense à la Bretagne ou l'Alsace,
02:50et plus il faudrait donner
02:51de compétences propres à la région.
02:54On risque, au final,
02:55de porter atteinte à ce principe d'unité.
02:57D'accord, mais je pense
02:58à tous ceux qui nous écoutent, Franck.
02:59Beaucoup de pays fonctionnent
03:01de manière très décentralisée.
03:02Peut-être que la décentralisation
03:04veut dire certaines particularités
03:05ici et là.
03:06Et est-ce qu'il s'en porte bien mieux, Maxime ?
03:08Regardez l'Espagne.
03:09Traversée par des crises institutionnelles,
03:11des conflits entre Castillans et Catalans.
03:13Regardez l'Italie,
03:14où la Ligue du Nord
03:15regardait pendant longtemps
03:16d'un mauvais oeil le Sud.
03:18Les Flamands et les Vallons,
03:19qui ne se supportent plus en Belgique.
03:21En fait,
03:22et nous sommes au cœur
03:23d'un sujet propre à notre époque.
03:25Cette revendication
03:26des différences linguistiques identitaires
03:28joue avec une rhétorique d'ouverture.
03:31Après tout,
03:32il faut être sympa.
03:33Résultat,
03:34jamais nous n'évoquons le commun,
03:36ce qui nous rassemble,
03:37ce dénominateur commun
03:39qui est la France une et indivisible,
03:41pardon pour la formule un peu pompeuse,
03:43mais ça compte quand même,
03:44ça vient de la Révolution française,
03:45avec une même loi
03:47sur l'ensemble du territoire,
03:48qui est la condition indispensable
03:50de l'égalité.
03:51Et puis,
03:52pardon de le dire un peu crûment,
03:54mais les régionalistes
03:56qui se montrent assez sympas,
03:58qui veulent se dire,
04:00regardez,
04:01penser à nos particularités,
04:03ne soyez pas,
04:04n'aplanissez pas
04:05tous les décentralisateurs.
04:08Les régionalistes
04:09usent beaucoup en Europe
04:10de l'argument de la tolérance.
04:11C'est une tartufferie.
04:13Beaucoup de revendications autonomistes
04:15cachent en fait
04:16un égoïsme fiscal.
04:17En Italie,
04:18par exemple,
04:19le Tirol du Sud,
04:20beaucoup plus riche,
04:21ne veut plus payer
04:22pour le reste du pays.
04:23Les Flamands
04:24peuvent faire de même
04:25avec les vallons.
04:26Franchement,
04:27franchement,
04:29la France
04:29cumule à peu près
04:30tous les problèmes
04:31de ses voisins.
04:32D'accord ?
04:33On a tout.
04:33On a la faible croissance économique,
04:35on est endetté,
04:36on a l'instabilité parlementaire,
04:38on a tout.
04:38Tout.
04:39Tout sauf une chose.
04:41Tout sauf une chose,
04:42on n'a pas la fragmentation.
04:44La France et son État
04:45tiennent.
04:46Il faut préserver cet avantage
04:47qui nous paraît
04:48un peu vitalé de soi.
04:50Le texte sur l'Alsace
04:51est dans les mains
04:52aujourd'hui des sénateurs
04:53qui prennent
04:54la mesure de l'enjeu.
04:55Et donc,
04:55vous dites
04:56beaucoup de prudence
04:56avec cette petite tendance
04:58qu'on voit fleurir
04:59un peu partout en France.
05:00Merci beaucoup,
05:00mon cher Franck Dodieu,
05:01rédacteur en chef
05:02à Marianne,
05:03qu'on retrouve
05:03après 8h30
05:04pour le Grand débrief.
05:05Et vous serez face,
05:06notamment,
05:06vous participerez
05:07à la conversation
05:07avec François Ruffin
05:08qui...
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