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Qui incarnera la droite en 2027 ? Figure des Républicains, l'ancien président de l'UMP et actuel maire LR de Meaux dénonce dans un livre la montée des populismes et la division dans son propre camp. Jean-François Copé, auteur de "Quand les populistes trahissent le peuple" (Plon) est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 08 avril 2026.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 08 avril 2026.
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00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est 7h42, il publie demain chez Plon un livre qui se veut une démonstration.
00:07Quand les populistes trahissent le peuple, le maire LR de Meaux et ancien ministre Jean-François Copé est l'invité
00:12d'RTL Matin.
00:13Bonjour et bienvenue sur RTL, Jean-François Copé.
00:14Bonjour.
00:15Comme s'il fallait donner un exemple tout de suite pour définir ce que sont les populistes, vous citez, dès
00:19votre introduction,
00:19une phrase prononcée par Jordan Bardella.
00:22On est en pleine crise du Covid le 28 mai 2020 et il dit
00:25Didier Raoult est à la médecine, ce que nous sommes à la politique.
00:28Au-delà de cette accroche, qui sont les populistes, les charlatans comme vous les appelez tout au long du livre
00:34?
00:34En fait, les populistes, depuis plus d'un siècle, et on le voit à travers l'histoire de l'Europe,
00:40de l'Occident,
00:41les populistes ce sont des partis qui exploitent les émotions populaires, la colère, la frustration et la peur, pour conquérir
00:53le pouvoir.
00:54Et en réalité, ils font fi absolument de tout ce qui relève du réel, pour ne jouer que sur les
00:59émotions,
01:00et cristalliser, radicaliser des minorités jusqu'à la violence.
01:04C'est l'opposé des partis de gouvernement.
01:06Les charlatans vendent des illusions à Bakou, ils prétendent guérir mais ne soignent jamais.
01:09Alors, il y a beaucoup de références dans ce livre, et une qui m'a fait sur...
01:11Ils ont intérêt à ce que le patient ne guérisse pas.
01:13Parce que c'est leur fond de commerce.
01:15Vous comparez les populistes à un personnage d'Astérix, dans l'album Le Devin, qui s'appelle Prolix.
01:21C'est qui Prolix ? C'est Trump ? C'est le populiste étalon ?
01:23Vous avez malheureusement déjà des populistes au pouvoir, et j'espère que les Français vont bien entendre,
01:30avant de voter l'année prochaine, et c'est pour ça que je fais ce livre aussi,
01:33que lorsqu'ils sont au pouvoir, de manière malheureusement inéluctable,
01:38ils conduisent à des situations catastrophiques.
01:40On a vu Orban en Hongrie, on verra ce qu'il en est des élections,
01:43mais dont le pays connaît une situation économique extrêmement mauvaise,
01:46et qui en plus a tourné le dos à l'Europe pour soutenir Poutine.
01:49De la même manière, ce qu'on voit aux Etats-Unis aujourd'hui est une catastrophe.
01:53Il y a peut-être des gens qui ce matin se disent, mais Trump finalement ça fonctionne,
01:55il a censé cesser le feu en Iran, alors il faut faire attention,
01:58il ne faut pas se précipiter dans l'analyse, mais non.
02:00Je ne vois pas qui peut trouver aujourd'hui quelque chose de positif dans ce qui se passe
02:04depuis que Trump est au pouvoir.
02:05Il a conquis le pouvoir en jouant sur les frustrations et les peurs de millions d'Américains.
02:11Il leur a promis qu'il allait faire baisser les prix.
02:15Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit ?
02:16D'abord une situation économique qui est plus tendue qu'on ne le croit
02:18par rapport notamment aux Américains les plus modestes.
02:21Et puis sur le plan international, il a tourné le dos à l'Europe,
02:25il montre une ambiguïté catastrophique avec Poutine,
02:28et ce qui se passe aujourd'hui en Orient montre une absence totale de connaissances de la région.
02:33Et c'est donc la différence entre le récit et la réalité que vous stigmatisez en parlant des populistes ?
02:37Oui, parce qu'en plus il s'est privé de tout contre-pouvoir,
02:39il les a tous supprimés, donc personne ne l'arrête.
02:41Chez nous, vous stigmatisez deux parties que vous considérez dans le même sac,
02:46le RN et la France insoumise,
02:47mais vous les distinguez par leur stratégie pour se frayer un chemin vers le pouvoir.
02:50L'un endort, l'autre excite, dites-vous.
02:53Mais au final, c'est la même chose ?
