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  • il y a 2 jours
Le samedi 4 mai Steevens Kissouna, boucher de 33 ans est attaqué dans son commerce au marché couvert de Saint-Quentin dans le 10e arrondissement de Paris. Des militants de la cause animale répandent sur lui et sa marchandise du faux sang. Le commerçant s’en sort avec une côte fêlée et 7 jours d’interruption totale de travail (ITT). Deux de agresseurs présumés, un étudiant en mathématiques de 21 ans et une ex-caissière sans emploi de 30 ans, seront jugés le mardi 4 juin devant le tribunal correctionnel de Paris pour « violences et dégradations en réunion ». « Tous les deux regrettent d’avoir déversé le faux sang, mais ils contestent les violences. » a affirmé l’avocate des militants, Emélie Samson. Dans cet épisode de Code source, Steevens Kissouna raconte à Clawdia Prolongeau comment il se sent, il décrit en détail son agression, et il réaffirme son amour du métier. Lui qui s'investit dans l’agriculture biologique, explique moins manger de viande qu’auparavant et s’inquiéter du bien-être animal. Malgré cela, il ne comprend pas la violence des militants antispécistes. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian

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News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Avec les vidéos de l'association L214, on a tous en tête ces images de cochons, de vaches ou de
00:17veaux victimes de traitements abominables.
00:19Dernière en date, des centaines de poulets vivants ou agonisants ramassés à la moissonneuse dans un hangar.
00:26Par respect de la condition animale ou pour l'environnement, nous sommes nombreux à avoir réduit notre consommation de viande.
00:32Une prise de conscience qui amène certains à la violence.
00:36A Paris, il y a un mois, un boucher a été agressé et blessé. On vous raconte son histoire.
00:45Ça s'est passé le samedi 4 mai. A Paris, en plein après-midi, un boucher est agressé par une
00:51quinzaine de militants de la cause animale.
00:53Une action violente, le commerçant va s'en sortir avec une cote fêlée.
00:58Deux de ces agresseurs présumés seront jugés le mardi 4 juin au tribunal correctionnel de Paris pour violence et dégradation
01:05en réunion.
01:06Claudia Prolongeau, tu es reporter aux Parisiens, c'est toi qui vas sur le terrain pour Codesource.
01:11Qu'est-ce qui t'interpelle, toi, dans cette histoire ?
01:13Moi, ce qui me surprend, c'est que la victime, c'est un boucher bio.
01:16Chez lui, toutes les viandes sont issues de l'agriculture biologique, donc c'est sans doute quelqu'un qui a
01:21quand même une réflexion sur la manière dont on consomme de la viande.
01:25Et l'agression qu'il a subie, elle semble effectivement très violente.
01:28Alors, qu'est-ce que tu as envie de lui demander ?
01:30Je me demande comment il vit depuis son agression.
01:32Je veux qu'il me raconte précisément ce qui s'est passé ce jour-là.
01:35Et puis, je vais lui demander si la cause animale le touche en tant que boucher bio.
01:43J'ai essayé de contacter le boucher, mais il ne m'a pas rappelé.
01:46Donc, je décide de me rendre là où il travaille, au marché Saint-Quentin.
01:51C'est une grande halle de briques roses, traversée par des arcades en fonte verte et une grande verrière.
01:56Elle est dans le quartier de la Gare du Nord, sur le boulevard Magenta à Paris.
02:00Quand j'entre à l'intérieur du marché couvert, c'est le premier stand que je trouve.
02:04Il est sur la droite, à gauche il y a une poissonnerie et en face, un fleuriste.
02:09Le marché brasse une clientèle bobo, typique de l'Est parisien.
02:14Steven, c'est seul et au téléphone.
02:16Il a la trentaine, il n'est pas très grand, il porte une veste de boucher noire et un tablier
02:20blanc un peu taché.
02:22Mais aucune trace de son agression.
02:25Il a l'air à la fois sympathique et pas très content de me voir ici, sans doute à cause
02:29de mon micro.
02:30J'attends qu'il raccroche, ça prend dix minutes et finalement, il accepte qu'on se parle.
02:36Je m'appelle Kisuna Stevens et j'ai 33 ans.
02:39Je suis de la Guadeloupe et j'ai commencé aux Antilles.
02:42Et du coup, à l'âge de 18 ans, ma soeur a trouvé une école de boucherie ici.
02:47Je suis venu faire les études et finalement, je suis resté.
02:50On a commencé à faire des petits boulots, la vaisselle, le ménage, le rangement.
02:54Et petit à petit, on a touché à la viande.
02:55Et finalement, au fil des jours, au fil des années, je suis resté dedans.
