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(Première partie) « Je n’ai jamais empoisonné personne ! » affirmait l’ancien anesthésiste dans les colonnes du Parisien le 18 juillet. Frédéric Péchier, mis en examen pour l’empoisonnement de trente patients, dont douze mortels, répondait aux accusations au côté de ses avocats.

En 2019, le praticien alors âgé de 47 ans est mis une première fois en examen pour sept empoisonnements. Aujourd’hui, l’anesthésiste est suspecté d’avoir empoisonné trente patients dans deux cliniques de Besançon (Doubs), leur provoquant des complications cardiaques importantes, voire mortelles.

Bien qu’il n’ait jamais été placé en détention, les enquêteurs pensent que Frédéric Péchier a agi ainsi pour causer du tort à ses collègues et se mettre en valeur. Lui, affirme que ces incidents sont le résultat d’erreurs de ses confrères ou d’aléas, et continue de clamer son innocence.

Pour Code source, Louise Colcombet, journaliste au service police justice du Parisien, revient sur cette affaire dans un épisode en deux parties.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Emma Jacob, Julia Paret, Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11A la mi-juillet, le docteur Frédéric Péchier est sorti du silence dans une interview accordée aux Parisiens
00:16quelques semaines après sa 30e mise en examen.
00:20Depuis 2017, cette ancienne anesthésiste de 51 ans est soupçonnée d'avoir empoisonné 30 patients
00:26dans les deux cliniques de Besançon où il a travaillé, des patients qui, une fois endormis pour leur opération,
00:32étaient victimes d'arrêts cardiaques inexpliqués, 12 d'entre eux en sont morts.
00:37Selon les enquêteurs, Frédéric Péchier a agi de la sorte pour causer indirectement du tort à ses collègues
00:43et pour se mettre en valeur, une version que le médecin conteste depuis le début.
00:47CodeSource vous raconte cette affaire dans un podcast en deux épisodes.
00:51Première partie, aujourd'hui avec Louise Colcombet, journaliste au service police-justice du Parisien.
01:04Louise Colcombet, le jeudi 29 juin, vous rencontrez le docteur Péchier
01:08pour la toute première fois dans le bureau de l'un de ses avocats à Poitiers dans la Vienne.
01:12Il vous apparaît comment lorsque vous le voyez ?
01:15Alors c'est un homme qui est visiblement atteint.
01:18Ça fait six ans qu'il est accusé de quelque chose qu'il nie, qui est assez terrible.
01:22Il a les traits marqués, on voit qu'il dort mal.
01:24Ce dossier l'obsède, en fait, il le lit, il le relit, il en connaît les moindres recoins.
01:30Il a pris du poids, il est à la fois abattu, mais quand même combatif.
01:35On est resté près de quatre heures dans ce bureau à discuter de tous les aspects du dossier,
01:38des aspects scientifiques, personnels.
01:40C'est quelqu'un qui cherche à se défendre, mais qui se sent quand même pris au piège quelque part.
01:45Frédéric Péchier refuse toutes les demandes d'interviews depuis plusieurs années.
01:49Alors pourquoi est-ce qu'il accepte de vous rencontrer, vous, ce jour-là ?
01:51Il a donné quelques interviews au départ, puis il s'est eu assez vite.
01:57Désormais, la donne a changé parce qu'il vient d'être mis en examen pour de nouveaux cas supplémentaires.
02:02Alors on en a eu sept, puis 24, et maintenant on est à 30 cas, dont 12 mortels.
02:07Ces nouvelles mises en examen alourdissent sa barque judiciaire de façon substantielle.
02:12Et à chaque fois qu'il y a ça, il y a des communications du procureur, des parties civiles.
02:16Et lui, ça l'agace, il veut présenter sa version, il trépigne, il voudrait qu'on écoute ce qu'il
02:21a à dire.
02:26Vous nous raconterez dans le détail cette longue interview dans la deuxième partie de ce podcast.
02:30Mais d'abord, vous allez nous raconter cette affaire hors normes.
02:33Tout commence au début de l'année 2017, au mois de janvier.
02:36Une patiente de 37 ans se rend à la clinique Saint-Vincent à Besançon dans le Doubs pour se faire
02:42opérer.
