00:00On passe à la Centrafrique où la fermeture progressive des bases de la MINUSCA inquiète la population qui redoute un
00:06retour de l'insécurité.
00:08La mission de l'ONU dément tout retrait, évoque une simple réorganisation malgré la fermeture prévue de 21 sites d
00:16'ici fin mars.
00:17Un redéploiement contraint alors que les autorités centrafricaines sont appelées à reprendre la responsabilité sécuritaire.
00:27Et on passe à la page culture de ce vendredi.
00:30On s'intéresse à « Allah n'est pas obligé », un long métrage d'animation du réalisateur Zaven Najar
00:36qui adapte l'un des romans les plus puissants de la littérature africaine contemporaine à travers le regard de Birima.
00:45Il est un enfant soldat plongé dans la guerre.
00:48Le film interroge la mémoire, la violence politique et la place de l'enfance dans les conflits.
00:52Il est un choix fort, celui de l'animation pour raconter un sujet aussi dur, un choix aussi éditorial que
00:58stratégique porté par un producteur engagé
01:02qui milite justement pour raconter ses récits africains pluriels, universels.
01:07Et pour en parler, nous recevons Sébastien Onomo.
01:09Merci d'être dans le journal de l'Afrique.
01:11C'est un plaisir de vous recevoir.
01:13Merci d'être là.
01:14Merci pour cette invitation et plaisir partagé.
01:17Alors, parlons d'abord du livre, là n'est pas obligé, ce classique d'Amadou Kuruma, de l'immense écrivain
01:24ivoirien.
01:25Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce film ? Parce que je sais que c'est
01:28votre idée.
01:29Oui, c'est quelque chose que j'ai nourri et gardé en moi depuis que j'ai découvert ce roman
01:36quand j'étais étudiant à la fac.
01:38Et ce qui m'a donné envie de faire ce film bien des années après, c'est vraiment la puissance
01:43des mots de Kuruma,
01:46la dextérité qu'il a pour utiliser la littérature, pour faire passer des messages qui sont forts, qui sont puissants,
01:53vous l'avez dit.
01:55Et puis surtout, moi, quand j'ai découvert son œuvre, je ne savais pas qu'on pouvait écrire comme ça,
02:00qu'on pouvait raconter des histoires comme ça.
02:03Donc ça m'a bouleversé. Et bien des années après, quand j'ai commencé à rentrer dans cette industrie,
02:09je me suis dit que ça ferait un super film. Et en rencontrant Zaven Najar, le réalisateur,
02:15on s'est dit qu'on ferait bien ce film ensemble.
02:18Avant de parler du film et de voir l'extrait d'ailleurs de la bande-annonce,
02:22le roman, il y a un enjeu, vous avez parlé de la langue, évidemment, de Kuruma,
02:26qui est une langue très imagée, avec un style unique, j'allais dire, une langue très particulière.
02:34Qu'est-ce que ça a demandé pour l'accompagner, justement, et l'adapter au cinéma ?
02:40D'abord, il a travaillé avec une super co-scénariste qui s'appelle Karine Vingzura.
02:45Et puis ensuite, lui, il a voulu avoir une approche très documentaire, en fait.
02:49Parce que le roman a une matière historique qui est riche, donc il a voulu aller sur le terrain.
02:58Il est allé au Liberia, a repris les routes qui sont évoquées par Kuruma dans le roman.
03:06Il y a rencontré des anciens enfants soldats.
03:09Il s'est, lui aussi, je dirais, nourri de leur parcours,
03:13pour ensuite essayer de transposer tout ça avec une justesse, je trouve,
03:20qui est assez remarquable dans ce film, dans ce premier film.
03:25Eh bien, pour l'avoir vu, je confirme, assez remarquable.
03:28Je propose qu'on écoute un extrait, qu'on regarde un extrait de la bande-annonce du film
03:32« À là, il n'est pas obligé », et on en parle juste après.
03:36Je veux vraiment, vraiment vous raconter ma vie de merde de maudit.
03:43Au fond, le manuement de l'arme, c'était facile.
03:46Il suffisait d'appuyer sur la détente, et ça a tué.
03:50Ça a tué.
03:51Quand je ferme mes yeux, je vois la guerre.
03:54Laisse-moi, lâche-moi !
03:58J'ai décidé le titre définitif de mon blabla.
04:02Allah n'est pas obligé.
04:04Alors asseyez-vous, et écoutez-moi bien.
04:07Écrivez tout, et tout sur ma fucking life.
04:12On le voit, les voix aussi sont importantes dans ce film.
04:16On entend, il y a aussi Thomas N. Vigel qui porte ce film,
04:21qui est un personnage dans le film.
04:25C'est à la fois le film, là où il est très réussi,
04:27c'est qu'il est à la fois très édigeant,
04:28vous parlez de cette partie un peu documentaire,
04:31et accessible.
04:33Comment, justement, vous avez travaillé ?
04:36Alors évidemment, le réalisateur a sa part là-dessus.
04:40Comment ça a été décidé ?
04:41Ça a trouvé le juste ton, j'allais dire, pour faire ce film ?
