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Une gueule sculptée pour la télé, un sens de la formule et de ce qui va accrocher les téléspectateurs, toujours en veste et t-shirt noirs... depuis 30 ans les français avaient l’habitude de le voir sur leurs écrans. A 70 ans, il tire sa révérence. Thierry Ardisson présente sa dernière des Terriens du samedi, ce samedi 15 juin, sur C8. Dans cet épisode de Code source, Benoît Daragon, reporter au Parisien, spécialiste télé, raconte comment Thierry Ardisson a réussi l’une des plus belles carrières de la télévision française de Descente de police en 1985 sur TF1 à Tout le monde en parle sur France 2 entre 1998 et 2006 en passant par Paris Dernière, sur Paris Première entre 1995 et 1997. Des histoires racontées par les journalistes de la rédaction ou par celles et ceux qui les ont vécues directement. Un rendez-vous porté par le présentateur Jules Lavie et la reporter Clawdia Prolongeau, à retrouver du lundi au vendredi à partir de 18 heures sur LeParisien.fr ou sur les principales plateformes d’écoute. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production et montage : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : INA et Thierry Ardisson.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Une gueule sculptée pour la télé, un sens de la formule et de ce qui va accrocher,
00:16toujours en veste et t-shirt noir.
00:18Depuis 30 ans, les Français avaient l'habitude de le voir chaque semaine.
00:21A 70 ans, il tire sa révérence.
00:24Thierry Ardisson présente sa dernière de Salut les Terriens, ce samedi 15 juin sur C8.
00:31On vous raconte comment il a réussi l'une des plus belles carrières de la télévision française.
00:48Amis de l'homme en noir, bienvenue sur le plateau de Tout le monde en parle.
00:53A mes côtés, Benoît D'Aragon, journaliste au service télé du Parisien.
00:57Thierry Ardisson a des défauts qu'il assume à 100%.
01:01Lesquels ?
01:01Thierry Ardisson, il est provocateur, il est vénal et il est surtout très mégalo,
01:07comme beaucoup d'animateurs télé.
01:08C'est vrai qu'à l'entendre parfois, on a l'impression que c'est le troisième frère lumière
01:11qu'il a inventé la télévision, alors qu'en fait, il a eu des très bonnes idées dans ses émissions,
01:15mais il les a beaucoup, beaucoup, beaucoup utilisées.
01:18Allô ?
01:19Allô ?
01:19Oui, c'est moi.
01:19Ah, ça va ?
01:20Ça va ?
01:20Ouais, cool.
01:21Bon, t'as vu ce qui se passe là ? Tout le monde en parle.
01:23Ah non, de quoi tu me parles ? Toi, tu rigoles quoi ? La radio, la télé, les journaux, tout
01:26le monde en parle.
01:27Tout le monde en parle.
01:28L'émission que Thierry Ardisson présente sur France 2 entre septembre 1998 et juillet 2006.
01:35Benoît D'Aragon, c'est comment ? Tout le monde en parle.
01:38C'est bien, c'est mémorable surtout, ce qui est déjà pas mal pour une émission de télé.
01:44Ça fait presque 15 ans maintenant que ça s'est arrêté, on s'en souvient encore,
01:48on se souvient, Thierry Ardisson, des interviews thématiques avec ces questions un peu provocantes,
01:53un peu percutantes, et ça a marqué la petite histoire de la télévision.
01:56Décrivez-nous le décor.
01:58Ça ressemble à la fois à un palais romain, avec des colonnes couleur crème et des rideaux bleus,
02:04et puis ça ressemble aussi à une piste de cirque, il y a une grande table ronde.
02:07Et le public qui participait beaucoup.
02:09Et le public qui se levait, il faisait des « oh », il faisait tourner les mains quand on passait
02:14à la promotion.
02:15Puis on voyait aussi l'assistante réalisatrice qui arrivait pour remplir les verres.
02:20Toutes les coulisses de l'émission se voyaient à l'écran, et ça aussi c'était assez nouveau.
02:23Comment est habillé Thierry Ardisson ?
02:25Thierry Ardisson, c'est l'homme en noir. Il est habillé en noir depuis très longtemps.
02:29Alors, t-shirt noir, veste noire, et ça c'est un costume immuable,
02:34qu'il porte même dans la vie privée, mais tous les jours il s'habille comme ça.
02:37Qui sont les invités ?
02:38Alors les invités, c'est un peu le grand écart.
02:40Et ça c'est la recette de Thierry Ardisson, ça veut dire qu'il était capable de recevoir des hommes
02:43politiques.
02:43On se souvient de Michel Rocard ou d'Edouard Balladur.
02:47Mikhaïl Gorbatchev aussi, qui a quand même été sur son plateau.