02:43Qui est cette femme ?
02:44Cette jeune femme, c'est Sandra Simard, qui est une mère de famille en bonne santé.
02:49Elle a un problème de dos et elle doit subir une opération qui s'annonce en principe sans problème.
02:56Comment se déroule l'opération ?
02:57Au départ, ça se passe bien. Cette jeune femme, elle est sous anesthésie générale, elle est opérée des disques lombaires.
03:03Mais au bout de 45 minutes, une heure, elle fait un arrêt cardiaque.
03:06C'est un petit peu la panique et Frédéric Péchier, qui n'est pas l'anesthésiste en charge, mais qui
03:12est là dans l'hôpital ce jour-là,
03:13arrive en renfort et va lui administrer un médicament qui va la sauver et permettre de la récupérer, entre guillemets.
03:24Alors, qui est ce médecin, le docteur Frédéric Péchier ?
03:27Frédéric Péchier, à cette époque-là, c'est l'un des leaders dans son domaine, à la clinique.
03:31Il est vu comme l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur anesthésiste.
03:35C'est quelqu'un qui a un solide bagage universitaire.
03:39Il a un clinica, il a fait de la réanimation quand il était étudiant, d'abord à l'hôpital, avant
03:45d'intégrer la clinique Saint-Vincent.
03:47Il a 45 ans, à ce moment-là, trois enfants, sa femme est cardiologue, ils vivent confortablement, ils ont une
03:52belle maison.
03:53Tout va bien pour lui, c'est vraiment l'homme qui est à la pointe.
03:56Et je me souviens même qu'un de ses collègues m'avait dit, c'est quelqu'un qui nous faisait
04:00progresser collectivement.
04:01Et donc, ce jour-là, il arrive à sauver cette patiente, Sandra Simard.
04:05Alors, il va lui administrer un médicament, du gluconate de calcium, qui va permettre de la stabiliser.
04:11Et puis, elle va être transférée au CHU, à l'hôpital de Besançon, pour ensuite être traitée.
04:17Elle va quand même faire cinq jours de coma, mais elle va sortir, effectivement, de son coma et elle va
04:21avoir la vie sauve.
04:25Cette patiente est donc sauvée, mais au sein de la clinique Saint-Vincent, on s'interroge beaucoup sur cet incident
04:30qui a eu lieu pendant l'opération.
04:31Oui, alors l'arrêt cardiaque, il n'est pas expliqué sur le moment.
04:35Et surtout, ce qui fait tiquer l'anesthésiste qui était en charge, qui est une jeune anesthésiste, qui est au
04:42fait des dernières techniques,
04:43elle ne comprend pas comment le docteur Pécher a pu avoir l'intuition d'administrer ce médicament
04:49qu'on donne à des gens qui souffrent d'un diagnostic qu'on appelle l'hypercaliémie.
04:53Elle va s'en ouvrir à un grand professeur du CHU, qui lui-même lui dit, effectivement, sur le moment,
05:01on ne pouvait pas faire ce diagnostic.
05:02Ce n'est pas possible, c'était la chose à faire, mais c'est très étrange parce qu'à moins
05:07d'avoir une information, on ne pouvait pas le savoir.
05:10Et donc là, il lui recommande, en fait, de faire tout analyser, de saisir toutes les poches, tout le matériel
05:15qui a servi à cette opération,
05:16et de faire tout analyser pour comprendre s'il n'y a pas quelque chose qui a été mis volontairement
05:21ou non, d'ailleurs, dans ce matériel, dans les poches d'injection.
05:27Les résultats d'analyse, Louis Scolcombet, sont pour le moins surprenants.
05:31À la clinique, tout le monde tombe de l'armoire parce qu'en fait, dans une poche d'injection,
05:35ces petits sachets plastiques qui contiennent ou des médicaments ou des choses assez neutres qu'on vous insère dans le
05:41bras avec un tube et un petit cathéter,
05:44on regarde ce qu'il y a là-dedans et on y trouve du potassium 100 fois la dose normale.
05:49Normalement, il y en a un tout petit peu, c'est infime.
05:51Là, on retrouve 100 fois la dose.
05:53C'est complètement délirant.
