- il y a 6 semaines
Ce deuxième épisode de “Retour de mission” est consacré à la guerre au Moyen-Orient, depuis les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, le 28 février. Au micro de Robin Bernaud, reporter digital, trois journalistes de BFMTV envoyés sur le terrain racontent la guerre de l'intérieur. Ils reviennent sur leurs premiers jours du conflit et évoquent comment ils sont parvenus à se rendre dans les différents pays touchés. Avec: Jeanne Daudet, envoyée au Liban, Philipine David, envoyée en Israël et Naoufel El Khaouafi, envoyé au Qatar.
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TVTranscription
00:00On se rend compte que d'un coup les gens paniquent.
00:01Est-ce que j'y vais ? Est-ce que j'y vais pas ?
00:02Il y a eu beaucoup d'alerte.
00:03En 10 jours, on a eu 86 à Tel Aviv.
00:06C'est des gens aussi qui n'ont pas le droit de dire qu'on est à peur
00:08parce qu'on est dans des régimes où on essaie de vous faire croire
00:10que tout va bien et tout est contrôlé.
00:13Bonjour et bienvenue dans Retour de Mission
00:16depuis le 28 février 2026
00:18et les frappes menées par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.
00:22Nos reporters sont déployés sur l'ensemble du Moyen-Orient
00:25à Doha, Tel Aviv, Beyrouth, Haïfa ou encore Erbil en Irak.
00:29Leur mission, c'est nous raconter la guerre et c'est nombreux à côté.
00:33Mais alors, comment travaillent-ils au quotidien dans ces zones sous tension ?
00:36A quoi ressemble leur journée d'un retour de mission ?
00:39Je vous propose de prendre le temps de discuter avec nos reporters
00:42qui ont passé plusieurs jours sur le terrain.
00:44Certains pour la première fois, d'autres pour la cinquième, sixième, septième ou huitième fois.
00:50Vous allez aussi découvrir des images qui n'ont jamais été diffusées à l'antenne.
00:53Vous verrez par exemple ce qu'il se passe entre les directs,
00:56comment se préparent les reportages et comment se passe la vie sur place
00:59entre les différentes alertes, entre les mises à l'abri.
01:02Un épisode que vous regardez sur la chaîne YouTube de BFM TV
01:05que vous pouvez aussi écouter en podcast sur toutes les plateformes de streaming.
01:09Et pour m'accompagner, je suis très content de vous voir en vrai.
01:12Pour une fois, d'habitude, on vous voit à la télé ou derrière la caméra.
01:15Et là, vous êtes avec moi en studio.
01:17Jeanne Daudet, tout d'abord. Bonjour Jeanne.
01:18Bonjour Robin.
01:19Jeanne, tu étais au Liban, à Beyrouth, avec Benjamin Danan.
01:22On va y revenir dans un instant.
01:24Philippine David également.
01:25On a moins l'habitude de te voir parce que toi, tu es J.R.E.
01:28Donc, tu es derrière la caméra.
01:29Tu étais à Tel Aviv, en Israël, avec Igor Saïri.
01:32Et puis, Naoufel El-Kawafi, qui était avec Valentin Rivoli à Doha, au Qatar.
01:37Bonjour.
01:38Tout d'abord, ma première question, c'est comment vous avez réussi à vous retrouver sur un terrain de guerre
01:42?
01:42Comment vous êtes allé sur place ?
01:44Je voulais démarrer avec toi, Naoufel, parce que toi, tu n'es même pas parti de France.
01:47C'est-à-dire que tu étais encore en mission ailleurs, en Europe.
01:50Et tu as dû faire tout un périple pour te rendre à Doha, c'est ça ?
01:53En gros, nous, on était au Danemark pour un tout autre sujet.
01:57On était sur le Charles de Gaulle.
01:59Donc, il y avait le ministre des Affaires étrangères qui était sur place.
02:02Et je me souviens très bien, il était 7h05.
02:06On était positionnés pour passer en direct.
02:11Et il y a le mail d'Igor et Philippine,
02:14où on nous explique qu'il y a une alerte et que tout va s'enchaîner.
02:18Donc, il y a possiblement des attaques et des frappes israéliennes en Iran.
02:22Et là, on comprend assez rapidement que ça y est, l'édition spéciale commence et se poursuit.
02:28Et donc, moi, mon duplex est annulé dans la seconde.
02:31Donc, j'envoie un message à la rédac pour savoir qu'est-ce qu'on fait.
02:34Donc, on m'explique que tout est en stand-by.
02:37On prenait la route vers l'aéroport et on voit.
02:41Donc, on arrive à l'aéroport.
02:42Dans un premier temps, on m'a dit, tu vas peut-être partir à Washington.
02:46Finalement, non.
02:47Finalement, on te dit, peut-être que du coup, tu vas aller au Moyen-Orient.
02:51Enfin, on est dans un flou quand l'édition spéciale commence.
02:54Parce que du coup, il y a ce qui se passe à l'antenne, ce qui se passe en coulisses.
02:57Tu as des équipes qui sont déjà présentes.
02:59Tu as celles qu'on essaye d'envoyer.
03:01Et celles qu'on essaye d'envoyer, c'est très compliqué.
03:02L'espace aérien est fermé.
03:04La guerre a commencé.
03:05Donc, c'est un peu le brouhaha.
03:06On essaye, t'es sur une carte, par quels moyens partir, où partir.
03:12Et donc, assez rapidement, on me dit, tu vas partir d'abord dans un premier temps en Turquie.
03:16Donc, on rentre en France.
03:17On repart le lendemain en Turquie.
03:19L'idée, c'était de se rapprocher le plus rapidement possible de la frontière avec l'Iran.
03:24Parce qu'à ce moment-là, on ne sait pas ce qui va se passer.
03:26On est vraiment dans un flou.
03:28On se dit, le régime peut sauter ou pas.
03:31Est-ce qu'il y aura plein de gens qui vont essayer de fuir leur pays ?
03:34On est resté trois jours là-bas.
03:36Mais assez rapidement, on s'est rendu compte qu'il y avait très peu de gens qui fuyaient le pays.
03:40Parce que c'était des Iraniens qui étaient terrorisés et qui restaient pour la plupart chez eux.
03:45Quand ils ont connu les manifestations en janvier dernier,
03:48certains se sont dit, il vaut mieux rester chez soi plutôt que de tenter de fuir le pays.
03:52Et on a eu très peur.
03:53Et donc, au bout du troisième jour, l'idée, c'était de partir au Qatar, à Doha.
04:00Effectivement, la route très compliquée.
04:01On a dû reprendre un vol pour Istanbul.
04:04Arrivé à Istanbul, on ne savait pas encore à ce moment-là qu'on partait à Doha.
04:07Parce qu'il y avait plusieurs hypothèses.
04:09Au début, l'idée, c'était de partir aux Émirats Arabes Unis.
04:12En l'occurrence, Dubaï.
04:13Sauf que du coup, on n'avait pas d'autorisation de tournage.
04:16Donc, très compliqué.
04:17Et on prenait le risque d'y aller sans et de se faire arrêter et de ne pas pouvoir travailler.
04:23Même chose pour Oman.
04:25Et donc, assez rapidement, comme on avait une autre équipe qui était présente depuis quelques jours à Doha,
04:30l'idée, c'était de la rejoindre pour la relever.
04:33Donc, il a fallu, comme l'espace aérien au Qatar est fermé, qu'on passe par l'Arabie Saoudite.
04:37Donc, on a pris un vol direct jusqu'à Riyad.
04:40Et le lendemain, trois véhicules différents pour passer la frontière.
04:45Donc, un long périple, on va être en place.
04:47Mais c'est intéressant parce qu'on ne l'imagine pas forcément.
04:49Quand on vous voit à l'antenne avec le micro, vous êtes en ville, on a l'impression que vous
04:53êtes arrivés comme ça assez facilement.
04:55Et en fait, il y a tout un périple derrière.
04:57Jeanne, toi, c'est pareil.
04:58Tu t'es retrouvée au Liban et c'était absolument pas prévu.
05:01Ah non, c'était absolument pas prévu.
05:03Nous, enfin moi, on m'appelle le samedi.
05:05Je suis en train de rentrer de vacances.
05:06Donc, je suis en famille dans une gare en France.
05:09Je suis en train de me demander un peu ce qui se passe.
05:11Puis en même temps, j'ai les yeux rivés sur le téléphone depuis des heures,
05:13comme je pense à peu près tous les journalistes,
05:15qui, même s'ils ne travaillent pas, se rendent bien compte qu'il se passe un truc de fou.
05:18Et moi, mon chef m'appelle en me proposant à la base de partir aux Émirats arabes unis.
05:22Parce que j'y étais allée un mois avant pour suivre des négociations dans le détroit d'Hormuz
05:25et que, connaissant le pays, il m'a proposé ça.
05:29Donc, je dis OK.
05:30Je rentre à Paris très vite le samedi soir.
05:32Le lendemain, formation sécurité que je fais avec Naoufel
05:35qu'on fait à chaque fois pour se remettre les gestes de base en tête.
05:38Et on prend la direction avec Benjamin Danan, d'abord d'Istanbul,
05:42parce qu'on se rend compte qu'il n'y a pas de vol pour les Émirats arabes unis,
05:44comme on avait fait la première fois.
05:46L'espace aérien est fermé.
05:47Et arrivé à Istanbul, on passe une nuit, la nuit du dimanche au lundi,
05:51on dort à Istanbul et on arrive.
05:53Et pour le coup, on a passé une journée entière à l'aéroport.
05:55Au départ, on se dit, est-ce qu'on passe par Omane ?
05:57On prend la route et on va aux Émirats arabes unis.
05:59On se rend compte que c'est compliqué,
06:00que les autorités omanaises sont extrêmement frileuses
06:02à l'idée de nous faire intégrer le pays,
06:04qu'en plus de traverser la frontière, comment on y va ?
06:06Les voitures de location ne veulent pas qu'on traverse.
06:09Les bus sont arrêtés.
06:10On se rend compte que le périple est compliqué.
06:12Donc pareil, on essaye de trouver des solutions avec la rédaction.
06:15Eux nous disent, qu'est-ce que vous voyez de possible ?
06:19Et puis en fait, le lundi matin,
06:21dans la nuit du dimanche,
06:22très rapidement, le Liban était pareil rentré en guerre
06:25parce que le Hezbollah avait frappé Israël
06:27et Israël avait riposté.
06:28Donc le Liban devient une destination
06:31où il faut aller très rapidement pour raconter ce qui se passe.
06:33Et nous, on voit sur le tableau d'affichage
06:35un vol pour Beyrouth.
06:37Et là, on est à Istanbul.
06:38Et donc, on dit à la rédaction,
06:40nous, on voit un vol pour Beyrouth.
06:41Et il y avait déjà une équipe qui partait de Paris,
06:43mais on n'est jamais trop deux
06:45pour couvrir une journée entière.
06:47Et un territoire aussi vaste.
06:48Et donc, le vol est complet.
06:50Le vol est dans quatre heures, mais il est complet.
06:52Et les autorités là-bas nous disent,
06:54en fait, il faut attendre le dernier moment.
06:56S'il y a des gens qui ne se présentent pas, vous rentrez.
06:57Donc là, commence une attente assez interminable.
07:00D'abord, on nous propose ça.
07:01Moi, je dis, ok, est-ce que j'y vais ?
