00:00Sud Radio Regards de Femmes, Michel Vianès.
00:04Et bonjour ma chère Michel.
00:06Bonjour Maxime.
00:08Vous voulez nous parler ce matin de la condamnation de Tariq Ramadan à 18 ans de prison ?
00:13Oui, d'abord en redonnant je dirais des noms, des visages et des histoires.
00:19Il y a Christelle, victime en 2009 à Lyon et qui est reconnue comme une personne particulièrement vulnérable.
00:26Il y a bien sûr Anda Ayari qui a brisé le silence en 2017 en portant plainte pour un viol
00:34qui a été commu à Paris en 2012.
00:36Et il y a une troisième femme, victime en 2016, qui elle aussi a tenu bon.
00:41Et ces femmes ont affronté non seulement la violence des faits, mais aussi celle des réseaux sociaux, les doutes, les
00:49attaques, les campagnes de discrédit et elles ont tenu.
00:53Et face à elle, enfin, la justice a reconnu un même schéma manipulatoire, manipulation donc, brutalité extrême, où l'influence
01:04a servi de levier et où les victimes sont devenues des proies.
01:08Alors bien sûr la peine est lourde, 18 ans de réclusion, une interdiction de prise de parole sur les faits
01:16pour l'accusé,
01:18et un bannissement définitif du territoire français après sa peine. Et tout ceci, c'est un signal très fort.
01:25Mais il faut rappeler que ce procès s'est déroulé. Sans lui, est-ce que ça a changé quelque chose
01:30?
01:31Ça a changé beaucoup. Parce que l'accusé, le fameux prédicateur islamiste, ne s'est jamais présenté, invoquant son état
01:39de santé malgré des expertises contraires.
01:43Et ses avocats non plus ne se sont pas présentés. Et cette stratégie n'est pas sans conséquence juridique,
01:49puisque en droit français, lorsqu'on est accusé, je dirais, en son absence, lorsque le condamné n'est pas là,
01:57eh bien il peut faire opposition au verdict. Autrement dit, ce procès pourrait ne pas être le dernier.
02:04Et ce qui est plus important pour moi, pour les plaignantes, c'est une absence qui pèse de lourd,
02:09parce qu'attendre des années et ne pas voir l'accusé répondre, eh bien ça a été vécu comme un
02:16affront, comme du mépris.
02:17Mais c'est aussi un mépris de la justice également, puisque le prédicateur islamiste a refusé de répondre devant des
02:26juridictions humaines,
02:28au nom peut-être d'une autre forme de jugement qui serait extraterrestre.
02:33Et est-ce que vous avez eu le temps de vous poser la question de ce que cela disait de
02:37la justice aujourd'hui ?
02:40Alors d'abord qu'elle est lente, qu'elle est même parfois désespérément lente.
02:44Et certaines victimes ont attendu plus de 15 ans pour voir leurs droits reconnus.
02:49Mais elle dit aussi, et c'est ça qui est extrêmement important, que la parole peut tenir, même sous pression,
02:55que malgré les attaques, malgré les doutes, malgré le temps, elle peut être entendue.
03:01Et lorsque plusieurs décisions de justice en France, comme en Suisse, il ne faut pas l'oublier, convergent,
03:07elles finissent par dessiner une vérité qui est difficile à ignorer.
03:10Et au fond, cette affaire rappelle une chose essentielle, derrière les dossiers judiciaires,
03:17il y a des femmes qui ont résisté et à la fin, leur parole a bien compté.
03:24Merci beaucoup Michel Vianès pour ce rappel, présidente de Regards de Femmes
03:27et membre du Haut Conseil à l'égalité femmes-hommes.
03:30Merci Maxime.
03:31Merci à tous.
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