02:50Donc des personnalités très importantes.
02:52Et puis des acteurs, des chanteurs, des acteurs porno.
02:55C'est vraiment le grand écart.
02:56Il dit tout le temps qu'il faut le curé et la bimbo pour compenser.
03:01Est-ce que vous avez en tête des séquences mémorables ?
03:04Des séquences mémorables, il y en a plein.
03:05L'émission, elle a duré quasiment dix ans.
03:07Donc il y en a plein.
03:08On se souvient de Mila Jovovitch, vous savez cette actrice du cinquième élément de Luc Besson,
03:12cette très jolie comédienne, qui, quand Ardisson lui parle de son père,
03:16jette son verre d'eau et s'en va en furie.
03:18On se souvient...
03:20Pourquoi quand il lui parle de son père ?
03:22Ardisson lui parle du fait que son père est allé en prison pendant huit ans.
03:26Et à ce moment-là, elle répond à la question.
03:28On sent qu'elle est émue.
03:29Parce que votre père a été arrêté pour fraude à l'assurance.
03:34Et elle jette son verre par terre et elle quitte le plateau.
03:37Et personne ne peut la retenir.
03:38C'est une séquence qui était assez forte.
03:41Oui, j'ai perdu mon père pendant huit ans.
03:46On se souvient évidemment de la séquence avec Michel Rocard,
03:48à qui il ose demander est-ce que Sucé s'est trompé.
03:51Et Michel Rocard répond bah non.
03:54Et Sucé s'est trompé ?
03:55Eh, pardon ?
03:56Sucé s'est trompé ?
03:57Non plus.
03:58Non plus.
03:59C'est vrai que c'est assez culotté.
04:00Et des séquences, il y a eu plein.
04:02Parce qu'Ardisson, en fait, il a inventé le buzz avant l'heure du buzz, avant l'heure des réseaux
04:05sociaux.
04:06C'est-à-dire que tous les lundis, à la machine à café, pendant des années,
04:09on débriefait les séquences les plus cultes de tir à Ardisson.
04:12Les gens les racontaient sans les avoir vues.
04:13C'est aujourd'hui ce qui se passe sur les réseaux sociaux.
04:16Quels sont les secrets de fabrication de Tout le monde en parle ?
04:19En fait, c'est une émission qui était très préparée.
04:22Ardisson, il fait du talk show à l'américaine.
04:23C'est-à-dire que les questions sont très écrites.
04:26Les réponses, parfois, on a l'impression qu'elles sont écrites aussi.
04:29On sait qu'il envoyait à certains invités les questions à l'avance pour qu'ils puissent préparer leurs réponses.
04:34Et puis lui, il a tout préparé.
04:36Donc, il n'y a pas beaucoup de surprises dans l'émission.
04:38Et puis après, c'est très monté.
04:40Oui, c'est une émission enregistrée.
04:41C'est une émission enregistrée, souvent deux jours avant la diffusion.
04:44Comme ça, souvent, c'est enregistré le jeudi, c'est diffusé le samedi.
04:47Et le vendredi, il s'enferme dans une salle de montage avec un monteur.
04:50Et il coupe tous les temps morts pour que ce soit très rythmé.
04:52Et c'est vrai que quand on regardait, tout le monde en parle.
04:54Et c'est toujours le cas avec son émission qu'il présentait sur C8, l'Etherien.
04:58L'émission, il n'y a pas de temps morts.
04:59Il se passe un truc toutes les 30 secondes.
05:01C'est très rythmé.
05:01Comment ça se passe un tournage de Tout le monde en parle ?
05:03C'était très très long, interminable.
05:10C'était aussi une des recettes d'Ardisson, c'est qu'il faisait picoler en coulisses les invités en attendant
05:14qu'ils rentrent sur le plateau.
05:15Ce qui fait qu'ils arrivaient sur le plateau, parfois dans un état second, en tout cas un peu éméché.
05:20Et quand on est un peu méché, on dit les choses qu'on ne dit pas quand on est sombre.
05:24Et c'est comme ça aussi qu'il arrivait à faire dire à ses invités soit des choses très drôles,
05:28soit des choses qu'ils n'auraient jamais osé dire à jeun dans une autre émission.
05:31Il y avait aussi des pétards en coulisses, j'imagine ?
05:34Thierry Ardisson disait que les invités faisaient ce qu'ils voulaient dans leur loge.
05:36Il dit nous on est sur le plateau, on ne vient pas les voir, donc ceux qui veulent prendre des
05:41substances illicites,
05:42prennent des substances illicites.
05:43Il y a une anecdote mémorable, c'est Frédéric Becbédé qui venait pour présenter un roman,
05:48l'émission devait être en retard, donc il picole, il picole.