07:03Est-ce que j'y vais pas ?
07:04Parce qu'il faut vraiment reformater un peu son cerveau.
07:06Je prends dix minutes, je dis, ok, on y va.
07:08Et donc, on attend des heures et des heures.
07:10Et au dernier moment, on nous dit, ok, Banco,
07:12on jette littéralement nos bagages.
07:13Et ils nous disent, courez, le vol va fermer.
07:15Et on court dans l'aéroport d'Istanbul.
07:17Il y a un côté absurde.
07:19On court dans l'aéroport d'Istanbul
07:20pour foncer à Beyrouth, quoi.
07:22Et on arrive le lundi soir à Beyrouth.
07:24Sachant que Beyrouth y était déjà allé
07:27pour couvrir la venue du Pape, je crois.
07:28Oui, l'ambiance à l'arrivée n'est pas du tout la même.
07:31J'imagine, quand t'arrives à l'aéroport,
07:32comment ça se passe déjà ?
07:33T'arrives de jour ou de nuit à Beyrouth ?
07:35Non, on arrive de nuit.
07:36On arrive très tard le soir.
07:37Et on doit attendre pendant une heure et demie
07:39à l'aéroport l'autre équipe
07:40parce que la route étant compliquée
07:42entre l'aéroport et l'hôtel
07:43parce qu'on passe par les quartiers suds
07:44qui sont bombardés.
07:45La décision avait été prise notamment
07:47par la rédaction de
07:47« On s'attend tous et on part tous ensemble ».
07:50Il y avait aussi une équipe d'RMC
07:51qui arrivait très rapidement lorsqu'on arrive.
07:53Donc, il fait nuit.
07:54On a des questions de la part des autorités.
07:57On nous check nos bagages.
07:59Ça, pour le coup, c'est assez classique,
08:00notamment quand on arrive sur un terrain de guerre.
08:03Et là, on entend des tirs en l'air
08:04très rapidement quand on arrive dans le hall.
08:06Donc, ça surprend.
08:08Et on nous dit « Soyez pas surpris,
08:10il va y avoir un bombardement d'ici 15-20 minutes
08:13à côté de l'aéroport ».
08:14Et on dit ça très calmement, très...
08:16Oui, oui.
08:17Enfin, on nous avertit.
08:18Ils avertissent un peu tous ceux
08:18qui sont dans le hall.
08:19Donc, tout le monde, quand même, se regarde.
08:22Il y a un petit moment de flottement.
08:23Et effectivement, très rapidement,
08:24on entend un bombardement
08:25parce qu'un bâtiment avait été ciblé
08:27par l'armée israélienne.
08:28Ils avaient indiqué qu'ils allaient frapper
08:29à cet endroit-là.
08:30Et ça se trouvait pendant l'aéroport.
08:32Et on entend très nettement de bombardements.
08:33Et c'est vrai que comme première impression,
08:34lorsqu'on arrive dans le pays,
08:36on est vraiment direct plongé
08:38dans l'actualité, quoi.
08:39Et l'aéroport n'est pas très loin
08:40en plus de la banlieue sud.
08:42Il est collé à la banlieue sud, pour le coup.
08:43Il appartient vraiment à la banlieue sud.
08:45Et c'est ça qui est assez fou.
08:46C'est que cet aéroport continue à fonctionner.
08:48C'est le seul aéroport
08:49qui continue à fonctionner dans la région.
08:51C'est un des rares.
08:52Et il y a une compagnie
08:53qui continue à faire ses rotations.
08:55C'est la compagnie libanaise
08:55qui, coûte que coûte,
08:58continue à voler.
08:59Et te dire que tu as pu atterrir
09:00dans ces conditions-là aussi, c'est...
09:01C'est vrai que sur le coup,
09:02quand on arrive,
09:03il y a un petit moment de...
09:04Il y a une espèce de sentiment
09:05un peu étrange.
09:06On regarde quand même par le hublot.
09:08On se pose un peu des questions.
09:10On se dit...
09:12Comment ça va se passer, l'arrivée ?
09:13Forcément, il y a un petit côté.
09:15Après, il n'y a aucun avion
09:16qui a été victime d'un bombardement.
09:18Mais sur le moment,
09:20c'est vrai qu'on regarde,
09:20on est curieux.
09:21On regarde et tout de suite,
09:22on essaye de capter des images.
09:23Après, je pense que c'est
09:24une des formations professionnelles.
09:25Mais est-ce qu'on voit
09:26les bombardements depuis l'avion ?
09:27Est-ce que c'est la première chose
09:28qu'on voit en arrivant ou pas ?
09:29Et pour le coup,
09:29c'est la première chose
09:30qu'on a entendue, nous.
09:31Et toi, Philippine,
09:36ce 28 février ?
09:38C'était déjà une semaine
09:39qu'on était sur place
09:39dans Tel Aviv.
09:40Donc, tous les jours,
09:41on faisait quand même
09:41quelques duplexes
09:42pour parler des tensions
09:45qui étaient quand même évidentes.
09:48Mais il y avait plein de questions
09:49encore en suspens.
09:52Chaque soir, on se disait
09:53est-ce que c'est cette nuit ?
09:55On ne savait pas.
09:56Mais on était préparés, en tout cas,
09:58à être réveillés dans la nuit,
09:59quoi qu'il arrive,
10:00et d'être opérationnels
10:01le plus rapidement possible.
10:04Mais oui, oui.
10:05En fait, je me souviens
10:06que le vendredi soir,
10:07on se dit
10:08on le sent quand même
10:09pour ce week-end.
10:10On l'a senti.
10:11Et donc, du coup,
10:12quand on se couche le vendredi soir
10:13et qu'à 7h,
10:15nous, il était 8h,
10:167h heure française,
10:178h heure locale,
10:208h15, je crois exactement.
10:228h15,
10:23presque l'alarme,
10:24je n'étais pas surprise.
10:25Mon cerveau s'y attendait.
10:26Oui, tu étais préparée,
10:27tu étais conditionnée à ça un petit peu.
10:29Oui.
10:29Ça faisait tous les soirs,
10:30chaque soir,
10:31mon matériel était prêt
10:32devant ma porte,
10:33ma caméra prête,
10:34le fil avec la vie ouest,
10:36la vie ouest qui nous permet
10:37de retransmettre nos images en direct
10:39ou faire des duplex en direct,
10:41mes chaussures
10:42et mon petit sac à dos,
10:43ma bouteille d'eau
10:44prête à partir.
10:45Tous les soirs,
10:46c'était prêt.
10:46Et donc,
10:47quand je suis réveillée à 8h
10:48par mon téléphone qui sonne
10:50et l'alarme,
10:51il n'y avait pas d'alarme avant ?
10:52On a eu une pré-alerte
10:54sur notre téléphone.
10:55Donc ensuite,
10:56il y a quelques minutes
10:57avant qu'il y ait
10:58l'alarme dans les airs.
11:01Mais donc oui,
11:02là,
11:02je sors de ma chambre
11:03toute équipée,
11:04on se croise avec Igor
11:05et on dit ça y est,
11:05c'est maintenant.
11:06Donc on descend à l'abri
11:07directement.
11:08Et là,
11:08s'en suit une très longue journée
11:09avec la riposte de l'Iran
11:11le soir.
11:12On a des images
11:13que je voulais vous montrer.
11:14Ça,
11:15c'est les images le soir,
11:15il me semble.
11:16Vous vous retrouvez
11:17dans un abri,
11:18vous êtes dans un parking
11:20et quelques minutes après,
11:21vous allez sortir de ce parking
11:23et vous passez quasiment
11:24en direct tout de suite.
11:25C'est en plein cœur
11:26de Tel Aviv
11:27qu'un missile balistique iranien
11:29a atterri
11:30dans ce quartier.
11:32Il y a encore
11:33des lances à eau
11:34des pompiers israéliens
11:35qui sont en train
11:36de travailler
11:37pour éteindre
11:38un incendie.
11:39Donc là,
11:40pour bien comprendre
11:40l'incendie,
11:41il a eu lieu
11:42juste à côté
11:43de là où vous étiez.
11:45Oui.
11:45En fait,
11:46il faut savoir
11:46que c'était compliqué
11:47sur cette journée
11:47parce que
11:49la première alerte,
11:51en fait,
11:51on est à l'hôtel.
11:53Et donc,
11:54on se met à l'abri,
11:55on sort de l'abri
11:56une vingtaine de minutes plus tard.
11:57Évidemment,
11:57on fait notre premier direct
11:58dans la rue.
12:00Enfin,
12:01j'étais déjà connectée,
12:02la caméra était déjà connectée
12:03à la V-Ouest
12:04pour qu'on fasse le direct
12:04le plus rapidement possible,
12:05etc.
12:06On est en direct.
12:07Je crois qu'on arrête
12:08le duplex,
12:09il y a de nouveau une alarme
12:10et en fait,
12:11je pense qu'il y a eu ça
12:12pendant à peu près
12:12trois, quatre heures.
12:13Vous avez enchaîné
12:14les directs
12:15de la zone de notre hôtel.
12:19Donc,
12:20au fur et à mesure
12:21de la journée,
12:21on essayait
12:21de s'écarter de notre hôtel
12:22pour essayer d'aller
12:23questionner des Israéliens,
12:25essayer d'aller voir
12:25d'autres places
12:26et en fait,
12:27le soir,
12:28on arrive,
12:28il y a une accalmie,
12:29je pense,
12:30de peut-être une heure
12:31et on arrive à aller
12:32grâce à notre fixeur.
12:33Donc,
12:33le fixeur,
12:34c'est notre guide sur place,
12:35notre traducteur
12:36qui connaît très bien le pays,
12:37qui est israélien,
12:39qui nous dit,
12:39écoutez,
12:40il y a un spot
12:41à Tel Aviv,
12:42c'est un parking
12:42qui est extrêmement,
12:43enfin,
12:44qui est très bien connu
12:45à Tel Aviv,
12:46qui est très safe,
12:48sécurisé.
12:49Tous les Israéliens
12:50se retrouvent là-bas
12:50et campent,
12:51mettre des matelas,
12:52mettre des sacs de couchage.
12:53Nous,
12:53on dit,
12:53évidemment,
12:54on va aller là-bas,
12:55on va rencontrer du monde,
12:56on va pouvoir faire des interviews,
12:57alimenter nos duplexes
12:58et en effet,
12:59on arrive,
13:00je crois qu'on fait un duplex
13:02et il y a eu une alarme
13:03alors qu'on voulait sortir
13:04donc on décide de rester
13:05évidemment à l'intérieur
13:07et là,
13:08en effet,
13:08on sent,
13:10on entend le bombardement
13:11et on le sent même
13:13dans le parking.
13:14Je crois qu'on était
13:14au moins 4 ou au moins 5
13:15quand même,
13:16donc on était quand même
13:16très bien abrités
13:18et donc on sort,
13:19notre fixeur
13:20vérifie très rapidement
13:21où est-ce que ça s'est passé,
13:22etc.
13:23Et en fait,
13:23on se rend compte
13:24que c'est à 5 minutes à pied
13:25de nous
13:26et donc là,
13:27on court,
13:28on court avec le matériel
13:30et en fait,
13:30on ne comprend pas trop
13:31ce qui s'est passé.
13:32On a juste entendu un bruit,
13:33on sait où c'est tombé
13:34mais on ne sait pas
13:34ce qu'on va découvrir.
