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  • il y a 2 jours
🎙️ Dans le monde d’Olivier – Épisode 3 : David Fritz Goeppinger rescapé du 13-Novembre
Pour ce nouvel épisode de Dans le monde d’Olivier, je reçois David Fritz Goeppinger, un homme dont la vie a basculé en quelques secondes, le soir du 13 novembre 2015.

Accroché à une fenêtre du Bataclan pour échapper à la mort, David survit à l’inimaginable. Marqué à jamais par cette nuit d’horreur, il entame un long chemin de reconstruction qu’il raconte aujourd’hui dans un livre bouleversant.
Il revient aussi sur le procès des attentats, un moment hors du temps qu’on a appelé « le procès du siècle », où il a dû affronter une nouvelle fois son histoire, face aux accusés.

Son témoignage résonne d’autant plus qu’il est devenu l’un des protagonistes de la série Des Vivants sur France 2, qui retrace le destin de plusieurs survivants.
Dans cet échange intime, David nous confie ce que cela fait de voir son histoire portée à l’écran, comment il vit son statut de victime et comment, malgré les blessures, il tente de réapprendre à vivre.
✨ Un témoignage puissant, poignant et profondément humain, qui nous plonge au cœur de ce que traversent les survivants après l’indicible.

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Sur une idée originale d'Olivier Delacroix

Crédits
Productrice exécutive : Sara Foucaut
Rédactrice en chef : Hélène Corbie
Chargée Editoriale : Laëtitia Carneiro Gomes
Chargée de production : Julia Sanchez
Réalisation : Samuel Robbe
Assistant caméra et cadreur : Studio Bens
Montage : Stéphane Guerrero Lombardi
Production : Propulse by Reworld Media
Maquillage : Cassandre by Noob Agency
Edito et Post prod : Olivier Delacroix, Hélène Corbie, Cécilia Hopital, Léonie Mérida
Merci à David pour son témoignage.

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Transcription
00:00:00Et ben moi le procès c'était pareil, j'avais pas du tout conscience de ce vers quoi j'allais et je pensais pas rencontrer des accusés, je pensais pas rencontrer des humains, je pensais rencontrer des monstres, tu vois.
00:00:11Déjà si on revient à la base, moi j'ai été revenu en otage par deux mecs qui sont morts aujourd'hui et très bien, je peux pas me dire à un moment donné je peux pardonner à un mec comme Salah Abdeslam, pour moi c'est pas possible.
00:00:21En tout cas là maintenant j'ai 33 ans, on est 10 ans après, pas possible. Je pense que je comprendrais jamais pourquoi ces mecs là sont rentrés au Bataclan et ont tiré sur des personnes de dos qui regardaient un concert, ces mecs qui sont passés dans les terrasses dans le 11ème et 10ème arrondissement et qui ont mitraillé des gens qui buvaient des verres ou au stade de France, ceux qui se sont fait exploser.
00:00:39Je pense que comprendre c'est, j'y suis pas encore encore une fois, et à la fin du procès bon on comprend qu'il a transité aussi et que ce qu'il a entendu au procès et que le témoignage de toutes ces participants qui sont venus l'ont touché en fait.
00:00:53Tous les accusés sans exception, à part un peut-être un ou deux mais qui n'ont rien dit, se sont adressés aux victimes. Ils ont tous eu un mot pour les victimes. Et donc ça, ça parle du fait que nos témoignages ont aussi influencé leur trajectoire.
00:01:05Bonjour à toutes et à tous, j'espère que vous allez bien. Moi je suis ravi de vous retrouver dans le monde d'Olivier. Dans le monde d'Olivier, ce sont des histoires extraordinaires, ce sont des trajectoires.
00:01:19C'est souvent un cœur qui bat, un cœur qui a pu être meurtri, mais qui s'est renforcé, parce que je vous le dis souvent, c'est à travers les épreuves qu'on s'aguerrit, qu'on sort grandit.
00:01:31David Fritz Goldpinger. C'est la première fois que je t'appelle comme ça, David, que j'ai eu l'occasion de rencontrer et que nous nous accueillons aujourd'hui.
00:01:42Et voilà, représentatif de cette vie, de cette renaissance quelque part, d'une reconstruction, mais quelque part aussi d'un homme qui a toujours été en vie
00:01:54et qui peut-être, mais il va nous le dire, ignorait la force et l'énergie qu'il renfermait. David, bonjour.
00:02:04Bonjour.
00:02:05Je suis ravi de t'accueillir, tu le sais, j'en ai des frissons parce que tu m'as beaucoup ému, déjà quand j'ai découvert ton témoignage lors des événements du Bataclan.
00:02:17Et puis, on a eu la chance de partager un moment ensemble. Et quand je t'ai rencontré, j'ai senti cette force de vie et en même temps, toute ta fragilité.
00:02:31Et tu étais justement en train d'écrire « Il fallait vivre », ton dernier bouquin. Alors bien évidemment, on le sait ça quand on t'a écouté, quand on s'est intéressé à toi,
00:02:45que oui, il fallait vivre et que toi, t'as vraiment t'y allé pour vivre. Pourquoi ce bouquin maintenant ? Il y avait une dernière étape là à franchir.
00:02:57En fait, ce livre-là, quand on s'est rencontré il y a à peu près deux ans, si je ne dis pas de bêtises, juste avant, il y avait eu le procès.
00:03:06Et tu m'avais d'ailleurs posé pas mal de questions sur les accusés, sur ma transition, ces chemins que j'ai empruntés au procès pour essayer de ne pas d'aller mieux,
00:03:15mais de trouver des réponses, essayer de comprendre ce qui m'était arrivé, à quel point ça me touchait.
00:03:20Et donc au procès, j'ai été, je rappelle un peu les faits rapidement, mais donc moi, le 13 novembre, j'étais au Bataclan.
00:03:25Au Bataclan, on m'a pris en otage. Donc deux des trois terroristes qui ont attaqué le Bataclan m'ont pris en otage.
00:03:30J'ai passé deux heures et demie avec eux et j'ai été libéré par les hommes de la BRI, de la Brigade de Recherche et d'Intervention de la préfecture de police de Paris.
00:03:39Donc ça, c'est, on va dire, la version très courte. Et le procès en était la version très longue.
00:03:44Dans le sens où, dans ce procès qui a duré 150 jours, on a entendu plus de 400 parties civiles, donc 400 victimes,
00:03:50qui sont en fait un petit échantillon de la globalité des victimes du 13 novembre, qui représentent environ plus de 3000 personnes aujourd'hui,
00:03:57parce qu'il y a les victimes du premier cercle qu'on dit, qui ont été touchées tout de suite.
00:04:01Et il y a les victimes ensuite, qu'on peut appeler par ricochet, les compagnes, les compagnons, les proches, les parents, etc.
00:04:07Les gens qui ont perdu quelqu'un au Bataclan ou sur les terrasses ou au Stade de France.
00:04:11Donc tout ça, c'est une sorte de grand quantum de victimes qui sont liées au 13 novembre.
00:04:16Ce procès, il a duré dix mois. C'est l'un des procès les plus longs de l'histoire de France.
00:04:20Et moi, à ce procès, j'y suis allé avec non seulement la casquette de victimes de parties civiles, mais aussi la casquette de chroniqueurs pour France Info.
00:04:29France Info, ils sont venus vers moi. C'est une journaliste qui s'appelle Gaëlle Joly, en fait, qui est venue me chercher,
00:04:33parce qu'elle avait lu mon premier livre, Un jour dans notre vie, où je témoignais de ce que j'avais vécu au Bataclan.
00:04:38Et elle avait dit, je pense qu'on peut essayer de travailler ensemble. Et voilà.
00:04:41Et en fait, ce chemin que je raconte dans Il fallait vivre, il commence à ce moment-là.
00:04:44Il commence en janvier 2021, où il y a l'horizon du procès. Je ne sais pas ce que je vais en faire.
00:04:49Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas ce que je vais y vivre. Et surtout, je ne sais pas quoi attendre de la justice.
00:04:54Surtout, pardon de te couper, mais qu'entre le procès et ce que tu as vécu au Bataclan...
00:04:59Il s'est passé six ans.
00:05:00Il s'est passé six ans et quand même une longue période durant laquelle tu t'es effondré et où tu t'es reconstruit et ré-effondré.
00:05:10Donc je suppose que cette échéance-là, elle devait te faire peur un peu.
00:05:14Oui. Et en même temps, elle me faisait à la fois peur et à la fois elle était extrêmement abstraite.
00:05:17C'est-à-dire que moi, j'avais une avocate. Mon avocate, elle me disait, bon, il y a des réunions à partie civile.
00:05:21Qu'est-ce que c'est qu'une réunion à partie civile ? Il y a des juges qui se réunissent, qui font des enquêtes avec des policiers, etc.
00:05:25Et au bout d'un moment, on fait une espèce de réunion de compte-rendu. Donc il y a eu plusieurs réunions à partie civile.
00:05:30Et donc moi, j'y allais, mais je ne comprenais rien. Moi, j'avais 23 ans quand j'ai été au Bataclan.
00:05:33À 23 ans, on n'est pas censé s'intéresser à la justice.
00:05:37C'est un gamin à 23 ans.
00:05:37Voilà, on est un enfant.
00:05:38En tout cas, moi, je me rappelle.
00:05:40Je dis que c'était pas bien brillant.
00:05:41Oui, tu vois, moi, pareil. Et donc c'est vrai qu'en grandissant, je dis ça en ce moment, en grandissant avec l'événement, j'ai traversé des phases.
00:05:49Et ces phases-là, il y avait du déni d'abord. Et puis après, des balbutiements de reconstruction avec cette idée d'écrire un premier livre qui m'avait été soufflé par ma psy, en fait, Sandrine.
