- il y a 10 heures
L'invité du Grand Entretien par Ali Baddou est David Foenkinos, écrivain, auteur du roman "Je suis drôle" (Gallimard). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-du-we-du-samedi-04-avril-2026-4170616
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00:00Et dans le grand entretien, j'ai le bonheur de recevoir un écrivain qu'on adore.
00:04Prix Renaudot pour son roman Charlotte, ses livres sont d'immenses succès de librairie.
00:09Il est également réalisateur et il publie Je suis drôle.
00:13C'est l'histoire de Gustave Bonsoir, un personnage tragi-comique qui s'essaye au stand-up et à la
00:20comédie
00:20parce que la meilleure façon d'exister, c'est d'être drôle.
00:24Je le cite, c'est formidable et drôle et c'est publié aux éditions Gallimard.
00:30Bonjour David Fonkinos.
00:31Bonjour.
00:32Et bienvenue, les auditeurs peuvent dialoguer avec vous au 01 45 24 7000
00:37ou vous écrire sur l'application Radio France.
00:41Rien n'est plus drôle que le malheur.
00:44On trouve cet exergue dans votre livre.
00:47Elle est signée Samuel Beckett.
00:48Qu'est-ce qu'elle veut bien dire ?
00:51Elle veut dire que finalement il y a deux versions à l'humour.
00:54Il y a le versant de fantaisie et puis souvent derrière la fantaisie se cache la mélancolie ou certaines douleurs.
01:02On parle de cette fameuse formule de l'humour comme étant la politesse du désespoir.
01:06Elle est très très juste et quand on suit le parcours de mon jeune personnage Gustave Bonsoir
01:10qui a la certitude...
01:11Gustave Bonsoir ?
01:12Oui, c'est pas mal pour une matinale comme nom.
01:14Il a la certitude de pouvoir exister par l'humour, de pouvoir capter l'attention,
01:18de pouvoir être aimé, validé d'une certaine manière.
01:20On va se rendre compte que c'est après une enfance difficile, un besoin nécessaire de se consoler,
01:27de se réparer par l'attention qu'il va essayer de provoquer chez les autres.
01:31Malheureusement, c'est vrai qu'il va se rendre compte qu'à part lui, personne ne rit vraiment.
01:35Mais la meilleure façon d'exister, c'est d'être drôle ?
01:37En tout cas, il sent dès son enfance qu'en étant drôle, il existe au monde.
01:42C'est une forme de politesse envers les autres.
01:43Il y a un technique d'ailleurs, un jour, à table.
01:46Il fait tomber une cuillère et puis il dit pardon à la cuillère.
01:50Et ses parents adoptifs hurlent de rire.
01:53Et finalement, ça peut être une drogue le rire.
01:56Il va être soumis à cette dictature de faire rire les autres.
02:00Alors plus tard, quand il va faire du stand-up, c'est vrai qu'il va se rendre compte
02:04que quand on fait une blague pas drôle, c'est aussi extrêmement violent à l'opposé
02:08de susciter ce qu'on appelle un bide.
02:10Alors, Gustave, bonsoir.
02:12Il faut dire un mot du nom parce qu'il est drôle et il est anachronique.
02:17Gustave, c'est Gustave Flaubert.
02:19Mais c'est source d'ambiguïté dès qu'il est gamin.
02:22Parce que quand on lui demande si c'est en hommage à Flaubert,
02:26il dit non, non, c'est mon lycée.
02:29C'était le lycée de sa maman.
02:31C'est pour ça qu'elle l'a appelé Gustave.
02:32Et puis, il s'est rendu compte que finalement, cette réplonge ne plaisait pas.
02:36Donc, il dit oui, ma mère adorait Madame Bovary.
02:39Gustave, bonsoir.
02:39Il a eu une enfance douloureuse et votre livre s'ouvre sur une série d'absolument,
02:44une série de drames, mais qui font rire à force d'accumulation.
02:51Sa mère, à Gustave, bonsoir, elle meurt quand il est très jeune.
02:54Son père biologique ne l'a pas reconnu.
02:55Il est placé en foyer, adopté par un couple d'enseignants.
02:59Et je vous cite, en observant la vie de nombreux artistes,
03:02on pourrait se demander s'il y a un lien entre le chaos et le génie.
