00:00On passe à notre page culturelle de ce vendredi avec un projet artistique fort.
00:05Et vous allez le voir qu'avec notre invité, le cinéma n'a jamais aussi bien porté son nom d'art total.
00:10Ce soir, il nous présente son deuxième long-métrage, Furcy Né Libre,
00:13un film tiré d'une histoire vraie, celle d'un esclave né sur l'île Bourbon,
00:17qu'on appelle maintenant La Réunion,
00:19qui se bat en justice pendant près de 30 ans pour faire reconnaître sa liberté.
00:23Un film bouleversant, doublé d'un album engagé, Furcy Héritage,
00:28co-réalisé avec le rappeur Mathéo Falcone.
00:31Bienvenue Abdelmalik, bienvenue dans votre JTA.
00:34Merci de me recevoir.
00:35À l'origine de ce projet, il y a le livre de Mohamed Assaoui, justement, Furcy.
00:40L'affaire de l'esclave Furcy.
00:42Exactement, voilà, donc on mettra d'ailleurs en image.
00:46Vous dites qu'à la lecture de ce livre, vous vous êtes dit « Furcy, c'est moi ».
00:49Dites-nous pourquoi.
00:50Je me suis dit « Furcy, c'est moi » parce qu'en réalité,
00:53si Furcy n'avait pas appris à lire et à écrire, certes en cachette,
00:58parce qu'il était illégal qu'un esclave ait accès au savoir,
01:03ou en tout cas quelqu'un qui était considéré comme tel.
01:05Et moi, quand j'ai lu ça, en fait, je me suis dit,
01:08c'est finalement l'éducation qui lui a permis de transcender sa condition.
01:11Sans le savoir, il n'aurait pas pu arriver là où il est allé,
01:16il n'aurait pas pu avoir gain de cause.
01:17Et je me suis dit, moi-même qui ai grandi dans une cité HLM,
01:20dans un quartier populaire, comme on dit,
01:23eh bien, si je n'avais pas rencontré le savoir, l'éducation, la culture,
01:26je ne serais pas devenu l'homme que je suis devenu.
01:28Et en ce sens-là, je me suis dit, c'est fondamental,
01:30c'est aussi une histoire, finalement, qui met l'éducation au centre.
01:33L'éducation au centre.
01:35J'aimerais savoir aussi, vous, que vous êtes penché
01:37et totalement investi dans ce film pendant des années.
01:41Qu'est-ce que vous avez appris sur la nature humaine en suivant ce personnage ?
01:45Ce que j'ai appris sur la nature humaine, c'est qu'on gagne toujours
01:49à s'accrocher, à faire confiance, finalement, au droit et à la justice.
01:55Parce qu'in fine, on est dans un monde où on voudrait que les choses changent immédiatement.
01:59On est sur le temps de l'immédiateté, finalement.
02:01Mais il y a aussi la notion du temps long.
02:03Et les grandes choses, les choses les plus importantes,
02:05s'inscrivent dans le temps long.
02:07Et précisément, en faisant preuve comme ça de tenue intellectuelle
02:11et de retenue émotionnelle, ce qu'il a fait, c'est fabuleux.
02:13Et donc, il est exemplaire.
02:15Mais aussi, ça nous montre à quel point, notamment quand on parle du code noir,
02:20où l'homme noir, où l'esclave était considéré comme un meuble,
02:24donc moins qu'un animal, d'une certaine manière.
02:29Et bien, ça nous montre aussi à quel degré d'horreur l'être humain est capable d'aller.
02:33Donc, il y a ce combat perpétuel qu'on doit avoir
02:35pour lutter contre toutes les formes d'esclavage moderne, d'une certaine manière.
02:39On en reparle juste après la bande-annonce du film.
02:41Fertile, délire, esclaves maintenus par la cupidité des hommes.
02:53Je crois que ça fait une erreur, je crois que ça fait une erreur,
02:55mais on ne peut pas croquer, tu vois ?
02:56C'est une erreur, c'est une erreur.
02:57C'est une erreur, c'est une erreur.
03:01C'est un acte de la réagissance, même s'il n'existait que le papier.
03:04C'est un acte de la réagissance, même s'il n'y a pas de la réagissance, même s'il n'y a pas de la réagissance, même s'il n'y a pas de la réagissance.