00:05:59Elle m'a dit, vous êtes bavard, peut-être que ça peut vous aider d'écrire. Et ça m'avait aidé.
00:06:02Donc c'est pour ça que j'ai publié ce premier bouquin.
00:06:03Et une fois que ce premier livre sort, moi, j'ai eu un peu l'impression de sortir quelque chose de moi.
00:06:10Et je me suis retrouvé avec un vide, finalement.
00:06:12Et ce livre, il sort donc en octobre 2020, en pleine crise du Covid.
00:06:17Le procès commençait un an après.
00:06:19Et c'est pour ça que c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est que quoi attendre du procès ?
00:06:22C'est pas que j'y allais avec la désillusion de me dire non, mais la justice comprendra jamais.
00:06:27Je sais pas quoi attendre de tout ça. J'ai pas confiance. C'est plus.
00:06:29Qu'est-ce que réellement ça va me faire ? Et qu'est-ce que je peux en attendre pour moi, en fait, en tant qu'individu ?
00:06:36Et donc c'est vrai que oui, je l'attendais de manière un peu anxieuse.
00:06:39Parce que je me disais, bon, qu'est-ce que ça va me faire ?
00:06:40Et en même temps, je savais pas vraiment quoi attendre, quoi.
00:06:42Et c'est justement un des enjeux de ce livre.
00:06:44C'est de dire, bon, on peut aller voir la justice en n'attendant rien.
00:06:46Et on peut quand même être réparé ou en tout cas touché par elle.
00:06:50Parce que ce procès, lorsque j'ai lu ton livre, ce procès, il t'a réparé quelque part.
00:06:56Ouais, il a réparé quelque chose.
00:06:57Il a réparé aussi toute une idée que tu te faisais de la justice.
00:07:00Carrément.
00:07:01Il a réparé aussi ce lien qu'on t'a imposé aux assaillants, aux assassins, qu'on te réimposait là.
00:07:13Et d'ailleurs, est-ce que ça a été ça le plus dur à vivre ?
00:07:19Qu'on te réimpose, comme la justice de ce pays, la France, qui est une démocratie,
00:07:27offre le droit même au pire des assassins.
00:07:30Tu sais ce que je pense de ces individus et mon aversion pour ces individus.
00:07:35Mais ils ont des droits.
00:07:37Est-ce que ça, c'est quelque chose aussi qui était difficile à entrevoir ?
00:07:44En fait, ce qui était compliqué, c'est que nous, on est sortis.
00:07:47Donc à ce moment-là, le procès commence le 8 septembre 2021.
00:07:50Donc on est à 6 ans après les faits.
00:07:53Moi, j'étais encore dans une posture de victime.
00:07:56Et même si j'avais ce rôle de chroniqueur, qui était uniquement...
00:07:59Moi, je ne suis pas journaliste, donc l'idée de ce journal de bord que j'ai tenu,
00:08:02c'était juste de raconter mon quotidien au palais de justice,
00:08:04avec les rencontres, avec ce qui se passait à l'audience
00:08:07et ce que ça me faisait au jour le jour.
00:08:09Même si j'allais avec ça, je restais quand même une victime.
00:08:11Et donc, la société, en 6 ans, a construit un début de mémoire.
00:08:16Nous, on a été interviewés, énormément de victimes, etc.
00:08:19Il y a eu des balbutiements de projets de musées mémoriaux,
00:08:23des mémoriaux à Paris, des plaques ont été posées.
00:08:25Donc la société avançait.
00:08:26Et elles étaient aussi tournées vers nous, en fait.
00:08:28Parce qu'il fallait réparer les vivants.
00:08:30Il fallait réparer ceux qui étaient restés.
00:08:31Et en même temps, il fallait se souvenir de ceux qui étaient restés là-bas.
00:08:34Et au moment du procès, quand le procès se lance,
00:08:37il y a cette scène incroyable qu'aujourd'hui, plus ou moins,
00:08:40les Français connaissent.
00:08:41Salah Abdeslam, il est interrogé par la Cour.
00:08:43Et le président de la Cour d'Assise, Jean-Louis Perriès,
00:08:46lui demande quel est son emploi, en fait.
00:08:49Voilà, où est-ce que vous habitez ?
00:08:51Quel est votre métier ?
00:08:53Donc lui, il répond, j'ai délaissé toute profession
00:08:54pour devenir soldat de l'État islamique.
00:08:56Moi, à ce moment-là, tout chroniqueur et proto-journaliste
00:09:00que je suis et victime, en fait, je me dis,
00:09:03non, ce n'est pas possible, quoi.
00:09:04Ça fait six ans que je suis sorti du Bataclan.
00:09:07Pourquoi je réentends les mêmes choses ?
00:09:08Et je pense que c'est à ce moment-là
00:09:10qu'a vraiment commencé ma quête dans ce procès.
00:09:12C'est que moi, j'ai mon cerveau, je dis moi,
00:09:15mais en fait, c'est mon cerveau, mon inconscient,
00:09:16à réutiliser les mêmes chemins que ceux que j'avais
00:09:19en sortant du Bataclan, etc.,
00:09:20qui activaient le traumatisme, qui activaient le stress post-traumatique.
00:09:23Et donc, à ce moment-là, je me suis dit, non, mais attends.
00:09:25Là, tu ne peux plus subir.
00:09:27Ce n'est plus possible.
00:09:27Tu ne peux plus subir.
00:09:28Tu vas arrêter ça.
00:09:30Tu vas prendre ta colère et tu vas t'en servir
00:09:31et tu vas essayer de la recycler pour dire quoi ?
00:09:34Pour dire au public ce que ça te fait.
00:09:35Et donc, c'est comme ça que j'ai commencé à tenir le journal de bord.
00:09:38Et dans ce livre, d'ailleurs, je le témoigne,
00:09:40je dis, c'est ça qui me permet de tenir.
00:09:42C'est ça qui te permet de tenir, l'écriture.
00:09:45Mais on sent que tu as compris tout un tas de choses
00:09:49durant ce procès.
00:09:52Et que tu...
00:09:55Alors, je ne vais pas parler de pardon
00:09:56parce que je ne sais pas où tu en es.
00:09:59Non, pour moi, François Mollins en parle dans la préface.
00:10:03Il dit que le pardon, c'est un vœu pieux.
00:10:05Et moi, ça n'a jamais été ma quête.
00:10:07Je n'ai jamais cherché à leur pardonner.
00:10:09En fait, je pense que si...
00:10:10Déjà, si on revient à la base,
00:10:11moi, j'ai été revenu en otage par deux mecs
00:10:12qui sont morts aujourd'hui.
00:10:13Et très bien.
00:10:17Je ne peux pas me dire à un moment donné,
00:10:18je ne peux pardonner à un mec comme Salah Abdeslam.
00:10:19Pour moi, ce n'est pas possible.
00:10:20En tout cas, là, maintenant, j'ai 33 ans.
00:10:22On est 10 ans après.
00:10:23Pas possible.
00:10:24Peut-être qu'un jour.
00:10:24On ne sait pas.
00:10:26Moi, j'ai le rêve de devenir papa.
00:10:29Peut-être que quand je serai papa,
00:10:30il se passera des choses en moi
00:10:31qui fera que le pardon fera partie d'un chemin
00:10:33ou d'une fraction de mon existence
00:10:36qui sera importante.
00:10:36Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas.
00:10:38Et c'est quelque chose que je ne me souhaite pas
00:10:40pour l'instant, en fait.
00:10:41C'est important pour moi de rester,
00:10:42non pas dans la haine,
00:10:43je pense que c'est important aussi de le dire,
00:10:44que je l'ai été,
00:10:45mais aussi dans une forme de mise à distance
00:10:48vis-à-vis de tout ça, en fait.
00:10:49Et est-ce que dans cette mise à distance,
00:10:51il y a la notion de compréhension
00:10:54du mécanisme qui mène Abdeslam
00:10:59comme les autres dans cette noirceur ?
00:11:03Alors, oui.
00:11:04En fait, ce qui a été un peu dommage
00:11:07au procès V13,
00:11:07c'est qu'on a...
00:11:09Bon, en France, on juge des faits,
00:11:11on juge un quantum de faits
00:11:15qui sont liés à une enquête
00:11:16et des accusés, etc.
00:11:19Et en fait, au procès,
00:11:20on a peu étudié finalement
00:11:21ce qu'on appelle les processus de radicalisation.
00:11:23Et finalement,
00:11:25je n'ai pas vraiment de réponse
00:11:26du pourquoi on ne l'a pas fait.
00:11:27Le fait est que quand les radicalisations...
00:11:29Enfin, le thème de la radicalisation
00:11:30était cantonné à certaines interventions d'experts
00:11:34qui étaient citées soit par les partis civils,
00:11:36soit par les avocats de la défense
00:11:37pour montrer et pour prouver des points liés à l'enquête
00:11:41davantage que des points liés à la psychologie des accusés.
00:11:45Et aussi, je tiens à dire que c'est important de le rappeler
00:11:47que le procès V13, c'est 14 accusés.
00:11:49Dans ces 14 accusés, il y en a 3 qui sont libres
00:11:52et qui ont comparu libres
00:11:54et qui n'étaient pas aussi impliqués
00:11:56que des Salaf d'Islam, des Sofiane Ayari,
00:11:59des Ossama Krayem et d'autres qui étaient dans le boxe,
00:12:01qui étaient eux un peu plus sérieux.
00:12:03Qui étaient dans l'organisation de la tuerie.
00:12:05La commission, ouais, des attentats.
00:12:08Donc, est-ce que tu as compris ça ?
00:12:12Ce qui avait pu les mener
00:12:14vers le côté obscur de la force, comme on dit ?