05:50Tout le monde est au champagne mais lui il est à la vodka.
05:53Et donc forcément quand vous vous trinquez à quelqu'un qui a pris 3, 4 coupes de champagne
05:57et que vous en êtes à votre 3ème ou 4ème verre de vodka,
05:59et en fait il a vomi dans la loge, il n'a jamais été capable de rentrer sur le plateau.
06:03Et donc il a été réinvité la semaine suivante.
06:05Thierry Ardisson a des auteurs pour préparer ses interviews et il prépare avec grand soin ses petites fiches.
06:10Oui, c'est lui qui écrit ses fiches, c'est lui qui prépare ses interviews avec ses équipes, il écrit
06:14tout.
06:15Il y a ses interviews thématiques, alors ça c'est facile, c'est toujours les mêmes,
06:17il suffit de ressortir la fiche mais il choisit quelles questions,
06:21quel quiz il va faire à quelle personnalité.
06:23Et puis surtout, si vous vous souvenez bien, il raconte toute la biographie de son invité,
06:27c'est-à-dire qu'il dit bonjour Jules, vous êtes né le temps, vous avez commencé là.
06:31Et il a vraiment complètement écrit son interview, c'est pas trois questions posées à la va-vite,
06:37préparées en cinq minutes, autour du table. Non, on s'est très très préparé.
06:39Et à chaque fois il assure la promo de l'invité, ce que l'invité est venu faire,
06:42et puis derrière il va chercher autre chose.
06:43C'est vrai que c'est fou parce que les gens disent des choses qu'on ne les a jamais
06:46entendues parler.
06:47Je me souviens d'une interview de Baladur qui est assez mémorable,
06:50où il lui parle de son enfance en Turquie, Baladur se rédit,
06:53et puis on se rend compte à quel point Baladur est figé, est très austère,
06:58et c'est assez révélatoire du personnage.
07:00À un moment, Baladur dit vous savez je pleure rarement,
07:03et je pense que ça dégage ce petit côté de cet homme politique qui n'est effectivement pas un joyeux
07:08de riz,
07:09et ça apparaît clairement sous nos yeux dans l'émission d'Arnisson.
07:12Que va apporter à la télévision française, tout le monde en parle ?
07:14Il y a un truc qui est assez innovant, c'est le sniper,
07:18on connaît tous Laurent Baffi qui est le meilleur ami de l'Arnisson,
07:22son complice éternel, c'est-à-dire qu'il est né là que pour débiter des vannes.
07:26Qu'est-ce que vous aimeriez que les gens apprennent sur Massimo ?
07:29Qu'il a baisé une jeune.
07:30Et balancer sur l'invité, lui sortir des horreurs.
07:33Ce que vous avez de plus sexy en vous ?
07:34Elle a dit les yeux.
07:35Les yeux ?
07:36L'autre derrière elle dit les couilles.
07:37Mettez-les d'accord.
07:38Ou des saïdes très pertinentes,
07:39et ça c'est quelque chose qu'on voit depuis dans toutes les émissions,
07:42même à la radio, il y a tout le temps des snipers dans les émissions, on en voit partout.
07:46Il y a plein de séquences qui sont cultes, il y a plein de phrases.
07:48Magneto Serge.
07:49Magneto Serge.
07:51Magneto Serge.
07:51Je pense que tout le monde l'a utilisé.
07:54Magneto Serge.
07:56Magneto Serge.
07:57Oui.
07:58On ne bouge pas pendant le jingle,
08:00ça c'est des phrases cultes de l'émission qu'il répétait 15, 16 fois par émission.
08:03Il avait un petit clavier, si vous vous souvenez, sous les doigts,
08:06et il appuyait lui-même sur des touches qui lançaient automatiquement ces petits jingles sonores,
08:11ces petits gimmicks.
08:11Et ça, ils sont descendus dans le langage courant.
08:15Pourquoi il faisait ça ? Pourquoi il avait son clavier ?
08:17Il le faisait parce qu'il trouvait que quand il faisait un signe à la régie avec la main,
08:20ça mettait 20 secondes à arriver,
08:22donc il trouvait que ça allait plus vite s'il le faisait lui-même,
08:24donc c'est resté comme ça.
08:25Puis il y a aussi les fameux blind tests qui concluaient toutes les émissions,
08:29tout le monde en parle.
08:29Alors on passe au blind test !
08:32Les invités venaient spécialement pour jouer,
08:34il fallait reconnaître juste le chanteur d'une chanson,
08:36et ça partait en fou rire avec plein de mauvais soins.
08:39C'était une des séquences assez drôles,
08:41c'était pour ceux qui se couchaient le plus tard,
08:42parce que souvent c'était à 2h du matin.
