00:00D'autres outils, mais toujours autant de savoir-faire avec une artisane que Radio France met en lumière aujourd'hui.
00:05Avec ce partenariat depuis dix ans, le concours Talent des Cités pour détecter de jeunes entrepreneurs issus des quartiers prioritaires.
00:12Plus de mille candidats et c'est vous qui avez gagné, Ignaz Delaza. Bonjour.
00:16Bonjour.
00:17Votre matériau à vous, alors c'est pas le verre comme l'artisan qu'on vient d'entendre, vous c
00:20'est le bois.
00:21Vous êtes diplômée en ébénisterie et en charpente, mais vous n'exercez pas ce métier de façon classique.
00:26Vous aidez les particuliers à fabriquer ou à réparer eux-mêmes leurs meubles.
00:30Et vous faites ça à Rennes.
00:31Oui, tout à fait. J'appelle ça de la cofabrication.
00:34C'est un mot que je pense que j'ai inventé.
00:37Oui, en fait, j'ai vraiment à cœur de partager le savoir-faire artisan traditionnel comme on me l'a
00:42enseigné.
00:43J'ai pas trouvé ma place dans le milieu salariat classique.
00:47Et travailler toute seule, c'est pas forcément ce qui me plaît le plus.
00:50Mais par contre, apprendre et partager ma passion, ça m'anime.
00:53Donc ça veut dire que si j'ai besoin de réparer un meuble qui est abîmé, je vous appelle, vous
00:59venez chez moi avec des outils.
01:00Comment ça se passe ?
01:01Eh bien, il y a plusieurs formes.
01:02Moi, je suis sur Rennes et donc on me prête un atelier pour lequel j'accueille des petits groupes sur
01:08des thèmes différents.
01:09Donc là, vous donnez des cours.
01:10Voilà, c'est comme des cours, c'est des petits stages.
01:13Et sinon, sur des chantiers sur mesure, ça peut être aussi du neuf, de l'agencement.
01:17Par exemple, vous voulez une bibliothèque, je ne vais pas la faire et vous envoyez la facture à la fin.
01:21Je vais vous proposer de la faire avec moi et à la fin, il y aura quand même la facture.
01:24Mais vous aurez aussi appris et vous serez impliqué dans vos travaux chez vous.
01:28Et n'importe qui peut s'y mettre ?
01:29Eh bien, n'importe qui peut s'y mettre, tout à fait.
01:31C'est là où j'essaie d'ajuster au mieux parce que c'est vrai que c'est technique et
01:34c'est parfois dangereux.
01:36Donc la sécurité, elle est primordiale.
01:39Et ensuite, on se rend compte qu'on ne pensait pas pouvoir faire, mais qu'on peut.
01:42Et c'est vrai que l'idée vous est venue en aidant votre frère à fixer une étagère sur le
01:45mur ?
01:46Tout à fait, oui. Mon frère, pour le coup, n'est pas le plus débrouillard. C'est assez rigolo.
01:51Donc s'il peut le faire, tout le monde peut le faire, c'est ça ?
01:52Tout à fait, oui. C'est loin des stéréotypes.
01:55Mais mon frère ne bricole pas et moi, beaucoup.
01:56Donc quand il y a des petits travaux chez lui, c'est moi qui m'en charge.
01:58Alors vous le disiez, ce qui vous a poussé à faire exercer votre métier de cette façon,
02:02c'est cette importance de la transmission à vos yeux, le partage des connaissances,
02:07et aussi une conscience environnementale.
02:10Oui, tout à fait, oui. J'essaie au maximum d'acheter des matériaux qui sont déclassés ou de réemploi.
02:15Même si le réemploi, ce n'est pas si souvent qu'on peut en récupérer.
02:18C'est plutôt des matériaux qui sont déclassés.
02:19Donc c'est des grands lots qui ont un défaut et que les constructeurs estiment ne pas être viables sur
02:25le marché.
02:25Et donc moi, je prends le temps d'éliminer le défaut.
02:28Donc c'est un peu plus long, mais cette lenteur-là me va très bien si je peux réemployer des
02:31matériaux
02:32qui seraient destinés plutôt à la poubelle.
02:34Oui, je sais aussi que votre expérience, à un moment où vous êtes allée en Norvège pour travailler,
02:37ça vous a fait prendre conscience justement de l'importance de mettre en avant cet artisanat
02:42face à l'industrialisation du métier ?
02:45Oui, oui, oui. Comme je disais, quand j'ai travaillé pour d'autres personnes,
02:49c'est des emplois qui sont plus que précaires, pas du tout pensés pour les femmes.
02:53Et donc ça a été une révélation de me dire, en fait, les valeurs de l'artisanat,
02:58elles se perdent quand les gestes sont vidés de leur sens.
03:01Vous avez monté votre entreprise Inès de Laza il y a six mois, la boîte à outils Inès.