00:12:18Oui, oui, en vrai, non, je n'ai pas compris.
00:12:20Et quelque part, je pense que c'est un lieu
00:12:23qui est inaccessible pour nous, en fait.
00:12:25Sans dire...
00:12:26Moi, j'évite de faire des « nous, on est humains,
00:12:28vous, vous n'êtes pas humains ».
00:12:29Parce que pour moi, c'est important de dire
00:12:30que la justice, c'est aussi saisie d'être humain
00:12:32pour mieux les juger, en fait.
00:12:33En France, on juge des humains,
00:12:34on ne juge pas des monstres, finalement.
00:12:36Et c'est ce que tu disais sur l'égalité des armes.
00:12:39Ça fait partie d'un des préceptes de la démocratie.
00:12:42On commet un crime, on commet une infraction,
00:12:43on commet quelque chose.
00:12:44On a le droit de se défendre dignement.
00:12:46Et pour nous, victimes, c'était important
00:12:47qu'ils soient aussi défendus dignement.
00:12:49Parce qu'on nous massacre sur des terrasses,
00:12:51vous vous défendez dignement.
00:12:52Et quelque part, ça peut paraître hyper...
00:12:54un peu presque naïf de le dire.
00:12:56Au fond, quand on vit un procès aussi intense que celui-là,
00:12:59si en face, on a l'impression, nous, victimes,
00:13:02de ces attentats, que ces mecs-là sont prédestinés
00:13:05à passer leur vie en prison,
00:13:06s'ils sont préjugés avant d'arriver au procès,
00:13:08on se dit « à quoi ça sert, au fond ?
00:13:10À quoi ça sert ? On est une belle salle,
00:13:11on a un beau procès,
00:13:12où ils vont quand même finir en prison.
00:13:13Pourquoi ? Enfin, c'est quoi le but ? »
00:13:15Et donc, je pense que comprendre,
00:13:17les comprendre, ce n'est pas possible.
00:13:18Je pense que je ne comprendrai jamais
00:13:19pourquoi ces mecs-là sont rentrés au Bataclan
00:13:21et ont tiré sur des personnes de dos
00:13:22qui regardaient un concert.
00:13:25Ces mecs qui sont passés dans les terrasses
00:13:27dans le 11e et 10e arrondissements
00:13:29et qui ont mitraillé des gens qui buvaient des verres
00:13:31ou au Stade de France,
00:13:33ceux qui se sont fait exploser.
00:13:34Je pense que comprendre, c'est...
00:13:35Je n'y suis pas encore, encore une fois.
00:13:36Et même 10 ans après,
00:13:37c'est quelque chose qui va m'habiter, je pense.
00:13:40C'est une question que je pose,
00:13:42que je soulève, en fait, dans ce livre.
00:13:45Et je dis, on ne peut pas, finalement, comprendre.
00:13:47Même si moi, j'étais là, aux premières loges,
00:13:49j'ai parlé à ces mecs.
00:13:50Comprendre, c'est impossible.
00:13:51Qu'est-ce qui t'a fait du bien lors de ce procès ?
00:13:55Parce que moi, j'ai eu le sentiment que...
00:13:58Alors, par exemple, la parole des policiers...
00:14:03Là, il y avait un temps posé, une attention particulière consacrée à cette parole,
00:14:14à ce courage, à ces valeurs, à ces valeureux policiers.
00:14:19Et je trouve que ce moment, il a été particulier pour les policiers.
00:14:21Oui, il a été hyper éclairant, en fait.
00:14:24Même si, enfin...
00:14:26Au fond, c'est étrange, parce que le rôle de la justice et des procès,
00:14:30c'est de juger les faits, je me répète.
00:14:31Mais en fait, c'est important, parce que moi,
00:14:33ce que je raconte dans ce livre et ce que j'ai vécu,
00:14:35c'est une sorte... c'est très décalé.
00:14:37C'est-à-dire que moi, par exemple, je décris dans le bouquin
00:14:40la déposition d'un commissaire de la BAC,
00:14:44lui, donc on va l'appeler le commissaire C,
00:14:46qui a intervenu au Bataclan, qui a abattu un des terroristes,
00:14:50et dont l'action est décisive dans cette soirée.
00:14:52Et en fait, je sais que je lui dois aussi la vie,
00:14:54et qu'une grosse partie des victimes qui étaient restées coincées au Bataclan,
00:14:57sans être au contact des terroristes, leur doivent aussi leur vie.
00:15:01Et en fait, pour moi, c'était important d'en parler,
00:15:03dans le sens où c'est un acte héroïque pur,
00:15:07c'est-à-dire que le mec est rentré, il était avec son chauffeur,
00:15:08il est rentré, et il le dit, on est rentré avec,
00:15:10je crois qu'il dit quelque chose, 30 cartouches chacun, il me semble.
00:15:13Et en fait, il fait son action, et il sort du Bataclan.
00:15:17Nous, notre prise d'otage continue, certes, on reste coincés,
00:15:20mais ça a permis de faire évoluer les choses.
00:15:22Et c'est un acte héroïque qui était important sur le moment,
00:15:24qui a aussi marqué la justice, parce qu'il a abattu un terroriste,
00:15:27et on va dire son expertise de ce qui s'est arrivé ce soir-là était importante.
00:15:31Et donc, pour moi, il était aussi important de le restituer dans le bouquin.
00:15:33Il y a lui, il y a aussi ZDAT 99,
00:15:35qui est un enquêteur de la sous-direction antiterroriste,
00:15:38qui, lui, est venu, je me souviens bien, avec son costume et tout,
00:15:42il avait des notes, il avait une pile de notes,
00:15:43il est venu avec une pile de notes qu'il n'a jamais ouvert.
00:15:46Et il a tout décrit, millimètre par millimètre,
00:15:49vraiment minute par minute,
00:15:50de comment ces mecs ont préparé les attentats,
00:15:52comment ils les ont commis, et comment ils se sont enfuis.
00:15:54Et les juges l'entendaient pour rendre une peine,
00:15:59mais moi, j'étais dans la salle, je me disais,
00:16:00« Ah ouais, putain, c'est fou ! » et tout.
00:16:01Et donc, j'écrivais.
00:16:02Et moi, ça venait aussi combler des zones d'ombre,
00:16:05éclairer des trucs un peu obscurs en moi,
00:16:07où je me disais, mais comment ces mecs-là ?
00:16:09Qu'est-ce qu'ils faisaient avant de rentrer au Bataclan ?
00:16:11Qu'est-ce qu'ils faisaient quand...
00:16:12Pourquoi Salab Dessam, il est passé par tel endroit et tout machin
00:16:14pour aller au Stade de France, par exemple ?
00:16:16Et donc, c'est pour ça que je parle de quête personnelle dans le livre.
00:16:19Même si c'est un événement collectif,
00:16:21le procès était un événement collectif,
00:16:23et les attentats du 13 novembre étaient un événement collectif.
00:16:27Au fond, ça parle aussi d'une quête,
00:16:28et de ce qu'on va chercher dans la justice pour se réparer.
00:16:31Dans cette quête de justice,
00:16:34il y a aussi, comme tu en parlais au début de ton témoignage,
00:16:37les victimes collatérales.
00:16:39Et tu évoques ta femme.
00:16:42On a peu aussi parlé des proches,
00:16:45de vous toutes et vous tous qui étaient au Bataclan,
00:16:50tous ces maris, ces frères, sœurs, parents,
00:16:53qui, finalement, à force,
00:16:56vu l'énormité de l'événement,
00:16:59la violence,
00:17:01et puis, émotionnellement,
00:17:03ce pays meurtri pendant des semaines,
00:17:06voire des mois,
00:17:07a transformé des proches en victimes
00:17:12presque au même titre que vous.
00:17:15Qu'une victime.
00:17:16Et en fait, c'est ça qui est intéressant,
00:17:18et désolé, mais je reprends un peu les journalistes qui disent,
00:17:21souvent, on entend parler de victimes par ricochet,
00:17:23ou victimes collatérales,
00:17:25ou il peut y avoir aussi...
00:17:27Enfin, il y a plein d'autres termes qui peuvent désigner des victimes
00:17:29sur qui le traumatisme a pu rebondir.
00:17:32Et en fait, moi, je dis victime tout court.
00:17:34Et je pense que c'est important,
00:17:36parce que mon exemple à moi, c'est ma femme.
00:17:39C'est-à-dire que c'est elle qui,
00:17:41après le 13 novembre, me récupère.
00:17:42C'est elle qui me ramasse à la petite cuillère,
00:17:44et qui me dit, bon, voilà, on va prendre le temps qu'il faut
00:17:46pour en parler.
00:17:48Déjà, elle m'a dit, déjà, t'as envie d'en parler, on en parle,
00:17:50sinon on n'en parle pas.
00:17:51Enfin, ce genre de choses.
00:17:52Et elle a créé un espace,
00:17:52elle a créé une bulle
00:17:53dans laquelle je pouvais parler,
00:17:56je pouvais m'exprimer,
00:17:57dire ce qui me faisait mal,
00:17:58ce qui me faisait du bien, etc.
00:17:59Sauf qu'au fond,
00:18:00cette bulle, elle a été toxique pour elle.
00:18:02Et au point qu'elle a dû aller voir une psy,
00:18:05et qu'elle avait un stress post-traumatique,
00:18:06comme si elle avait été, quoi.
00:18:08Et donc ça, ça a été défini par un psychiatre au procès,
00:18:11un expert qui est venu déposer à la barre,
00:18:13qui a raconté les traumatismes vicarians.
00:18:16Et en fait, c'est les traumatismes,
00:18:18et tu l'as très bien dit,
00:18:19qui sont développés par les personnes,
00:18:21qui sont au contact de gens qui vivent des épreuves.