03:05Et vous donnez donc cette série d'exemples de Lennon à Picasso.
03:10Il vaut mieux avoir souffert pour avoir du talent.
03:13Alors, j'en suis pas sûr.
03:14On peut être heureux et être un artiste.
03:16Enfin, en tout cas, je l'espère.
03:17Mais on se rend compte, moi, j'adore lire les biographies.
03:20Je me nourris comme ça en permanence à la vie des artistes que j'admire,
03:23les trajectoires de vie.
03:25Et c'est vrai que ça m'aide peut-être aussi dans ma vie romanesque
03:28pour pouvoir construire des destinées comme celle de Gustave Bonsoir.
03:31Mais vous avez raison, le livre s'ouvre par de nombreux exemples d'artistes,
03:36de peints, de chanteurs.
03:38Maudigliani, Chaplin, Frida Kahlo, la mère de Madonna est morte quand elle avait 5 ans.
03:43Même Jim Carrey, qu'on a vu récemment à la cérémonie des Césars,
03:46a vécu dans une pauvreté extrême.
03:50Ces biographies, elles vous intéressent comme matériaux ?
03:54Ou est-ce que vous en avez fait une accumulation pour montrer une issue possible par le rire ?
03:59En tout cas, en ce qui concerne l'humour, c'est assez impressionnant de voir à quel point
04:03cette sensibilité, cette fragilité que peuvent avoir certains comédiens,
04:07certains comiques, est issue vraiment de fêlures,
04:11parfois même de désastres et de douleurs dans l'enfance.
04:13Et c'est vrai que je trouve ça intéressant aussi.
04:15Moi, j'aime bien, dans mes romans, parler des artistes que j'aime,
04:18parler des œuvres que j'aime, raconter d'autres histoires dans les histoires
04:22qui nourrissent finalement le roman et la trame du personnage.
04:25On se rend compte que Gustave Bonsoir, finalement, rentre totalement dans cette famille.
04:31Et puis, quand il monte sur scène, il n'est pas préparé à l'échec.
04:34Ça aussi, je trouve ça intéressant.
04:35Il y a deux types de familles.
04:36Lui, quand il fait un four devant la scène,
04:40il a l'impression que son monde s'effondre, qu'il ne vaut rien,
04:43il veut se mettre sous la couverture.
04:44Oui, on ne va pas tout déflorer.
04:46Parce que quand il était à l'école, il faisait rire tout le monde
04:50et il ne fait rire personne lorsqu'il est sur scène.
04:52Alors, ce n'est pas pareil, il y a plein de comiques dans les familles, dans les entourages.
04:56Et puis après, quand il se lance sur scène, ce n'est pas la même chose.
04:59En plus, malheureusement pour lui, pour sa première scène,
05:02il passe après une fille qui est hilarante.
05:03Donc, d'une manière générale, je crois qu'il vaut mieux passer après quelqu'un de médiocre.
05:07À tous les niveaux, même quand vous avez un entretien d'embauche.
05:10Ça serait pas mal de créer d'ailleurs cette société qui envoie des gens médiocres avant vous.
05:15Avant un entretien d'embauche.
05:17De David Fonkinos avant, effectivement, chaque moment important au fil des soirées.
05:24Il se rendait compte que le rire était une science exacte.
05:26On riait ou on ne riait pas.
05:28Le verdict était sans appel.
05:30L'humour est donc une vérité nette et tranchante.
05:33Et je ferme les guillemets.
05:35Parce que ce livre, et c'est ce qui est extrêmement fort,
05:38c'est une réflexion passionnante sur la place de l'humour dans notre société.
05:42Il y a 50 ans, un jeune homme rêvait de publier un roman.
05:45Il y a 40 ans, il espérait faire du business.
05:48Il y a 30 ans, il se voyait footballeur.
05:50Il y a 20 ans, il voulait être chanteur ou tout simplement célèbre.
05:53Il y a 10 ans, il se voyait chef ou pâtissier.
05:56Aujourd'hui, il veut être humoriste.
05:57Oui, c'est clair qu'il y a une sorte d'enthousiasme collectif,
06:02de soumission à la dictature du rire.
06:04Je pense que c'est lié beaucoup aussi à Internet, aux réseaux sociaux.
06:08Il y a beaucoup de jeunes, moi je le vois avec ma fille,
06:10qui regarde des vidéos courtes, drôles.