13:36donc oui,
13:37on arrive
13:37et en fait,
13:39oui,
13:40le missile
13:41était tombé
13:42dans la rue
13:42et donc a endommagé
13:44plusieurs bâtiments
13:44et notamment un bâtiment
13:45qui a pris feu
13:46et où il y a eu
13:47de nombreux blessés
13:48et une personne décédée.
13:50Et dans ces moments-là,
13:51peut-être plus Jeanne
13:52ou Naoufelle,
13:53il faut être prêt
13:53à passer à l'antenne
13:54en direct,
13:55pouvoir faire état
13:56de la situation,
13:57c'est-à-dire qu'il faut déjà
13:58avoir une très bonne connaissance
13:59de la situation sur place,
14:01de la ville,
14:01du contexte
14:02et il faut pouvoir tenir
14:03comme ça parfois
14:03de longues minutes.
14:05Comment on se prépare à ça ?
14:07Je pense qu'on ne se prépare pas.
14:09En fait,
14:10je pense qu'on ne se prépare pas
14:11et on est conditionnés
14:12et l'un et l'autre à...
14:14Enfin,
14:15Philippine,
14:15elle est conditionnée
14:16à pouvoir d'un coup
14:17dégainer sa caméra
14:18et montrer tout de suite
14:18ce qu'il faut voir
14:19et moi,
14:19je trouve qu'ils ont une façon
14:20de...
14:21Je n'ai même pas commencé
14:22à absorber des images
14:23que Philippine,
14:23elle en a déjà tourné 18.
14:25Ils ont une rapidité
14:26d'exécution qui est dingue
14:28et je pense que nous...
14:29En tout cas,
14:30moi,
14:30c'est ma manière de travailler.
14:31Je récupère un maximum
14:32dans ma tête
14:32d'images,
14:33de sensations.
14:34J'essaye de parler
14:35avec 3-4 personnes
14:36et surtout,
14:37je me fais confiance.
14:40C'est-à-dire que
14:41je raconte ce que je sais
14:42et ce que je ne sais pas.
14:43Et je trouve que
14:44tout est une information.
14:45Je sais que c'est tombé,
14:47je vois les choses,
14:47voilà ce que je vois,
14:48voilà ce que je perçois,
14:49voilà ce qu'on m'a dit,
14:50voilà ce qu'on ne sait pas
14:50et voilà pourquoi
14:51c'est potentiellement
14:52la panique sur place.
14:53Et je pense que
14:54de se mettre parfois
14:55à hauteur de témoins
14:56et devenir plus témoin
14:57que journaliste,
14:59c'est tout aussi important
15:01et que parfois,
15:02il vaut mieux
15:02se mettre à hauteur de témoins
15:03et ne pas aller trop loin
15:05dans les supputations
15:06et je trouve que
15:07parfois,
15:07il y a un écueil
15:08de vouloir trop raconter
15:09des choses qu'on ne sait pas,
15:10qu'on ne maîtrise pas.
15:11Il faut savoir dire
15:11je ne sais pas parfois.
15:12Et c'est toute la difficulté
15:13dans ce genre de situation.
15:15Moi, je pense effectivement,
15:16il faut qu'on reste témoin.
15:18On est vraiment
15:19le témoin de la situation.
15:21On raconte ce que l'on voit
15:23mais il ne faut pas tomber
15:24dans le piège
15:24de surinterpréter.
15:25Dans ce genre de situation,
15:26il y a beaucoup de gens,
15:28il y a l'inquiétude
15:29à la fois des gens
15:30qui t'entourent
15:30à la fois une inquiétude
15:31qui peut être propre.
15:33Toi aussi,
15:33tu peux avoir peur,
15:34tu ne sais pas ce qui se passe,
15:35tu essaies de comprendre
15:36et je pense que le piège
15:38parfois,
15:38c'est de surinterpréter,
15:40de raconter des choses
15:41parce que du coup,
15:42quelqu'un a pensé
15:44ou a vu,
15:45enfin,
15:45pense avoir vu quelque chose
15:46et donc du coup,
15:47le répéter bêtement.
15:49Donc,
15:49dans ce genre de situation,
15:50effectivement,
15:50on marche sur,
15:51je pense qu'on marche sur un fil,
15:52il faut rester journaliste
15:54jusqu'au bout.
15:55Donc, effectivement,
15:56témoin raconté
15:57ce que l'on sait,
15:58ce que l'on voit
15:58et ce que l'on ne sait pas aussi.
16:00S'autoriser à dire
16:01je ne sais pas.
16:01Bien sûr.
16:02Et sourcer tout.
16:02C'est une information.
16:03Toutes les informations
16:04qu'on donne en tout cas,
16:06moi,
16:06j'ai pris,
16:07je pense comme tout le monde,
16:09je source tout.
16:11Voilà qui m'a dit quoi,
16:12voilà ce que je sais
16:13de sources sûres,
16:14c'est-à-dire les sources officielles,
16:16voilà ce que disent
16:16les médias locaux,
16:17ce qui sont souvent
16:18nos relais très importants,
16:19notamment dans ce genre
16:20d'informations.
16:22Igor et Philippine
16:23de leur côté,
16:24citaient beaucoup
16:25la chaîne N12
16:25qui est la chaîne israélienne
16:26qui est très vérifiée,
16:30qui a de bonnes sources
16:31sur place
16:31et donc,
16:32voilà comment source.
16:33Moi,
16:33du côté libanais,
16:34c'était beaucoup
16:35l'Orient le jour,
16:36certains médias locaux
16:37où on sait
16:38qu'ils ont de bonnes sources,
16:39qu'ils sont très bien informés
16:40et qu'ils auront
16:41des informations
16:41bien avant nous.
16:43Mais voilà,
16:43sourçons,
16:44osons dire que ce n'est pas
16:45notre info,
16:46en fait,
16:46que l'information
16:47vient des médias locaux.
16:48Voilà ce que m'ont dit
16:49les témoins sur place.
16:51Mais parfois,
16:52employer le conditionnel,
16:53ça ne fait pas de nous
16:54des mauvais journalistes,
16:55au contraire.
16:55Je trouve que c'est bien
16:56de dire,
16:57voilà,
16:57pour le moment,
16:58ce qui est sûr,
16:59voilà ce que je vois,
17:00voilà ce que je sens,
17:01vraiment utiliser
17:01tous nos sens,
17:02voilà ce que je perçois
17:03comme tension
17:05et vraiment raconter une histoire.
17:06On est là pour raconter une histoire
17:07comme si j'avais quelqu'un
17:08de mon entourage au téléphone
17:09et que je lui dis,
17:10voilà de quoi je viens
17:11d'être témoin
17:11et en même temps,
17:12de raconter,
17:13parce qu'on a aussi
17:13notre travail de journaliste,
17:14mais il faut laisser avoir
17:16et il faut laisser percevoir surtout.
17:18L'histoire,
17:18elle s'écrit au moment
17:19où t'en parles aussi.
17:20Oui.
17:20Ça évolue.
17:21C'est là où on voit
17:22le travail d'équipe
17:23parce que nous,
17:24quand on filme
17:26les GRI,
17:29en fait,
17:29on voit ce qu'on filme,
17:31mais notre champ de vision,
17:32finalement,
17:32il est quand même très réduit.
17:34C'est-à-dire que là,
17:35je marche dans la rue,
17:36je filme ce qu'il y a devant moi.
17:39Et en fait,
17:40le fait d'avoir dans notre oreille
17:41le rédacteur qui est avec nous
17:42qui parle dans le micro,
17:44finalement,
17:44le duplex,
17:46nous nous permet
17:46de savoir vers quoi
17:47on va se tourner aussi.
17:50Si là,
17:50Igor,
17:50par exemple,
17:51sur ce duplex-là
17:53continue à marcher,
17:53bon,
17:53je sais que peut-être
17:54il a vu quelque chose,
17:55il veut aller voir plus loin,
17:56donc je vais l'accompagner.
17:58Et en fonction de ce qu'il dit,
17:59ça me permet de savoir
18:00vers où je vais pouvoir
18:00tourner ma caméra
18:02et pour renforcer un petit peu
18:04ce que vous pouvez dire
18:05en fait dans le duplex-là.
18:06Un duplex,
18:07ça se fait à deux
18:07et moi parfois,
18:08et Benjamin,
18:09très vite,
18:09il me dit comment je veux
18:10qu'on travaille
18:10parce qu'il faut vraiment
18:11pour le coup,
18:12surtout sur ce terrain-là,
18:13se mettre d'accord
18:14et qu'il y ait une cohésion
18:14qui se fasse très rapidement
18:15dans un duo
18:16ou dans un trio,
18:17ça dépend.
18:18Et moi,
18:19il m'a dit,
18:19n'hésite pas,
18:20même pendant le direct,
18:21presque à m'interpeller.
18:22Et c'est vrai que par moments,
18:23je dis,
18:23et en fait,
18:23j'ai demandé à Benjamin
18:24de venir avec moi
18:24parce que regardez
18:25ce qui est en train de se passer
18:26et ça plusieurs fois,
18:27j'ai vu parce que
18:28c'était en train de se passer
18:28et comme il est fixé sur
18:29il y a tellement de choses
18:31à gérer,
18:31sur il faut que je reste stable,
18:32il faut que je montre ça,
18:33il faut que je fasse attention à ça,
18:35que moi je dis,
18:35regardez,
18:36en fait,
18:36venez,
18:37mais en disant venez,
18:38je dis presque à Benjamin,
18:39viens avec moi
18:39parce que Benjamin,
18:41pour moi,
18:41c'est les téléspectateurs.
18:42Et donc lui,
18:43il le perçoit très bien
18:44et donc,
18:45il y a parfois,
18:46limite,
18:46je le prends
18:48par le sac à dos
18:48ou je l'embarque avec moi
18:50mais parce que lui-même
18:51m'a demandé de faire ça
18:52et c'est vrai que ça nous permet
18:53d'avancer ensemble
18:54et de raconter une histoire
18:55et je découvre parfois
18:57en direct des trucs
18:59et je m'autorise
19:01à être assez,
19:03pas chamboulée
19:03mais c'est vrai que
19:04à dire,
19:05mais en fait,
19:05c'est complètement dingue
19:06ce que je suis en train de voir
19:07et il faut avoir une manière
19:08de le dire
19:08pour le retranscrire
19:11et montrer,
19:11bon ben,
19:12regardez là ce qui est en train
19:13de se passer
19:13et regardez un peu plus bas
19:14pour que dans,
19:16allez,
19:16en une minute et demie,
19:17deux minutes de duplex,
19:18on ait raconté
19:19toute notre histoire.
19:20J'ai pas mal fouillé aussi
19:21un petit peu dans vos rushs,
19:22c'est-à-dire dans tout ce que
19:23vous envoyez dans toutes
19:24les vidéos
19:25pour essayer vraiment
19:26de comprendre
19:26comment vous travaillez
19:27et surtout dans ce cadre
19:29où il y a beaucoup d'alertes,
19:30notamment toi Philippine
19:31avec Igor
19:31et j'ai cet extrait
19:32où vous n'êtes pas encore
19:33à l'antenne,
19:34je pense que c'est 5-10 secondes
19:35avant d'être à l'antenne
19:36et on entend les sirènes
19:37et je trouve qu'on se rend
19:38beaucoup plus compte aussi
19:39de la difficulté
19:40de travailler
19:40entre ces sirènes,
19:41je vous propose
19:42de regarder ça.