05:54Personne ne comprend ce que ça fait là.
05:56Et c'est une dose létale.
05:57Et on comprend que cette jeune femme, s'il n'y avait pas eu d'intervention de M. Péchier, elle
06:02serait morte, en fait.
06:06Comment réagit la clinique lorsqu'elle découvre ça ?
06:09La clinique va signaler ça à l'Agence régionale de santé puisqu'il y a objectivement un problème.
06:15Et du côté de l'ARS, mais aussi du côté de la clinique, on va se rappeler qu'il y
06:20a eu d'autres cas à problème au fil des ans.
06:23Notamment qu'il y avait eu quand même en 2008, à la CNIC Saint-Vincent, une enquête ouverte pour une
06:27mort suspecte, inexplicable et inexpliquée.
06:29Il y avait aussi eu, dans une autre clinique, en 2009, trois cas très étranges qui avaient donné lieu à
06:35des enquêtes, là encore, qui n'avaient pas abouti.
06:36Et donc, mis bout à bout, on va se rendre compte qu'on a quand même une liste d'événements
06:41un peu étranges qui n'avaient pas trouvé d'explication.
06:44Le CHU aussi, qui récupère en cas de problème les patients de la clinique, se dit « bah oui, là,
06:50il y a des choses étranges ».
06:51Donc, une enquête de police est ouverte et la justice est officiellement saisie.
06:55Et pour les enquêteurs, tout ça vient bien de quelque chose au sein de la clinique et pas du matériel
06:59lui-même ?
07:01Oui, parce qu'en fait, on va vérifier auprès des laboratoires s'il n'y a pas eu des malfaçons
07:04dans la confection des poches.
07:06Si ça ne peut pas venir de là, on se rend compte que ce n'est pas le cas.
07:10Donc, il y a clairement un problème avec le cas de Sandra Simard.
07:13Et avec tous ces cas un peu troubles accumulés au fil des ans, comment ça se dessine l'idée qu
07:17'il s'agit à minima d'une malveillance, voire d'empoisonnement volontaire ?
07:23La police recense pas moins de 70 cas suspects d'arrêt cardiaque.
07:27Personne dans l'hôpital avant n'avait suspecté des poches d'injection empoisonnées ?
07:30En fait, tout ça s'est fait au fil de l'eau sur plusieurs années.
07:33Ça ne touchait pas toujours tout le monde.
07:35Il n'y avait pas une spécialité plus que l'autre, quelqu'un plus qu'un autre.
07:38Au bout d'un moment, ils essayaient d'analyser.
07:41Mais eux, ils pensaient forcément interaction entre médicaments ou une réaction allergique à certains anesthésiques.
07:48Ça peut arriver.
07:48Mais donc dans ce cadre-là, quand on avait un problème, et notamment un cas mortel, on saisissait tout le
07:53matériel,
07:54mais pas la toute première poche qu'on place aux patients, c'est-à-dire où il n'y a
07:58que du sérum physiologique et complètement neutre.
08:00Parce que dedans, ce n'est pas un médicament.
08:01On ne va pas aller saisir cette poche-là.
08:03Donc quand on se faisait des réunions pour essayer de comprendre pourquoi telle personne était morte,
08:06en réalité, tous les médecins se mettaient autour d'une table et ils réfléchissaient à reconstituer un poste où il
08:11manquait une énorme pièce.
08:12C'est pour ça qu'il y avait beaucoup de cas qui étaient inexpliqués.
08:15Mais comme en médecine, on n'explique pas tout, au bout d'un moment, ils disaient « c'est la
08:18malchance, c'est ci, c'est ça ».
08:20Et puis on expliquait aux familles que ça pouvait arriver.
08:22Et puis toutes ne faisaient d'ailleurs pas des procès.
08:25Certaines ont demandé des comptes parce qu'ils ont pensé que c'était des erreurs médicales.
08:28Mais beaucoup ont appris avec cette enquête que finalement, peut-être que leurs proches avaient été empoisonnés.
08:39Rapidement, les soupçons des policiers se portent sur le docteur Péchier. Pourquoi ça ?
