00:00Grand Matin Sud Radio, 7h10, Maxime Liedot.
00:05Il est 7h42 sur Sud Radio, on vous explique ce matin le niveau de la France qui a totalement chuté
00:11dans le milieu des mathématiques et qui pèse sur notre milieu économique.
00:14Bonjour Rémi Ferrand.
00:16Bonjour.
00:17Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes le délégué général de Talent du Numérique qui est un
00:20think tank qui réunit précisément ce qui nous intéresse.
00:23Ça tombe bien, 60 établissements de l'enseignement du supérieur et 3000 entreprises du numérique.
00:28Mais revenons d'abord sur ce constat qui visiblement inquiète le pays et le monde de l'entreprise, au point
00:32d'entendre des grands patrons venir défendre la catastrophe que c'est aujourd'hui.
00:37Aujourd'hui, le niveau en maths est si affolant que ça, Rémi Ferrand ?
00:41Oui, alors effectivement le constat est partagé sur la baisse du niveau en mathématiques.
00:47Par rapport à ce que disait notamment M. Ken, le patron de Talent, il faut bien comprendre déjà l'importance
00:54des mathématiques pour l'industrie mais aussi pour notre secteur, le secteur du numérique.
00:57Si on veut faire un parcours dans l'informatique, notamment en licence, en butée, à l'université ou en école
01:03d'ingénieur, il faudra un bon niveau de mathématiques.
01:06Les mathématiques, c'est extrêmement structurant pour nos secteurs, donc c'est pour ça qu'il faut déjà revaloriser la
01:11place des mathématiques.
01:12Et ensuite, effectivement, moi je rencontre énormément de chefs d'entreprise, de directeurs techniques du secteur, beaucoup de professeurs qui
01:18servent l'arme effectivement de la baisse du niveau en mathématiques.
01:21Alors, il faut prendre un peu de distance avec ça, on dispose encore de voies d'excellence et des mathématiques
01:26de renombre, mais quand M. Ken évoque la puissance technologique des pays, ça nécessite en fait un vivier de talent
01:33beaucoup plus important.
01:34Et là, la difficulté, notre difficulté, c'est plutôt un échec de la mathification.
01:38On n'a pas réussi à faire monter le niveau global des sciences, singulièrement en mathématiques, de l'ensemble des
01:43jeunes et attirer ses talents vers les mathématiques.
01:45Patrice Cain, c'est justement le PDG de Thalès qui a pris hier la parole dans Le Parisien Aujourd'hui
01:50en France pour taper d'une certaine manière du poing sur la table en s'affolant du niveau et du
01:54décrochage français dans ces matières.
01:56Mais on peut dire que les maths dans le monde économique, dans la vraie vie, ça peut sembler assez poreux.
02:01On se souvient tous de cette phrase, bon ça ne me sert à rien le théorème de Thalès dans la
02:04vraie vie.
02:05Concrètement, aujourd'hui, dans les milieux économiques, dans les entreprises, comment ça se matérialise, la chute du niveau en maths
02:10?
02:11Alors ça se matérialise sur la difficulté d'avoir des talents, des chercheurs, d'ingénieurs, qui aient un niveau en
02:21sciences et en mathématiques suffisant pour développer ces nouvelles technologies qu'on connaît bien dans le numérique, en intelligence artificielle.
02:27Donc en fait, c'est sur le développement de logiciels, d'outils, de l'intelligence artificielle.
02:32C'est à ces postes-là, on va dire, pour des secteurs stratégiques de demain où on manque de gros
02:36cerveaux, on manque de talent.
02:38Exactement, et au-delà effectivement de la science elle-même, c'est aussi un raisonnement, c'est aussi une démarche,
02:43c'est aussi une rigueur, c'est aussi un esprit critique.
02:46Et en ça, les mathématiques, c'est évidemment extrêmement important.
02:49Ce qui veut dire que quand vous nous expliquez, quand le patron de Thalès, qui, rappelons-le, est une énorme
02:54entreprise dans tout ce qui est le domaine de l'aérospacia, une grande entreprise notamment de défense,
02:59ça veut dire que pour aller recruter des cerveaux, des talents, on est obligé d'aller les chercher par exemple
03:03à l'étranger ?
03:04Oui, on le sait qu'on vient et on va recruter beaucoup de talents à l'étranger, notamment dans nos
03:13écoles et nos écoles d'ingénieurs.