02:54Je pense qu'il y a une alliance objective entre d'ailleurs LFI et RN,
02:57ils ont voté ensemble, ils avaient ce pouvoir-là à l'automne dernier,
03:0040 milliards de hausses d'impôts.
03:02En réalité, ils ont la même stratégie au sens où
03:05ils ont le culte du chef, l'un et l'autre,
03:07ils utilisent le double langage, l'un et l'autre,
03:10et puis troisièmement, ils sont dans une approche de bouc émissaire,
03:13c'est-à-dire radicaliser des minorités dans une forme de violence.
03:18Les uns stigmatisent, les autres victimisent,
03:21mais on voit bien à chaque fois qu'ils se renvoient la balle,
03:23et face à ça, les partis de gouvernement,
03:26malheureusement, ils n'ont pas la même puissance de feu,
03:28parce qu'on est très indulgents à l'égard de Le Pen et Mélenchon.
03:31Ils peuvent raconter n'importe quoi,
03:32c'est Le Pen, c'est Mélenchon, ils exagèrent.
03:35Alors que, vous vous en souvenez,
03:37moi quand j'ai fait une erreur sur le prix du pain au chocolat,
03:39j'ai eu six mois de campagne de presse et c'était chez vous.
03:41Vous dites, l'indulgence pour les charlatans est devenue la norme,
03:43plus les populistes progressent, plus l'exigence critique recule.
03:47Et donc vous racontez, c'était il y a dix ans,
03:48je vous interviewais à l'époque sur Europe 1,
03:49j'avais demandé le prix du pain au chocolat, vous étiez bien planté,
03:52et ça vous a valu six mois de campagne de presse.
03:53Pour eux, tout passe.
03:55Oui, c'est ça que je raconte dans le livre,
03:57c'est qu'effectivement il y a une indulgence vis-à-vis des partis populistes,
04:01parce qu'on n'attend pas la même chose d'eux en réalité.
04:03Et notamment, on voit bien qu'il n'y a jamais de vraie solution,
04:06parce que pour eux tout est présenté de manière très simpliste.
04:09Vous voyez, l'exemple du carburant est typique.
04:11Que nous dit Mélenchon ?
04:13Il nous dit, on n'a qu'à bloquer les prix.
04:15Que nous dit Berdella ?
04:16Il nous dit, on n'a qu'à baisser les taxes.
04:18C'est bien gentil, mais tout le monde sait que c'est des fausses solutions.
04:20Parce que baisser les taxes, en réalité, ça ne règle strictement rien.
04:24Regardez ce qui se passe en Espagne.
04:25Les Français vont même s'alimenter dans les pompes espagnoles.
04:27Donc les Espagnols payent pour les Français.
04:30Et quant à bloquer les prix, tout le monde sait très bien que c'est une illusion.
04:34Vous le connaissez le prix du pain au chocolat aujourd'hui ou pas ?
04:36Ah oui, mais moi j'ai fait un serment depuis cette affaire.
04:38C'est qu'on a le droit de faire une connerie, comme disent nos parents, une fois,
04:42mais jamais deux fois la même.
04:44Donc je me suis juré que je ne vous parlerai plus jamais de pain à l'antenne.
04:47Bon, lutter contre le populisme, c'est aussi rappeler, et vous le dites,
04:51que tout ne va pas si mal dans notre pays.
04:52Vous citez Sylvain Tesson, sa célèbre phrase,
04:54« La France est un petit paradis peuplé de gens qui se croient en enfer ».
04:57Vous vous rappelez aussi que Nicolas Sarkozy a bien géré la crise financière en 2008,
05:00que François Hollande a bien géré la période des attentats en 2015,
05:03qu'Emmanuel Macron a bien géré la crise Covid,
05:05quand, et je vous lis,
05:07Jean-Luc Mélenchon vantait les mérites des vaccins russes, chinois ou cubains,
05:10prétendument écartés pour des raisons idéologiques.
05:12– Bien sûr, et c'est pour ça qu'il ne faut pas avoir la mémoire qui flanche.
05:15Il est indispensable que les uns et les autres,
05:18on organise pendant l'année qui vient un vrai travail de pédagogie
05:22pour alerter les Français,
05:24pour qu'en connaissance de cause, lorsqu'ils vont voter,
05:26parce que les Français, c'est des vieux habitués,
05:27la démocratie depuis plus de 200 ans,
05:30donc il faut que chacun sache ce que ça veut dire de voter pour un parti populiste.
05:35– Jean-François Copé, vous regardez tout ça un peu avec les lunettes d'aujourd'hui,
05:37parce que vous-même, vous réécrivez un peu l'histoire à votre sauce.