04:44C'est un travail d'équipe.
04:47Un film d'animation ou un film tout court,
04:49c'est un travail d'équipe.
04:50Et c'est vrai qu'on a cherché ses voies pour incarner ses personnages.
04:57Thomas, c'est quelqu'un dont on connaît le travail
04:59et qu'on admire depuis longtemps.
05:01Donc quand on l'a sollicité pour faire ce film,
05:04il nous a répondu oui très rapidement.
05:06Et puis pour SK07, ce brillant acteur, comédien, artiste pluridisciplinaire,
05:15on est passé par une société de production en Côte d'Ivoire
05:19qui s'appelle Alma Production,
05:20qui nous a aidés dans la recherche des voies localement.
05:24Et quand ils nous ont présenté SK,
05:27on a été tout de suite conquis avec Zaven,
05:31parce que c'était une évidence que c'était lui
05:32qu'il fallait pour incarner Biraïma.
05:36Il porte très bien ses voies-là.
05:38Le travail, alors évidemment dans l'animation,
05:41le travail des voix est essentiel,
05:44évidemment pour nous porter là.
05:46Et toutes ces voix,
05:47donc on entend évidemment la Côte d'Ivoire,
05:49ils viennent de Côte d'Ivoire.
05:50Tout à fait.
05:50On entend bien, on entend le nouchi,
05:52on entend énormément de choses évidemment dans le film.
05:54Donc c'est très réaliste dans ce sens-là.
05:58Pour vous, l'animation,
05:59qui est quand même un genre
06:01pas très développé sur le continent,
06:03je veux dire en tout cas par rapport aux médias
06:05qu'on connaît,
06:06alors Disney, aux Etats-Unis
06:08ou même les Asiatiques,
06:11pour vous, l'animation peut devenir
06:13un espace majeur, important,
06:16pour raconter justement ces mémoires africaines
06:18qu'on entend qu'on aime ?
06:18Bien sûr, bien sûr.
06:20Non seulement j'en suis convaincu,
06:22mais en plus c'est en cours,
06:23c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de talent
06:26sur le continent.
06:27Nous, on continue d'en développer aussi au sein de la société
06:30qui vont arriver et qui vont compter
06:32dans ce registre qu'est l'animation.
06:36Et à l'échelle mondiale,
06:37bientôt les Africains seront aussi
06:39des acteurs importants.
06:42Absolument, j'y crois.
06:43Fermement.
06:44Plus largement,
06:46quel récit souhaitez-vous porter
06:47avec votre studio ?
06:50On a vu,
06:51Allah n'est pas obligé,
06:52mais je peux citer Ogur de Balogy
06:54dans un autre registre fanon
06:56de Jean-Claude Barnier aussi.
06:58Quels sont les récits
06:59que vous avez envie de porter,
07:00que ce soit sur l'Afrique
07:01ou sur la diaspora au sens large ?
07:03On va continuer d'être ambitieux,
07:06d'être exigeants,
07:07c'est-à-dire de raconter finalement
07:09ces histoires qui nous ont manqué
07:11quand on était plus jeunes
07:12et qu'on avait envie
07:14de voir à la fois sur le continent
07:16ou moi qui suis dans la diaspora
07:18basée en France.
07:19C'est des histoires
07:21qui m'ont manqué
07:22et que j'aurais aimé
07:23pouvoir découvrir
07:24quand j'étais jeune
07:25et aujourd'hui,
07:26à l'endroit où je me trouve
07:28en tant que producteur
07:29et je dirais en participant
07:32à la création des imaginaires,
07:35j'ai pour mission
07:36avec mon équipe
07:37de raconter ces imaginaires
07:41africains, panafricains
07:43de manière positive,
07:45de créer des figures inspirantes,
07:47de montrer que comme pour Kuruma,
07:50on a des grands auteurs
07:51sur le continent
07:52et qu'il faut qu'on les étudie plus,
07:55qu'on les transmette
07:58de génération en génération
08:00et ça, c'est un peu la mission
08:04qu'on se donne
08:05de faire émerger finalement
08:07des nouvelles voix,
08:08des nouveaux talents
08:08qui vont porter haut
08:11la voix du continent.
08:13On vous entend.
08:14Merci beaucoup Sébastien Onomo
08:16d'être venu dans le plateau
08:17du journal de l'Afrique
08:18sortie africaine de Allah
08:20n'est pas obligé
08:21dans toutes les grandes salles
08:22sur le continent africain.
08:23Précipitez-vous,
08:24c'est d'utilité publique,
08:26j'allais dire,
08:26et c'est salutaire.
08:27Merci beaucoup d'être venu.
08:28C'est la fin de ce journal.
08:29Merci à tous ceux
08:30qui nous ont suivis
08:30partout dans le monde
08:31et ce soir en particulier
08:33de Libreville à Paris
08:34en passant par Kinshasa.
08:35Restez avec nous
08:36car l'actualité continue
08:37sur France 24.
08:38Ça ne s'arrête même jamais.
08:40Merci.
08:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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