00:00Chose promise, chose due, l'édito politique Patrick Cohen. Ce matin, la disparition de Lionel Jospin, homme d'état singulier.
00:08Singulier parce que ne ressemblant à aucun autre. Je l'ai connu en 1997 comme reporter politique quand il est
00:14devenu Premier ministre.
00:15Et je l'ai toujours approché en ayant le sentiment de visiter une espèce en voie de disparition.
00:19Par sa pudeur, son refus de la séduction autre qu'intellectuelle, son rejet du clinquant médiatique, son aversion pour la
00:26démagogie et les discours simplistes,
00:28son intransigeance sur ses convictions, sa raideur sur les principes et le soin méthodique, méticuleux apporté à leur exécution.
00:35Une sorte d'antithèse absolue à Trump et au trumpisme.
00:39Ce n'est pas que Lionel Jospin n'ait jamais fait fausse route ou de mauvais choix, mais je ne
00:43l'ai jamais vu en défaut d'honnêteté intellectuelle.
00:46Je n'ai jamais décelé chez lui une once de cynisme. Les Français le ressentaient. Jospin inspirait confiance jusqu'à
00:52ce que sa franchise ne lui joue des tours.
00:54Sa sincérité s'est retournée contre lui.
00:56Quel autre Premier ministre en campagne et en poste depuis 5 ans aurait pu affirmer devant 9 à 10 millions
01:02de téléspectateurs ?
01:03C'est vrai, l'insécurité a progressé, nous n'avons pas fait reculer et moi j'ai pêché un peu
01:09par naïveté en me disant
01:10si on fait reculer le chômage, on va faire reculer l'insécurité.
01:14C'était le 3 mars 2002 sur le plateau du 20h de TF1.
01:19Qui d'autre aurait pu par franchise, par honnêteté, concéder un tel point à son adversaire Jacques Chirac
01:24qui avait fait de l'insécurité le thème majeur de sa campagne.
01:27Quelle autre politique a pu dire qu'il avait pêché par naïveté ?
01:30Jacques Chirac lui fera la leçon en meeting, 3 jours plus tard, en politique.
01:35La naïveté n'est pas une excuse, c'est une faute.
01:38Et la bataille présidentielle n'est pas un dîner de gala.
01:40Mais avant cela, Lionel Jospin a incarné la gauche rassemblée.
01:45Dans toutes ses composantes, des radicaux communistes, du moins jusqu'à la démission de Jean-Pierre Chevènement à la rentrée
01:502000.
01:50Mais c'est un autre paradoxe, cette gauche plurielle, heureuse au gouvernement, cohérente en apparence,
01:56sous l'autorité de Jospin, lui sera fatale lors de la présidentielle de 2002.
02:01Parce que le Premier ministre, chef de la majorité, n'a voulu empêcher personne de concourir.
02:05Par respect du pluralisme, par esprit démocratique, dira-t-il, toutes les candidatures sont légitimes.
02:11Résultat, 5 candidats issus de la majorité sortante, avec Chevènement, Mamère, Hu et Taubira.
02:18Dispersion mortifère quand Jospin sortira pour 194 000 voix, de moins que Jean-Marie Le Pen.
02:25Ainsi, le carambolage de 2002 nous rappelle l'importance de l'offre électorale.
02:29La leçon vaut pour aujourd'hui.
02:30L'affluence de chaque camp sur la ligne de départ détermine largement l'affiche du second tour et le vainqueur
02:36final.
02:36Tout cela, Lionel Jospin ne l'avait pas calculé, pas assez anticipé.
02:40Peut-être n'était-il pas assez roué pour gagner une bataille présidentielle,
02:45pas assez ambitieux pour en faire le combat d'une vie,
02:47pas assez côteleux pour transiger avec son retrait sacrificiel et définitif au soir du 21 avril.
02:53De ce rendez-vous manqué, de cette réaction radicale et singulière,
02:57nous est restée la certitude que cet homme était fait d'un autre bois,
03:02qu'il n'y aurait pas d'autre, Lionel Jospin.
03:04Merci Patrick Cohen.
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