08:44Oui, parce qu'il y a la répédité de ce diagnostic. Ce jour-là, sur le cas Sandra Simard, qui
08:50a quand même mis la puce à l'oreille de tout le monde, c'est étrange.
08:53Et puis, il y a trois cas qui étaient survenus en 2009 dans une autre clinique pendant trois mois.
08:59Exactement au moment où Frédéric Péchier y a fait un passage, il est resté six mois.
09:02Il n'y avait pas de cas avant, il n'y en a pas après.
09:05Et à la clinique Saint-Vincent, il y a des cas juste avant et des cas ensuite après.
09:10Les enquêteurs vont faire un gros travail sur les personnels.
09:13Ils vont se rendre compte que des 73 cas qui vont en tout être examinés au fil de ces années,
09:19il est à chaque fois présent.
09:20Et il est souvent très bon pour faire le diagnostic ou administrer le bon médicament.
09:26Donc petit à petit, ça va se resserrer sur lui et surtout sur le fait qu'il y a ces
09:30trois cas en 2009, pile quand il passe dans cette autre clinique.
09:33Il est finalement ce que le procureur a appelé le dénominateur commun de tous ces accidents cardiaques.
09:40Parmi tous les médecins qui sont interrogés par les policiers, est-ce qu'il y en a qui soupçonnent le
09:44docteur Péchier ?
09:46Alors au départ, pas du tout.
09:48Effectivement, il était quand même vu comme quelqu'un d'ultra compétent.
09:51Il est médecin, il est anesthésiste.
09:54Son but, c'est de sauver des gens.
09:55Donc ça apparaît totalement incongru et puis il est relativement apprécié quand même.
09:59Il y a beaucoup de gens.
10:00D'ailleurs, il y a des collègues qui me disaient à l'époque, moi, il m'a permis de sauver
10:03des patients.
10:04Donc en fait, il était assez redevable envers lui.
10:07Donc non, non, il ne le soupçonne pas.
10:09Mais certains ont quand même une...
10:10Ils commencent à avoir des intuitions parce qu'ils sont au courant qu'il y avait beaucoup de cas.
10:14Il y en a certains, quand on les interroge, ils commencent à dire, non mais attendez, ne me dites pas
10:19qu'il est soupçonné en fait.
10:20Beaucoup n'y croient pas.
10:22Certains avaient des intuitions, mais la plupart ne comprennent pas ce qui se passe.
10:26Ils sont sous le choc en fait.
10:27Au fil des auditions, les enquêteurs se rendent compte qu'il y a depuis longtemps une très mauvaise ambiance qui
10:32règne au sein du personnel.
10:34En fait, les enquêteurs vont se rendre compte que les anesthésistes qui travaillent entre eux, mais qui ont une société
10:39ensemble,
10:39parce qu'il y a aussi une histoire d'argent là-dedans.
10:41On organise des plannings.
10:43Qui fait quoi ?
10:44Qui gagne combien ?
10:45C'est toute une histoire et ça, c'était un énorme problème.
10:49L'équipe était quasiment à feu et à sang en fait.
10:51Il y avait énormément de rivalités, de mécontentements.
10:55Un tel, il gagne trop, il fait trop telle activité qui est plus rémunératrice.
10:58Un tel a voulu embaucher un infirmier, mais en libéral.
11:03Je ne suis pas d'accord, etc.
11:04Et donc en fait, on se rend compte que c'était à couteau tiré.
11:08Il y a des mails, il y a plein de choses qui viennent expliquer qu'il y avait une ambiance
11:12détestable.
11:12Et le docteur Péchier prenait part à de nombreuses disputes, il avait une part active.
11:16Donc voilà, il est l'un des protagonistes de ces multiples disputes.
11:24Alors selon les enquêteurs, quel serait son mobile ? Pourquoi est-ce qu'il aurait fait ça ?
11:27Ils vont penser qu'il s'agit de vengeance.
11:30En fait, ils vont interroger déjà tous ses collègues qui vont rapporter l'ambiance délétère,
11:35qui vont se rappeler de certaines choses, d'événements précis,
11:37de petites choses qu'ils avaient oubliées un petit peu au fil des ans.
11:40Une prise de bec survenue juste avant, un accident cardiaque un peu étrange, des choses comme ça.
