- il y a 2 jours
À l’occasion du Sidaction, les 25, 26, et 27 mars, Code source vous propose le témoignage de Maxime Journiac. Il a contracté le virus au début des années 1980 et s’engage depuis dans la lutte contre le sida. Témoignage.
dans ce podcast : A l'occasion du Sidaction 2022 Code source vous propose aujourd'hui le témoignage d'un survivant du VIH. Maxime Journiac est parisien, il a 68 ans, il a contracté le virus il y a 40 ans au début des années 80. Alors qu'il a perdu des dizaines de proches victimes du SIDA, pour une raison qu'il ne s'explique pas lui a survécu. Le Parisien avait déjà fait son portrait en juin
2021 et il a accepté de nous raconter son histoire dans Code source au micro de Thibaut Lambert.
Maxime Journiac me reçoit dans son appartement du XVIIème arrondissement de Paris. C'est un homme rieur aux airs de dandy qui porte un foulard noué autour de son cou. On s'installe dans son salon aux couleurs chaudes qui fait face à un coin bureau avec une grande bibliothèque, il y a des tableaux sur les murs, de la musique classique à la radio, du thé et des petits gâteaux servis sur la table basse. Puis il me conduit dans la cuisine pour me montrer sa boîte de médicaments : « mon traitement c'est ça et ça c'est en fait là-dedans, il y a tous ces nouveaux traitements que je prends une pilule, est à trois molécules. Je n'ai jamais pris aussi peu de médicaments, maintenant la prise en charge des personnes séropositives a complètement évoluée ce n'a plus rien à voir »
Maxime Journiac ne s'attendait pas à vivre aussi longtemps, il me dit qu'il va bien même s'il souffre d'une hypertension artérielle pulmonaire qui lui coupe le souffle au bout de quelques
Mètres. Il me dit aussi qu'il vit mal sa solitude depuis les années noires de l'épidémie. Maxime n'a jamais véritablement retrouvé une vie affective…
Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/vih-seropositif-depuis-40-ans-maxime-raconte-sa-vie-de-survivant-25-03-2022-3U2K3TA26JDLDIAC5GUJNSGFLI.php
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Thibault Lambert - Production : Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
dans ce podcast : A l'occasion du Sidaction 2022 Code source vous propose aujourd'hui le témoignage d'un survivant du VIH. Maxime Journiac est parisien, il a 68 ans, il a contracté le virus il y a 40 ans au début des années 80. Alors qu'il a perdu des dizaines de proches victimes du SIDA, pour une raison qu'il ne s'explique pas lui a survécu. Le Parisien avait déjà fait son portrait en juin
2021 et il a accepté de nous raconter son histoire dans Code source au micro de Thibaut Lambert.
Maxime Journiac me reçoit dans son appartement du XVIIème arrondissement de Paris. C'est un homme rieur aux airs de dandy qui porte un foulard noué autour de son cou. On s'installe dans son salon aux couleurs chaudes qui fait face à un coin bureau avec une grande bibliothèque, il y a des tableaux sur les murs, de la musique classique à la radio, du thé et des petits gâteaux servis sur la table basse. Puis il me conduit dans la cuisine pour me montrer sa boîte de médicaments : « mon traitement c'est ça et ça c'est en fait là-dedans, il y a tous ces nouveaux traitements que je prends une pilule, est à trois molécules. Je n'ai jamais pris aussi peu de médicaments, maintenant la prise en charge des personnes séropositives a complètement évoluée ce n'a plus rien à voir »
Maxime Journiac ne s'attendait pas à vivre aussi longtemps, il me dit qu'il va bien même s'il souffre d'une hypertension artérielle pulmonaire qui lui coupe le souffle au bout de quelques
Mètres. Il me dit aussi qu'il vit mal sa solitude depuis les années noires de l'épidémie. Maxime n'a jamais véritablement retrouvé une vie affective…
Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/vih-seropositif-depuis-40-ans-maxime-raconte-sa-vie-de-survivant-25-03-2022-3U2K3TA26JDLDIAC5GUJNSGFLI.php
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Thibault Lambert - Production : Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12A l'occasion du SIDAction 2022, CodeSource vous propose aujourd'hui le témoignage d'un survivant du VIH.
00:19Maxime Journiac est parisien, il a 68 ans, il a contracté le virus il y a 40 ans, au début
00:25des années 80,
00:26et alors qu'il a perdu des dizaines de proches victimes du SIDA, pour une raison qu'il ne s
00:31'explique pas, lui a survécu.