05:40Le 1er février 2021, sur Radio Classique, vous, Jean-François Copé,
05:43vous dénonciez le fiasco des vaccins dans lequel le gouvernement français
05:46a la plus grave responsabilité.
05:48Christian Estrosi, qui était LR à l'époque,
05:50se vantait de se faire soigner à l'hydroxychloroquine.
05:52– Non, non, non, mais attendez, parce que là,
05:53il ne faut pas sortir les phrases de leur contexte.
05:55Non, non, non, non, je me souviens très bien de ça.
05:57Non, ce n'est pas le fiasco des vaccins,
05:58c'est la difficulté...
06:00Oui, mais attendez, il faut le remetter dans le contexte
06:02et ne me mélanger pas avec les déclarations pro-Raoult,
06:05que j'ai toujours condamnées.
06:06Non, non, non, ce que j'ai dit ce jour-là en tant que maire,
06:08c'est que nous étions mobilisés comme jamais
06:10pour vacciner les Français
06:11et que malheureusement, on avait d'énormes problèmes d'approvisionnement.
06:14Bon, et ce n'est pas du tout la même chose.
06:16Non, non, non, au contraire,
06:17j'ai toujours rappelé que sur ces sujets,
06:19on a eu bien tort de taper des gouvernements européens en particulier
06:24qui ont géré la crise très courageusement,
06:26là où les populistes condamnaient la recherche scientifique,
06:30faisaient l'éloge des antivax.
06:32Non, non, non, ça c'est très important de le rappeler
06:34parce que derrière tout ça, il y a quoi ?
06:36Il y a la grande difficulté qu'ont les partis de gouvernement
06:38face aux populistes d'assumer le réel,
06:41d'expliquer, comme les médecins face aux charlatans,
06:43que les choses sont difficiles,
06:45qu'il faut du temps pour mettre en œuvre.
06:46Mais ce qu'on peut vous objecter, Jean-François Copé,
06:48c'est que les médecins ont échoué
06:49contre de nombreux maux de la société
06:51et c'est précisément pour ça, face à cette impuissance,
06:53que de plus de Français se tournent vers les charlatans.
06:55D'ailleurs, vous le reconnaissez,
06:56vous faites une liste des sept péchés capitaux
06:58qui ont fait le but des charlatans.
06:59Il y a le cas de l'école.
07:00Vous racontez que tous les trois ans,
07:01on sort le classement PISA,
07:03on voit les Français chuter,
07:04les élèves français, vous écrivez,
07:05on ressort les bons vieux clichés,
07:06les profs sont des feignants,
07:07les élèves sont des cancres,
07:08les parents sont des missionnaires.
07:09Autre exemple, la montée du communautarisme.
07:11Les partis de gouvernement se sont tus,
07:13écrivez-vous,
07:14par peur d'être accusés de racisme d'un côté
07:16ou d'angélisme de l'autre.
07:17C'est une faute lourde, ça.
07:19C'est une responsabilité des médecins,
07:21des partis traditionnels.
07:22Mais vous avez tout à fait raison.
07:23À chaque fois que les partis de gouvernement
07:25ont reculé face à leurs devoirs,
07:27ça s'est traduit par un échec.
07:29Et c'est ce que j'explique.
07:30C'est-à-dire qu'à la fois,
07:30je dis que les partis de gouvernement
07:32n'ont pas su valoriser
07:33ce qu'ils ont fait de positif
07:35et que dans le même temps,
07:36leur reculade leur coûte
07:38un procès légitime en inefficacité.
07:41Le cas du communautarisme est typique.
07:43Moi, je suis maire de mots.
07:44Vous avez assoupli votre position sur le sujet, vous ?
07:46Pas du tout.
07:47Pas sur le communautarisme, sur le voile.
07:48Pas du tout.
07:49Alors là encore,
07:50que les choses soient très claires,
07:52je suis celui qui a interdit
07:53le port de la burqa en France
07:54par la loi que nous avons portée
07:55avec mes amis députés à l'époque.
07:57La burqa, c'est le masque intégral.
07:58En revanche,
07:59ce que je dis de manière très claire,
08:01c'est que dire aujourd'hui,
08:03comme le disent les partis populistes,
08:05pour le coup, c'est l'ERN,
08:06qu'il faut interdire le port du voile
08:09est aujourd'hui, en réalité, une illusion.
08:12Mais d'accord, mais alors...
08:12Parce que c'est trop tard.