11:46Ils vont éplucher les mails.
11:47On va leur faire remonter tous les mails où il y avait des disputes assez fortes.
11:51Et ils vont se dire qu'en fait, sans doute qu'il a réglé ses comptes par patient interposé avec
11:56ses confrères.
11:56Et l'idée étant de les affaiblir eux, pour lui ensuite, en plus, apparaître comme le sauveur,
12:02puisque en arrivant, il avait la solution et il aurait sauvé les gens.
12:06Donc, il y avait un double effet et même un troisième, parce qu'il considère que parfois, il y avait
12:10un intérêt financier,
12:11parce que ça lui permettait de récupérer certains blocs qui étaient très rémunérateurs.
12:15Et donc, tout ça accumulé, ça lui faisait presque un triple mobile, en fait.
12:19En clair, c'était pour gagner en prestige ?
12:21Gagner en prestige, imposer son leadership, parce que comme il était très pointu,
12:27il considérait que certaines choses n'avaient plus à se faire.
12:29Il voulait imposer des nouvelles pratiques.
12:30Il voulait affaiblir certains collègues.
12:32Il y a une de ses collègues, on soupçonne qu'il l'ait fait partir de la clinique à la
12:35retraite,
12:36parce qu'il l'a jugée un peu obsolète et qu'il voulait qu'elle s'en aille.
12:39Voilà, c'était régler ses comptes, imposer sa façon de voir et puis gagner un peu plus d'argent.
12:46Louise Colcombet, on ne l'a pas encore évoqué,
12:48mais il y a eu un autre cas d'arrêt cardiaque causé par un empoisonnement
12:51qui est survenu neuf jours après celui de Sandra Simard en janvier 2017.
12:57Et ce cas-là, il renforce la conviction des enquêteurs.
13:00Oui, c'est là la particularité de cette affaire.
13:02C'est que l'hypothèse de base des enquêteurs, c'est que Frédéric Péchier n'est jamais touché.
13:08Ce sont toujours les patients de ses confrères anesthésistes ou chirurgiens qui ont des problèmes cardiaques.
13:14Lui semble-t-il toujours hors du champ, il n'est jamais touché par tout ça.
13:19Sauf, neuf jours après le cas de Sandra Simard,
13:22Frédéric Péchier endort un monsieur, Jean-Claude Gandon, âgé de 70 ans.
13:26Et bien là, arrêt cardiaque, inexpliqué aussi, il n'y a pas vraiment d'explication.
13:31Et puis surtout, on va retrouver des poches, plusieurs poches polluées et même grossièrement percées,
13:36c'est-à-dire qu'elles fuient quand on les touche, rien à voir avec les autres cas.
13:40Et c'est d'autant plus troublant que les enquêteurs sont sur place ce jour-là.
13:43Donc en fait, ils se précipitent pour leur dire, regardez, moi aussi j'ai un EIG,
13:48c'est le terme officiel, ça veut dire événement indésirable grave.
13:53En gros, moi aussi j'en ai un, moi aussi je suis touchée.
13:55Il va immédiatement penser à une malveillance et un peu le crier sur tous les toits en fait.
14:00Et à ce moment-là, l'hypothèse qu'on est un empoisonneur dans la clinique
14:03n'a pas encore fait totalement son chemin.
14:05Et cet empressement va les interroger.
14:08En fait, ils considèrent, parce qu'ils ont déjà l'idée que ça pourrait être lui,
14:11ils considèrent que dans la panique, ils se seraient dit,
14:13il faut absolument que moi aussi j'ai un patient touché.
14:15et qu'il leur ait provoqué lui-même de là le mettre en scène grossièrement
14:18avec ses poches percées, etc.
14:20pour se ranger entre guillemets du côté des victimes,
14:23dire moi aussi je suis touchée par un mystérieux empoisonneur
14:26et donc j'y suis pour rien.
14:31En mars 2017, Frédéric Péchier est mis en examen.
14:34Pour combien de cas ?
14:35Ce jour-là, il est mis en examen pour 7 cas,
14:38les deux derniers qu'on vient de détailler,
14:39ceux qui avaient fait l'objet d'une enquête
14:41et de trois autres.