00:34Le Parisien avait déjà fait son portrait en juin 2021 et il a accepté de nous raconter son histoire dans
00:40CodeSource au micro de Thibaut Lambert.
00:44Maxime Journiac me reçoit dans son appartement du 17ème arrondissement de Paris.
00:49C'est un homme rieur, aux airs de dandy, qui porte un foulard noué autour de son cou.
00:54On s'installe dans son salon aux couleurs chaudes, qui fait face à un coin bureau avec une grande bibliothèque.
01:00Il y a des tableaux sur les murs, de la musique classique à la radio, du thé et des petits
01:05gâteaux servis sur la table basse.
01:07Puis il me conduit dans la cuisine pour me montrer sa boîte de médicaments.
01:11« Donc ça, mon traitement c'est ça. Et ça c'est en fait, là dedans il y a tout.
01:19C'est le nouveau traitement que je prends. Une pilule, il y a trois molécules.
01:24J'ai jamais pris aussi peu de médicaments que maintenant. La prise en charge des personnes séropositives a complètement évolué.
01:31Ça n'a plus rien à voir. Il y a des tas de gens qui ne prennent une pilule par
01:35jour. »
01:36Maxime Journiac ne s'attendait pas à vivre aussi longtemps.
01:39Il me dit qu'il va bien, même s'il souffre d'une hypertension artérielle pulmonaire qui lui coupe le
01:45souffle au bout de quelques mètres.
01:47Il me dit aussi qu'il vit mal sa solitude.
01:50Depuis les années noires de l'épidémie, Maxime n'a jamais véritablement retrouvé une vie affective.
01:55Moi, je considère que je suis une forme de survivant. J'ai eu une chance.
02:02Avec toutes les saloperies que j'ai pu choper, je m'en sors plutôt bien, même si le prix est
02:09fort.
02:10Le manque d'énergie, le manque de la fatigue, l'essoufflement, le fait d'être seul.
02:16Et que je vis un syndrome post-traumatique équivalent à quelqu'un qui a vécu la guerre, qui a vécu
02:23je ne sais pas quoi.
02:23Moi, la guerre, elle s'est passée dans mon corps.
02:27Maxime naît le 20 février 1954 et grandit dans un quartier populaire du 10e arrondissement de Paris.
02:33Il a trois grands frères et lorsqu'il a 8 ans, avec la naissance du petit dernier, la famille déménage
02:39dans un HLM à Créteil.
02:41La mère de Maxime est tour à tour femme de ménage, nourrice, employée de cantines scolaires et de bureaux.
02:46Son père, lui, enchaîne aussi les petits boulots.
02:49Je crois que j'étais vraiment un enfant triste, avec un père très instable.
02:56Mon père a été dans les camps de concentration à l'âge de 17 ans, donc 43.
03:02Il en est sorti en 45.
03:06C'était un homme détruit.
03:08Il pouvait rentrer dans des colères terribles.
03:11Il faisait des trucs très bizarres.
03:14Il voulait acheter des voitures, donc il foutait le budget familial en l'air.
03:19Moi, j'ai vécu toute mon enfance avec d'énormes problèmes financiers.
03:23Je sais que j'ai eu l'amour de mes parents, mais malheureusement, les conditions de vie étaient une galère
03:30totale.
03:31Depuis son plus jeune âge, il ressent une attirance pour les autres garçons.
03:35Et son homosexualité est tout de suite acceptée par ses parents.
03:38Quand il a 19 ans, l'un de ses grands frères participe à une manifestation
03:42à laquelle se sont joints des militants du PHAR, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire,
03:48un mouvement radical qui rassemble des lesbiennes féministes et des activistes gays.
03:52Mon frère rentre et dit « Ah, c'est incroyable, il y avait ces homos, ils étaient là, c'était
03:58fantastique,
03:59ils sont beaux, ils sont jeunes. »
04:01C'est comme ça que j'ai su qu'il y avait le PHAR.
04:02Et j'ai dû y aller en 20 ans 73, je suis allé.
04:07C'était joyeux, c'était festif, c'était ce truc.
04:11Mais ça ne débouchait sur pas grand-chose.
04:14Notre mot de ralliement, c'était « Bordel, bordel ! »
04:16Et pour moi, ça a été ce que j'ai toujours dit, ma deuxième naissance.
04:21Je n'ai plus honte de ce que je suis, j'ai les perspectives qui s'ouvrent.