00:18:23Et ça peut être non seulement un événement violent
00:18:26comme un attentat,
00:18:27mais ça peut être aussi une victime de viol,
00:18:30quelqu'un qui a une maladie grave.
00:18:32Et en fait, ses proches vont absorber
00:18:34et vont restituer ce véhicule-là
00:18:36à travers un stress post-traumatique
00:18:38et les symptômes liés à un trauma, en fait.
00:18:40Oui, parce que ton épouse,
00:18:42on pousse un peu plus loin
00:18:43pour celles et ceux qui doivent absolument lire ce bouquin
00:18:47pour comprendre,
00:18:49elle est devenue aussi traumatisée que toi.
00:18:53Oui, c'est ça.
00:18:53Parce qu'à vivre tes peurs, tes traumatismes,
00:18:57elle a réalisé que tourner le dos à une porte d'entrée,
00:19:04presque, c'était traumatisant.
00:19:06C'était traumatisant, oui.
00:19:07Et en fait, c'est ça qui est dingue,
00:19:08c'est que le procès lui a permis de devenir partie civile.
00:19:14Donc partie civile, pour vulgariser ses victimes, en fait.
00:19:17Quand on est partie civile dans un dossier,
00:19:18on requiert une défense contre un accusé,
00:19:21contre un organisme, peu importe.
00:19:22Et en fait, on est victime de quelque chose.
00:19:24Et donc, ce jour-là,
00:19:25c'était un événement très important dans notre couple.
00:19:28Parce que la justice disait,
00:19:29voilà, Doris, vous êtes déclarée victime à part entière.
00:19:34Ce n'est pas victime parce que David,
00:19:35ou parce que les 10 ans,
00:19:37non, c'est victime parce que ce que vous vivez au quotidien
00:19:39est insoutenable et est issu de ce qui s'est passé le 13 novembre.
00:19:42Et moi, j'en suis le vecteur, au fond.
00:19:44Et pas seulement moi.
00:19:45C'est aussi ce que tu disais tout à l'heure, la société.
00:19:46Ce soir-là, je n'étais pas le seul pour qui elle a eu peur.
00:19:50Les quatre autres potes avec qui j'y étais,
00:19:52elle les connaissait aussi.
00:19:53Donc, elle a eu aussi peur pour eux.
00:19:55Et je pense que ça, c'est important aussi de le rappeler.
00:19:57Tu vois, ça parle de cette collectivité que j'évoquais tout à l'heure.
00:20:00Et donc, voilà.
00:20:01Donc, c'est vrai que ce passage dans le livre,
00:20:03où il y a deux moments, en fait,
00:20:04où Doris, elle intervient, même plus, en fait.
00:20:05Mais il y a deux moments où Doris, elle intervient
00:20:07et où on voit qu'en fait, elle donne son sang, en fait.
00:20:12Et je trouve que c'est...
00:20:14Pour moi, c'était non seulement primordial de lui rendre hommage,
00:20:20parce que je l'aime et tout.
00:20:21Je ne suis pas objectif, quoi.
00:20:22Mais pour que le public puisse aussi avoir conscience
00:20:26qu'en fait, oui, on peut accompagner des proches et tout,
00:20:29mais à partir du moment où on souffre,
00:20:30c'est important de le prendre en compte, je pense.
00:20:32C'est important de le prendre en compte.
00:20:33Et ce qui est intéressant, c'est que, bon,
00:20:35je ne veux pas trop spoiler le contenu du livre,
00:20:37mais ça crée quelque chose chez moi,
00:20:39cette constitution de la partie civile.
00:20:41Ça va faire naître quelque chose
00:20:42et ça va aggraver un symptôme que j'avais déjà.
00:20:44Donc, voilà, je laisse...
00:20:46Laisse-en un petit peu.
00:20:47Oui, c'est ça.
00:20:49J'ai été, en fait, saisi par la notion d'acteur frontière.
00:20:55Ah, oui, carrément.
00:20:57J'ai trouvé ça très intéressant,
00:20:59parce qu'en même temps, oui, tu...
00:21:02Dans cette réparation, tu as été un acteur frontière
00:21:07et tu as expliqué ce que c'est que l'acteur frontière,
00:21:09mais en même temps, tu étais partie civile
00:21:11qui témoignait à son procès.
00:21:15L'équilibre devait être difficile à trouver.
00:21:18Oui, en fait, acteur frontière.
00:21:20Donc, c'est un terme qui a été...
00:21:22que m'a appliqué un ami chercheur
00:21:25que j'ai rencontré là-bas,
00:21:26qui s'appelle Antoine Mégi,
00:21:27qui d'ailleurs a poste face à mon livre.
00:21:29Antoine, lui, il étudie les procès pour terrorisme
00:21:31depuis 2017,
00:21:32donc depuis la première audience de l'affaire Mera.
00:21:34Donc, c'est Mohamed Mera
00:21:35qui a commis des tueries à Toulouse et Montauban.
00:21:39Et donc, Antoine Mégi, il étudie ses procès
00:21:43pour comprendre la place de la partie civile dans ses procès
00:21:45et essayer de comprendre comment elle évolue dans ses procès.
00:21:48Et en fait, quand il vient me voir au procès V13
00:21:50et qu'il me dit,
00:21:52« Ah, mais c'est toi, David,
00:21:53c'est toi qui publie les chroniques et tout »,
00:21:54il avait vu.
00:21:55Donc, Antoine fait partie d'un corpus de recherche,
00:21:57d'un groupe de recherche qui s'appelle Prométhée
00:21:59pour procès, mémoire et terrorisme.
00:22:01Et donc, en gros, il est venu me voir en me disant,
00:22:03« Ouais, mais ta place, elle est un peu marrante quand même.
00:22:05C'est quoi ça ? J'avais jamais vu.
00:22:08T'es qui, en fait ? »
00:22:09Et donc, on a commencé à parler, parler.
00:22:10Et puis, un jour, il me dit,
00:22:11« En fait, toi, t'es un acteur frontière. »
00:22:13Et donc, l'acteur frontière,
00:22:14c'est quelqu'un qui se positionne à la lisière de plusieurs mondes
00:22:16et qui va agir dans chacun des mondes
00:22:18sans vraiment en être,
00:22:20ou en tout cas, sans jamais rester dans un de ces mondes.
00:22:23Et je pense que,
00:22:24et si tu dis bien ce truc de chroniqueur,
00:22:26et en même temps,
00:22:27qui s'opposait frontalement à celui de la victime.
00:22:29Parce que la victimité, c'est,
00:22:31comme dit mon ami Arthur Desnouveaux,
00:22:32président de Life for Paris,
00:22:33c'est une des associations,
00:22:34c'est la tranquillité impossible.
00:22:36Et donc, c'est à la fois ça,
00:22:38et en même temps, c'est une inertie totale.
00:22:39On ne peut pas bouger.
00:22:40Le statut de victime nous laisse inertes.
00:22:43Et donc, parler et raconter,
00:22:45c'est aussi sortir de cette léthargie,
00:22:47de cette inertie.
00:22:48Oui, c'est analyser,
00:22:49c'est trouver des réponses,
00:22:52des possibilités.
00:22:54Alors que le statut de vikimère,
00:22:55t'as raison, c'est inerte.
00:22:57Inerte.
00:22:57Et donc, quand Antoine me dit ça et tout,
00:23:00je me dis, bon, c'est vrai, c'est juste.
00:23:02Moi, je me qualifiais plus de chimère,
00:23:03donc un être composé de plusieurs morceaux d'autres êtres.
00:23:06Je me vois un peu plus là-dedans.
00:23:08Plus politiquement.
00:23:09Un peu, oui.
00:23:10Et en fait, ça a été extrêmement dur
00:23:13parce que je m'étais...
00:23:15Il y a eu un moment de bascule.
00:23:16Il y a eu un moment de bascule qui était important
00:23:18et je pense que c'est important que je le raconte,
00:23:20même si c'est dans le livre,
00:23:21vous le découvrirez comme il faut.
00:23:23Mais le moment de bascule,
00:23:24c'est le 19 octobre 2021,
00:23:25c'est le jour où je vais déposer devant la cour d'assises.
00:23:28Ce jour-là, déposer, c'est témoigner.
00:23:29Ce jour-là, je prépare cette déposition.
00:23:34Je le raconte vraiment dans le livre et donc je vous laisse à ce moment-là y aller.
00:23:38Mais ce jour-là, je dépose, je raconte minute par minute ce qui m'est arrivé.
00:23:43Mais ça a du sens pour moi
00:23:44parce que je sais que derrière moi,
00:23:45il y a des parties civiles qui m'écoutent
00:23:46et qui ont aussi des questions.
00:23:48Ça a du sens pour moi
00:23:49parce qu'il y a les accusés qui m'entendent
00:23:50et parce qu'il y a leur défense
00:23:51et qu'il y a aussi les juges
00:23:53et non seulement ça,
00:23:55les avocats des parties civiles qui m'écoutent.
00:23:57Donc je sais que j'ai conscience
00:23:58d'être quelqu'un qui va porter un regard
00:24:01qui est assez unique sur ce qui s'est passé ce soir-là.
00:24:04Et donc je fais mon témoignage
00:24:05et le lendemain, je me réveille
00:24:06et c'est comme ça que ça se passe.
00:24:09On habitait dans le 15e avec ma femme.
00:24:11Je suis avec mon chat et tout, on rigole.
00:24:12Et puis je me fais un café, j'allais aller au sport
00:24:14et en fait, je me dis,
00:24:16là, tu es encore victime ou pas ?
00:24:19Est-ce que maintenant que tu as donné tout ça à la justice
00:24:21et que tu as tout donné là, ça y est ?