06:12C'est la meilleure façon de capter l'attention, l'humour.
06:15Et rapidement, on est presque revenu à l'ère de Buster Keaton et de Charlie Chaplin, le gag.
06:20Et finalement, après, tous ces gens qui...
06:21C'est un jeu de format très court.
06:22Oui, voilà, et tous ces gens qui voient des vidéos,
06:24après, font eux-mêmes des vidéos.
06:26Il y a plein de gens qui ont du talent.
06:27Et je trouve qu'il y a une émergence comme ça de l'humour.
06:29Peut-être parce que l'époque est assez difficile et sinistre.
06:32Mais on voit bien l'essor complètement délirant des comédie-clubs.
06:37Il y en a beaucoup, beaucoup qui ouvrent un peu partout.
06:39Alors, je parle des jeunes, mais il y a aussi beaucoup de comédie-clubs seniors.
06:42On se rend compte que même le yoga, maintenant la nouvelle tendance,
06:45c'est le yoga du rire.
06:46Je raconte dans mon livre que le rire fait baisser la tension artérielle.
06:50Il y a plein d'études sur la soumission actuelle au rire, plus que jamais.
06:56Et sur ce que peut le rire David Funkinos, il, Gustave Bonsoir,
07:00croyait qu'un rire pouvait guérir le monde et c'était déjà une maladie.
07:05Et pour en revenir à la question de l'humour, il avait donc très tôt compris
07:08qu'il s'agissait pour lui du chemin le plus court pour créer une émotion chez l'autre.
07:11Oui, complètement. Et quand on a des fragilités, peut-être quand on a été abandonné,
07:16peut-être quand on a besoin de se rassurer par la validation de l'autre,
07:20l'humour est peut-être la manière la plus rapide d'atteindre cette émotion.
07:25J'ai eu la chance, moi, de croiser beaucoup de comiques dans ma vie.
07:29Et souvent, on sent cette mélancolie.
07:31Et c'est vrai que Gustave Bonsoir est un peu dans cette thématique du clown triste.
07:36Et en même temps, je trouve que ça développe un humour très particulier.
07:41Et ce qui me touche chez lui, c'est que malgré les échecs, les ratages,
07:44parce que c'est tout son parcours de vie qu'on suit dans ce livre,
07:47il continue d'y croire. Il a la certitude d'être drôle.
07:50Et si personne n'y croit, peu importe.
07:52Et il a une obsession qui va se révéler juste.
07:55J'adore l'idée qu'on puisse croire coûte que coûte en ce qu'on a au plus profond de
07:58nous-mêmes.
07:58Et c'est vrai que les comiques sont souvent de grands mélancoliques.
08:01Oui, je ne vous conseille pas de passer une soirée avec eux.
08:04De tourner avec eux, d'aller les voir sur scène.
08:06Oui, mais sinon, il vaut mieux éviter.
08:09Et puis ils détestent ce qu'on leur demande.
08:10Fais nourrir !
08:11Fais nourrir !
08:11Bien sûr, quelle est ta dernière blague ?
08:14L'humour et l'amour.
08:15Parce que l'amour a aussi une place importante dans son roman.
08:19Dans votre roman, Gustave Bonsoir, il est soutenu par son amoureuse Margot,
08:23qu'il a rencontrée au lycée, qui le soutient,
08:25alors même qu'il se renferme dans une forme de dépression.
08:30Vous avez cette phrase très belle.
08:31Vous dites, on dit parfois que le cœur de l'amour est de rire des mêmes choses.
08:35Quoi de commun entre le rire et l'amour ?
08:38Je trouve que c'est vraiment un révélateur très fort de l'affinité.
08:42C'est souvent l'esprit de sérieux.
08:44Oui, mais quand on rit des mêmes choses avec une personne,
08:46que ce soit en amour, en amitié,
08:48je trouve que c'est un révélateur d'une union de façons de voir la vie.
08:54Il y a tellement de types différents de comiques.
08:58Le cynique, le tendre.
08:59Quand on se rejoint comme ça sur la même route de l'humour,
09:02je trouve que c'est une équation qui est souvent assez belle.
09:06Mais par rapport à Margot, et d'une manière générale son entourage,
09:09c'est vrai que ce livre-là raconte aussi les jeunes années d'un garçon
09:13qui se lance dans la vie d'artiste,
09:14avec l'inquiétude que ça peut procurer chez ses parents notamment.