14:42En gros, on est à 7 cas sur une tranche 2008-2017.
14:47Pour les victimes présumées du docteur Péchier,
14:49la confirmation de sa mise en examen est un soulagement.
14:52Concrètement, selon l'hypothèse des enquêteurs,
14:54comment s'y prend Frédéric Péchier
14:56pour mettre du poison dans les poches à injection
14:58et tout ça sans être vu ?
15:00Quand on part pour une journée d'anesthésie,
15:02on prépare un chariot avec le matériel préparé,
15:05les poches, les seringues, les ampoules,
15:06tout est préparé pour la journée.
15:08Frédéric Péchier, quelqu'un qui était très investi dans son travail,
15:11il arrivait toujours très tôt, avant tout le monde,
15:14même avant les infirmiers, etc.
15:17Donc, il considère qu'il a eu la latitude
15:19et le temps pour agir le matin,
15:21avant que la journée ne démarre vraiment.
15:23Les plannings sont affichés au mur,
15:25donc on sait très bien qui va opérer qui,
15:27dans quelle salle, à quel moment.
15:28Et ensuite, c'est là où ça devient technique,
15:31mais normalement, effectivement,
15:32ces poches, quand on les place
15:33et que les infirmières les mettent sur la potence
15:35pour le relier au bras du patient,
15:37elles sont censées être saines.
15:40Mais, en fait, il existe une façon très discrète
15:43de le faire, sans que ça se voit.
15:44On soulève l'opercule très légèrement,
15:47on pique une seringue,
15:48on retire d'abord, évidemment, un peu de liquide
15:50pour faire de la place,
15:51et ensuite, on rajoute un médicament,
15:53un poison, ce qu'on veut.
15:54On rabat légèrement l'opercule,
15:55et à l'œil nu, personne ne voit rien.
15:57Et ensuite, il suffit d'aller poser cette poche
15:59sur le chariot de la personne
16:00qu'on souhaite viser ce jour-là.
16:05On parle de sept mises en examen
16:07pour empoisonnement avec préméditation.
16:10Ça veut dire, à ce moment-là,
16:11que Frédéric Péchier risque la prison à perpétuité,
16:14et pourtant, Louis Scolcombet,
16:15il ressort libre du bureau de la juge d'instruction.
16:19Oui, alors ça a fait l'objet de multiples débats.
16:21La détention provisoire, normalement,
16:22c'est l'exception.
16:23La personne, si on considère qu'elle est insérée,
16:26ce qui est son cas,
16:27qu'il a un lieu de résidence,
16:28qu'il ne va pas fuir,
16:29et qu'il n'a pas de risque de trouble à l'ordre public
16:31ou de réitération,
16:33en gros, il considère que s'il a agi
16:35et si c'est bien lui,
16:35il l'a fait dans un cadre médical
16:38avec certains produits auxquels
16:39il n'aura pas accès dehors
16:40et pour des raisons liées à la clinique.
16:43Et donc, ça va choquer un peu les parties civiles,
16:46voire beaucoup,
16:47mais effectivement,
16:48il va simplement être interdit d'exercer,
16:51en réalité, en attendant les développements de l'enquête,
16:53parce qu'à ce moment-là,
16:53il faut bien comprendre qu'elle ne fait que commencer.
16:55Il est mis en examen pour sept cas,
16:57mais il y en a 73 en tout.
16:59Donc, il y a un gros travail d'enquête qui démarre.
17:11Merci Louis Scolcombet,
17:12vous nous raconterez dans la seconde partie,
17:14la suite de cette enquête
17:15et comment s'est déroulé votre entretien
17:17de plusieurs heures avec le docteur Péchier.
17:19Cet épisode a été produit par
17:21Julia Paré et Emma Jacob,
17:23réalisation Pierre Chaffanjeau.
17:25Code Source est disponible sur toutes les plateformes d'écoute,
17:28n'hésitez pas à vous abonner
17:29et à aller découvrir
17:30Crime Story,
17:31le podcast fait divers du Parisien,
17:33une grande affaire criminelle,
17:35racontée chaque samedi par Claudia Prolongeau
17:37et le chef du service police-justice du Parisien,
17:40Damien Delsenie.
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