00:24:25Est-ce que tu es encore victime ?
00:24:26Est-ce que tu es encore victime du terrorisme ?
00:24:28Et j'avoue que j'ai relayé cette question à l'intérieur de moi
00:24:32et je l'ai laissé loin en me disant
00:24:34« Bon, on va attendre le verdict et on va voir ce que ça te fait. »
00:24:38Et je me suis dit que c'était le début de quelque chose.
00:24:42Parce que jusque-là, cette question ne s'était jamais,
00:24:44jamais présentée à moi, jamais.
00:24:46Ce n'était pas possible, j'étais victime en fait.
00:24:48Et pourquoi je parle de moment de bascule ?
00:24:50Parce qu'une fois que j'ai accompli ma mission
00:24:52en tant que parti civil, qui était celle de témoigner au procès,
00:24:56il restait quoi ?
00:24:57Il restait la casquette de chroniqueur.
00:24:59Et en fait, ce qui est ouf, c'est que
00:25:00si on reprend le journal de bord qui est encore en ligne,
00:25:02pour les curieux, on voit un moment de bascule
00:25:05dans ma manière d'écrire et de raconter le procès
00:25:07le lendemain de ma déposition.
00:25:09Et ce qui est fou, c'est que quand j'ai écrit le livre,
00:25:12le lendemain de ce moment de narration
00:25:14où je raconte ma déposition,
00:25:17c'était pareil.
00:25:19Écrire le livre était beaucoup plus facile
00:25:20après avoir raconté ma déposition.
00:25:22Et je pense que ça répond assez bien
00:25:25à cette question d'équilibre dont tu parles.
00:25:28Quand tu tiens la liseur des mondes,
00:25:30tu es sur un fil.
00:25:31Et donc si tu te plantes et que tu tombes d'un côté
00:25:34et que tu tombes de l'autre,
00:25:35ou peu importe,
00:25:36et tu te foires en fait.
00:25:37Et ça m'est arrivé au procès.
00:25:38Ça m'est arrivé de tomber complètement.
00:25:41Le jour où on a entendu l'audio du Bataclan,
00:25:43ça m'est arrivé.
00:25:43De me dire, putain en fait,
00:25:45il y a six ans,
00:25:45tu as entendu ça quoi.
00:25:47Et je me suis entendu,
00:25:47j'ai entendu ma propre voix répondre à un terroriste.
00:25:49Et forcément,
00:25:51là, je suis obligé de tomber du côté des partis.
00:25:53Et de l'autre côté,
00:25:54si jamais c'était un élément du procès
00:25:58qui était très technique,
00:25:58là, c'était le chroniqueur qui parlait.
00:26:00Donc là, j'étais un peu plus près du journaliste.
00:26:02Oui, mais ce que tu racontes dans ce livre,
00:26:05c'est assez glaçant.
00:26:07Et je ne sais pas si c'est parce que je te connais
00:26:11et que j'ai perçu toute ta sensibilité
00:26:17et en même temps toute la force que tu as,
00:26:19mais en même temps toute ta fragilité.
00:26:21Je me suis dit,
00:26:23waouh, ce moment de cet audio,
00:26:27même si tu es chroniqueur,
00:26:29même si tu es parti civil,
00:26:31là, il faut être solide pour réentendre ça.
00:26:35Et d'ailleurs, les journalistes qui étaient là aussi,
00:26:36ce jour-là,
00:26:38ils pourraient en témoigner.
00:26:39C'était un moment horrible, quoi, en fait.
00:26:43Pur et horrible.
00:26:44Brut.
00:26:45Oui, on y était.
00:26:47Et c'était nécessaire que la justice...
00:26:49Bien sûr.
00:26:50Et que tout le monde entende.
00:26:51Exactement.
00:26:52Parce que ce qui avait été rapporté jusqu'à maintenant,
00:26:55tu vois, je trouve que
00:26:57le travail qui a été fait
00:27:01et qui est sur Netflix encore, je crois,
00:27:04le 13 novembre,
00:27:05je trouve que c'est le doc le plus...
00:27:10On vous entend tous et au plus proche.
00:27:12Oui, c'est vrai.
00:27:13Mais je pense que ce moment-là que tu racontes,
00:27:17ce procès,
00:27:19c'est là où se sont joués...
00:27:20Il y a une dimension autre.
00:27:21globalement, tout était réuni.
00:27:25Les acteurs, les victimes,
00:27:28les journalistes qui représentent un pouvoir aussi.
00:27:32Le pouvoir aussi de réflexion,
00:27:34de jugement aussi,
00:27:36d'influence.
00:27:38Et tu vois, j'en ai des frissons
00:27:42quand je te parle de ce moment.
00:27:43Il devait pu y avoir une mouche
00:27:45qui volait dans la salle.
00:27:46Oui, carrément.
00:27:46Oui, c'est ça.
00:27:47Et c'était un...
00:27:49C'était un moment important
00:27:52parce qu'en fait,
00:27:52la cour nous l'avait refusée plus tôt.
00:27:55Elle l'avait refusée.
00:27:56Ah oui.
00:27:57Pourquoi ?
00:27:57C'est une question intéressante
00:27:58parce qu'on n'a jamais vraiment su.
00:28:01Et le fait est que
00:28:01une des personnes
00:28:02qui a été la clé de voûte
00:28:03de l'accession à ce moment-là,
00:28:05c'est Arthur Desnouveaux,
00:28:06donc toujours président
00:28:07de l'association de l'EFOR Paris
00:28:08qui s'est constituée
00:28:09après les événements
00:28:10du 13 novembre.
00:28:13Arthur, il vient me voir un jour
00:28:14et il me dit
00:28:14mais ça te ferait quoi
00:28:15de réentendre l'audio du Bataclan ?
00:28:16Et je lui ai dit
00:28:17mais il me connaît
00:28:18et c'est quelque chose
00:28:19que j'ai décrit dans le livre.
00:28:20Je lui ai dit
00:28:21bah moi, je pense que
00:28:22ça me ferait du bien
00:28:23et c'est aussi bizarre
00:28:24que ça puisse paraître
00:28:25et surtout, c'était important
00:28:26et sur ça, on s'accordait,
00:28:27c'est important
00:28:27que la justice réécoute
00:28:29ces archives qui sont primordiales
00:28:31pour la compréhension des faits.
00:28:33Et nous, ce qu'on savait,
00:28:35c'est qu'il y avait quand même
00:28:35une partie des avocats,
00:28:36des parties civiles
00:28:37qui cherchaient à nous protéger
00:28:40parce qu'ils avaient peur
00:28:40qu'il y ait une retraumatisation,
00:28:42une sur-traumatisation.
00:28:44Il y avait un risque.
00:28:44Il y avait un risque.
00:28:45Je pense que le plus important
00:28:46c'était que la Cour demande
00:28:48aux victimes
00:28:48si elles étaient capables
00:28:49de le faire ou pas
00:28:50et celles qui ne l'étaient pas
00:28:51de sortir de la salle, etc.
00:28:53Et en fait,
00:28:54le dialogue avec Arthur,
00:28:56il était important
00:28:56parce que,
00:28:57et d'ailleurs,
00:28:57on n'était pas les seuls
00:28:58à le penser.
00:29:00Pourquoi on refusait ça, en fait ?
00:29:02Dans les procès
00:29:03pour les plus sordides,
00:29:05pour viol,
00:29:05pour des cas d'inceste horrible,
00:29:07on montre tout.
00:29:09On montre tout
00:29:09et la justice regarde tout.
00:29:11Les jurés,
00:29:11quand c'est un juré populaire,
00:29:13regardent tout.
00:29:14Les magistrats,
00:29:15dans les cas
00:29:15des cours spécialement composés,
00:29:18regardent tout.
00:29:19Pourquoi au procès
00:29:20des attentats de Trinoram
00:29:21on ne refusait ça ?
00:29:21Alors, il y a des scènes
00:29:22qui ont été montrées,
00:29:23mais c'est des scènes
00:29:24un peu maquillées.
00:29:25Les enquêteurs
00:29:27qui projetaient,
00:29:27par exemple,
00:29:28qui s'occupaient
00:29:28des constatations,
00:29:29les constatations,
00:29:29c'est les enquêtes
00:29:30qu'on fait tout de suite
00:29:30après l'effet.
00:29:32Donc, des photos,
00:29:33des films.
00:29:33Montraient des photos
00:29:34de la salle du Bataclan
00:29:36avec des schémas dessus
00:29:38qui représentaient les corps.
00:29:40Et ça, pour nous,
00:29:40c'était important, en fait.
00:29:41Parce qu'on se dit,
00:29:42putain, on a vécu ça
00:29:43et en fait, on en sort.
00:29:44Et au moment où la justice
00:29:45se penche dessus,
00:29:46en fait, elle ne le fait pas vraiment.
00:29:47Donc, on avait cette espèce
00:29:48d'impression de,
00:29:49non seulement,
00:29:49on se sentait surprotégé
00:29:50d'un côté par certains
00:29:52des avocats des partis
00:29:52parce que ce n'était pas unanime.
00:29:55Et de l'autre côté,
00:29:56la justice disait,
00:29:56non, mais en fait,
00:29:57on va essayer de vous protéger.
00:29:58Ce n'est pas le sujet.
00:29:59Et est-ce que ça n'était pas
00:30:00une demande de la défense,
00:30:02justement, aussi ?
00:30:03Jean, je n'ai pas souvenir de ça,
00:30:04mais c'est une question intéressante,
00:30:06je pense.
00:30:06Parce que tu sais,
00:30:07souvent,
00:30:08parce que tu sais,
00:30:09dès qu'il y a des personnes
00:30:10qui ont des embrouilles
00:30:11en France,
00:30:11aujourd'hui,
00:30:13ouais, je vais l'enregistrer et tout.