09:18Et c'est vrai que lui, il va avoir tendance à un peu mentir.
09:22Parce que par exemple, tout à l'heure on citait Beckett,
09:24parce qu'il dit à sa mère, oui je suis sur un gros coup,
09:26je vais jouer dans un attendant Godot.
09:28Et finalement, elle lui demande tout le temps
09:30quand on va avoir lieu cette pièce.
09:32Et finalement, c'est elle qui se met à attendre Godot
09:33parce que ça n'arrive jamais.
09:34Mais il a une politesse face à l'inquiétude,
09:37y compris de sa compagne et y compris de ses parents,
09:40parce qu'il voit bien qu'il est décevant à leurs yeux.
09:43Et il y a deux livres, et c'est ce qui en fait un roman formidable.
09:47Il y a deux histoires de destins parallèles qui finissent par se croiser.
09:51Le deuxième destin, c'est celui d'un jeune homme,
09:55Marco Comeda, qui lui travaille dans les galeries d'art.
09:58Et alors, ce qui est intéressant, c'est que vous montrez une tendance en mutation
10:01qui ne concerne pas le rire là pour le coup, mais l'art.
10:04L'art devait moins faire réfléchir pour davantage divertir.
10:09C'est le sens général de l'époque.
10:11Les expositions devenaient de plus en plus ludiques.
10:14Vous, qui êtes un passionné d'art, qui est au cœur de vos romans,
10:17c'est un constat, vous le déplorez ?
10:19Ah non, je ne le déplore pas.
10:20Vous faites votre fin qu'elle croûte, votre bien clair.
10:24Ce serait pas mal.
10:25Non, non, à vrai dire, oui, je ne le déplore pas.
10:27C'est autre chose qu'on propose de plus en plus.
10:29Mais ça permet aussi d'amener les enfants,
10:32d'avoir une éducation à l'art.
10:34Moi, je vais au Grand Palais, il y a des expositions avec des ballons gonflables.
10:37Tout le monde fait des photos Instagram, en hashtag,
10:40et puis finalement, ça rend très ludique l'expérience immersive dans un musée,
10:45dans certaines œuvres.
10:45Mais c'est pas pour la regretter,
10:47et c'est pas pour dire que c'est la fin du monde et la fin de la civilisation.
10:51Non, parce qu'il y a plein d'expositions extraordinaires actuellement.
10:56Rien n'empêche autre chose.
10:58C'est vrai que mon personnage va créer...
11:00Alors, il est allé dans un musée qui existe vraiment à Zagreb,
11:03qui est le musée des séparations.
11:04Le musée des relations rompues.
11:06Oui, exactement, ça existe vraiment.
11:08C'est un musée où tous les...
11:09Mais qu'est-ce qu'on y voit d'ailleurs ?
11:10Alors, c'est tous les dépressifs de l'amour qui peuvent y aller.
11:12Il y a des lettres de rupture,
11:14il y a des objets brisés suite à des disputes.
11:17Alors, ce qui est très marrant, c'est que de l'autre côté de la rue,
11:19il y a un restaurant qui offre sa salle pour faire des mariages.
11:22Donc, on passe du désespoir à l'espoir en traversant la rue.
11:24Et lui, cet homme-là, ce personnage,
11:27va avoir l'idée de créer le musée de la tristesse.
11:30Le musée de la tristesse, l'idée est géniale.
11:32Qu'est-ce qu'on y trouve ?
11:33Parce qu'il faudrait en ouvrir un.
11:34Oui, alors, non, mais ce n'est pas très loin de la réalité.
11:37Au Grand Palais, il y a quelques années,
11:38il y avait eu l'exposition Mélancolie.
11:40Toutes les œuvres qui sont traversées par une forme de douleur.
11:44Le musée de la tristesse,
11:45c'est un musée sponsorisé par Kleenex,
11:47où finalement, le but est de vous faire pleurer.
11:50Et après, il faut faire un hashtag
11:51« Je vais mal », « Désespoir ».
11:53Alors, vous y trouvez des œuvres de bruit.
11:55Il y a des salles musicales avec des casques
11:57où on peut écouter « Ne me quitte pas » de Jacques Brel.