02:59Tu travailles combien d'heures par semaine ?
03:01Je compte plus.
03:03Une fois qu'on a dépassé les 60 heures, je compte plus.
03:06Une journée, c'est entre 12 et 15 heures.
03:08Je me lève tous les matins à 5 heures.
03:10Je rentre tous les soirs à 21 heures.
03:12Je ne suis pas couché avant 11h30 minuit.
03:15Donc les heures de sommeil, ça va aller entre 5 et 6 heures par nuit.
03:20Le matin, j'arrive ici entre 6 heures et 6 heures et demie.
03:24On commence à travailler.
03:25Je suis seul, donc il faut anticiper, il faut faire les saucisses, il faut préparer tout.
03:29Après, on se fait à la clientèle.
03:31Le marché est envers de 8h le matin à 20h.
03:35Donc ça me fait des longues journées, des ouvertures.
03:38Elle m'accompagne, elle m'a connu, j'étais bouché.
03:41Donc du coup, elle sait très bien que la boucherie, on ne fait pas les 35 heures.
03:46Steven travaille seul.
03:47Un employé seulement vient l'aider deux fois par semaine à préparer les viandes.
03:51Pendant qu'il me parle, il est en train de découper une impressionnante cuisse de bœuf de 246 kilos.
03:59Je suis rentré à l'école de la boucherie de Paris, dans le boulevard Sout, dans le 12e.
04:04J'étais censé faire deux ans et repartir aux Antilles.
04:06Et finalement, je suis resté ici.
04:08Le boulot qu'on apprend ici, ce n'est pas le même là-bas.
04:11Ici, on désosse tout.
04:12Là-bas, on fait tout griller, on mange tout avec os.
04:16Ce n'est pas le même travail.
04:17Et qu'est-ce que vous préférez ?
04:19Le boulot parisien.
04:20Pourquoi ? Parce qu'on travaille la viande plus.
04:22C'est plus affiné.
04:25C'est un bon métier.
04:26Ce n'est pas seulement de découper de la viande.
04:27C'est technique.
04:28On fait pas mal de belles petites choses avec de la viande.
04:32Et le truc, c'est de satisfaire le client.
04:34Et quand le client revient, qu'il disait que c'était très bon.
04:36Et qu'il passe dans l'allée, qu'il vous fait un signe de la main, que c'était bon.
04:39C'est un nom heureux.
04:40Et c'est ce qui me plaît dans mon métier.
04:42Et ça vous arrive souvent, ça ?
04:43Tous les jours.
04:45Tous les jours.
04:47En effet, les gens passent, lui font des signes de la main,
04:49ou s'arrêtent pour lui acheter de la viande.
04:51Mais aussi pour savoir comment il va.
04:53Certains sont encore choqués par ce qui lui est arrivé.
04:57C'est un peu excessif.
04:58En plus, ils choisissent.
04:59Moi, j'aurais choisi, quitte à cramer quelqu'un,
05:03prendre une grande surface, des animaux en batterie.
05:08Parce que j'ai des racines paysannes.
05:10Donc là, les porcs, les poulets écrasés en batterie,
05:13là, ça vaut le coup de sauver la cause animale.
05:15Mais pas monsieur qui fait ça extrêmement bien avec le respect de l'animal.
05:19On mange tout.
05:21En total respect de la bête, bah oui.
05:23On la tue, on la mange, oui.
05:24Bon, bien sûr, ça va faire bondir certains.
05:26Mais le truc, c'est que si c'est raisonnable,
05:29on a besoin de très peu de viande pour agrémenter.
05:31Et lui, il fait partie des cheveux.
05:33C'est génial, c'est du frais, c'est tout le temps.
05:35J'ai un peu horrifié de ce qui lui est arrivé,
05:37parce qu'en fait, il a dû jeter des animaux qui ont été tués pour rien.
05:43Il n'y a rien de pire.
05:47Rapidement, Stevens me propose qu'on se tutoie.
05:50Tu voulais déjà t'installer à ton compte ?
05:53Oui.
05:54Je voulais prendre de l'expérience,
05:55et le but final, c'était de s'installer à son compte.
05:57J'ai appris pas mal de choses.
05:59J'étais responsable de magasin,
06:00on gère une équipe avec le patron.
06:02Il m'a donné beaucoup de responsabilités.
06:04Il m'a appris pas mal de choses,
06:05avec sa femme, lui, les collègues.
06:09Et petit à petit, je me suis formé,
06:11je me suis formé sur le terrain,
06:13j'ai fait Rungis,
06:14j'allais faire les achats avec lui.
06:16C'est bien Rungis ?
06:17C'est magnifique.