00:30:14Oui, on cherche à maquiller un peu.
00:30:16On le dit souvent.
00:30:17Non, la justice ne reconnaît pas...
00:30:19Oui, les enregistrements.
00:30:20Les enregistrements.
00:30:21Sauf que là,
00:30:22on est dans la captation
00:30:25de quelque chose d'historique.
00:30:28Et surtout,
00:30:31je pense que la défense
00:30:32a dû demander
00:30:33à ce que ça ne soit pas...
00:30:35Je pense aussi.
00:30:37En tout cas,
00:30:37ce n'était pas dans l'intérêt
00:30:38de ceux qui défendaient
00:30:40de passer ça.
00:30:42Mais pour moi,
00:30:42c'était central d'entendre ça.
00:30:45Et il y a un autre truc
00:30:47qui est aussi intéressant
00:30:49que pour moi,
00:30:49en tout cas,
00:30:50dans ce que ça m'a fait,
00:30:50qui est aussi intéressant
00:30:51dans ça.
00:30:52Je parle toujours d'Arthur.
00:30:53Arthur Desnouveaux
00:30:54qui, d'ailleurs,
00:30:56publie un livre
00:30:56qui parle du 13 novembre.
00:30:59Mais bon.
00:31:00Arthur, en fait,
00:31:00au procès,
00:31:01au moment de sa déposition,
00:31:02lui aussi,
00:31:02il avait une double casquette
00:31:03qui était celle de la victime
00:31:04et aussi celle
00:31:04d'être président d'association.
00:31:06Et c'est aussi un chapitre
00:31:07de ce livre
00:31:07où, en fait,
00:31:08Arthur,
00:31:09qui est très philosophe
00:31:09dans cet événement,
00:31:12il vient en montrant
00:31:13une vidéo du concert.
00:31:16Voilà.
00:31:16Il monte une vidéo du concert
00:31:17et on voit Dave Catching
00:31:20sur scène
00:31:20qui joue de la guitare.
00:31:22Voilà.
00:31:23Et nous,
00:31:23en tant que victime,
00:31:24on s'attend tous
00:31:24aux premiers coups de feu
00:31:25parce qu'il y a cette vidéo
00:31:26où on voit les premiers coups de feu
00:31:27sur scène,
00:31:28arriver sur scène.
00:31:29On a vu et revu.
00:31:29Voilà.
00:31:30Et en fait,
00:31:30il n'y a pas ces coups de feu.
00:31:31C'est juste le concert.
00:31:33Et en fait,
00:31:33il dit,
00:31:34j'ai voulu montrer ça
00:31:35pour qu'on comprenne
00:31:37ce que ça fait,
00:31:38pour qu'on comprenne
00:31:39ce que les terroristes ont vu
00:31:40quand ils sont rentrés
00:31:40au Bataclan
00:31:41et qu'ils nous ont tirés dessus.
00:31:42Et c'est vrai que la vidéo,
00:31:44elle est tournée.
00:31:45On voit des dos,
00:31:46on voit des gens
00:31:46qui font la fête,
00:31:47on voit des signes de la main,
00:31:49on voit un concert.
00:31:50La fête.
00:31:50Et ça, je pense que
00:31:51cette archive-là
00:31:52qu'il a diffusée,
00:31:53elle est aussi importante
00:31:54que cet audio du Bataclan.
00:31:56Parce que si l'audio du Bataclan
00:31:57témoigne de l'horreur,
00:31:58ça, ça témoigne
00:31:59de ce que ces mecs-là
00:32:00ont voulu détruire.
00:32:01Oui, puis ça témoigne surtout
00:32:02de la lâcheté
00:32:04de tirer dans le dos.
00:32:06Dans le dos de personne.
00:32:07Dans le dos.
00:32:08Parce que c'est ça,
00:32:09je pense qu'il a voulu le montrer,
00:32:10Arthur.
00:32:10Absolument.
00:32:10Pardonne-moi,
00:32:11mais Arthur,
00:32:12je ne le situe pas.
00:32:13Dans l'événement ?
00:32:14Oui, il est où, Arthur ?
00:32:15Arthur, en fait,
00:32:17il est,
00:32:17il me semble,
00:32:18au rez-de-chaussée
00:32:19et il part au bout
00:32:20de 10-15 minutes.
00:32:21D'accord.
00:32:22Pardon, Arthur,
00:32:23si je dis des bêtises,
00:32:23mais en gros, c'est ça.
00:32:25Et il s'enfuit.
00:32:26Arthur, il a une trajectoire
00:32:27assez étrange
00:32:27parce qu'il s'enfuit du Bataclan.
00:32:29Il aide certains membres
00:32:31du groupe des Eagles
00:32:31of Death Metal,
00:32:32dont Jesse Hughes.
00:32:33Il les met dans un taxi.
00:32:34Il leur paye le taxi
00:32:35et lui, il en prend un autre
00:32:36et il rentre chez lui.
00:32:37D'accord.
00:32:37Et en fait,
00:32:38il rentre chez lui avec son épouse.
00:32:39Son épouse n'était pas au Bataclan.
00:32:40Il passe la chercher,
00:32:40nanana.
00:32:41Il rentre chez lui
00:32:42et en fait,
00:32:42il passe la nuit
00:32:43vissé devant son téléviseur
00:32:45à regarder l'événement
00:32:46dont il sort.
00:32:47Il y a une autre question
00:32:48que celles et ceux
00:32:51qui nous regardent
00:32:51doivent se poser.
00:32:53Qui a enregistré
00:32:54ce sonore ?
00:32:55Oui, ça, c'est fascinant
00:32:57parce qu'en gros,
00:32:58je vais raconter un peu,
00:32:59je raconte un peu
00:33:00les personnages de mon livre,
00:33:01mais Stéphane Toutlouillant
00:33:03est un des otages
00:33:04avec qui j'étais.
00:33:05C'est aujourd'hui
00:33:06un de mes grands amis.
00:33:07Stéphane, si tu le as aussi
00:33:08parce que je te connais bien.
00:33:09C'est un des otages.
00:33:10C'est un des derniers
00:33:11qui est avec toi ?
00:33:12Oui, c'est ça.
00:33:12Dans le couloir.
00:33:13Dans le couloir.
00:33:14Et donc Stéphane,
00:33:15après les attentats,
00:33:15on s'est rencontrés,
00:33:16on est devenus amis,
00:33:17on a formé un groupe d'amis
00:33:18qui s'appelle les potages
00:33:19pour potes et otages.
00:33:21Voilà, exactement.
00:33:23Stéphane fait partie des gens
00:33:24qui m'ont aidé
00:33:26à retourner voir des concerts.
00:33:28Et donc,
00:33:29pourquoi je parle de ça ?
00:33:30C'est que Stéph,
00:33:31en fait,
00:33:32je vais poser la même question.
00:33:33Je lui ai dit,
00:33:33donc Stéph,
00:33:33il est à l'âge de mon père,
00:33:34il va avoir 60 ans
00:33:35l'année prochaine.
00:33:37Et je lui ai dit,
00:33:37Stéph,
00:33:38c'est quoi ce bordel-là ?
00:33:39Pourquoi il y a un mec
00:33:40qui est enregistré au Bataclan ?
00:33:41Et en fait,
00:33:42il me dit,
00:33:42non, mais tu sais,
00:33:43moi, dans le temps,
00:33:45ça se faisait grave,
00:33:45en fait.
00:33:46Il y avait,
00:33:47tout le monde allait ramener
00:33:47des micro-HF,
00:33:48des trucs,
00:33:49et faisait des enregistrements
00:33:50illicites,
00:33:52des concerts,
00:33:53pour les revendre
00:33:53ensuite au Marché Noir,
00:33:55sous cassette,
00:33:55des trucs comme ça.
00:33:57Et en fait,
00:33:57ça se fait encore aujourd'hui.
00:33:58Il y a des gens qui le font.
00:33:59Mais ça s'est fait de tout temps,
00:34:00même.
00:34:01Exactement.
00:34:01Moi, qui ai été musicien,
00:34:02déjà à l'époque,
00:34:03c'est pour ça que ça m'étonne
00:34:03que tu me posais la question.
00:34:04Au Royal Albert Hall,
00:34:05j'avais enregistré
00:34:06les Cure et Equal and the Monument.
00:34:07Bah voilà.
00:34:08Mais tu vois,
00:34:08je ne pensais pas
00:34:09que ce sonore venait de ça.
00:34:10Bah ça vient de ça.
00:34:11De ça.
00:34:11Et il me semble,
00:34:12c'est un spectateur italien
00:34:13qui a ramené un micro-HF
00:34:14et qui a enregistré au balcon.
00:34:16Oui, parce qu'elle est
00:34:16de très bonne qualité.
00:34:18Et au moment où les tirs commencent,
00:34:19lui, il prend le micro,
00:34:20il le balance et il se casse,
00:34:21en fait.
00:34:21Et le micro continue de tourner.
00:34:22Et ça tourne.
00:34:22Voilà.
00:34:24Et c'est vrai que Steph, lui,
00:34:25il apporte l'autre bout de l'histoire
00:34:26qui est de dire,
00:34:26oui, c'est vrai que,
00:34:27comme tu dis,
00:34:28dans les concerts,
00:34:29on a toujours enregistré,
00:34:29il y a toujours eu des gens
00:34:30qui ont cherché à enregistrer
00:34:31ce qui se passait dans les salles.
00:34:33Ça a dû être un moment incroyable.
00:34:35Tout le monde n'a pas
00:34:36n'est pas resté dans la salle
00:34:38des parties civiles à ce moment-là.