12:00« Je suis venu te dire que je m'en vais » de Serge Gainsbourg.
12:03Des films qui font pleurer,
12:05des toiles, des sculptures douloureuses.
12:08Évidemment, il faut quelques tableaux d'Edouard Munch.
12:10Voilà.
12:11C'est une expérience comme ça,
12:12c'est une traversée du chagrin.
12:14Et ce qui m'intéressait,
12:15c'était de me dire que finalement,
12:17comme pour moi,
12:18la tristesse, c'est l'autre version de l'humour,
12:21d'une certaine manière.
12:22C'est là que, je ne vais pas tout raconter,
12:24mais mon personnage, Gustave Bonsoir,
12:26qui veut et qui est soumis
12:28à le sentiment d'être drôle,
12:30va se révéler au musée de la tristesse.
12:32Dans ce musée de la tristesse,
12:33il y a toute une salle
12:34qui est consacrée à des citations tristes.
12:36Est-ce que vous pouvez nous en lire quelques-unes ?
12:38Oui, avec plaisir.
12:40C'est quelle page ?
12:41Alors, il y a Victor Hugo.
12:42Parce que là, je n'ai pas la page.
12:44Je mets quelques citations,
12:45mais j'aurais pu...
12:46Il y en a une que j'adore,
12:47qui est dans le livre,
12:50c'est celle d'Henri Calais,
12:51qui est assez connue.
12:52C'est « Ne me secouez pas,
12:53je suis plein de larmes ».
12:54C'est très, très beau.
12:55C'est beau.
12:56Donc, si vous ne me dites pas la page,
12:57c'est toujours dans les yeux
12:58que les gens sont les plus tristes.
13:00Je l'ai, c'est vrai.
13:01Ça, c'est magnifique.
13:02Ça, c'est Romain Garry.
13:04Il y a Jane Austen qui dit
13:05« Qui sourit n'est pas toujours heureux.
13:07Il y a des larmes dans le cœur
13:09qui n'atteignent pas les yeux ».
13:10Il y a aussi Bukowski.
13:12« La tristesse est causée par l'intelligence.
13:15Plus tu comprends certaines choses
13:16et plus tu ne veux plus les comprendre. »
13:18Donc, c'est vrai qu'il y a quelques...
13:19Et Murakami,
13:20il est une tristesse si profonde
13:22qu'elle ne peut même pas
13:23prendre la forme des larmes.
13:25Donc, c'est vrai que dans ce musée,
13:26il y a aussi...
13:27On voit aussi au début,
13:28il y a la capitale de la douleur,
13:29des luards.
13:30Il y a tout comme ça.
13:31Il y a vraiment une traversée
13:32vers les œuvres douloureuses.
13:35Mais très souvent,
13:36je pense qu'on le ressent tous.
13:38Je ne parle pas évidemment
13:40de douleur et de grand chagrin,
13:41mais parfois,
13:42ça fait du bien de pleurer
13:43autant que de rire.
13:45On parle même de pleurer de rire.
13:46C'est vrai que cette expérience
13:47comme ça,
13:48de la traversée mélancolique
13:49de ce musée
13:49est une expérience
13:50qui finalement est assez...
13:51Enfin, tout le monde se presse
13:52pour y aller.
13:52Tout le monde a envie de pleurer.
13:54Et vous, comme auteur,
13:55c'est plus facile de raconter
13:57le bonheur que le chagrin
14:01dans l'art,
14:02dans la littérature,
14:02dans le cinéma,
14:03dans la musique.
14:04C'est la mélancolie,
14:06la tristesse
14:06qui sont les moteurs
14:07de la création ?
14:08Je crois, en tout cas,
14:09c'est vrai que moi,
14:10dans mes romans,
14:11mes personnages traversent
14:12des difficultés.
14:13Par exemple,
14:14pour La Délicatesse,
14:15cette jeune femme vivait un deuil
14:17et puis après renaissait
14:18en rencontrant
14:18un Suédois dépressif.
14:20Mais par rapport à ce livre,
14:21La Délicatesse,
14:21je trouve que le bonheur,
14:22c'était ce qui avait
14:23de plus difficile à raconter.
14:24Je trouve que c'est pratiquement...
14:26Je rêverais d'écrire un livre
14:27où tout se passe bien,
14:28où on nage dans le bonheur.