03:17C'est un peu d'une personne, c'est un peuple.
03:23Je ne vous abandonnerai jamais, Fessy.
03:34C'est un acte de la réagissance, même s'il n'y a pas de la réagissance, même s'il n'y a pas de la réagissance.
04:04C'est un acte de la réagissance, même s'il n'y a pas de la réagissance.
04:10Abdel Malik, on retrouve pour ce film Fessy, né libre.
04:15Ce film à regarder est très difficile à certains endroits, parce qu'évidemment, il y a une dureté de l'histoire qui est réelle, c'est une histoire vraie.
04:24Je me demandais comment vous avez tenu, d'ailleurs, et je sais que vous avez eu une expérience de tournage qui était assez bouleversante, racontez-nous.
04:31On a eu des moments, on savait qu'on faisait un cinéma qui était peut-être un tout petit peu plus que du cinéma.
04:37Et que finalement, c'était aussi un travail de deuil.
04:40Finalement, le travail mémoriel, le devoir de mémoire, c'est aussi un travail de deuil.
04:44Nous autres et moi-même aux racines africaines, aux racines congolaises, l'idée des esprits, ça veut dire quelque chose.
04:53Et il y a des esprits là, le fait de pouvoir raconter ces histoires-là, c'est aussi le fait de pacifier les esprits.
04:58Dire finalement, je me souviens, on a fait une scène où certains, donc, les figurants, ceux qui jouaient les esclaves, je fais une scène un peu compliquée.
05:07Je termine, j'entends un hurlement, je viens voir ceux qui jouent les esclaves.
05:11J'en vois un qui s'est ouvert au niveau du tendon et il y a du sang partout.
05:15Et je lui dis, mais pourquoi tu nous as pas appelés, pourquoi t'as pas...
05:17Et il dit, mais quand tu nous as expliqué qu'on travaille sur... c'est aussi un travail de deuil, on est en train de faire quelque chose qui est du cinéma, mais un peu plus que du cinéma,
05:25je me suis dit qu'il y avait des gens comme moi qui me ressemblaient, qui eux n'ont pas fait un film, c'était réel.
05:29Et ont souffert réellement, donc je pouvais pas...
05:32Et il dit ça, et on se met tous à pleurer.
05:34Et c'est ça en fait, on a vécu une expérience qui était très très forte, mais encore une fois, c'est une histoire qui nous concerne toutes, qui nous concerne tous.
05:41Et comment vous expliquez qu'elle soit si peu connue, cette histoire ?
05:44La réalité, c'est que mon film est le deuxième film français, finalement, après le film de Simon Moutaïrou, Nichen Nimet.
05:51Que nous avons reçu ici, d'ailleurs.
05:52C'est le deuxième film sur ce sujet-là.
05:55Et en vérité, on est au début de quelque chose.
05:57Parce que précisément, la France et l'Europe, il y a une démarche qui est un peu... c'est un déni par rapport à ça.
06:02Parce qu'en réalité, c'est honteux.
06:04Mais il est important, si on a véritablement envie de faire peuple, si on a véritablement envie de faire Europe, de faire France,
06:09tout simplement, si on a envie d'être à la hauteur de nous en tant qu'être humain, on doit raconter cette histoire.
06:14On doit raconter les histoires, même les plus sombres de notre histoire collective, pour précisément déposer nos sacs de douleur et qu'on puisse avancer positivement tous ensemble.
06:21Et c'est dans ce sens-là qu'on doit montrer les choses, même les plus dures, mais avec cette idée de transcender, d'avancer positivement ensemble.
06:29D'avancer positivement, ça se poursuit aussi avec la bande-son, avec ce CD, cet album, avec votre complice, Matteo Falcon, l'album Furcy Héritage.
06:44Moi, je l'ai vu vraiment comme une continuité du film, qui mêle archive, rap, même extrait du film, rap, poésie, mémoire.
06:54Ce prolongement musical, pourquoi est-ce qu'il était nécessaire, j'ai envie de dire ?
06:59Et moi, j'ai vu aussi quelque chose pour réconcilier le rap de l'époque et le rap actuel aussi, dans sa dimension culturelle, sociale, très forte.
07:09Oui, complètement. En fait, plus que réconcilier, c'était surtout célébrer et dire qu'en réalité, le rap, les rappeuses, les rappeurs sont les poétesses et les poètes d'aujourd'hui.