08:44Cette émission a marqué beaucoup de spectateurs,
08:48aussi parfois à cause de dérapages.
08:50Lesquels ?
08:52C'est les limites aussi de Thierry Ardisson,
08:54c'est qu'il recevait tout le monde,
08:55il recevait des intellectuels, des écrivains,
08:57et il ne leur rentrait jamais vraiment dedans,
08:59il les contredisait assez peu,
09:01et donc il y a par exemple cette séquence qui est restée dans les mémoires
09:05avec Thierry Messon qui avait écrit un livre pour remettre en cause
09:07les attentats du 11 septembre 2001,
09:09et donc Thierry Ardisson le reçoit en majesté,
09:12et le laisse parler très longtemps,
09:13et à aucun moment il ne le contredit,
09:15à aucun moment il dit,
09:16mais vous racontez quand même n'importe quoi,
09:18il y a des faits qui viennent contredire ce que vous dites,
09:20et il est en train de répandre sa fake news
09:23pendant 20 minutes sur le service public,
09:25et à aucun moment Thierry Ardisson le remet en cause,
09:26donc ça c'est la limite de l'exercice,
09:28c'est qu'à donner la parole à tout le monde,
09:30on donne aussi la parole à n'importe qui.
09:42On va revenir tout à l'heure sur Salut les terriens,
09:45qui se termine sur C8,
09:47mais d'abord on va essayer de mieux connaître Thierry Ardisson,
09:50finalement, même si on le voit depuis une trentaine d'années,
09:52on le connaît plutôt mal,
09:53d'abord décrivez-nous sa cantine.
09:55Thierry Ardisson, il habitait à côté de l'hôtel Le Meurice,
09:57c'est Rodrigo Voli en face des Tulleries,
09:59c'est un très bel hôtel parisien, un palace,
10:01et il mange là quasiment tous les midis,
10:03enfin c'est vraiment sa cantine,
10:05on lui ouvre grand les portes,
10:07il a sa table,
10:08enfin voilà, il est connu comme le loup blanc.
10:10Vous, vous l'avez déjà vu dans sa cantine ?
10:12Voilà, il fait tous ses rendez-vous là-bas,
10:14ses interviews avec les journalistes,
10:15avec les patrons de chaîne,
10:16avec les producteurs,
10:18il produit des films,
10:19donc c'est aussi où il rencontre les acteurs,
10:20c'est vraiment son bureau Le Meurice.
10:22Au niveau politique, il est monarchiste.
10:24Oui.
10:26Oui, il est monarchiste, c'est pas banal,
10:27puis il l'assume.
10:28Il n'est pas d'extrême droite,
10:28parce qu'il dit que souvent on associe la monarchie
10:30à des mouvements d'extrême droite,
10:31lui pas du tout.
10:32Alors est-ce que c'est de la provocation ?
10:34Moi je ne l'exclus pas totalement
10:35qu'il y ait une part de provocation,
10:36mais voilà, il pense que la République est arrivée,
10:38s'est installée par accident,
10:40et que finalement, sous la restauration,
10:42on a installé une monarchie démocratique
10:45un peu sur le système britannique,
10:46et il a cette petite phrase qu'il répète tout le temps,
10:48à quoi ça sert d'avoir coupé la tête de Louis XVI
10:50si c'est pour avoir Nicolas Sarkozy et François Hollande
10:52comme président.
10:53On l'a dit tout à l'heure,
10:54il aime l'argent et il ne s'engage pas.
10:56Ah oui, il a toujours aimé l'argent,
10:58il a commencé dans la pub,
10:59c'est un fils de pub,
11:01Thierry Ardisson, il a gagné beaucoup d'argent,
11:02il fait de la télé pour ça,
11:04il vient d'une famille qui n'est pas du tout dans le milieu,
11:06alors il est souvent associé à quelque chose,
11:08presque de l'aristocratie française,
11:09avec ses dîners qu'il organisait chez lui,
11:12c'était une émission de Paris 1ère
11:13qui s'appelait 93 Faubourg-Saint-Honoré,
11:15c'était vraiment chez lui, dans son appartement,
11:17mais il vient d'un milieu où il est né dans la Creuse,
11:21ses parents ne travaillaient pas du tout dans la télé,
11:23son père travaillait dans les travaux publics,
11:25donc il a toujours eu envie de réussir,
11:27et il y a une espèce de revanche,
11:28donc aujourd'hui il gagne beaucoup d'argent,
11:29il ne s'en cache pas, et il aime ça.
11:31Qu'est-ce qu'il fait comme études ?