06:18C'est familial, on fait 6 achats,
06:20on mange, on boit un coup,
06:21on se fait des amis,
06:22et tous les jeudis, on se rencontre.
06:24Donc t'as appris ça avec l'ancien patron,
06:26aller à Rungis et tout ça ?
06:28Oui, j'ai appris ça avec lui,
06:29mais aujourd'hui, par contre, moi je vais plus à Rungis,
06:31parce que je me fournis directement chez les producteurs,
06:33à Angers.
06:34En bio, on passe pas par Rungis.
06:46J'ai décidé de me mettre en bio,
06:48c'est quand j'ai eu des enfants.
06:50J'ai voulu pour mes enfants,
06:51peut-être leur en donner moins,
06:53mais qu'ils aient une meilleure qualité.
06:55Pour tout vous dire,
06:56avant je mangeais par jour
06:58600-700 grammes de viande rouge.
07:00Maintenant, j'en mangerais peut-être 400-500,
07:03je mange du bio.
07:04Il n'y a pas d'antibiotiques dans les bêtes,
07:06on sait d'où elles viennent,
07:07comment elles ont été élevées,
07:08comment elles ont été nourries.
07:09Donc voilà, c'est pour la qualité surtout.
07:13D'accord.
07:14Et est-ce que le bien-être animal,
07:16c'est quelque chose qui t'intéressait ?
07:17Le bien-être animal, oui,
07:19parce que comme je le disais,
07:20un boucher bio ou un boucher label rouge,
07:23on a tous le même problème.
07:25La bête doit être bien nourrie,
07:27bien élevée, bien transportée,
07:29bien abattue.
07:29Pourquoi ?
07:30Si tout ça, c'est pas respecté,
07:32quand la bête,
07:33la demi-carcasse arrive en magasin,
07:35elle est nouée
07:36et elle est dure à la consommation.
07:38Donc c'est pas un tapon,
07:40vendre une viande dure,
07:41ça peut pas se faire.
07:42Donc c'est vrai qu'on a tous le même souci,
07:43le bien-être de l'animal.
07:45Parce qu'on a le bien-être,
07:46la viande derrière est excellente.
07:49Ce choix lui demande beaucoup d'investissement
07:51et lui amène des clients
07:52pour qui la condition animale compte aussi.
07:55Ceux qui achètent de la viande bio sont contents,
07:57ont le sentiment de promouvoir
07:58un mode de vie plus respectueux
08:00de l'environnement et des animaux.
08:01Pour toutes ces raisons,
08:03Stevens n'avait pas forcément imaginé
08:05qu'il pouvait être victime
08:06de ce qui lui est arrivé le 4 mai.
08:09Je m'attendais pas à ça,
08:11en plus ce week-end-là,
08:12j'étais arrivé très tôt ici le matin,
08:14parce que c'était le week-end de retour
08:15des vacances des clients,
08:16donc il fallait tout préparer,
08:17il fallait une belle vitrine
08:19pour recevoir les clients.
08:21Et je m'attendais pas
08:22à ce que ça s'arrive à 4h30.
08:23Quand ça arrive,
08:24c'est l'incompliance totale.
08:26J'ai senti un liquide me toucher la tête,
08:28j'ai porté la main à la tête,
08:30le liquide était rouge,
08:31et quand j'ai levé la tête,
08:32il y avait tous ces individus devant la vitrine.
08:34Et à ce moment-là,
08:35ils ont commencé à déverser
08:36tout leur liquide dans la vitrine.
08:39Tout ce qui était en vitrine était affiché.
08:40Ils ont sorti leur port-card,
08:41ils ont commencé à hurler leur slogan.
08:43À ce moment-là,
08:45on ne connaît pas leurs idées.
08:46Ils ne connaît pas leurs intentions.
08:48Nous, on travaille avec des couteaux,
08:49vous le voyez bien,
08:49il y a des couteaux,
08:50des petits, des grands, des gros.
08:53La première réaction,
08:53c'était de mettre les couteaux dans la plonge.
08:55Si on ne sait pas
08:56comment ça allait se terminer,
08:57parce que vous avez 20 individus devant vous,
08:59ce n'est pas leurs intentions.
09:01J'ai mis les couteaux à la plonge,
09:02j'ai fait le tour pour les repousser.
09:03À ce moment-là,
09:03il y a eu une altercation
09:04avec le jeune.
09:06Quand il met le coup de poing,
09:07je tombe,
09:08et mes collègues me ramassent.
09:09Et à ce moment-là,
09:11ils me refont rentrer dans mon stand
09:12et ils me tiennent à l'écart.
09:13Et eux,
09:14ils s'en occupent de faire sortir
09:15tous ces gens du marché.