00:34:39Non, il y a eu justement,
00:34:40il y a eu des personnes
00:34:41qui sont parties.
00:34:42Et c'est vrai que,
00:34:43moi, d'ailleurs,
00:34:44je le dis avec Hugo dans le livre,
00:34:45mais en gros,
00:34:46un des trucs qui m'a décidé
00:34:47d'arrester,
00:34:47c'est un des avocats
00:34:48des parties civiles
00:34:49qui dit,
00:34:51bon, pour rappel,
00:34:53voici le numéro
00:34:54de la ligne d'urgence psychologique
00:34:56si jamais ça ne va pas.
00:34:58Et moi, je lui dis,
00:34:58ben non, ben non.
00:34:59En fait, ça m'a convaincu
00:35:00de rester, quoi.
00:35:01Je n'étais pas sûr encore.
00:35:02Mais là, ça m'a convaincu
00:35:03de rester.
00:35:03Je me suis dit,
00:35:04ben non,
00:35:04ce n'est pas à toi
00:35:04de me dire ce qui est bon pour moi.
00:35:06C'est bête,
00:35:06c'est gamin de dire ça.
00:35:08Mais en vrai,
00:35:09cette petite pique-là
00:35:10m'a suffi à vouloir rester.
00:35:12Et à ce moment-là,
00:35:13ben oui, en effet,
00:35:14quand le président de la cour,
00:35:17etc., etc.,
00:35:18les parties civiles
00:35:19qui souhaitent sortir de la salle,
00:35:20vous pouvez le faire, etc.
00:35:21Donc là, il y a eu
00:35:21une vague de départs,
00:35:22notamment de proches
00:35:24de victimes décédées,
00:35:25notamment de gens
00:35:25qui étaient dans la fosse,
00:35:26etc.
00:35:27Donc je pense que c'est important
00:35:28à ce moment-là
00:35:28de s'écouter,
00:35:30de savoir ce dont on est capable
00:35:31et ce qu'on peut encaisser,
00:35:32quoi.
00:35:32Et là, ça a été le cas.
00:35:34Oui, parce qu'on a tous été touchés
00:35:36de plus ou moins près ou loin.
00:35:39Je ne sais plus combien de personnes
00:35:40on a pu relier,
00:35:44tu sais,
00:35:44mais le chiffre était incroyable.
00:35:46Oui, c'est énorme.
00:35:46C'était, je crois,
00:35:48proche d'un million
00:35:49ou un million d'autres personnes.
00:35:51Moi, je sais qu'il y a une monteuse
00:35:53qui travaillait avec quelqu'un
00:35:54que je connaissais,
00:35:55qui a perdu son bras, d'ailleurs.
00:35:57Enfin, on connaissait tous
00:35:59quelqu'un qui...
00:36:00Qui était.
00:36:01Voilà.
00:36:01Oui, et souvent,
00:36:02l'exemple, c'est un peu
00:36:03le 11 septembre.
00:36:03Tu vois, le 11 septembre,
00:36:04on sait tous, moi,
00:36:05j'ai 33 ans,
00:36:05mais je me souviens très bien
00:36:06quand j'ai appris
00:36:06qu'il s'est passé quelque chose
00:36:07à New York
00:36:08et pourtant, je devais avoir...
00:36:09Enfin, j'étais très jeune, quoi.
00:36:10Tu étais, oui, tout petit.
00:36:12Tu peux avoir 10 ans à peine,
00:36:12tu vois, et le 13 novembre,
00:36:15c'est un peu le même écho.
00:36:17C'est-à-dire, dans la société,
00:36:18on a plus de 5 000 personnes
00:36:21qui ont été touchées
00:36:21et on est à peu près sûr de ça.
00:36:23C'est-à-dire que là,
00:36:23on est à 10 ans des faits.
00:36:25On sait qu'il y a,
00:36:26c'est ce que je disais tout à l'heure,
00:36:26il y a le cercle numéro 1,
00:36:28le cercle numéro 2,
00:36:29le cercle numéro 3.
00:36:29Il y a des études
00:36:30qui sont faites sur ça
00:36:31par des scientifiques
00:36:32qui s'intéressent
00:36:33à l'évolution de la mémoire,
00:36:34de comment le témoignage voyage
00:36:36au gré de ces cercles.
00:36:37Comment il y a des gens,
00:36:42dans la main, je lui disais
00:36:42« mec, j'étais au bataillon hier soir,
00:36:43alors c'était bien ton concert ? »
00:36:45Il dormait.
00:36:47Et en vrai, ça c'est intéressant aussi
00:36:49parce que 10 ans après,
00:36:51on a étudié comment l'information
00:36:52est arrivée, par quel biais,
00:36:54par quel canal.
00:36:54Parfois c'est quelqu'un
00:36:55d'impliqué qui l'a dit,
00:36:56parfois c'est la télé,
00:36:57parfois c'est la radio,
00:36:58parfois c'est Internet,
00:36:59parfois c'est un message.
00:37:01Parfois, voilà.
00:37:01Donc en effet,
00:37:02c'est là où tu trouves le lien.
00:37:03Je ne sais pas si je t'ai raconté
00:37:04quand on s'est rencontré,
00:37:07mais j'étais en tournage
00:37:08pour Dans les yeux d'Olivier
00:37:12et cette infirmière,
00:37:14elle a été réquisitionnée.
00:37:17Ah oui, bah oui, oui.
00:37:17Le plan blanc, oui.
00:37:18Le plan blanc.
00:37:19Et elle est partie en hélicoptère.
00:37:21Je l'ai récupérée le lendemain,
00:37:22elle n'avait pas dormi de la nuit.
00:37:25Et alors bon,
00:37:26faire ce tournage dans ces conditions,
00:37:27c'était lunaire.
00:37:29Mais surtout, je me souviens
00:37:31être rentrée en moto le soir
00:37:34et avoir traversé Paris.
00:37:38Je crois que même pendant le Covid,
00:37:41où j'allais à l'Europe 1 régulièrement,
00:37:43je n'ai jamais vu Paris aussi vide.
00:37:46J'ai traversé Paris.
00:37:48On aurait dit, tu sais,
00:37:50la ville fantôme qu'il y a
00:37:51dans la vallée de la mort aux États-Unis.
00:37:53C'est-à-dire qu'il n'y avait personne.
00:37:55Tout ça pour dire que les gens étaient...
00:37:57Il y a beaucoup de gens qui se souviennent.
00:38:00Revenons au procès
00:38:02et à ton témoignage
00:38:05et à ta participation aussi
00:38:07en tant que chroniqueur.
00:38:09Parce qu'il y a un moment,
00:38:12il y a quelque chose aussi
00:38:13que j'ai senti très important pour toi,
00:38:15c'est quand tu as pénétré
00:38:17dans la salle,
00:38:19quand tu es rentré dans la salle
00:38:21des journalistes.
00:38:22Oui, ça a été un...
00:38:24Il y a eu un...
00:38:25Là, justement,
00:38:26on parlait tout à l'heure
00:38:26du fil sur lequel je me trouvais
00:38:27et de ce qui pouvait me faire passer
00:38:29d'un côté ou de l'autre.
00:38:30Ce qui a permis aussi cet équilibre,
00:38:32c'était de pouvoir avoir le choix,
00:38:34en fait.
00:38:35C'est-à-dire,
00:38:35la victime,
00:38:36elle reste dans la salle principale.
00:38:37Pour rappeler aux personnes
00:38:38qui nous écoutent,
00:38:40en gros,
00:38:40le procès des attentats du 13 ans,
00:38:42il s'est tenu
00:38:42au palais de justice de Paris,
00:38:44au centre de Paris,
00:38:45sur l'île de la cité,
00:38:47comme on l'appelle.
00:38:49Il y avait une salle principale
00:38:50qui avait été construite exprès,
00:38:51qui avait coûté beaucoup d'argent,
00:38:54dans laquelle il y avait
00:38:55des télévisions
00:38:56qui rediffusaient
00:38:57les débats en live
00:38:58parce que la salle
00:38:59était très longue.
00:39:00Elle faisait plus de 20 mètres de long.
00:39:03Il y avait 650 places assises,
00:39:05il faut faire en ma part.
00:39:07Un box énorme.
00:39:09Voilà.
00:39:09C'était un peu
00:39:10le procès des superlatifs.
00:39:11Et c'était aussi
00:39:12une manière de dire
00:39:13oui, c'est un attentat de masse.
00:39:14Donc, il va falloir
00:39:16pouvoir accueillir
00:39:17autant de victimes que possible
00:39:18et toutes celles
00:39:18qui le souhaitent
00:39:19pouvoir venir.
00:39:21Et donc,
00:39:21dans ce procès,
00:39:22il y a eu plusieurs dispositifs.
00:39:24Il y a eu celui déjà
00:39:25de comment accueillir
00:39:26les journalistes.
00:39:27Donc, il a fallu
00:39:27mobiliser une autre salle
00:39:29dans le palais de justice
00:39:30dans laquelle étaient retransmis
00:39:31les débats en direct
00:39:32où des journalistes
00:39:33pouvaient aller
00:39:33dans le cas où
00:39:34la salle principale
00:39:35était pleine
00:39:35et donc il n'y aurait pas de place.
00:39:37Il y avait une autre salle
00:39:37qui était dédiée à elle
00:39:38à la crise,
00:39:39c'est-à-dire
00:39:40Paris et deux victimes
00:39:41qui est une grosse association
00:39:42qui accompagne
00:39:43des victimes
00:39:43de toutes sortes
00:39:45dans l'accompagnement
00:39:46vraiment psychologique.
00:39:47avait mobilisé des psys
00:39:49tout au long du procès
00:39:50pour pouvoir pallier
00:39:51si jamais il y avait
00:39:53une victime
00:39:53qui avait besoin d'aide
00:39:54ou quoi que ce soit.