11:32Il ne fait pas d'études en fait, Thierry Ardisson,
11:35il a beaucoup bougé,
11:36parce que son père déménageait de chantier à chantier,
11:40donc il a vécu dans la Creuse,
11:41il a vécu dans le Massif Central,
11:43il a vécu en Algérie,
11:44il a débuté un peu par hasard,
11:46en fait il a commencé par des petits boulots,
11:48il s'est retrouvé DJ dans une boîte de nuit à Jouan-les-Pins,
11:51c'est un peu son premier job,
11:53c'est comme ça qu'il est rentré dans la mini-jet set du Sud,
11:56avant de monter à Paris.
11:58Et qu'est-ce qu'il fait à Paris ?
12:00À Paris, il avait repéré qu'il était très bon
12:03dans le maniement de la langue française,
12:05pour faire des jeux de mots,
12:05pour trouver des choses percutantes,
12:07il avait fait un concours de slogans,
12:09qu'il avait gagné,
12:10et du coup pour des choses,
12:12c'est le thème,
12:12et le slogan qu'il avait trouvé,
12:14c'est le thème un peu beaucoup passionnément,
12:16donc on retrouve ça dans la pub,
12:19dans ce qu'il va faire après,
12:20et donc il descend les Champs-Elysées,
12:21il va au drugstore,
12:22là où il y a l'agence Publicis,
12:23la plus grosse agence de pub parisienne,
12:25il y va, il sonne,
12:27il veut travailler dans la pub,
12:28il veut travailler dans la pub,
12:29et donc c'est les années 60,
12:31donc on trouve du boulot
12:32beaucoup plus facilement qu'aujourd'hui,
12:34il sonne,
12:35il passe un entretien,
12:36on lui dit qu'il n'y a pas de place,
12:36alors il est un peu dépité,
12:37donc il descend les Champs-Elysées,
12:39sauf qu'il y a une autre agence de pub
12:40un peu plus loin,
12:40qui s'appelle BBDO,
12:41et là il sonne,
12:42et il est pris,
12:43et il commence à travailler
12:44comme ça dans la publicité.
12:45Quels autres slogans il a inventé,
12:47il en a créé beaucoup ?
12:48Oui, il a créé la paire,
12:49il n'y en a pas deux,
12:49c'est pas mal ça,
12:50c'était une bonne idée,
12:52ou vas-y vaza,
12:53beaucoup de choses comme ça,
12:54très percutantes,
12:55en jouant avec le nom de la marque,
12:57et puis il y a toutes les campagnes
12:58Ovo-Maltine,
12:59c'est de la dynamite,
12:59avec le plongeur dans le champ de blé,
13:01voilà ça c'est tiré à l'ardisson.
13:03J'ai huit secondes,
13:04pour vous dire que la barre Ovo-Maltine,
13:06c'est de la dynamique !
13:11C'est trop !
13:12Quand c'est trop,
13:13c'est trop éco !
13:14Quand c'est trop,
13:15c'est trop éco !
13:15Ces années pub,
13:16c'est aussi une période
13:17où il se drogue beaucoup ?
13:18Oui, c'est les années sombres
13:19de Thierry Ardisson,
13:20il va découvrir l'héroïne,
13:22il va devenir complètement accro,
13:23au point de quitter la France,
13:25d'aller vivre à Bali,
13:26en Asie,
13:27il va se retrouver au Laos,
13:29un moment sans revenu,
13:30à faire la Manche,
13:31pour se payer sa dose,
13:33et il va falloir qu'il revienne en France,
13:35qu'il se désintoxique complètement,
13:36et après,
13:37plus jamais,
13:38il touchera à la drogue dure,
13:39après,
13:39Thierry Ardisson,
13:40il fume de temps en temps des pétards,
13:42et il le revendique pleinement d'ailleurs.
13:43Son agence de pub,
13:44qu'il s'appelle Business,
13:45écrit des articles
13:45pour le magazine Rock'n'Folk,
13:47et c'est comme ça
13:48que Thierry Ardisson
13:49va faire sa toute première télé.
13:50Voilà, dans Rock'n'Folk,
13:51il avait une rubrique
13:52qui s'appelait
13:52« Descente de police »,
13:53il imaginait des interviews,
13:55il interviewait des célébrités
13:56comme si elles étaient en garde à vue,
13:58et notamment,
13:58il avait fait beaucoup parler
13:59avec une interview
14:00de Yannick Noa,
14:02qui reconnaissait
14:02que parfois,
14:03avant les matchs,
14:04il fumait des pétards,
14:05et qui disait
14:05que certains joueurs de tennis
14:07prenaient des amphétamines
14:08avant les matchs.
14:08Et ces interviews
14:09pour Rock'n'Folk,
14:10Descente de police,
14:11vont être adaptées
14:12à la télévision ?