14:30Je trouve que c'est très difficile.
14:31Pour moi, c'est lui qui...
14:32Quand je pense au bonheur,
14:33je pense au film
14:34Les choses de la vie
14:36parce que cette scène
14:37est exceptionnelle
14:38avec Romy Schneider
14:38qui est de dos.
14:39Elle est en train d'écrire
14:40et puis elle se lève
14:41et puis Piccoli va simplement écrire
14:43Je t'aime sur la machine à écrire
14:46et je trouve que cette image
14:47comme ça,
14:48en quelques secondes,
14:49on a la quintessence du bonheur
14:51et d'un moment absolument
14:54magique qui sort de la vie.
14:55Est-ce que vous,
14:56vous avez des certitudes ?
14:58Parce que c'est assez étonnant.
15:00Dans la plupart de vos romans,
15:02vous avez un gros travail
15:05de mise en place,
15:07de pédagogie,
15:08d'études
15:09et pourtant on a l'impression
15:10que vous restez dans l'incertitude.
15:13Mais je pense qu'il n'y a pas un...
15:14Vous posez des questions
15:15plus que vous y répondez.
15:17Mais parce que je crois
15:18qu'on ne peut pas écrire,
15:20on ne peut pas créer quoi que ce soit
15:21en étant dans l'incertitude,
15:23en tout cas dans l'incertitude permanente.
15:25Pour moi,
15:25j'ai le sentiment
15:26que toute création
15:27est un aller-retour permanent
15:28et incessant
15:29entre une forme parfois
15:31d'évidence
15:33et puis le doute.
15:35Mais ça,
15:35on a même dans l'écriture,
15:36on peut écrire quelques pages
15:37et puis le lendemain,
15:37on les relit,
15:38on trouve ça absolument pathétique.
15:40Mais moi,
15:40ce qui m'intéresse...
15:41Oui, parce que vous aimez
15:41les personnages qui ratent.
15:42Oui, mais ce qui m'intéresse,
15:44c'est plutôt...
15:44C'est assez paradoxal
15:45quand on est écrivain
15:46et qu'il faut livrer un manuscrit,
15:48qu'il faut relire les épreuves
15:49et qu'ensuite on lance
15:50dans la nature,
15:52je vais dire en tout cas,
15:53vers le public.
15:54Oui,
15:54parce que j'ai une grande expérience
15:55du ratage.
15:56Vous parlez maintenant
15:57de mes derniers romans
16:01et c'est assez confidentiel
16:03et je trouve que...
16:04Vous ne voulez pas d'ailleurs
16:05que vos premiers romans
16:06soient publiés en poche ?
16:07Oui,
16:08je me sens très éloigné
16:09de ces romans
16:10et d'ailleurs,
16:10c'est assez étonnant
16:10parce que ça fait presque
16:11un lien avec ce dernier roman.
16:13Je suis drôle
16:14parce que j'étais,
16:15tout comme mon personnage,
16:17relativement obsédé par l'humour.
16:18Mes premiers romans
16:19étaient uniquement portés
16:20sur l'humour.
16:21J'étais nourri
16:22à la lecture de Gogol,
16:24de Gombrowicz.
16:25J'avais le sentiment
16:26que l'absurde,
16:27la fantaisie,
16:28c'était ma destination littéraire
16:29et puis je me suis épuisé
16:30moi-même
16:31et je pense qu'il faut vraiment
16:33être assez téméraire
16:34pour aller lire ces livres-là
16:35donc je n'ai pas voulu
16:36qu'ils sortent en poche.
16:38J'ai davantage mis de gravité,
16:40de mélancolie,
16:41progressivement,
16:42dans mes romans
16:42jusqu'à écrire
16:43La Delicatesse.
16:44Mais pour moi,
16:44l'humour,
16:46je le mets au-dessus de tout.
16:47C'est-à-dire que les gens
16:48qui me font rire,
16:49j'ai une admiration
16:49sans borne pour eux
16:50et j'ai une grande,
16:51grande admiration.
16:52Et chacun peut s'y retrouver
16:54sur le rivage de l'anonymat
16:56comme ailleurs.
16:58Mais vous voulez être musicien,
16:59David Funkinos ?