03:07Vous êtes jeune, vous avez 25 ans et je sais que vous avez hésité.
03:10Si j'avais été un garçon, je l'aurais fait avant. Dites-vous pourquoi ?
03:13Oui, tout à fait. En fait, j'ai attendu tout ce temps alors que j'ai toujours travaillé dans l
03:18'artisanat.
03:18Et c'est ma conseillère mission locale qui m'a mis les dits en tête que c'était possible en
03:23fait.
03:24Et là, ça a été la révélation. Je me suis dit, mais depuis le début, tout le monde peut le
03:28faire.
03:28Quand j'ai fait des études, pour le BTS, j'étais la seule fille.
03:31Et en fait, beaucoup avaient des parents qui étaient déjà, des papas plutôt, qui étaient déjà dans l'artisanat.
03:36Ils allaient récupérer l'entreprise familiale. Et en fait, ce qui n'est pas du tout mon cas.
03:40Donc je me suis dit, eux, leur destinée, elle est toute logique.
03:42Ils ne se sont même pas posé la question à la fin de leur BTS et récupèrent l'entreprise.
03:46Et ils sont directement chefs d'entreprise.
03:49Et moi, il me faut beaucoup plus d'années.
03:51Et encore, je travaille sur ma légitimité encore aujourd'hui.
03:53Ah oui, encore aujourd'hui ?
03:54Oui, oui, tout à fait. L'entrepreneuriat, c'est un long parcours.
03:58Mais dans vos études d'ébénisterie ou de charpente, on ne vous forme pas, on ne vous incite pas à
04:02créer une entreprise ?
04:03Pas spécialement. C'est des études qui sont assez courtes et donc c'est très, très technique.
04:07Donc on n'est pas forcément amené à nous projeter sur la suite.
04:11Et c'est un milieu très masculin.
04:12Oui, tout à fait. Sur chantier, parfois, j'ai été amenée à travailler sans toilette pour les femmes, sans toilette
04:18tout court.
04:19Donc les hommes font pipi debout dehors et puis les femmes, on attend la fin de la journée.
04:24Ça peut être très long.
04:24Oui, même les enseignes de magasins très connus, c'est Monsieur Bricolage.
04:28Tout à fait, oui, oui.
04:29C'est pas Madame.
04:30Tout à fait, voilà. Et sur un concours de pitch, pas celui pour lequel je suis invitée ce matin.
04:35Mais j'ai commencé en disant, voilà, Madame Bricolage n'existe pas encore.
04:38Donc je continue, moi, à travailler tous les jours.
04:40Alors le prix de ce matin, c'est le prix Radio France Talent des Cités.
04:43Je le disais, plus de 1000 candidats.
04:44Il représente quoi ce prix pour vous ?
04:46Pour moi, c'est une opportunité d'être ici ce matin.
04:49C'est pas tous les jours que je suis à France Inter.
04:51C'est un réel plaisir.
04:53C'est donc de la grande visibilité.
04:54C'est aussi mettre en lien vraiment mon parcours avec un territoire.
04:58C'est ce pourquoi on nous choisit aussi sur ce concours-là Talent des Cités.
05:04Oui, vous vous habitez dans un quartier prioritaire de Rennes.
05:06Voilà, depuis deux ans et demi, tout à fait.
05:07Et c'est là où je monte mon entreprise.
05:10Et on vous a aidé dans ce quartier, justement, à développer votre projet ?
05:14Oui, en fait, dès que j'ai eu l'idée par ma conseillère mission locale,
05:17j'ai tout de suite été transférée d'institution en institution
05:20et à chaque fois financée depuis mon lieu d'habitation.
05:23Et donc, c'est un parcours très, comment dire, qui rebondit à chaque fois.
05:29Et il y a énormément d'institutions.
05:30Le réseau Rennes est encore plus et très, très en lien.
05:33Donc, on ne peut pas se perdre.
05:34Si on veut monter son entreprise, on toque à une porte et c'est tout à fait possible.
05:38Et la suite, c'est quoi ? Vous avez envie de développer d'autres choses ?
05:40Oui, oui, tout à fait.
05:41La suite, pour moi, c'est déjà stabiliser mon entreprise,
05:44me rémunérer correctement, me sentir légitime encore plus
05:49et faire un maximum de projets et émanciper le plus de personnes du grand consumérisme.
05:55Quand on veut un meuble, en fait, on peut le construire ou le co-construire.
05:58Oui, vous êtes sans doute une source d'inspiration pour d'autres ce matin qui nous écoutent.
06:01Merci beaucoup, Inès Delaza.
06:03La boîte à outils, Inès, c'est donc le nom de votre entreprise installée à Rennes.
06:07Vous étiez l'invité déjà debout et vous venez donc de recevoir le prix Radio France Talent des Cités.
06:12Bravo à vous.
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