09:25Après cet événement,
09:26Steven et un de ses collègues
09:27retrouvent deux activistes.
09:29Ils appellent la police
09:31qui les interpelle.
09:32C'est eux qui seront jugés
09:33mardi 4 juin.
09:35Steven se rend chez un médecin
09:37qui lui diagnostique une coute fêlée
09:38et lui prescrit 7 jours d'arrêt de travail.
09:41Le soir,
09:42il rentre chez lui.
09:47Je retrouve ma femme
09:47qui est un peu perdue
09:48parce qu'elle ne sait pas
09:49comment je suis.
09:52Les gens du marché
09:53l'ont appelée
09:53pour lui dire
09:53ce qui s'était passé.
09:54Elle ne m'a pas vraiment eu de moi.
09:56Du coup,
09:56elle était inquiète.
09:58Je vais prendre un bain
09:58pour me détendre un peu
09:59avant de manger.
10:01Et là,
10:02l'eau,
10:02comme j'avais du faux sang sur moi,
10:04l'eau du bain
10:04devient tout rouge
10:05à ce moment-là.
10:06Et mon fils rentre
10:06dans la salle de bain
10:07et il me dit
10:08qu'il panique.
10:10Il pensait que c'était du sang.
10:11J'ai dû lui expliquer.
10:15Je suis fâché de voir
10:15qu'on se donne,
10:17on fait des crédits,
10:18on s'investit
10:20professionnellement parlant.
10:21Après,
10:23qu'ils ont leurs idées,
10:25tant mieux.
10:25On a chacun des idées,
10:26soit religieux,
10:27politique,
10:27peu importe.
10:28On peut les exprimer,
10:29oui, soit.
10:30Nous,
10:31on aime la viande.
10:32Eux,
10:32ils ne veulent pas.
10:33Après,
10:34chacun son truc.
10:36Ils seraient venus,
10:36ils auraient fait
10:37leurs petits trucs
10:38devant le marché.
10:38Bon,
10:39ils ont le droit
10:40d'abîmer la marchandise.
10:41C'est ça qui est rageant,
10:42en fait.
10:43C'est rageant.
10:45En ce moment,
10:45on a peur
10:46pour plus le dessus,
10:46en fait.
10:48C'est un trou noir
10:50dans la tête.
10:51On verra mardi.
10:52Mardi,
10:52il y a le procès.
10:53J'entends le procès.
10:54On verra ce qui sera décidé.
10:56Maintenant,
10:56la justice fera son travail.
10:58On verra bien.
11:00Vous avez imaginé
11:01partir d'ici ?
11:03Non.
11:04Ce serait leur donner raison
11:05à ces individus
11:06et je ne leur donnerai pas raison.
11:09Mais c'est vrai
11:09qu'on vient travailler
11:10à reculons.
11:11C'est vrai
11:11qu'on se pose des questions.
11:13Mais de là,
11:14abandonner tout ce que j'aime,
11:15pas pour eux.
11:18C'est vrai qu'on se pose des questions.
11:22C'est vrai qu'on se pose des questions.
11:46de plus en plus de monde.
11:48On a vu aux dernières européennes
11:49que le parti animaliste
11:50a fait 2,2% des voix,
11:52ce qui n'est pas rien.
11:53Et moi,
11:53ça me donne vraiment envie
11:54d'en savoir plus
11:55sur ce courant
11:55et sur les activistes
11:56de la cause animale.
11:57Et Claudia,
11:58cette agression,
11:58ce n'est pas une première en France ?
12:00Non,
12:00ce n'est pas une première en France.
12:02J'ai contacté
12:03la Confédération française
12:04de la boucherie
12:05et ils m'ont dit
12:06qu'en fait,
12:06des agressions,
12:07il y en avait eu
12:07une cinquantaine
12:08depuis un an.
12:09En revanche,
12:10c'est la première fois
12:11qu'un boucher
12:12est agressé physiquement.
12:13et ce qu'ils craignent tous,
12:15c'est qu'un jour,
12:16les bouchers qui sont en face
12:17répondent aussi violemment
12:18et eux,
12:19en plus,
12:19dans leur magasin,
12:20ils ont des couteaux
12:21et ça,
12:22ça inquiète.
12:22Merci Claudia Prolongeau.
12:36Codesources
12:36et le podcast
12:37d'actualité du Parisien,
12:39production Jeanne Boézek,
12:41réalisation et mixage
12:42Alexandre Ferreira.
12:43Si vous aimez Codesources,
12:45n'oubliez pas de vous abonner
12:46gratuitement sur votre
12:47application de podcast
12:48préférée.
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