19:44Ouais,
19:44je t'entends,
19:45ouais,
19:45j'ai une alerte.
19:46On peut faire un live
19:47maintenant si tu veux,
19:48c'est une pré-alerte
19:48mais il faut que ce soit
19:49maintenant,
19:50mais c'est juste qu'il faut
19:50qu'on sache où on va
19:51après.
19:52On va où ?
19:53Ifrat,
19:54do you know
19:55where we can go ?
19:57Here ?
19:58Nous partons tout de suite
19:59sur le terrain à nouveau
20:00en Israël,
20:01à Tel Aviv
20:02pour aller retrouver
20:02nos équipes sur place.
20:03Igor Saïri,
20:04vous êtes avec Philippine David
20:06où les sirènes
20:07sont encore en train
20:08de retentir
20:09alors qu'un missile
20:10s'est abattu sur Israël
20:11tout à l'heure.
20:14Ouais,
20:15nous sommes en pré-alerte
20:16en réalité,
20:16donc les sirènes
20:17dans le ciel de Tel Aviv
20:19ne retentissent pas encore.
20:20En fait,
20:21l'idée,
20:21ce n'est pas juste
20:22d'avoir un direct
20:23de raconter ce qui se passe,
20:23c'est aussi de penser
20:24à ce qui va se passer après
20:25et avec ces alertes
20:26qui j'imagine
20:27n'étaient hyper récurrentes.
20:28Oui,
20:29il y a eu beaucoup d'alertes.
20:29On en a compté d'ailleurs
20:31pour un ordre d'idée,
20:32en dix jours,
20:33on a eu 86 à Tel Aviv.
20:36Donc,
20:37ça fait entre 8 et 9 alertes
20:38par jour.
20:38En fait,
20:39on ne se rend pas compte
20:39mais c'est énorme.
20:40Donc,
20:40ça fonctionne,
20:41il y a une pré-alerte
20:41donc on reçoit sur nos téléphones
20:43une notification
20:44qui nous dit
20:45attention,
20:45mettez-vous près d'un abri
20:47dans quelques minutes,
20:49on va vous alerter
20:50qu'il y a une menace imminente
20:52et à partir du moment
20:53où il y a cette deuxième alerte,
20:54on a 1 minute 30
20:56pour vraiment être à l'abri.
20:59Donc,
20:59il y a quand même,
21:00là on voit sur les images,
21:01on a un laps de temps
21:02pour penser à ce qu'on va faire
21:04pour l'antenne,
21:05le duplex,
21:06mais aussi nous mettre en sécurité
21:07et donc là,
21:08on le voit très bien,
21:09c'est qu'il y a une pré-alerte
21:10sur nos téléphones,
21:11on sait que dans quelques minutes
21:12il y a une menace imminente,
21:13en plus on est sur le lieu
21:14d'une frappe
21:15et donc Igor s'assure
21:17avec le fixeur
21:18qu'on ait un abri
21:20très proche
21:20pour qu'on puisse,
21:22si ça retentit dans les airs,
21:24si l'alarme retentit dans les airs,
21:25qu'on puisse se mettre à l'abri
21:26le plus rapidement possible.
21:27Oui,
21:27la priorité,
21:28c'est la sécurité
21:28avant l'antenne,
21:29avant les directs.
21:30Jeanne,
21:31comment ça se passait,
21:31toi de ton côté au Liban,
21:33au niveau des alertes ?
21:34Alors,
21:34pas de pré-alerte,
21:35pas d'alerte,
21:36pas grand chose,
21:37pour être honnête.
21:38Nous,
21:39de notre côté,
21:40en fait,
21:40l'armée israélienne,
21:42la plupart du temps
21:43et pas tout le temps,
21:45ciblait avant de frapper,
21:47indiquait via les réseaux sociaux,
21:48notamment,
21:48parfois des bâtiments,
21:49en disant,
21:50attention,
21:51on va frapper ce bâtiment,
21:51éloignez-vous à 300 mètres,
21:53donc on savait à peu près
21:53où ça allait se passer.
21:55Et puis,
21:55il y a eu des moments
21:56où il y a eu des frappes,
21:57je pense notamment à Beyrouth,
21:59mais aussi dans la BK,
22:00dans l'est du pays
22:01ou dans le sud,
22:02mais là,
22:02on n'en a pas été témoin direct,
22:03nous,
22:03on est beaucoup restés à Beyrouth
22:04avec Benjamin,
22:05parce qu'on était vraiment
22:05dans les premiers temps.
22:07Et là,
22:08il y a eu des frappes
22:11qui n'avaient pas été indiquées,
22:12qui n'avaient pas été averties auparavant,
22:14et d'un coup,
22:15ils ont frappé,
22:16alors soit une chambre d'hôtel,
22:17soit des bâtiments,
22:19donc dans des quartiers
22:19qui n'avaient pas été visés,
22:20ce qui d'ailleurs avait créé
22:21une espèce de psychose
22:22dans la ville
22:23où ils se disaient
22:24mais en fait,
22:24on peut être frappé partout,
22:25surtout que souvent,
22:26c'était des quartiers
22:26où les réfugiés étaient venus
22:27se mettre à l'abri,
22:28donc du coup,
22:29ils avaient vraiment une impression
22:30de que ça peut être partout
22:32tout le temps.
22:32Et il n'y a pas d'alerte,
22:33en fait,
22:34il n'y a pas d'alerte,
22:35on entend des tirs en l'air,
22:36c'est le Hezbollah souvent
22:36qui tire en l'air
22:37pour ceux qui n'ont pas
22:38forcément d'accès à Internet
22:39pour dire attention,
22:40qu'il faut évacuer.
22:41Ça, on a compris très vite
22:42que c'était ça
22:43et après,
22:43en fait,
22:44on ne sait pas
22:44quand est-ce que ça peut frapper.
22:47Parfois,
22:47il y a des tirs d'avertissement
22:48d'Israël,
22:49on dit,
22:50attends,
22:50ça a bombardé,
22:50mais en fait,
22:51on se rend compte
22:51que ce n'est pas vraiment
22:52un bombardement,
22:53c'est un tir d'avertissement
22:55et après,
22:56ça bombarde.
22:57Et tu t'étais retrouvé
22:58près de l'aéroport,
22:58il me semble,
22:59où il y a eu
23:00un ordre d'évacuation
23:01et là,
23:02tu te retrouves dans les bouchons,
23:03enfin,
23:03j'ai eu cette image
23:04de bouchons d'un coup
23:05qui se forment,
23:06de tombent.
23:06il y a eu un moment,
23:07c'est vraiment un moment
23:08de flottement,
23:08mais même pour nous,
23:09je pense,
23:09c'est un des rares moments
23:11où on a eu un peu peur
23:15parce qu'en fait,
23:15l'armée israélienne
23:16indique qu'il faut évacuer
23:18quatre quartiers entiers
23:19du sud de Beyrouth.
23:20C'est un ordre d'évacuation
23:21qui est inédit,
23:22ça n'a jamais été aussi large
23:23et sur le coup,
23:24je me souviens de notre fixeuse
23:25qui nous le dit
23:26et puis qui répète
23:27et qui dit,
23:28mais attends,
23:28est-ce que j'ai bien compris ?
23:31Je lui dis,
23:32non,
23:32c'est quatre quartiers
23:33et en fait,
23:34petit à petit,
23:34ça se propage
23:35et on se rend compte
23:36qu'on est sur la corniche,
23:37on est sur le bord de mer
23:38et on se rend compte
23:39que d'un coup,
23:39les gens paniquent
23:40en se disant,
23:41mais attends,
23:42le quartier,
23:43il est là.
23:44En fait,
23:44on est collé
23:45à l'un des quartiers
23:46et donc nous,
23:46très vite,
23:47je me dis,
23:47ok,
23:47il faut qu'on s'en aille.
23:49Un,
23:49il faut qu'on se mette
23:49en sécurité.
23:50Deux,
23:51si effectivement,
23:52parce que sur le coup,
23:53on imagine
23:53des frappes hyper intenses,
23:55on ne sait pas vraiment
23:57à quoi s'attendre
23:57puisque c'est inédit.
23:59Donc on se dit,
23:59il va falloir qu'on se mette
24:00en position
24:00de pouvoir raconter
24:01ce qui se passe,
24:01donc de voir ce qui se passe
24:02et de raconter ce qui se passe
24:03tout en étant nous-mêmes
24:04à l'abri.
24:05Et donc,
24:05on se retrouve sur la route
24:06mais on a tous,
24:07enfin,
24:08tous les quartiers
24:08sont en train d'évacuer,
24:09tout le monde est en train
24:10de s'éloigner
24:11et on se retrouve
24:11dans des bouchons monstrueux
24:12et on n'avance pas en fait.
24:14On n'avance pas
24:14et donc,
24:16moi,
24:16je me dis que
24:16le meilleur moyen
24:17est de garder mon calme
24:18et d'être utile
24:19c'est de travailler
24:20et donc je me mets
24:20à faire des directs
24:21au téléphone dans la voiture.
24:22Et à aucun moment
24:24vous vous êtes dit
24:24on va évacuer la voiture,
24:25on va finir à pied
24:26ou enfin,
24:26que faisaient les gens autour ?
24:28Un peu tout et n'importe quoi.
24:30Il n'y avait plus de feu rouge,
24:31il n'y avait plus grand chose
24:32pour être honnête,
24:33chacun y allait un peu,
24:34c'était vraiment la panique
24:36pour le coup.
24:36C'est un des rares jours
24:37où ça a été autant la panique
24:39à Beyrouth
24:39parce que c'est quand même
24:40une population
24:40qui est habituée aux frappes
24:41et habituée à la guerre
24:42depuis tellement d'années
24:43qu'il y a une résilience
24:44qui est assez incroyable
24:45dans la population libanaise
24:47mais là vraiment
24:47c'est la panique.
24:49Il y a des moments
24:50un peu de flottement
24:51et nous à un moment
24:52on n'est pas trop loin
24:53de l'hôtel.
24:53Je regarde avec Benjamin
24:55sur le téléphone,
24:56je me dis écoute
24:57on n'est pas trop loin,
24:58là de toute façon
24:58on n'avance plus,
24:59la voiture elle est bloquée,
25:01on s'en va,
25:02on sort de la voiture
25:03et on court.
25:04Et on se met à courir
25:05avec moi j'ai le matériel,
25:07Benjamin prend le matériel
25:09de sécurité
25:09qui est extrêmement lourd
25:10et en fait
25:11on se retrouve
25:11à un escalier immense
25:13et je me souviens
25:13de Benjamin
25:13qui regarde
25:14vraiment l'Everest
25:16et il dit ok c'est parti
25:17il prend la valise
25:18sur son dos
25:18et il court dans l'escalier
25:20et moi je suis avec le matériel
25:22et on sprint en fait
25:23parce qu'il y a
25:24et le côté
25:24il faut qu'on se mette
25:25à l'abri vite
25:25comme ça ça va
25:26déjà il y a ça
25:27qui va redescendre
25:28et puis il va falloir
25:28qu'on se mette à travailler
25:30parce qu'on ne sait pas
25:30quand est-ce que les frappes
25:31peuvent intervenir
25:32ça peut intervenir dans 10 minutes
25:33dans un quart d'heure
25:35et il faut qu'on soit prêt.