04:26Maxime préfère alors militer et faire la fête plutôt qu'étudier.
04:30Il occupe un poste de surveillant au lycée pour payer ses cours,
04:33mais il n'a aucune idée de ce qu'il veut faire dans la vie.
04:36Il rate sa première année en fac d'histoire, s'inscrit en géographie puis en sociologie,
04:40mais il abandonne à chaque fois.
04:43En 1976, il fête un séjour à Londres, où il a l'habitude de se rendre pour voir des amis.
04:48Au bout de dix jours, je fais une infection vénérienne, une IST, qui se trouve être une syphilis.
04:57Et à l'époque, à Londres, ils faisaient un test systématique pour la recherche des anticorps du VHB,
05:04de l'hépatite B, à tous les homosexuels qui avaient une maladie sexuellement transmissible.
05:09Et moi, ils me disent, vous avez une hépatite non A, non B.
05:12Quand vous rentrez en France, ils savaient que j'étais là pour trois mois, il faudra vous faire suivre.
05:17Donc ce que j'ai fait, le résultat de la biopsie dit que j'ai une hépatite chronique active.
05:23Ils me disent, ça, elle est ancienne, elle n'est pas d'aujourd'hui, ce n'est pas une hépatite
05:27aiguë.
05:29Je l'ai a dû l'attraper beaucoup plus jeune, probablement dans mon enfance, je ne sais pas comment, mais
05:34voilà.
05:35Les médecins prescrivent un traitement à base de corticoïdes et Maxime continue sa vie sans s'en inquiéter.
05:41La fin des années 70 est une période de désenchantement.
05:44Ses activités militantes ne l'épanouissent plus et ils peinent à trouver du travail.
05:49A l'été 1980, très affecté par un chagrin d'amour, il décide, à 26 ans, de partir vivre à
05:55New York.
05:56Là-bas, il se trouve à un job de serveur et avec son ami Stéphane, qui le rejoint aux Etats
06:01-Unis,
06:01ils passent leur nuit à danser dans les clubs qui émergent partout dans la ville.
06:05Ils prennent beaucoup de drogue pour s'amuser et Maxime multiplie les relations d'un soir ou de quelques semaines.
06:12C'était les grandes années club à New York et la musique était fantastique.
06:18Il y avait ce côté camaraderie, fraternité.
06:23Il y avait ce côté cool.
06:26C'était tous des gens du showbiz, des gens de la finance.
06:31Voilà, donc c'était un peu le truc.
06:32Il y avait toujours des petits rigolos, un peu gigolos qui drainaient.
06:37Donc c'était assez joyeux.
06:39Une nuit, en octobre 1982, au Saint, une boîte gay de Manhattan,
06:44il rencontre Bob, un fils de pasteur âgé de trois ans de plus que lui.
06:495h30 du matin, moi je suis assis complètement, je suis un peu en décembre de tout,
06:54de voir danser toute la nuit.
06:56Et puis il vient, il me fait un grand sourire, machin, dire,
06:59ben dis donc t'es difficile à attraper toi.
07:01J'ai dit, comment ça, difficile à attraper ?
07:03Il me dit, ça fait une heure que je te tourne autour, t'es perdu dans ton truc.
07:06C'est un garçon plus grand que moi, donc il devait faire 1m78, mince.
07:14Ben le look de l'époque, on était tous ce qu'on appelait les clones,
07:18cheveux courts, la petite moustache.
07:20On va chez moi et je lui dis, c'est, je travaille tout à l'heure.
07:24Donc on prend une douche, on baise.
07:27Puis je lui dis, écoute, tu claqueras la porte en partant.
07:31Ce genre de choses que j'aurais jamais fait, je ne sais pas, il y a eu un truc comme
07:33ça.
07:34Non, j'étais très d'amour de ce mec.
07:36Lui aussi était très d'amour de moi.
07:38C'est à cette période que Maxime entend parler du sida.
07:41Une maladie encore mal connue qui inquiète de plus en plus les autorités sanitaires américaines.
07:46Elle semble causée par un virus sexuellement transmissible
07:50qui s'attaque au système immunitaire
07:52et qui provoque des cas de pneumonie atypique et foudroyante,
07:56principalement chez les jeunes hommes gays des grandes villes.
07:59Il y a ces articles dans la presse qui parlent du greed,
08:03gay-related infectious disease.
08:06Donc maladie infectieuse liée à l'homosexualité, aux gays.
08:12Et donc avec Stéphane, on se met à pisser de rire.