07:18Et qu'en réalité, c'est eux qui donnent le la culturel.
07:23Et que de mon point de vue, donc je leur ai montré le film, ils ont vu le film, avec Matteo Falcon, on leur a montré le film.
07:28Et chacun écrit sur la liberté, sur la justice, etc.
07:31Mais c'est vrai qu'au travers de l'histoire de cette culture, du rap, ça a toujours défendu ces valeurs-là.
07:36Et pour nous, c'était aussi mettre des médiums en dialogue, la musique qui dialogue avec le cinéma.
07:42Et c'était aussi faire du lien générationnel.
07:44On a des rappeurs légendaires qui nous ont tous portés, comme le ministère Hammer, par exemple.
07:49Mais on retrouve aussi des plus jeunes, comme Benjamin Epps, Juste Chani.
07:53On retrouve aussi des gens comme Pete Bacardi.
07:56On retrouve Soprano, Youssoufa, Oxmo Puccino, Lino d'Arsenic.
08:01Voilà, on les cite d'ailleurs.
08:01Voilà, on retrouve tous ces gens-là.
08:03Et c'est important, c'est dire aussi que nous sommes une communauté.
08:06Nous sommes une communauté artistique.
08:08Nous avons conscience des problématiques qu'on traverse et on en parle.
08:11Mais on en parle, encore une fois, c'est pour que ça nous permette d'avancer ensemble.
08:16C'est-à-dire, on constate l'obscurité, mais on allume des bougies.
08:20On n'est pas que dans la constatation.
08:22On est porteur de lumière, porteur et porteuse de lumière.
08:24Et ça, c'est fondamental en réalité.
08:25Et encore une fois, le cinéma et la musique sont des miroirs d'humanité.
08:30Et alors, qu'est-ce que ça dit pour finir ?
08:31Parce qu'on va se quitter en écoutant justement un extrait de l'album,
08:34je trouve qui est très fort.
08:36On écoutera évidemment, c'est un making-of du clip.
08:39Mais qu'est-ce qu'on a envie de dire après avoir fait tout ça ?
08:43Parce qu'il y a une résonance très forte à plein d'endroits dans ce film
08:45avec les combats actuels.
08:48Qu'est-ce qu'on a envie de dire ?
08:49Qu'est-ce qu'on a envie de dire à ces jeunes justement
08:50qui vont voir ce film ?
08:54Évidemment, on a envie de tout le monde.
08:55En fait, ce qu'on veut dire à ces jeunes,
08:57c'est que finalement, la clé, c'est l'éducation.
08:59L'idée, c'est de faire un film ample,
09:02un film qui soit divertissant aussi.
09:03Et qu'en sortant de là, on se dit
09:05« Ok, j'ai envie de lire le livre de Mohamed Aïsaoui.
09:07J'ai envie peut-être d'aller voir certaines recherches d'universitaires
09:10pour essayer de comprendre davantage.
09:12Et aussi susciter des vocations.
09:14Parce que finalement, c'est que le deuxième film.
09:15On voudrait que des réalisatrices, des réalisateurs
09:18s'emparent de ce sujet et des autres.
09:19Parler de la colonisation, parler de...
09:21Pour dire les choses.
09:22Et il est important de mettre la lumière sur ces histoires-là
09:25si, encore une fois, on a envie d'avancer toutes et tous ensemble.
09:28Bien entendu.
09:29Merci beaucoup, Abdelmalik, d'être venu.
09:31Merci pour ce projet puissant,
09:33ce devoir de mémoire incarné avec une grande dignité.
09:36Merci beaucoup.
09:37C'est la fin de ce JTA.
09:38Merci à tous.
09:40On se quitte en particulier ce soir de Neuf à Saint-Denis
09:42en passant par Brazzaville.
09:44Voilà.
09:45Restez avec nous, car l'actualité continue sur France 24.
09:47et on se quitte avec Cinequan.
09:48C'est la fin qu'on me fait, qu'on me fait.
09:50Demande à Johnny, voir son enfant blessé dans sa chair,
09:54dans sa chair, demande à Marie.
09:56Oh, on ne cherche pas la vengeance,
09:58mais briser le cercle vicieux de la violence.
10:01On ne cherche pas la vengeance,
10:03mais briser le cercle vicieux de la violence.
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