25:36Jeanne toi tu étais donc
25:37à Beyrouth au Liban
25:39Naoufel tu étais à Doha
25:41au Qatar
25:42en quasiment même temps
25:43je crois
25:43si je ne dis pas de bêtises
25:45et quand on regardait
25:46tes directs
25:47on avait l'impression
25:47qu'il n'y avait pas la guerre
25:49à Doha
25:49on avait l'impression
25:50qu'on était
25:51à l'autre bout du monde
25:52que tout se passait bien
25:53comment tu as fait
25:54pour raconter la guerre
25:55dans un pays
25:55qui ne veut pas la montrer ?
25:56c'est une guerre
25:57qui est complètement différente
26:00de ce que toi tu as connu au Liban
26:02ce que toi tu as connu en Israël
26:06alors du coup
26:07sur les alertes
26:08nous c'était des alertes
26:09qu'on recevait sur nos téléphones
26:10de manière quotidienne
26:12et donc là c'est les autorités
26:14qui t'avertissent
26:14qu'il faut absolument
26:15te mettre en sécurité
26:16il n'y a pas d'abri
26:18comme tu peux avoir en Israël
26:20donc l'idée c'était
26:21de se mettre à l'abri
26:21dans des hôtels
26:23dans des bâtiments fermés
26:26et l'avantage c'est que
26:28en tout cas c'est la volonté
26:30des autorités qataris
26:31qui revendiquent le fait
26:32que la défense anti-aérienne
26:34fonctionne tout le temps
26:35presque parfaitement
26:37donc t'entends plusieurs fois
26:39des explosions
26:39et on t'explique
26:40quelques minutes après
26:41que les autorités qataris
26:44ont intercepté
26:45X nombre de drones
26:46en provenance d'Iran
26:47X nombre de missiles
26:49oui c'est une guerre
26:52qui est complètement
26:53complètement différente
26:54parce que le qatar
26:55les émirats arabes unis
26:56tous ces pays à vrai dire
26:57du golfe
26:59ce sont des pays
27:00qui ces dernières années
27:04ont commercialisé
27:05ou en tout cas
27:05mis en avant
27:06de plus en plus
27:06le fait que ce soit
27:07des pays sûrs
27:08des pays très sécures
27:10où il fait bon vivre
27:12où le tourisme
27:15est un excès
27:16ils vivent beaucoup du tourisme
27:18exactement
27:18on essaie d'attirer les gens
27:20pour le tourisme
27:20et donc du coup là
27:22c'est une très mauvaise image
27:23c'est une très mauvaise image
27:25de ces pays là
27:25qu'on montre
27:26parce que c'est des pays
27:27qui sont malgré tout
27:28vulnérables
27:29parce que parfois
27:30ces drones
27:31ces missiles
27:33peuvent tomber
27:33et des sites
27:35peuvent être endommagés
27:36en l'occurrence
27:37c'était le cas
27:37à plusieurs reprises
27:38donc il faut
27:39encore une fois
27:40marcher sur le fil
27:41essayer de comprendre
27:42prendre du recul
27:43comprendre ce qui est
27:44en train de se passer
27:45il y a ces attaques
27:46il y a ce qu'on nous dit
27:46il y a ce qu'on ne nous dit pas
27:49et donc il faut essayer
27:50de prendre du recul
27:51et de raconter un petit peu
27:52que c'est une guerre
27:54qu'il y a ce que nous disent
27:56les autorités
27:57les autorités qataris
27:58les autorités émiratis
27:59et il y a aussi
28:00ce qui se passe
28:01à côté
28:02mais on est sur de la télé
28:03donc il faut toujours
28:04de l'image
28:05tu étais accompagné
28:06de Valentin Rivoli
28:08comment on fait
28:09pour montrer quelque chose
28:10que le pays ne veut pas
28:11que tu montres
28:11parce qu'ils ont été
28:13il y a eu beaucoup de répression
28:14aussi
28:14il y a eu beaucoup d'avertissement
28:15sur les réseaux sociaux
28:16ça a commencé avec les influenceurs
28:18mais ça visait aussi
28:19les habitants
28:19les journalistes
28:20les expatriés
28:21si vous diffusez
28:22de fausses informations
28:23après qui va juger
28:25si c'est des fausses informations
28:26ou non
28:26vous risquez de la prison
28:28ou une amende
28:28comment on fait pour travailler
28:29dans ce cas là
28:30est-ce que tu as une autorisation
28:31est-ce que
28:31si on prend l'exemple
28:32du Qatar
28:33où on était
28:34pendant près de deux semaines
28:35nous on avait une autorisation
28:36ce qui nous permettait
28:37relativement de travailler
28:38relativement parce que
28:39on était
28:40on avait le droit de travailler
28:41uniquement dans certains endroits
28:43certaines rues
28:43la corniche
28:44on n'avait pas refilmé
28:45le souk
28:46on avait le droit
28:47d'interroger les gens
28:48en revanche
28:49on ne pouvait pas forcément
28:50leur poser des questions
28:50sur la situation
28:52sur leur peur
28:54leur crainte
28:55donc c'était
28:56c'était assez compliqué
28:57mais on pouvait
28:57relativement travailler
28:58en revanche
28:59au Qatar
28:59et comme dans
29:00plein d'autres pays
29:01du Golfe
29:03c'est le cas de Dubaï
29:03des Émirats Arabes Unis
29:05d'Omane
29:06du Koweït
29:06il y avait interdiction formelle
29:08à la fois pour nous
29:09journalistes
29:10mais également pour
29:10les civils
29:11de filmer
29:12des bâtiments militaires
29:14des frappes
29:15également quand
29:15ces images
29:17qu'on voit
29:17de missiles
29:18qui traversent
29:19le pays
29:20des sites
29:20des bâtiments
29:21qui ont été endommagés
29:22par les frappes iraniennes
29:23interdiction formelle
29:25de la part de ces pays
29:26de les filmer
29:27et de les mettre
29:29de les publier
29:30sur les réseaux sociaux
29:30sous peine
29:31d'amende
29:31d'emprisonnement
29:32ce qui a été le cas
29:33pour plusieurs
29:34ressortissants étrangers
29:35des français
29:36qui ont été arrêtés
29:36aussi à Dubaï
29:38pour avoir diffusé
29:39ces informations
29:39donc nous c'est très compliqué
29:40parce qu'on entend
29:41ces explosions
29:43les autorités
29:44qui arrivent
29:44vous disent
29:45il y a eu
29:45interception
29:46d'une dizaine
29:47de drones
29:48une dizaine
29:48de missiles
29:49mais on ne vous dit pas
29:50quel site a été
29:51visé
29:52parce qu'il y a des débris
29:53qui sont tombés
29:54qui ont endommagé
29:55à certains endroits
29:56donc on essaie
29:57de fouiller
29:57à travers les réseaux sociaux
29:59d'essayer de comprendre
30:00mais quand on interroge les gens
30:01les gens ont peur aussi
30:02les gens n'osent pas forcément
30:03nous dire
30:05ça m'avait frappé
30:06parce qu'à plusieurs reprises
30:07on avait fait un sujet
30:08justement sur
30:09pourquoi les pays du Golfe
30:11ne ripostent pas
30:12parce que c'est des pays
30:13qui sont
30:14qui ont été largement
30:15attaqués
30:16par l'Iran
30:17mais ont toujours
30:19refusé de riposter
30:20en tout cas pour l'heure
30:21et quand on interroge
30:22les gens
30:22ce qui était assez fou
30:23est-ce que selon vous
30:25le Qatar
30:25et les autres pays
30:26du Golfe
30:27doivent riposter
30:29tout le monde dit
30:29bah non
30:29il faut jouer la diplomatie
30:31mais vous inquiétez pas
30:32ici on est en sécurité
30:33la défense antirienne
30:34marche toujours
30:35on intercepte
30:36à chaque fois
30:36les drones
30:37et les missiles
30:37et tu sens qu'ils le pensent
30:38ou tu sens qu'il y a aussi
30:39un discours officiel
30:40qui passe ?
30:41non bien sûr
30:41il y a un discours officiel
30:42bien sûr
30:43quand on interdit
30:44quand plusieurs centaines
30:45de personnes sont arrêtées
30:46pour avoir
30:48soit diffusé
30:49et filmé
30:49des bâtiments
30:51dissensibles
30:51donc bâtiments militaires
30:53bâtiments officiels
30:54ou des endroits
30:55qui ont été ciblés
30:56pour avoir diffusé
30:58des fausses informations
30:59ou des fausses rumeurs
30:59qu'est-ce qu'une fausse rumeur ?
31:01qui est juge
31:02finalement ?