08:15On dit, ils n'ont rien trouvé de mieux les homophobes
08:17que de nous faire porter une maladie.
08:20Et puis au fil des mois, les médecins ne comprennent rien.
08:24Les gens meurent en 48 heures, trois semaines maximum.
08:29Donc on vit là-dedans, on voit des gens qui disparaissent de la circulation
08:32et des bruits, oui, il l'a, il l'a pas.
08:36Moi, à cette époque-là, je n'ai plus du tout de relation en dehors d'avec Bob.
08:41Mais de toute façon, avec Bob, moi j'étais trop bien avec lui.
08:44J'avais pas envie d'aller voir ailleurs.
08:45Et après, il était évident que j'allais certainement pas m'amuser à faire quoi que ce soit.
08:49En septembre 1983, Bob développe un zona sur la peau
08:54qui commence à être identifié à l'époque comme un symptôme possible du sida.
08:58Au fil des mois, Maxime voit de plus en plus d'amis tomber malade.
09:02Et l'état de santé de son compagnon se dégrade.
09:04Les premiers dépistages du VIH apparaissent en 1985.
09:08Mais Maxime refuse de se faire tester, comme beaucoup d'homosexuels,
09:12par peur notamment d'être stigmatisé.
09:15Le mot d'ordre à l'époque dans la communauté gay américaine,
09:19c'était « ne vous faites pas tester, parce que pas de traitement,
09:23mais en tout cas, protégez-vous ».
09:26Pourquoi pas se dépister ?
09:27Parce qu'il y avait aussi des sénateurs très conservateurs républicains
09:32qui avaient lancé l'idée de faire un projet de loi
09:35pour que les séropos en soient tatoués.
09:39Voilà, donc, moi non.
09:40La même année, à cause du sida, Bob contracte une toxoplasmose,
09:45une maladie neurologique grave qui le plonge progressivement dans le coma.
09:50Maxime et une autre personne qui l'embauche comme aide à domicile
09:53se relaient à son chevet jusqu'en juin 1986.
09:58Je passais les nuits avec lui, en le caressant,
10:02en disant « it's alright, let go, laisse, tu peux partir,
10:07je vais m'occuper de moi, t'inquiète pas ».
10:11Moi, je comprends, il suffoquait, puis d'un seul coup,
10:13je vois le type et je vois ses yeux qui s'embutent de larmes.
10:17Je me dis « mais qu'est-ce qui se passe ? »
10:18Je le regarde, il me dit « mais he's going, il s'en bat, il s'en bat ».
10:22Et il est mort le 26 juin 1986.
10:31Dans mes bras et dans les bras de cette aide,
10:35moi, c'est une image qui restera toute ma vie gravée, ce truc.
10:41Maxime est effondré.
10:42Il trouve du soutien auprès de la communauté gay,
10:45extrêmement soudée face à cette vague de mortalité sans précédent.
10:49Au printemps 1987, il veut s'éloigner de l'hécatombe qui se produit à New York
10:54et il part rejoindre des amis à Key West, une petite île au large de la Floride.
10:59Là-bas, il décide de faire un test.
11:02J'ai besoin de savoir, j'ai maintenant besoin de savoir.
11:05Et il y a une petite voix intérieure qui me dit
11:08« et peut-être que t'es passé à côté, ce côté, voilà, complètement irrationnel,
11:13mais peut-être que tu ne l'es pas, peut-être que tu ne l'as pas eu. »
11:16Je fais mon test et je me souviens, j'étais allé dans un petit centre communautaire gay
11:22et le jeune médecin étudiant en médecine, il me semblait assez jeune,
11:27il me dit « voilà, votre résultat est positif ».
11:30Je lui dis « oui, je m'y attendais un peu, mais j'espérais quand même que peut-être j
11:34'y serais passé à travers ».
11:35Et lui, il avait l'air beaucoup plus abasourdi, plus choqué que moi.
11:40Et c'est moi qui le rassure.
11:43Ça va, ne vous inquiétez pas pour moi, ça va aller.
11:46De retour à New York, Maxime entend parler d'Act Up,
11:49une jeune association qui mène des actions directes pour presser les pouvoirs publics et les médias
11:54à agir contre cette épidémie.
11:56Il voit ses militants défiler pour la première fois pendant la Gay Pride en juin 1988.
12:03Je dis « voilà, on peut se battre contre cette saloperie »
12:07et j'intègre le groupe tout de suite.