14:12Voilà, une productrice
14:13vient le voir
14:14en lui disant
14:14que ça ferait
14:14une formidable émission,
14:16vous imaginez,
14:16un people,
14:17un décor de commissariat,
14:20un animateur
14:20qui a un manteau de flic,
14:23ça fait une super émission,
14:24et donc l'émission
14:25voit le jour
14:25en 1985
14:26sur TF1.
14:27Ces interviews,
14:28finalement,
14:29ça ressemble beaucoup
14:30aux interviews
14:30qu'on connaît
14:31de Thierry Ardisson
14:32avec des phrases chocs,
14:33des questions chocs.
14:34Très vite,
14:34les hardy views,
14:35ce qu'il appelle,
14:36c'est-à-dire les interviews
14:37avec des questions rituelles
14:38qui reviennent à chaque fois,
14:40elles sont présentes
14:41dès ses premières émissions.
14:42Le côté concept
14:43où je vous pose
14:44des questions
14:45qui n'ont absolument
14:45rien à voir
14:46avec votre promo,
14:47mais qui permettent
14:48de révéler
14:49votre vrai caractère
14:50et ce que vous pensez,
14:51ça c'est vraiment
14:52le fil rouge
14:52de toute la carrière d'Ardisson
14:54et de tout ce qu'il va faire en télé.
14:54Non, en disant que la nuit,
14:56on peut peut-être dire des choses
14:56qu'on ne dit pas le jour,
14:58recevoir des gens
14:58qu'on ne reçoit pas le jour
15:00ou au moins
15:01les recevoir différemment,
15:02disons.
15:03Ensuite,
15:04dans les années 80,
15:05il fera
15:05Ludette Noir pour Mignon.
15:07Voilà,
15:07et puis Bain de Minuit,
15:08émission qu'il a enregistrée
15:09au Bain de Rouche
15:10dans les boîtes de nuit,
15:11voilà,
15:11ça c'est des émissions
15:12très cool
15:12qui n'ont pas duré très longtemps
15:13mais qui ont marqué
15:15les téléspectateurs.
15:16C'était très innovant
15:16de sortir de la télé à papa.
15:18On était quand même
15:18dans les années Guilux,
15:19on était de Léon Zitrone,
15:22on n'était pas du tout
15:23là-dedans
15:23et il y avait ce jeune mec
15:24qui faisait des trucs
15:25totalement barrés
15:26dans des boîtes de nuit.
15:27Chez toi,
15:28ta femme,
15:28elle t'appelle Vincent
15:29ou Alice ?
15:29Non,
15:29le plus souvent,
15:30elle m'appelle stupide
15:31ou elle me dit
15:32« Hé, connard,
15:33tu t'amènes ? »
15:34qui s'adressait
15:35aux jeunes téléspectateurs
15:36et ça s'est fait
15:37totalement remarquer.
15:38Qui est-ce qu'on voyait
15:39comme invité à l'époque ?
15:40Parfois les mêmes
15:40que chez Drucker.
15:41On voyait Jeanne Masse,
15:42on voyait Serge Gainsbourg
15:43mais ils ne disaient pas
15:43les mêmes choses
15:44et ils étaient
15:44en roue libre
15:45et ils étaient
15:46beaucoup plus authentiques
15:47chez Ardisson
15:48qu'ils étaient
15:48chez Michel Drucker
15:49ou chez Guilux.
15:50Je vais te poser une colle
15:51et comme tu n'es pas con,
15:53tu m'as sûrement
15:53envoyé une veine.
15:55Qui a coulé le Titanic ?
15:58Iceberg ?
15:59Encore un juif.
16:01Entre ces émissions
16:01jugées, branchées
16:02et tout le monde en parle,
16:03Thierry Ardisson va connaître
16:04une traversée du désert.
16:05Oui,
16:06il lance plein de trucs
16:06qui ne marchent pas trop
16:09comme beaucoup d'animateurs.
16:10Il sent qu'il n'est plus
16:12dans l'œil du truc.
16:12En plus,
16:13Ardisson,
16:14comme il vient de la pub,
16:14il veut tout le temps
16:15être dans l'air du temps,
16:16être totalement raccord
16:17avec ce que pensent les gens
16:18et donc il le vit assez mal
16:20de sembler être déconnecté
16:21et puis il relance une émission
16:23qui s'appelle
16:23Paris Dernière
16:24qui est devenue
16:24absolument culte
16:25où il se balade dans Paris
16:26avec une caméra,
16:27on ne le voit pas,
16:28et filmer quelque chose
16:29qui l'intéresse beaucoup,
16:30le monde de la nuit,
16:32les clubs échangistes,
16:33tous ces genres de choses
16:34qu'il aime beaucoup,
16:35qu'il connaît très bien
16:36et là,
16:37il va tout d'un coup
16:38renouer avec le public
16:39jusqu'à revenir sur France 2
16:42avec tout le monde,
16:43on en parle en 98.