31:02bien sûr
31:03donc oui les gens flippent
31:04bien sûr
31:04ils savent très bien
31:05qu'ils ne peuvent pas dour
31:06et ça nous est arrivé
31:07plusieurs fois
31:07quand on fait une interview
31:08donc les gens spontanément répondent
31:10et cinq minutes après
31:11ils disent
31:12non finalement
31:12je ne suis pas sûr
31:14je n'ai pas envie
31:15que vous passiez
31:16c'est pas évident
31:17de tourner
31:18le sujet
31:19et je me souviens
31:21une interview
31:22qu'on faisait avec Valentin
31:23sur la corniche
31:24qu'on interrogeait
31:25justement
31:25les habitants
31:26et un qui me répond
31:27et cinq minutes après
31:28il m'envoie un message
31:29qu'on avait changé
31:29le numéro de téléphone
31:30s'il vous plaît
31:31est-ce que finalement
31:32je n'ai pas envie
31:33de passer à la télé
31:33est-ce que vous pouvez
31:34retirer ce que je dis
31:35il y avait une crainte
31:36bien sûr
31:36il y a une vraie crainte
31:37bien sûr
31:38et on avait fait un sujet aussi
31:40parce que ces pays-là
31:42vivent beaucoup du tourisme
31:43en tout cas
31:44le Qatar
31:44mise beaucoup sur le tourisme
31:46parce qu'il y a l'après-gaz
31:47il y a l'après-énergie fossile
31:49et donc on a voulu faire un sujet
31:51sur les professionnels du tourisme
31:52qui s'inquiètent
31:54de la situation
31:55et de voir
31:57les touristes
31:58partir
31:59et ne plus revenir
32:00et c'est extrêmement compliqué
32:01de faire parler
32:02pour avoir des commerçants
32:03je me souviens
32:03tu as un commerçant
32:04à un moment
32:04on le voit entièrement flouté
32:06et il n'est pas
32:07enfin tu vas le voir
32:08un peu en off
32:09bien sûr
32:10tu es obligé
32:10bien sûr
32:11il accepte
32:12de très loin
32:13mais il ne faut pas
32:13qu'il soit reconnaissable
32:15mais oui
32:16il lui dit
32:16la situation
32:17on n'a pas le droit de parler
32:18en fait
32:18on n'a pas le droit de dire
32:19qu'on s'inquiète
32:20on n'a pas le droit de dire
32:20qu'on ne sait pas
32:23de quoi demain est fait
32:23que nos métiers
32:26nos professions
32:27notre avenir
32:28est en suspens
32:29on n'a pas le droit de dire
32:30qu'on a peur aussi
32:31c'est des gens aussi
32:32qui n'ont pas le droit
32:32de dire qu'on a peur
32:33parce qu'on est dans des
32:34dans des régimes
32:37où on essaie
32:38de vous faire croire
32:38que tout va bien
32:39et tout est contrôlé
32:40et tu sentais
32:41qu'ils avaient peur
32:41que c'était vraiment inédit
32:42là ce qu'ils vivaient
32:44c'est des gens
32:44qui ne sont pas habitués
32:45à la guerre
32:45ils ne savent pas ce que c'est
32:46des missiles
32:47qui traversent leur pays
32:48des bombardements
32:49des détonations
32:50moi je me souviens
32:50d'une scène
32:51en particulier
32:52donc on était avec
32:55Valentin
32:55et Elise et Morgan
32:56l'autre équipe
32:57qui nous accompagnaient
32:58on était en dehors de l'hôtel
32:59on était allé dîner
33:00quand on revient
33:01donc on avait reçu
33:02un peu avant
33:03un message
33:03d'évacuation
33:05de plusieurs quartiers
33:05de plusieurs rues
33:06de la capitale d'Oha
33:08et quand on arrive
33:09on voit
33:10notre hôtel
33:11en l'occurrence
33:12le quartier de notre hôtel
33:13complètement bouclé
33:15tout le monde
33:16invité à se mettre
33:17à l'abri
33:17et sortir
33:18et tu vois
33:19on était en voiture
33:20on essaie de regagner l'hôtel
33:21parce qu'on ne comprenait pas
33:22ce qui se passait
33:22tu vois les policiers
33:23complètement paniqués
33:24ils ne savaient pas
33:25c'est des gens
33:27des pays
33:27qui ne sont pas habitués
33:28à ce genre de situation
33:29donc là effectivement
33:30tu ressens la peur
33:32à la fois des autorités
33:33des policiers
33:33mais à la fois des habitants aussi
33:34c'est marrant de voir
33:35à quel point
33:35les populations
33:36ce que j'allais dire
33:37entre les trois pays
33:38où on était
33:38c'est totalement différent
33:39la manière d'appréhender les choses
33:41et de vivre les choses
33:41c'est totalement différent
33:42il n'y a pas
33:43entre les populations
33:44qui ont l'habitude
33:45les populations
33:47qui c'est assez fou
33:48vous c'est clairement
33:49deux peuples
33:50deux pays
33:51qui ont été habitués
33:52à la guerre
33:53depuis plusieurs années
33:55là ce sont des pays
33:56qui la découvrent
33:56et il y a plein d'expatriés
33:58aussi au Qatar
33:59et dans les autres pays
34:01de la région
34:02donc c'est plein de gens
34:03et vous tout le monde
34:03cherchait à fuir
34:05au départ
34:05il y a eu beaucoup
34:06de ressortissants
34:07qui essayaient de fuir
34:07et nous il y avait
34:08plus de monde
34:09dans les avions
34:10qui allaient au Liban
34:10que les Israéliens
34:12rentraient chez eux
34:13parce que c'était la guerre
34:14et Liban pareil
34:15c'est vraiment
34:17deux perceptions différentes
34:18et je voulais vous interroger
34:19aussi là dessus
34:20sur ce que les habitants
34:21ont pu vous dire
34:21que ce soit à Tel Aviv
34:22ou à Beyrouth
34:24j'ai l'impression
34:24qu'ils sont un peu plus habitués
34:25mais il y a quand même
34:26un ras-le-bol
34:27en ce moment
34:28ces derniers temps
34:29j'ai l'impression
34:29que ça a changé quand même
34:30à Beyrouth
34:31il y a une population
34:33qui est réfugiée
34:34moi j'arrive au tout début
34:35donc l'exode commence
34:37pour certains
34:39et puis finalement
34:40il est de plus en plus massif
34:41au fur et à mesure
34:42que l'armée israélienne
34:43demande à la population
34:44de quitter leur quartier
34:45et au départ
34:46ça recommence
34:47par certaines localités du sud
34:48puis finalement
34:49ils ont instauré
34:51cette zone tampon
34:52qui est immense
34:53tout le sud du pays
34:55donc il y a des centaines
34:56de milliers
34:56plus d'un million de personnes
34:57désormais
34:57qui sont évacuées au Liban
34:59et ces personnes
35:00nous on les rencontre
35:01notamment à Beyrouth
35:02et c'est des personnes
35:03qui sont sorties
35:04sans rien
35:04enfin moi j'ai rencontré
35:05beaucoup de gens
35:06ils sont avec leurs gamins
35:08parfois tellement jeunes
35:09il y avait notamment
35:10place des martyres
35:11une femme
35:12enfin il y avait des
35:14des femmes
35:15avec des bébés
35:16une autre équipe
35:17qui a rencontré
35:19une maman
35:19qui venait d'accoucher
35:20par Césarienne
35:21et qui
35:21avec son enfant
35:22qui a quelques jours
35:23qui se retrouve à la rue
35:24qui n'a plus rien
35:25il y a aussi ces réalités là
35:26auxquelles on est confronté
35:28en arrivant
35:28on sait qu'il faut
35:29qu'on les montre
35:31on sait qu'il faut
35:32raconter ces histoires
35:33et il y a même
35:34souvent trop d'histoires
35:35c'est à dire
35:36qu'on se retrouve
35:37dans un flot
35:38de choses à dire
35:40de choses à montrer
35:41il faut savoir
35:41tout de suite
35:43essayer pour le coup
35:43de mettre un peu
35:44l'émotion de côté
35:45il faut qu'on la retransmette
35:46mais en même temps
35:46il faut qu'on dise
35:47ok
35:49quelle est l'histoire
35:49qu'on veut raconter
35:50et pourquoi il y a une personne
35:51en particulier
35:52qui va nous toucher
35:54qui va vouloir aussi
35:55qu'on raconte son histoire
35:56parce qu'il y a beaucoup
35:57de réfugiés
35:57qui n'en peuvent plus
35:58et oui
36:00pour le coup
36:00à Beyrouth
36:01on a rencontré
36:01beaucoup de réfugiés
36:03qui avaient
36:03tout le monde
36:04avait une histoire
36:05qui était
36:07importante
36:07et notamment
36:08ce ras-le-bol
36:09que tu décris
36:10moi notamment
36:11je rencontre un monsieur
36:12qui vient de passer
36:13des jours et des jours
36:13dans sa voiture
36:14qui remonte du sud
36:15qui dit
36:15mais j'ai même pas eu le temps
36:16de regagner ma maison
36:17qui a été bombardée
36:18l'année dernière
36:19dans le sud
36:20j'étais déjà
36:21dans une maison provisoire
36:22dans un village à côté
36:23qu'il faut déjà
36:23que j'évacue la maison provisoire
36:25que je sais même pas
36:26si je vais la retrouver
36:27et il était là
36:28en fait j'en peux plus
36:29et c'est un monsieur
36:30d'une soixantaine d'années
36:31qui est avec sa petite fille
36:32dans les bras
36:33et qui a une émotion
36:34d'un coup
36:34ça fait des nuits
36:35et des nuits
36:36qu'il ne dort pas
36:36qu'il est par terre
36:37sur la corniche
36:38il dit
36:39mais à quoi ça rime
36:40à quoi ça rime
36:41et il le dit comme ça
36:42en fait
36:43il dit
36:43je ne comprends pas
36:44on se retrouve au milieu de ça
36:46qu'est-ce qu'on a demandé
36:47à quoi ça rime
36:48et il y a
36:49effectivement
36:49il y a plusieurs sensibilités
36:52au Liban
36:53et il y a divers courants
36:54et il y en a certains
36:55qui soutiennent le Hezbo là
36:57et c'est une réalité
36:58mais on a rencontré aussi
36:59beaucoup de gens
37:00qui n'en peuvent plus
37:01et qui là
37:01se retrouvent au milieu
37:02d'un tir croisé
37:04et qui disent
37:05mais en fait
37:05nous on n'a rien demandé
37:06en fait
37:06on n'a rien demandé
37:07on n'en peut plus
37:08ça fait des années
37:09que ça dure
37:09on veut la paix
37:12et malheureusement
37:12ils se retrouvent aujourd'hui
37:13dans une situation de précarité
37:14qui est terrifiante
37:15et ça me fait penser
37:16à un sujet
37:17que tu as tourné aussi
37:17dans un hôpital
37:18un hôpital privé
37:19où tu as
37:20un témoignage très fort
37:23est-ce que tu peux
37:23nous en parler
37:24de ce témoignage
37:24comment tu l'as trouvé
37:26comment tu es arrivé
37:27dans cet endroit
37:28et comment ça se passe
37:29pour convaincre
37:30les personnes aussi
37:31de se confier