08:14Si on devait le faire,
08:15c'était peut-être il y a 25 ans.
08:15Sur la question du voile,
08:16quand Gabriel Attal,
08:17le patron du parti macroniste Renaissance,
08:19qui est donc plutôt du camp des médecins,
08:21a priori,
08:21propose une loi
08:22pour l'interdiction du port du voile
08:23dans l'espace public pour les mineurs de moins de 15 ans.
08:25Il verse dans le populisme ?
08:27C'est du charlatanisme ou pas ?
08:28Je pense que pour les mineurs de moins de 15 ans,
08:31on peut poser le sujet,
08:32mais on voit très bien
08:33que le vrai sujet,
08:34c'est l'efficacité.
08:36Ce qui, moi, me paraît indispensable,
08:37et je l'écris dans le livre,
08:39c'est qu'il faut être capable de parler
08:40aussi à des catégories de Français.
08:42A tous les Français,
08:42mais aussi à des catégories.
08:43Aux agriculteurs,
08:44aux retraités,
08:45aux jeunes,
08:46aux chrétiens,
08:47aux juifs,
08:47et aux musulmans.
08:48Et par exemple,
08:49autant pour les musulmans,
08:50et heureusement,
08:51à droite,
08:51nous sommes intraitables
08:52sur l'intégrisme islamiste,
08:54autant, dans le même temps,
08:55il faut arrêter de parler
08:57des musulmans,
08:57mais parler aux musulmans.
08:59Parce que nous avons des compatriotes
09:01qui sont de confession musulmane,
09:02qui sont par millions aujourd'hui,
09:04et dont on se rend compte,
09:05quand on prend le temps,
09:06ce que je fais
09:07à travers mes fonctions de maire,
09:09et c'est pour ça que j'ai voulu rester maire,
09:10mais qu'est-ce qu'on voit ?
09:10On voit qu'effectivement,
09:11ils ont des valeurs
09:12qui sont assez proches de la droite,
09:13ils sont attachés à la famille,
09:14ils sont attachés à l'ordre,
09:15ils ont envie qu'on travaille
09:16pour gagner sa vie.
09:18Ça, ça ressemble quand même beaucoup
09:21plutôt que de leur tourner le dos,
09:22il faut les libérer de l'emprise de LFI,
09:24qui les instrumentalise.
09:26Rapidement, on se rend compte aussi
09:27que les frontières sont parfois un peu
09:29pas tout à fait étanches
09:30entre populistes et partis traditionnels.
09:33Vous parliez du chef,
09:34du culte des chefs chez les populistes,
09:36mais pour gagner,
09:37il faut un chef ou une chef.
09:38Nicolas Sarkozy semble avoir trouvé
09:39le prochain chef.
09:40Il a déjà, avec Jordan Bardella,
09:41qu'il compare au RPR de Jacques Chirac.
09:43Vous évoquez une véritable bascule politique.
09:45Dans votre parti, chez LR,
09:47François-Xavier Bellamy vote avec les populistes
09:49au Parlement européen.
09:51LR est devenu populiste aussi ?
09:53Nicolas Sarkozy est devenu populiste ?
09:54LR n'est pas devenu populiste,
09:55mais en revanche, ce qui est vrai,
09:56c'est qu'il y a aujourd'hui
09:57un schisme, malheureusement,
09:59entre ceux qui, tels Bellamy,
10:02sont dans une ligne extrêmement complaisante
10:04à l'égard du Rassemblement national,
10:05et ceux qui, comme Michel Barnier,
10:07Gérard Larcher, Valérie Pécresse,
10:10Xavier Bertrand ou moi-même,
10:12considérons que ce serait
10:12la pire des options.
10:14Regardez l'état du PS aujourd'hui
10:15pour s'être compromis avec LFI.
10:17Donc pour moi, la ligne,
10:18elle est très claire.
10:18C'est celle d'une droite décomplexée
10:20qui assume des valeurs
10:22d'ordre et de progrès
10:23parce que, justement,
10:24on est totalement étanche
10:25avec le Rassemblement national.
10:27Vous n'avez pas compris ?
10:27Non, je l'ai démenti, d'ailleurs.
10:29Bon.
10:30Merci beaucoup, Jean-François Copé.
10:31Que l'on partage vos idées ou non,
10:32ce livre est une contribution
10:33incontestable au débat public
10:34qui s'appelle
10:35« Quand les populistes trahissent le peuple ».
10:36Il sortira demain chez Plon.
10:38Restez avec nous, Philippe Cavérac.
10:39Allons-y, Philippe Cavérac.
10:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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