12:10Alors bon, participe modérément, je ne prends pas de risque,
12:15j'accumule des datas, des données, de la connaissance, du machin.
12:19Il était hors une question de ne pas savoir.
12:22Peut-être que je mourrais de cette maladie, mais je ne mourrais pas idiot.
12:27À la fin de l'année 1991, plus rien ne retient Maxime à New York.
12:31Il rentre définitivement à Paris et efface une centaine de noms de proches disparus de son carnet d'adresse.
12:38Il devient salarié de Sida Info Service et participe à la création du TRT5,
12:43un regroupement associatif en pointe sur la connaissance du virus.
12:48Son système immunitaire est affaibli, mais étonnamment, il résiste.
12:52Maxime a gardé avec lui des comprimés d'un traitement expérimental qu'il avait testé aux Etats-Unis.
12:58En 1996, il commence à se faire suivre à l'hôpital Bichat à Paris.
13:03Comme il se porte plutôt bien, son médecin lui propose de tester de nouveaux traitements,
13:08des bithérapies, pour tenter de contrer à la fois l'évolution du VIH
13:12et de l'hépatite C qu'il porte toujours en lui.
13:15Le premier traitement, je tiens pratiquement neuf mois.
13:18Le deuxième traitement, je tiens six mois, mais j'en peux plus.
13:21À chaque fois, je suis en arrêt maladie, je pète un câble.
13:24Alors on sait qu'on a des idées suicidaires.
13:26Moi, je disais, mais je comprends, mais je n'ai pas envie de me suicider, j'ai envie de tuer
13:29tout le monde.
13:30Je ne dormais pas, je machin, j'avais mal partout.
13:32C'était comme si j'avais la grippe en permanence, épuisé.
13:36Enfin, c'était l'horreur.
13:38Trop fatigué pour continuer, il décide d'arrêter tous les traitements.
13:41Mais au début de l'année 2000, ses cellules immunitaires sont en chute libre.
13:47Là, branle-bas de combat, le chef de service me reçoit.
13:52Monsieur Journiac, ça suffit, vous devez reprendre un traitement.
13:56Là, vous vous mettez en danger.
13:58Donc, il me prescrit une quadrithérapie, un truc de cheval, avec ses molécules hypertoxiques.
14:05Au bout de trois mois, j'en peux plus, j'ai les ongles incarnés, je perds tous les poils de
14:12mon corps, des neuropathies, des douleurs dans les jambes, des douleurs musculaires.
14:17J'en avais marre, je lui ai dit, j'ai cassé la charge virale et tout, donc on arrête, on
14:21change.
14:22À partir de là, Maxime est indétectable.
14:24Ça veut dire que sa charge virale est si faible qu'il ne peut pas transmettre le VIH.
14:30Le virus dort en lui, à condition qu'il continue de prendre ses nouveaux traitements qui sont de plus en
14:35plus performants.
14:36Mais il a du mal à accepter cette nouvelle donne.
14:39Quand on a vécu toute sa vie de jeune adulte, avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête,
14:46que d'un seul coup, on nous dit, ah ben c'est youpi, vous n'allez plus être malade.
14:51Oui, mais quid de tout ce parcours qu'on a vécu, de toutes ces morts qu'on a derrière,
14:57des atteintes qu'on a corporelles, les toxicités qu'on a.
15:01En plus, on vieillit, donc pour vivre, c'est facile pour personne.
15:06Donc la reconstruction, elle est difficile.
15:09Si les traitements qu'il prend pour le VIH sont de moins en moins lourds,
15:12en parallèle, son hépatite C continue à lui causer des gros problèmes de santé,
15:16au point de développer une cirrhose au début des années 2010.
15:20J'étais dans une situation extrêmement grave.
15:23J'étais sur une liste d'attente pour une greffe,
15:27et puis j'ai dit, moi je refuse la greffe, j'en ai marre, je ne vois pas d'intérêt
15:31de faire une greffe.
15:33Moi ça va, j'ai fait ma vie.
15:35Et donc après, il y a eu les nouvelles molécules qui sont arrivées.
15:39Et j'ai fait partie des premiers, premiers, même pas les essais,
15:42parce que je ne pouvais pas rentrer dans les essais, j'avais trop pris de trucs avant.
15:46J'étais, je crois, un des premiers Européens qui a eu cette bi-thérapie.
15:49Et j'ai guéri.
15:52Maxime n'a plus d'hépatite C.