37:32de parler à la télé
37:33parce qu'on l'imagine
37:33elles ont autre chose
37:35à faire à ce moment là
37:36et elles prennent le temps
37:37de discuter avec vous
37:38comment vous faites
37:39dans ce cas là
37:39il faut arriver
37:40il faut réussir
37:41à convaincre les gens
37:41leur expliquer la démarche
37:43comment ça se passe
37:43en fait on a effectivement
37:45la volonté
37:46de faire un sujet
37:47autour des blessés
37:49il n'y a pas beaucoup
37:49de blessés
37:50qui arrivent jusqu'à Beyrouth
37:52et on appelle
37:53cet hôpital privé
37:54qui nous dit
37:54écoutez nous
37:55on a deux blessés
37:56on a un enfant
37:57c'est un hôpital
37:58qui se fait aller
37:58dans les grands brûlés
38:00on a un enfant
38:01dont la famille
38:01ne veut absolument pas parler
38:02et donc ça
38:03on n'essaye même pas
38:03à un moment
38:04on est face
38:05dans des situations
38:06qui sont tellement terrifiantes
38:07qu'on ne va pas venir
38:07harceler les gens
38:08il me dit
38:09en revanche
38:09on a un autre monsieur
38:10qui est là
38:12où il a des proches
38:13qui sont présents
38:14et il pourrait être
38:15ok pour que
38:16vous puissiez témoigner
38:17pour venir témoigner
38:19à votre micro
38:19donc venez
38:20et on le voit en arrivant
38:21et donc on ne sait pas trop
38:22à quoi on s'attend
38:23on arrive
38:23on arrive sur place
38:25et en fait
38:27on a direct
38:28quatre personnes
38:28qui sont interloquées
38:30par notre caméra
38:30qui nous demandent
38:31ce qu'on fait là
38:31et donc on explique
38:33c'est vrai qu'on a la barrière
38:33de la langue
38:34moi d'habitude
38:35j'aime bien parler directement
38:36aux personnes
38:36pour essayer de leur expliquer
38:37moi-même ma démarche
38:38mais bon là
38:40ça passe par l'intermédiaire
38:41de la fixeuse
38:41et ça va que je m'entends
38:42très bien avec elle
38:43et donc elle sait exactement
38:44quel est l'objet
38:45de notre démarche à nous
38:46et donc on lui dit
38:47voilà l'idée
38:48c'est de mettre
38:49un visage
38:51et une histoire
38:52sur des chiffres
38:53c'est-à-dire qu'on a
38:54les chiffres tous les jours
38:55qui arrivent quotidiennement
38:56des morts
38:56des blessés
38:57et en fait
38:57moi je trouve ça
38:58très impersonnel
39:00je trouve que ça veut
39:01malheureusement
39:01au bout d'un moment
39:02plus dire grand chose
39:03et qu'on a besoin
39:04derrière tout ça
39:05de montrer des histoires
39:06et de montrer
39:06la conséquence réelle
39:07de la guerre
39:07et c'est ce qu'on explique
39:08à cette dame
39:09qui m'explique très vite
39:10en fait
39:11le monsieur qui est là-bas
39:12qui est dans le coma
39:13c'est mon voisin
39:14on vient de Nabichit
39:15qui est une ville
39:15à l'est du Liban
39:17on a eu l'ordre d'évacuer
39:19moi j'ai décidé de partir
39:20lui n'a pas voulu
39:21et une grande partie
39:22de sa famille est morte
39:23lui est dans le coma
39:24et donc je lui dis
39:27ok
39:27est-ce que vous acceptez
39:28de me raconter son histoire
39:29elle dit oui
39:31sous certaines conditions
39:33qu'on accepte évidemment
39:34et donc on arrive sur place
39:36donc ce monsieur
39:37est dans le coma
39:37donc lui n'a jamais su
39:38qu'on avait tourné un sujet
39:40et donc
39:41il faut absolument
39:42que dans l'image
39:43Benjamin respecte
39:44l'intimité de cet homme
39:45donc moi dans le coma
39:46je ne donne pas son nom de famille
39:47je donne juste son prénom
39:49et Benjamin
39:50on a fait en sorte
39:51qu'il ne soit jamais reconnaissable
39:52parce qu'on ne va pas
39:53aller montrer
39:54contre son gré
39:55et voilà
39:57il y a un minimum
39:59de dignité de la personne
40:01et donc cette femme
40:02nous raconte son histoire
40:03qui est absolument terrible
40:04de ce monsieur
40:04qui effectivement
40:05était
40:06ils étaient 18 dans la maison
40:0718 de la même famille
40:08à rompre le jeûne
40:09parce qu'on est en pleine période
40:10de ramadan
40:11il y a eu une frappe
40:12sur la maison
40:1311 personnes de la même famille
40:14sont mortes
40:15il y a 7 personnes
40:16qui ont survécu
40:16dont lui
40:17mais souvent blessées
40:18gravement
40:19dont ce monsieur
40:19qui est donc
40:20dans le coma
40:21et qui va se réveiller
40:23s'il se réveille
40:25en ayant perdu
40:25sa femme
40:26et ses 3 enfants
40:27et tout ça
40:27il faut le raconter
40:28moi ce qui m'impressionne
40:30à chaque fois
40:30et je ne le dis pas
40:31parce que vous êtes là
40:31mais c'est de raconter ça
40:32en 1 minute 30
40:33c'est du format télé
40:34du format entre guillemets
40:35JT
40:35où il faut aller très vite
40:37et en même temps
40:38avoir le temps
40:38d'installer aussi
40:39une ambiance
40:40parce qu'en télé
40:40tout va toujours très vite
40:41et là dans ce sujet
40:43on a
40:43tu me le disais hier
40:44quand on s'est appelé
40:45il y a les respirations
40:46de cette dame
40:47qui en disent
40:47tout aussi long
40:48que quand elle parle
40:49finalement
40:50ça transcrit
40:51quelque chose
40:52de très fort
40:52après c'est là aussi
40:54où les JRI
40:55sont absolument essentiels
40:57où je pense
40:58qu'il faut
40:58une équipe
41:00qui sait exactement
41:04comment monter
41:05ce genre de sujet
41:06et c'est à dire
41:07que j'ai décidé moi
41:08de laisser vivre
41:09un maximum
41:10et les images
41:11de Benjamin
41:12qui sont hyper fortes
41:14et le témoignage
41:15de cette dame
41:16en fait moi
41:18mon rôle là-dedans
41:19voilà
41:19c'est d'accompagner ça
41:20je dois finalement
41:21pas vraiment exister
41:23dans le sujet
41:23je suis là pour accompagner
41:24pour essayer
41:25de mettre ce témoignage
41:29dans un contexte
41:30mais en fait
41:31je me suis rendu compte
41:32après que j'avais écrit
41:33très peu
41:34parce que cette dame
41:35dit tellement tout
41:38ce qu'elle me dit
41:39est tellement fort
41:40et c'est marrant
41:40parce que c'est ce que
41:41je te disais hier
41:42c'est que ça fait partie
41:43de ces témoignages
41:44où sur le moment
41:45je ne comprends absolument
41:46rien de ce qu'elle me dit
41:47parce qu'elle parle arabe
41:48et que moi je ne comprends
41:49pas du tout
41:49je ne comprends pas un mot
41:51mais en fait
41:52l'émotion est tellement forte
41:53que je la ressens
41:54avant même de savoir
41:55ce qu'elle m'a dit exactement
41:56je savais que c'était
41:58ce passage là
41:58que j'allais prendre
41:59et que j'allais garder
42:00dans le sujet
42:01et donc
42:02oui
42:02j'ai pas tout gardé
42:03dans le sujet
42:04oui il y a des aspects
42:05de cette histoire
42:06qu'elle m'a raconté
42:06que je n'ai pas pris
42:08dans le sujet
42:09parce que parfois
42:09ça allait dans d'autres sphères
42:10et que malheureusement
42:12on ne peut pas tout dire
42:14maintenant on a choisi
42:15d'en garder l'essentiel
42:17enfin ce qu'on jugeait
42:18être l'essentiel
42:18on a beaucoup
42:19moi j'ai beaucoup discuté
42:20avec elle
42:20j'aime bien dans ces cas là
42:21surtout dans les témoignages
42:22pareils
42:22de lui expliquer
42:24ce qui à mon sens
42:24a été important
42:25dans son témoignage
42:26ce que je vais garder
42:26dans son témoignage
42:27et de lui dire
42:28est-ce que c'est ok pour vous
42:30et à la fin de l'interview
42:33et je termine toujours là-dessus
42:35je n'arrive pas à arrêter
42:36une interview
42:36dans ce genre d'interview
42:37en disant
42:37est-ce que vous avez dit
42:38tout ce que vous avez à dire
42:39je ne garderai pas tout
42:40de ce que vous avez à dire
42:41je ne vais pas lui mentir
42:42mais est-ce que vous avez dit
42:42tout ce que vous avez à dire
42:43et elle m'a dit
42:44oui j'ai tout dit
42:45je lui ai expliqué
42:46ce que j'allais garder
42:46et elle m'a dit ok
42:47les silences de cette dame
42:49l'émotion de cette dame
42:50sont parfois plus forts
42:52que n'importe quel mot
42:52qu'elle peut dire
42:53ou que je peux écrire
42:55donc dans ces cas là
42:56il faut limite que Benjamin
42:57lui à la caméra
42:58et c'est là où
43:00ils ont une espèce de magie
43:01de se faire oublier
43:02c'est que Benjamin
43:03pourtant ça impose
43:04une caméra
43:05mais lui s'est mis dans un coin
43:07on le voyait presque plus
43:09et donc le moment
43:10où elle arrive dans la chambre
43:11où elle redécouvre son amie
43:12où elle s'effondre
43:13ce moment est très fort
43:15et on l'a gardé
43:16dans le sujet
43:16on a décidé de le garder
43:17parce que c'est une émotion
43:18qui n'est pas feinte
43:19et qui veut tout dire
43:20c'est pas du voyeurisme
43:21c'est l'idée
43:22c'est de
43:23de par une émotion
43:23de raconter cette histoire là
43:25et après pendant l'interview
43:26mon rôle à moi
43:28c'est de faire en sorte
43:29qu'elle ne regarde que moi
43:30et qu'elle ait l'impression
43:31de raconter presque à une amie
43:33ce qu'elle vient de vivre
43:34et Benjamin
43:35il se met un peu en retrait
43:36il capte l'émotion
43:37il capte un regard
43:38il va capter quelque chose
43:40et ça donne
43:41ce qui s'est passé dans le sujet
43:42et dans vos missions
43:44tous les trois
43:45que ce soit celle-ci
43:46ou d'autres missions précédentes
43:47des témoignages très forts
43:48comme celui-ci
43:49vous en avez forcément eu
43:50quand vous êtes ensuite
43:52dans la chambre d'hôtel
43:52tout seul le soir
43:53comment vous relâchez la pression
43:55parce que forcément
43:56j'imagine qu'on y pense
43:57on y repense
43:58ou peut-être pas
43:58mais pour pouvoir
43:59un peu aussi se dégager
44:01de tout ça
44:01et toujours avoir
44:02le recul nécessaire
44:02comment vous faites
44:04comment ça se passe ?