03:15Il y a beaucoup de talents qui sont ici de grands pays de sciences, je pense notamment au pays du
03:19Maghreb.
03:20Après, là aussi, il faudra le revaloriser, il y a aussi une guerre des talents, c'est-à-dire qu
03:25'il y a beaucoup d'ingénieurs formés en France qui partent à l'étranger,
03:30donc c'est des flux, c'est des refus, mais effectivement, par rapport à nos besoins, on doit aller chercher
03:35des talents, souvent dans des pays étrangers.
03:38Et souvent, nos ingénieurs, nos mathématiciens, nos talents français partent aussi à l'étranger,
03:42parce qu'il y a un problème de salaire en France sur ces compétences-là, mais ça, ce sera sans
03:45doute l'objet d'une autre invitation au Rémi Ferrand.
03:47Mais on se souvient pourtant qu'en 2018, il y avait eu un rapport en France, co-écrit par quelqu
03:54'un qui était important,
03:55puisque Cédric Villani, qui était la médaille field, médaille importante de mathématiques, qui avait vanté cette matière.
04:01On avait donné l'impression, à nouveau, de les avoir placés au cœur de l'appareil scolaire,
04:05ce qui veut dire, quand on observe les différents résultats des dernières études, ça n'est pas encore le cas
04:09?
04:10Non, et même, il y a eu une inflexion, parce que, certes, il y a eu le rapport de M.
04:14Villani,
04:14mais il y a aussi la réforme de M. Blanquer, l'ancien ministre de l'Éducation nationale en 2019,
04:20qui a eu un impact très négatif sur la place des sciences et la place des maths,
04:23qui sont devenus des enseignements de socialité, qui sont devenus des options,
04:27avec une conséquence et des conséquences importantes sur l'explosion du nombre d'élèves sans bagage scientifique.
04:32Il y a une chute aussi historique de la part des bacs sciences,
04:35puisque, rappelons-nous, les bacs S, c'était 52% des bacs.
04:39Maintenant, ceux qui sont en bacs sciences, c'est qu'au moins 6 heures de maths, c'est simplement 30%.
04:44Il y a aussi, et c'est très bien marqué dans l'article de M. Ken,
04:50une hausse d'inégalité de genre.
04:52Il y a une espèce inédite des enfants en école d'ingénieurs.
04:54Donc, voilà, effectivement, il y a eu, en plus, des réformes qui ont été très malheureuses
05:00sur la place des sciences et la place des mathématiques dans notre système,
05:03et notamment dans le lycée général.
05:04Et dernière question, puisque vous venez d'évoquer les inégalités de genre.
05:07On se souvient notamment d'une première ministre, Elisabeth Borne, en France,
05:10qui avait alerté sur la nécessité de rediriger les jeunes filles vers des filières scientifiques,
05:14vers des filières d'ingénieurs, vers des filières mathématiques.
05:18C'est très important, c'est un enjeu important en France.
05:21Oui, puisque sur toutes les sciences, et notamment sur les mathématiques,
05:24et aussi, et particulièrement aussi pour les sciences informatiques,
05:27malheureusement, les jeunes femmes ne sont pas suffisamment présentes.
05:30Alors, merci à Madame Banque qui avait pris ce sujet à bras-le-corps,
05:33mais au-delà de la... elle avait fait notamment ce...
05:37les filières maths, c'était une réforme qu'elle souhaitait,
05:40avec des ambitions extrêmement fortes, et notamment de faire en sorte
05:42qu'il y ait 5000 jeunes femmes de plus par an dans l'enseignement spécialité mathématique,
05:46ou en 2025, on en a eu 52.
05:48Donc, au-delà...
05:49Oui, 5000 et 52, oui, c'est des petits objectifs qui méritent d'être en effet peut-être un peu
05:54revus à la hausse.
05:54Merci beaucoup, Rémi Ferrand, d'avoir été avec nous ce matin,
05:57délégué général de Talent du Numérique,
05:58Think Tank, qui réunit justement le cœur de notre sujet qu'on voulait aborder ce matin,
06:02à savoir 60 établissements de l'enseignement du supérieur,
06:05et 3000 entreprises du numérique,
06:06après la chute du niveau scolaire, qui inquiètent notamment les grands patrons.
06:09Merci beaucoup d'avoir passé une tête ce matin dans le studio de Sud Radio, il est 7h48.
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