16:44Décrivez-nous Paris Dernière,
16:45à quoi ça ressemblait
16:46cette émission ?
16:47Paris Dernière,
16:48en fait,
16:48c'était une caméra subjective,
16:50c'est-à-dire qu'on voyait la caméra
16:50mais on ne voyait pas
16:51la personne à l'écran,
16:53donc c'est quand
17:12de fin de soirée
17:13à des gens.
17:14Bonsoir.
17:16Tu fais la gueule ?
17:16Et ça crée une petite atmosphère
17:18un petit peu différente
17:19qui faisait que là encore,
17:20les invités disaient
17:21des choses qu'on n'entendait pas
17:22ailleurs à la télévision.
17:23C'est complet !
17:25Ah !
17:26Puisqu'est-ce qu'il va me dire ici ?
17:28Dishabille-toi immédiatement !
17:31Dishabille-toi immédiatement !
17:33Allez !
17:34Voilà !
17:35Vas-y, vas-y !
17:36Vas-y, mon esprit !
17:39Et c'est donc Paris Dernière
17:40qui permet à Thierry Ardisson
17:41de relancer sa carrière d'animateur
17:43avec l'énorme succès
17:44de Tout le monde en parle.
17:46Benoît D'Aragon,
17:47pourquoi est-ce que
17:47Tout le monde en parle
17:48s'arrête en 2006 ?
17:50En 2006, il y a un nouveau patron
17:51à France Télévisions,
17:52il s'appelle Patrick de Carolis,
17:53que les Français connaissent bien
17:54parce qu'il présentait
17:55Des Racines et Des Ailes.
17:56Et Patrick de Carolis,
17:57il avait décidé
17:58que les animateurs
17:59de France Télévisions
18:00ne travailleront plus
18:01qu'à France Télévisions
18:02et que c'était terminé
18:03parce qu'à l'époque,
18:03tous les animateurs
18:04avaient des émissions
18:05sur Paris Première
18:06sur le câble et le satellite
18:07qui étaient très puissants
18:08à l'époque.
18:08Et donc, ils disent
18:09c'est fini,
18:10vous devez choisir,
18:10c'est eux ou nous.
18:12Vous avez des gens
18:12comme Laurent Ruquier
18:13qui décident d'arrêter
18:14ces émissions
18:14pour se concentrer sur France 2
18:15et Thierry Ardisson,
18:16il ne veut pas choisir.
18:17Il vit ça comme une attaque personnelle,
18:19il le vit très mal
18:19et donc, il décide d'arrêter,
18:21tout le monde en parle
18:22pour continuer son émission
18:23de Paris Première
18:23qui est à l'époque 93
18:24Faubourg-Saint-Honoré.
18:25Et que se passe-t-il
18:26pour Thierry Ardisson ?
18:28Il est directement débauché
18:30par Canal+,
18:30qui lui propose
18:31de présenter le samedi soir
18:33à 19h,
18:34de présenter une émission.
18:35Au départ,
18:36il voulait faire
18:36un 7 sur 7 déjanté
18:38mais en fait,
18:38très vite,
18:38il a fait une version,
18:40allez, on va dire,
18:41une version un peu plus calme.
18:43Tout le monde en parle,
18:44la ressemblance
18:45est quand même flagrante.
18:46On retrouve toujours
18:46ces interviews thématiques,
18:47un peu toujours
18:48les mêmes invités
18:49avec ce dosage
18:50intellectuel, artiste
18:51et bimbo.
18:54Ça s'appelle donc
18:55Salut les Théariens
18:56qu'il anime à partir de 2006
18:57sur Canal+,
18:58puis sur C8.
18:59En termes d'audience,
19:01est-ce que ça a marché ?
19:02Oui, oui,
19:03ça fait tout de suite
19:03un million de téléspectateurs.
19:05Alors à l'époque,
19:05sur Canal,
19:06la star,
19:06c'est le grand journal,
19:07c'est Michel Denizot
19:08qui fait plus de 2 millions
19:10de téléspectateurs.
19:10Donc Thierry Ardisson
19:13n'est pas dans la lumière
19:14et puis après,
19:15il va passer sur C8.
19:15Un million de téléspectateurs,
19:16aujourd'hui,
19:17c'est beaucoup
19:17pour une chaîne de la TNT
19:19mais l'émission avait un peu vieilli.
19:20Qu'est-ce qui va conduire
19:21à l'arrêt de l'émission ?
