Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
Entre la hausse des prix des carburants et sentiment d'injustice, la question du coût de l'énergie fragilise l'action publique. Retour sur les limites de cette réponse politique, à travers l'exemple historique du mandat de Jimmy Carter.

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'heure de l'édito politique, bonjour Patrick Cohen, ce matin sur la flambée des carburants, l'impuissance de la
00:06parole politique.
00:07Les prix augmentent, le porte-monnaie se vide, le mécontentement grandit, les consommateurs réclament des mesures d'urgence
00:12et le discours politique n'est d'aucun secours. Scénario immuable, déjà vu au départ de la crise des gilets
00:18jaunes,
00:19l'inflation des prix à la pompe provoque à la fois une perte instantanée de pouvoir d'achat et un
00:23profond sentiment d'injustice
00:25parce que le renchérissement des carburants agit comme un révélateur des inégalités sociales et territoriales,
00:32riches ou pauvres, urbains ou ruraux, desservis par les transports collectifs ou dépendants d'une voiture à essence.
00:38Il y a parmi vous qui nous écoutez, ceux pour qui le prix de l'essence est redevenu l'un
00:43des premiers soucis
00:43et d'autres qui s'en fichent complètement. Pour les premiers, seul compte ce qui est affiché sur les totems,
00:49c'est comme ça qu'on appelle les panneaux indicateurs de prix à l'entrée des stations-service,
00:52et ce que fait l'État pour que le plein soit moins cher. Or, pour les gouvernants, il n'y
00:57a rien de pire
00:58que d'être réduit à des guichets et de n'être jugé que sur le montant des chèques en sachant
01:03par avance
01:03que ce n'est jamais assez et que même quand c'est beaucoup et même quoi qu'il en coûte,
01:08le citoyen consommateur ne leur en sera jamais reconnaissant. Politiquement, c'est un cauchemar,
01:13une aporie, un casse-tête sans bonne solution. Je n'ai pas de souvenir d'un gouvernement qui s'en
01:17soit bien sorti.
01:18Est-ce que certains ont tenté un autre discours ?
01:21Oui, un président américain aux antipodes de celui qui a parlé cette nuit. On est en 1979.
01:28La révolution islamique d'Iran vient de provoquer un deuxième choc pétrolier.
01:31Le baril grimpe à plus de 150 dollars. Aux États-Unis, des files d'attente se forment devant les pompes.
01:36Le 15 juillet, Jimmy Carter, président démocrate élu trois ans plus tôt, prend la parole à la télévision.
01:42Une allocution d'une demi-heure. Grand discours sur la démocratie américaine minée par une crise de confiance.
01:47Et avec des accents prophétiques, Carter annonce un big bang énergétique.
01:53Il promet de mettre fin à notre intolérable dépendance au pétrole étranger,
01:58en développant toutes les alternatives aux hydrocarbures,
02:01en investissant dans les transports en commun,
02:03en appelant les américains à la sobriété, au respect des vitesses limites et au covoiturage,
02:08et à croire en l'avenir.
02:15Nous sommes ces américains qui, il y a tout juste dix ans, ont envoyé un homme sur la lune.
02:22Et nous sommes la génération qui gagnera la guerre de l'énergie,
02:27et ce faisant qui restaurera l'unité et la confiance de l'Amérique.
02:31C'était grand, c'était beau, mais ça n'a pas marché.
02:33La presse surnomme cette allocution le discours du malaise,
02:36expression dont le républicain Ronald Reagan usera et abusera pendant sa campagne.
02:41Un an et demi plus tard, Carter est battu,
02:43et Reagan s'empresse en arrivant d'arracher la trentaine de panneaux solaires
02:48que son prédécesseur avait fait installer sur le toit de la Maison Blanche.
02:51La lune, le pétrole, on se croirait aujourd'hui, ce 2 avril.
02:55Merci Patrick Cohen.

Recommandations