44:07Je pense que ça se passe
44:08entre nous
44:09entre collègues
44:09on parle beaucoup
44:11entre nous
44:11on se remémore
44:12les moments forts
44:14de la journée
44:15je crois que c'est un peu
44:16intime
44:17je pense que c'est un moment
44:18pour relâcher
44:22ça se passe avec son équipe
44:23avec le fixeur
44:26qui comprend très vite
44:28qui fait le lien
44:29entre tout ce qu'on peut
44:30vivre dans la journée
44:31et nous
44:32nos vies de journalistes français
44:34dont on fait
44:35des reportages
44:36où c'est pas notre pays
44:37c'est pas nos guerres
44:38c'est voilà
44:40c'est
44:41ouais on évacue
44:42en parlant
44:43je dirais ça
44:45chacun je pense
44:45le digère
44:46de manière
44:48différente
44:49moi je me souviens
44:49mais c'était mon premier retour
44:51de mission de guerre
44:53donc en l'occurrence
44:53l'Ukraine
44:55où là
44:57on fait partie
44:57des générations
44:58qui n'avons jamais
44:59connu la guerre
45:00seulement à travers
45:00les livres
45:01et à travers les films
45:02donc là quand tu la vois
45:03le témoignage des gens
45:04et tout
45:04je me souviens
45:05donc la première mission
45:06a duré trois semaines
45:07c'est trois semaines
45:08où du coup
45:09t'accumules
45:09t'accumules
45:10t'accumules
45:11mais t'es dans l'adrénaline
45:12parce que t'as l'impression
45:13d'être utile
45:14tu fais ton métier
45:15de journaliste
45:15tu donnes la parole
45:16tu racontes aussi
45:16l'histoire
45:17au moment où elle s'écrit
45:18mais je me souviens
45:19d'une période
45:19au moment où je rentre
45:20chez moi
45:21et là pendant
45:23je pense
45:25une semaine
45:26t'es éteint
45:27tes proches te disent
45:28mais qu'est-ce qui se passe
45:30t'appelles à toi
45:31t'es fatigué
45:32et en fait
45:33c'est juste un moment
45:34où tu
45:36tout redécends
45:37vraiment
45:37t'es vraiment dans le
45:39puis t'as plus
45:39l'hypervigilance aussi
45:40oui c'est ça
45:41de ces terrains là
45:42et aussi
45:43plus d'une fois
45:44tu te poses la question
45:45bah oui
45:45donc j'ai fait mon travail
45:47j'ai raconté
45:48leurs histoires
45:50j'ai essayé d'être présent
45:51jusqu'au bout
45:52sauf que du coup
45:53moi je rentre chez moi
45:54et une fois que je rentre
45:55chez moi
45:55tout se passe bien
45:56je suis dans un pays
45:58en sécurité
45:59où il n'y a pas de guerre
46:00c'est toujours difficile
46:01et surtout au début
46:02je pense de trouver
46:04la bonne position
46:05parce qu'on est des journalistes
46:06on reste des journalistes
46:07on n'est pas des militants
46:09quand on arrive
46:09sur ces terrains là
46:10alors effectivement
46:12les histoires nous touchent
46:14on est tous bouleversés
46:15par des témoignages
46:16et je pense qu'on a tous
46:17des témoignages
46:18très forts
46:19qui nous reviennent
46:21en évoquant
46:22ces situations
46:24mais
46:25malgré tout
46:25notre travail
46:26oui
46:27on ne vient pas faire la guerre
46:29en fait
46:29on vient raconter la guerre
46:30t'as quand même ce recul
46:32quand t'arrives sur place
46:34il faut la voir
46:35il faut la voir
46:36je sais que pour les JRI
46:37pour l'avoir beaucoup parlé
46:39la caméra aide
46:40parce que du coup
46:41elle instaure une distance
46:42tu ne regardes pas
46:43avec tu
46:43c'est vrai si ça aide
46:44si ça aide
46:45mais ça nous
46:47plonge un peu
46:48on est dans une sorte
46:49de bulle
46:49c'est à dire qu'en effet
46:50il y a tellement de choses
46:52à penser
46:52on écoute
46:53on voit
46:54mais on n'intervient pas
46:56forcément
46:56par la parole
46:57en fait
46:57donc on est
46:59pour le coup
47:01vraiment témoin
47:02et il y a
47:05je ne dirais pas
47:06que ça met une distance
47:07parce que
47:08bien au contraire
47:08c'est à dire que du coup
47:09on est vraiment dedans
47:10mais il y a une sorte
47:11de recul
47:12ou de prise de recul
47:14qui est plus facile à avoir
47:15peut-être que de regarder
47:16les yeux dans les yeux
47:18nous on cherche
47:19les regards
47:19on cherche les gestes
47:20des mains
47:21on change la valeur
47:22du cadre
47:24vous en rédacteur
47:25quand vous posez la question
47:26vous les regardez
47:26dans les yeux
47:27nous c'est autre chose
47:28c'est presque
47:30c'est un peu compliqué
47:31à expliquer
47:31j'ai l'impression
47:31d'être un peu
47:32dans une bulle
47:34parfois vous êtes
47:35vous-même spectateur
47:36de ce qui est en train
47:36de se passer
47:36pour pouvoir montrer
47:37au spectateur
47:38en fait finalement
47:39je pense que
47:40nous on est vraiment
47:43comme si on était
47:43un téléspectateur
47:45mais on est là
47:46on est là
47:47mais c'est vraiment
47:49en fait moi je me dis
47:49tout le temps
47:50là ce que je suis en train
47:51de vous filmer
47:51ou vous montrer
47:52c'est vraiment ce que
47:53je vis tout de suite là
47:55et je pense qu'il n'y a
47:56pas plus sincère
47:58que ça en fait
47:59et je voulais terminer
48:00cet épisode
48:01avec un dossier
48:02un peu plus léger
48:02c'est votre vie quotidienne
48:03sur place
48:04savoir comment ça se passe
48:06parce que j'ai vu
48:07cette image
48:07pareil en regardant
48:08un peu dans toutes les images
48:09c'est une image de vie quotidienne
48:10ça m'inspire pas confiance
48:13c'est nos embrouilles
48:13avec les biéries
48:14et les vixers
48:15c'est toi Philippine
48:17t'es avec Igor Saiguri
48:18et on le voit
48:19avec un sac de course
48:21à la main
48:22sans doute peut-être
48:22le déjeuner
48:23le dîner
48:24je ne sais pas
48:24c'est-à-dire que
48:25dès que vous allez même
48:26faire des courses
48:26vous partez avec le matériel
48:27au cas où il se passe
48:28quelque chose
48:29vous avez toujours
48:29le matériel avec vous
48:30bien sûr
48:31là en plus
48:32c'est le premier jour
48:34de la guerre
48:35le samedi 28
48:36et je dis très rapidement
48:38à Igor
48:38écoute
48:39on sait que là
48:40les commerces non essentiels
48:41vont fermer
48:42donc les restaurants
48:43de quoi s'acheter à manger
48:45faisons des courses
48:46pour être sûr
48:47de tenir quelques jours
48:48on ne sait pas
48:48combien d'heures
48:49on va travailler aujourd'hui
48:49on ne sait pas
48:50combien de jours
48:52ça va durer
48:53avec cette intensité
48:54on ne sait rien en fait
48:55donc on nous apprend ça
48:57d'ailleurs
48:57quand on est formé
48:58en fait
48:59on est toujours formé
49:00avant de partir
49:02sur des terrains
49:03compliqués
49:04des zones de conflit
49:06il faut toujours
49:06avoir le nécessaire
49:07avec soi
49:08et donc là
49:09avec Igor
49:11je lui dis
49:12écoute
49:12on a une fenêtre
49:12de 10 minutes
49:13viens
49:14on va chercher
49:14à manger
49:15et donc on prend
49:16du pain
49:16du fromage
49:17une bouteille d'eau
49:19et en fait
49:20quand on est au supermarché
49:21il y a une alerte
49:22et je me souviens
49:23on paye vraiment
49:24sans contact
49:25très très vite
49:26et puis on court
49:27pour se rapprocher
49:28le plus possible
49:28d'un abri
49:29et donc ils nous disent
49:31on vous prend direct
49:31parce qu'on avait littéralement
49:32les sacs de course
49:33avec nous
49:33moi j'avais le mien
49:34avec moi d'ailleurs
49:35pendant que je suis en train
49:35de filmer
49:36c'est là où je trouve
49:36que votre force
49:38avec Igor
49:38c'est que vous choisissez
49:39de le montrer
49:39et c'est là où
49:40tout à l'heure
49:41on disait
49:41il faut être témoin
49:42aussi
49:42et se mettre
49:43parfois à hauteur
49:44de la population
49:45et de montrer
49:45ce que vous venez de vivre
49:46mais totalement
49:47parce que ce qu'on a vécu là
49:48on était avec
49:4910 Israéliens
49:50dans le supermarché
49:51parce que tout le monde
49:51était en train de faire ça
49:52il n'y avait pas
49:53alors c'est particulier
49:54parce que
49:56les Israéliens
49:56sont tellement habitués
49:57à ce genre de situation
49:58qu'il n'y a pas
49:59d'effet de panique
50:00de mouvements de panique
50:03on ne se rue pas
50:03sur l'eau
50:05et le PQ
50:05enfin voilà
50:06ça reste quand même
50:08très calme
50:09mais n'empêche
50:10que cette situation
50:12qu'on a vécue
50:13avec Igor
50:13on avait
50:14en fait pratiquement
50:15il y avait quelques clients
50:17de l'hôtel
50:17qui étaient avec nous
50:18en fait au supermarché
50:19donc
50:20on décide de le montrer
50:21en fait malgré nous
50:23parce que en fait
50:23c'est ce qu'on vient
50:24littéralement de vivre
50:25mais du coup
50:26ça montre aussi
50:26le quotidien
50:27de ces Israéliens
50:28avec qui on vit
50:29pendant plusieurs jours
50:30voire semaine
50:31de toute façon
50:32on a quelques
50:33il y a des choses
50:34de base dans ce genre
50:34de terrain
50:35outre la sécurité
50:36et c'est ce qu'on s'est dit
50:37s'il y a une personne
50:38dans l'équipe
50:38qui ne veut pas
50:39aller quelque part
50:40en fait il n'y a même
50:40pas de débat
50:41c'est non on n'y va pas
50:42surtout ce qu'on nous
50:43apprend très vite
50:44c'est mange quand tu peux
50:45manger
50:46et dors quand tu peux
50:46dormir
50:47et en fait
50:49c'est exactement
50:50ce qui se passe
50:50c'est à dire qu'on ne sait
50:52pas quand est-ce qu'on
50:52sera réveillé
50:53on sait qu'on peut se faire
50:54réveiller la nuit
50:54il peut y avoir
50:55un bombardement intense
50:56réveillé
50:56pour travailler ou non
50:57en fait
50:58on peut être réveillé
50:59juste parce qu'il y a
50:59des alertes
51:00des bombardements
51:00et tout ça
51:02donc c'est un mantra
51:03c'est mange quand tu peux manger
51:06il faut manger boire
51:07parce qu'en fait
51:08si on n'alimente pas la machine
51:09on va nous-mêmes tomber
51:10ça peut paraître absurde
51:11dans ces cas-là
51:12mais en fait
51:13ils ont un super bon réflexe
51:14de se dire
51:15il faut toujours avoir
51:16de quoi manger
51:16de quoi boire
51:17parce que parfois
51:18on n'y pense pas
51:18dans ce genre de situation
51:19et on se retrouve d'un coup
51:20à être en hypoglycémie
51:21moi ça m'est déjà arrivé
51:22plusieurs fois
51:23où en fait
51:23t'enchaînes vraiment
51:25t'es nourri par le flux d'actualité
51:27par ce qui est en train
51:28de se passer
51:28et souvent les fixeurs
51:30deviennent des nounous
51:31et on a des fixeurs
51:32souvent sur le terrain
51:33qui arrivent le matin
51:34et je dis
51:34ah mais t'es pas ma maman
51:35elle dit
51:35oui mais toi tu vas oublier
51:36et qui a
51:37le petit gâteau
51:39la bouteille d'eau
51:41ou qui va nous dire
51:42là on prend une pause
51:42et c'est important aussi
51:43de se dire
51:43viens on va se poser au café
51:45on est au milieu
51:45d'une journée de dingue
51:47oui mais en fait
51:47il faut prendre deux secondes
51:49pour
51:50voilà
51:50prendre un café
51:51se poser
51:52réfléchir
51:52ok
51:52voilà ce qu'on vient de vivre
51:53voilà ce qu'on va vivre
51:54de prendre du recul
51:57de se poser deux secondes
51:58pour pouvoir mieux repartir
51:59mais là on a
52:00le très bon réflexe
52:01avec Igor
52:02c'est que
52:02ces quelques aliments
52:04dans le sac
52:04nous ont fait tenir
52:05quatre matins
52:06en fait
52:07d'acheter
52:07parce qu'on a pas pu
52:09petit déjeuner
52:10je crois qu'on a dû manger
52:11une ou deux fois par jour
52:12mais grignoter quoi
52:13et donc
52:14donc oui
52:15heureusement qu'on avait
52:15ce petit sac
52:16ça nous a permis
52:17de maintenir
52:18la forme
52:19c'est pour ça que je voulais
52:19le montrer ce petit sac
52:21la guerre au Moyen-Orient
52:22se poursuit
52:23on continue de la couvrir
52:24vous avez prévu
52:25de repartir
52:25sur le terrain
52:26non on repart ensemble
52:28ah bah parfait
52:28et en plus on est synchro
52:29on dit les choses en même temps
52:31c'est bon présage
52:32vous allez continuer
52:32à suivre pour nous
52:33cette guerre
52:35et grâce à vos témoignages
52:36on comprend un peu mieux
52:37comment vous travaillez
52:38sur le terrain
52:39et ça nous permet aussi
52:39de prendre du recul
52:40de pas juste uniquement
52:42voir ce qui se passe
52:42dans la caméra
52:43mais être un petit peu
52:43derrière vous
52:44et voir comment vous travaillez
52:45merci infiniment
52:46d'avoir pris le temps
52:47de nous raconter
52:48un petit peu votre travail
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