15:53Il vit aujourd'hui du mieux qu'il peut, même s'il avoue que moralement, ce n'est pas facile
15:57tous les jours.
15:58L'amour, la sexualité, il a mis sa vie intime entre parenthèses pendant trois décennies,
16:04focalisée sur la lutte contre le VIH.
16:07À 68 ans, il a encore du mal à expliquer pourquoi il s'est autant accroché à la vie.
16:12Je crois que c'est quelque chose que mes parents nous ont transmis.
16:16Mon père, survivant des camps, enfin c'est...
16:19Je veux dire, si mon père, il a pu vivre après ça, moi je peux vivre après ça.
16:27Maintenant, est-ce que j'ai peur de quoi, de la mort ?
16:31Non, absolument pas.
16:33Il y a même des fois, je la souhaite.
16:36Je répète, je n'ai pas envie de mourir, mais si par exemple on m'apprend que j'ai un
16:42cancer,
16:43il est évident que je refuserai le traitement.
16:45Je veux dire, moi ça suffit, j'ai donné, mon corps il a donné, mon corps il n'en peut
16:50plus.
16:51Dans ma tête, je n'en peux plus.
16:52Qu'on me fiche la paix.
17:08Thibault, est-ce que Maxime Journiac s'explique pourquoi son corps a tenu ?
17:12Alors aujourd'hui encore, ni lui, ni les médecins ne savent vraiment l'expliquer.
17:16Maxime pense que c'est sans doute lié au fait qu'il a arrêté de prendre des risques très tôt,
17:21dès le début de l'épidémie, et que donc il n'a pas été exposé à de multiples reprises au
17:25virus.
17:26Mais cette théorie, elle n'est pas vraiment vérifiable.
17:28J'en parlais aussi dans le reportage, il s'est inscrit à un essai clinique à New York à la
17:32fin des années 80.
17:34Et donc pendant plusieurs années, il a pris de l'AZT, c'est le premier antirétroviral utilisé contre le VIH.
17:40Il en prenait comme ça, à petite dose, et c'est peut-être ce qui a contribué à le maintenir.
17:45Mais là encore, on n'en sait rien.
17:46Aujourd'hui, il ne milite plus ?
17:48Alors non, il a définitivement arrêté le militantisme en 2017.
17:52Il a travaillé à Sida Info Service, donc l'association, jusqu'à sa retraite.
17:56Mais il participe encore de temps en temps à des colloques.
17:59Et bien sûr, il continue de suivre l'actualité de l'épidémie.
18:02Quand on s'est rencontré, par exemple, il a tenu à me parler de la guerre en Ukraine,
18:06qui a des conséquences sur les personnes séropositives,
18:09celles qui sont restées sur place, par exemple, et qui n'ont plus d'accès aux médicaments dans leur pays.
18:14Ou bien celles qui ont fui la guerre et qui auront du mal à trouver un suivi et un traitement
18:20à l'étranger.
18:21Ça le préoccupe beaucoup et il aimerait qu'on en parle davantage.
18:23On a choisi de recueillir le témoignage de Maxime Journiac à l'occasion du CIDAction 2022,
18:29les 25, 26 et 27 mars.
18:31Le premier, c'était le 7 avril 1994.
18:3528 ans plus tard, qu'est-ce que ça a permis ?
18:37Le CIDAction a permis avant tout de récolter des fonds.
18:40L'an dernier, en trois jours, l'association a reçu près de 4,5 millions d'euros de promesses de
18:45dons.
18:46Cet argent permet de financer la recherche contre le VIH,
18:49de mener des projets pour accompagner les malades et faire de la prévention dans le monde entier.
18:54Et c'est aussi une opération de sensibilisation,
18:57pour rappeler que le CIDA tue encore près de 700 000 décès dans le monde en 2020.
19:02Et pour rappeler aussi que près de 6 000 nouvelles contaminations au VIH en moyenne
19:07sont recensées chaque année en France.
19:10Donc il ne faut pas se dire que le virus a complètement disparu.
19:14Merci Thibault Lambert et merci à Yves Leroy pour son aide.
19:18Toutes les infos sur le CIDAction, sur internet sidaction.org.
19:22Cet épisode de Codesources a été produit par Clara Garnier-Amourou et Sarah Amny.
19:27Réalisation, Julien Moncouquiol.
19:29Codesources est le podcast d'actualité du Parisien.
19:32Un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
19:34Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner sur votre application audio préférée.
19:39Vous pouvez nous contacter sur Twitter,
19:42ou nous écrire directement.