19:22C'est un bras de fer financier
19:24avec le groupe Canal+,
19:25c'est Vincent Bolloré.
19:26Vincent Bolloré a demandé
19:27à Thierry Ardisson
19:28de revoir à la baisse son budget.
19:30Thierry Ardisson a estimé
19:31qu'avec le budget
19:32qu'on lui proposait,
19:33il ne pouvait plus faire
19:33l'émission qu'il avait envie de faire,
19:35qu'on lui demandait
19:35de faire de la télé low cost
19:36et donc il a refusé,
19:38il a claqué la porte.
19:39Plutôt que de faire
19:40de la télé au rabais,
19:41il a préféré
19:42tout simplement
19:43quitter le groupe Canal
19:44après 13 années
19:45de bons et loyaux services.
19:46Vincent Bolloré
19:47qui est donc le président
19:49du groupe Vivendi
19:50qui possède Canal+,
19:51Thierry Ardisson
19:52il n'a jamais eu peur
19:53des dirigeants de chaîne ?
19:55Non, il le connaît
19:56depuis longtemps,
19:56Vincent Bolloré
19:57il se connaît depuis des années
19:59puisqu'ils viennent
19:59tous les deux
20:00du monde de la publicité.
20:02Ardisson l'a vu changer,
20:03il a vu prendre le contrôle
20:04du groupe Canal+,
20:04il n'a jamais combattu
20:07Vincent Bolloré,
20:08il ne s'est jamais vraiment
20:09opposé à sa main mise
20:10dans le groupe Canal.
20:11Mais voilà,
20:11aujourd'hui il est un peu
20:12en guerre,
20:13il dit à quoi ça sert
20:14d'être milliardaire
20:14si on ne peut pas s'offrir
20:15Thierry Ardisson.
20:17Toujours un petit côté
20:18mégalo chez Thierry Ardisson
20:20qui fait qu'il estime
20:22qu'on ne le paye pas assez
20:23et qu'on n'a plus envie de lui.
20:24Qu'est-ce qu'il a dit
20:25à la fin de sa dernière émission ?
20:26En fait,
20:26il n'a pas fait d'adieu
20:27parce que les émissions
20:28n'étaient pas enregistrées
20:29dans l'ordre
20:29donc la dernière qu'il a enregistrée
20:30n'était pas la dernière diffusée
20:31donc il est parti un peu
20:32sur la pointe des pieds
20:33mais à la fin
20:34de l'enregistrement de la dernière
20:35à laquelle on a assisté
20:37il s'est mis à danser
20:38avec ses équipes
20:40les larmes aux yeux
20:41Thierry Ardisson
21:03Et là, il a remercié les équipes
21:05il a fait un vibrant plaidoyer
21:07pour la télé de qualité
21:09il a dénoncé la télé low-cost
21:11qui petit à petit
21:13prenait la main
21:14sur l'ensemble des chaînes
21:16et évidemment après
21:17comme avec Thierry Ardisson
21:18la fête fait partie de la vie
21:20tout s'est fini
21:21dans des coupes de champagne
21:22Il a près de 70 ans
21:23qu'est-ce qu'il va faire maintenant ?
21:25Pour l'instant, il ne sait pas
21:25après Thierry Ardisson
21:26il produit des films de cinéma
21:27il a des projets de séries
21:28donc il ne va pas être au chômage
21:30c'est quelqu'un qui va bosser
21:31jusqu'à la fin de ses jours
21:32mais pour l'instant
21:33en télévision
21:34pour des talk-shows
21:35il n'a pas de projet
21:36Benoît D'Aragon
21:37qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas
21:38Thierry Ardisson
21:39il aura formidablement réussi
21:40à la télévision ?
21:41Oui, 30 ans de télévision
21:43au premier plan
21:44il y a beaucoup d'animateurs
21:45qui l'envient
21:45bien sûr
21:46et puis surtout
21:47ce petit DJ
21:48de Jouan Lépin
21:49aujourd'hui fait partie
21:50du panthéon de la télévision
21:52à côté de Michel Drucker
21:53de Yves Mourouzi
21:54de Philippe Bouvard
21:55et de Léon Zitrone
21:57Merci à Benoît D'Aragon
21:59Code Source
22:00est le podcast d'actualité
22:01du Parisien
22:02production et montage
22:03Jeanne Boézek
22:04réalisation et mixage
22:05Julien Moncou-Kiol
22:06Les épisodes de Code Source
22:09sont disponibles sur Spotify
22:10Deezer, Youtube
22:11et bien sûr
22:12sur toutes les applications
22:13de podcast
22:13vous pouvez nous écrire
22:15codesource
22:16at leparisien.fr
22:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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