17:00Oui,
17:01comme beaucoup de jeunes
17:02entre 15 et 25 ans,
17:04j'avais envie de m'exprimer
17:05donc j'ai tenté
17:05beaucoup de choses
17:06d'une manière un peu pathétique.
17:09J'ai même peint
17:09quelques croûtes.
17:10Vous avez monté des groupes ?
17:11Vous avez peint des croûtes aussi ?
17:13J'ai été effectivement
17:15en école de musique,
17:16en école de jazz.
17:16J'ai été professeur
17:17pendant des années
17:18mais j'étais relativement médiocre.
17:20Et puis surtout,
17:21le destin ne m'aidait pas
17:23parce qu'à chaque fois
17:23que j'essayais de monter des groupes,
17:24je ne trouvais jamais de bassiste.
17:26Et finalement,
17:26je trouve que très souvent,
17:28c'est un peu le cas aussi
17:29de mon personnage,
17:30on s'acharne dans une voie
17:32et puis on est guidé
17:33par les rencontres,
17:34par le destin,
17:34par là où on nous attend
17:37quelque part.
17:38Parallèlement,
17:38j'écrivais
17:39et j'ai envoyé un manuscrit
17:41et j'ai été publié
17:42aux éditions Gallimard
17:43alors que ça me paraissait
17:44totalement improbable
17:46à cette époque
17:46de devenir écrivain.
17:47C'est le miracle ultime
17:49d'envoyer son manuscrit
17:51chez Gallimard
17:52et qu'il soit ensuite publié
17:53mais votre destin finalement
17:54c'est de ne pas avoir rencontré
17:55votre Ringo Starr.
17:57J'ai rencontré finalement
17:59d'autres personnes
18:00aussi incroyables
18:00parce que pour ce
18:01pour ce premier
18:03première publication
18:04qui avait été miraculeuse
18:05pour moi à l'époque
18:06en plus dans mon premier roman
18:07il y avait Milan Kundera
18:08qui était un des personnages
18:09et c'est vrai que
18:10comme il était au comité de lecture
18:11des éditions Gallimard
18:12j'ai pu le rencontrer
18:13donc c'était pour moi
18:15une période absolument incroyable.
18:16c'était un livre avec deux Polonais
18:18et je me suis dit
18:19tiens c'est deux Polonais
18:19Polonais m'ont porté chance
18:21et quoi qu'il arrive
18:22dans tous mes romans
18:23il y aura toujours deux Polonais
18:25et même quand j'ai écrit
18:26un livre sur John Lennon
18:27à un moment donné
18:28Yoko Ono croise deux Polonais.
18:30Yoko Ono croise deux Polonais
18:32quand les...
18:34Ils sont là
18:34ils sont dans Je suis drôle
18:35les deux Polonais.
18:35Ils sont dans Je suis drôle
18:36mais que vous disent
18:38les lecteurs
18:38les premiers lecteurs
18:39de Je suis drôle ?
18:40Ça vient de sortir
18:42et c'est vrai que moi
18:43je fais lire à personne
18:44et c'est vrai
18:45donc ce sont les
18:46les premiers retours
18:48et j'ai la chance
18:50assez belle
18:51depuis quelques années
18:51d'avoir beaucoup
18:52de jeunes lecteurs
18:53j'avais eu le Goncourt des lycéens
18:55avec Charlotte
18:56il y a numéro 2
18:56sur le casting d'Harry Potter
18:57Vers la beauté
18:58qui est un livre assez douloureux
18:59qui est beaucoup lu aussi
19:01par les jeunes
19:01et c'est vrai que
19:02ce livre-là raconte finalement
19:04le parcours d'un jeune homme
19:05qui cherche sa place
19:06dans la vie
19:06dans la société
19:07ce sont des années
19:08moi j'ai eu une grande tendresse
19:09pour ces années
19:10entre 20 et 25 ans
19:11on peut rater sa vie
19:13on peut faire des brouillons
19:14et en même temps
19:14on est dans la quiétude absolue
19:16de savoir où on va se révéler
19:17En tout cas
19:18c'est absolument formidable
19:19et je le recommande
19:20chaleureusement
19:20David Funkinos
19:21Je suis drôle
19:22c'est donc publié
19:24chez Gallimard
19:25Merci d'avoir été l'invité
19:26de France Inter
19:26Merci Ali
19:27Je vous souhaite
19:27une magnifique journée
19:28Merci
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