00:39:55Et donc,
00:39:56ça, c'est un autre dispositif.
00:39:57Il y avait encore
00:39:57une autre salle
00:39:58qui allait être
00:39:58pour traiter
00:39:59tout ce qui est
00:40:00de l'ordre administratif
00:40:01autour de...
00:40:02quand on a un statut
00:40:03de parti civil,
00:40:03les frais à avancer,
00:40:04etc.
00:40:05Et donc,
00:40:05cette salle,
00:40:06revenons à la salle
00:40:06des journalistes,
00:40:07elle n'était accessible
00:40:08qu'à une petite quantité
00:40:10de personnes
00:40:10qui étaient des journalistes
00:40:11professionnels
00:40:12accréditées sur le procès
00:40:13mais surtout pas des victimes.
00:40:15Surtout pas des victimes.
00:40:16Et c'était protégé
00:40:16au palais de justice.
00:40:18Le service d'ordre,
00:40:19c'est les gendarmes.
00:40:20Dans tous les palais de France,
00:40:22c'est...
00:40:22Tribunaux de France, pardon,
00:40:23c'est les gendarmes
00:40:24qui font régner l'ordre.
00:40:26Et donc,
00:40:27moi, j'avais l'interdiction
00:40:28d'y aller, en fait.
00:40:29Et le truc,
00:40:30c'est que à ça,
00:40:31et si on prolonge
00:40:33un peu la problématique,
00:40:34j'avais pas le droit
00:40:34d'y aller,
00:40:35mais dans la salle principale,
00:40:36j'avais pas le droit
00:40:36d'utiliser un ordinateur portable
00:40:37et ni mon portable
00:40:38tout court, en fait.
00:40:39Et donc,
00:40:40pour la rédaction,
00:40:41je pense que s'il y a
00:40:42des journalistes
00:40:42qui nous écoutent,
00:40:43bon,
00:40:43prendre des notes
00:40:44sur un carnet,
00:40:45ça va 10 minutes,
00:40:45en fait.
00:40:46Et donc,
00:40:47au bout d'un moment,
00:40:48moi,
00:40:48j'ai pété un câble,
00:40:49je m'en rappelle,
00:40:49parce que je me retrouvais
00:40:51en fait dans la salle
00:40:51des pas perdus
00:40:52qui est l'espèce
00:40:52de sas d'accueil
00:40:54du palais de justice
00:40:56par terre
00:40:56avec mon ordi
00:40:57à taper et tout,
00:40:58et machin,
00:40:58et ensuite,
00:40:59je devais envoyer
00:40:59à la rédac'
00:40:59pour lecture
00:41:00et ensuite publication.
00:41:01Mais tout ça,
00:41:02c'est extrêmement long.
00:41:04C'est une gymnastique,
00:41:04c'est extrêmement long.
00:41:05Et donc,
00:41:06à ce moment-là,
00:41:07j'avais remarqué
00:41:08que moi,
00:41:08que les journalistes
00:41:08portaient un cordon.
00:41:09Donc ça,
00:41:09c'est une autre règle.
00:41:10Pardon,
00:41:11il y a plein de paramètres
00:41:11dans ce procès,
00:41:12mais les parties civiles,
00:41:14on avait des cordons
00:41:15surmontés d'un badge
00:41:17sur lequel est écrit
00:41:18partie civile,
00:41:18notre identité,
00:41:19etc.
00:41:20Et ces cordons
00:41:21avaient une couleur.
00:41:22Moi,
00:41:22j'en portais deux,
00:41:23donc le cordon rouge
00:41:23et le cordon bleu,
00:41:25pardon,
00:41:25le cordon vert.
00:41:26Le cordon rouge
00:41:27indiquait aux journalistes
00:41:28qu'on ne voulait pas
00:41:28parler à la presse
00:41:29et les cordons verts,
00:41:30c'était l'inverse.
00:41:31Donc si on portait
00:41:32le cordon vert,
00:41:33si tu étais journaliste
00:41:33accrédité sur le procès,
00:41:34tu aurais pu venir me voir
00:41:35pour me poser des questions
00:41:36et répondre à une interview.
00:41:38On pouvait aussi porter
00:41:39les deux pour dire
00:41:39qu'on peut en parler
00:41:40avant de décider de...
00:41:42Je ne savais pas
00:41:43qu'il y avait toutes ces règles.
00:41:44Et en fait,
00:41:45le troisième cordon,
00:41:49journaliste,
00:41:49et en gros,
00:41:50les journalistes,
00:41:52quand on était
00:41:53journaliste accrédité,
00:41:54on avait ce cordon
00:41:54sous sa carte de presse
00:41:55et ce badge
00:41:56qui disait presse,
00:41:57on avait le droit
00:41:57de rentrer dans cette salle.
00:41:59Et donc dans cette salle,
00:41:59on avait le droit
00:41:59d'utiliser son portable
00:42:01et son ordinateur portable.
00:42:03Et donc un jour,
00:42:03je vois ça et je me dis
00:42:04mais il faut que j'arrive,
00:42:05il faut que j'obtienne
00:42:06ce cordon orange.
00:42:07C'est ça qui va me permettre
00:42:08de pouvoir choisir
00:42:11entre ces mondes.
00:42:11Oui, de passer
00:42:12d'un monde à l'autre.
00:42:12Voilà.
00:42:13Et donc pour ça,
00:42:14il y a un magistrat organisateur
00:42:16qui n'est pas un magistrat
00:42:16qui juge,
00:42:18qui siège,
00:42:18comme on dit,
00:42:19dans le droit.
00:42:20C'est un magistrat
00:42:21qui lui a été détaché
00:42:22par le ministère de la Justice
00:42:23pour organiser le procès,
00:42:25Julien Quéré.
00:42:26Lui, il était accompagné
00:42:27d'une élève avocate
00:42:28qui s'appelle Alexia Thoreux.
00:42:29Alexia, elle voyait
00:42:30que j'écrivais dans la salle
00:42:32des pas perdus,
00:42:33que je prenais des notes
00:42:34et que je sortais de la salle
00:42:35et que je faisais des allers-retours.
00:42:35Tout le monde avait remarqué
00:42:36mon petit jeu en fait.
00:42:37Et puis Julien,
00:42:38un jour,
00:42:39enfin moi je vais voir Alexia,
00:42:40je lui dis
00:42:40je pourrais pas avoir un cordon
00:42:41et me dire
00:42:42tu sais c'est compliqué et tout.
00:42:43Puis je vais voir Julien
00:42:44et je lui dis
00:42:44pardon mais je suis désolé
00:42:45est-ce que vous pourriez
00:42:46me donner un cordon orange
00:42:47parce que j'ai vraiment besoin
00:42:48de pouvoir écrire
00:42:49sur mon ordre portable.
00:42:51Il me dit
00:42:51non, non, non,
00:42:51c'est pas possible,
00:42:52c'est pas possible
00:42:52ça dure des semaines
00:42:53et des semaines.
00:42:54Jusqu'au jour où Julien,
00:42:56moi je suis en train
00:42:56de manger un sandwich
00:42:57donc avant que l'audience commence.
00:43:00Les audiences commençaient
00:43:01aux alentours
00:43:01de midi, 30, 13h
00:43:02et Julien vient vers moi
00:43:04avec un cordon orange à la main
00:43:05et me dit
00:43:05bon, voilà,
00:43:07t'as ton cordon orange,
00:43:08tu seras la seule partie civile
00:43:12jamais on t'embête
00:43:12sous-entendu
00:43:13si les gendarmes t'empêchent
00:43:14de rentrer
00:43:14tu viens me voir
00:43:15et donc c'est comme ça
00:43:17que ça a commencé
00:43:17et j'ai remercié Julien
00:43:19lui il savait pas en fait
00:43:20ce à quoi il me donnait accès
00:43:22tu vois
00:43:23et en fait
00:43:24c'est là où j'ai pu
00:43:25enfin choisir entre les mondes
00:43:26et je pense que
00:43:27ça définit assez bien
00:43:28en fait tu vois
00:43:29toutes ces choses
00:43:30que j'ai mis en place
00:43:31depuis le 13 novembre
00:43:32qui sont des possibilités
00:43:33d'exister autrement
00:43:34que celui dans le monde
00:43:35des victimes en fait.
00:43:36Ouais
00:43:36et ce cordon orange
00:43:40tout à coup
00:43:41te faisait passer
00:43:42d'un monde à l'autre
00:43:43et te donner
00:43:45la possibilité
00:43:46quoi
00:43:47de te poser
00:43:49d'avoir une réflexion
00:43:50sur justement
00:43:51le statut
00:43:52de partie civile
00:43:53de victime
00:43:54et de quoi
00:43:56de voir un petit peu plus
00:43:57ça m'était en perspective
00:43:58tu vois
00:43:58d'un coup
00:43:59dans la salle d'audience
00:44:00j'étais dans cette énergie là
00:44:02j'avais pas regardé mon téléphone
00:44:03il fallait que je sorte
00:44:04pour leur dire
00:44:05tout ce que j'ai décrit
00:44:05depuis tout à l'heure
00:44:06donc tu vois
00:44:06ça me laissait dans une posture
00:44:07qui était vachement invalidante
00:44:09tu vois
00:44:09vachement empêchante presque
00:44:11parce que j'avais accès à rien
00:44:13et donc là d'un coup
00:44:14je pouvais envoyer des messages
00:44:15je pouvais prendre des notes
00:44:17en live
00:44:18regarder la réaction des accusés
00:44:19en live
00:44:19parce qu'il y avait une réalisation
00:44:20donc je voyais la réaction
00:44:22de chacun des accusés
00:44:22si j'avais des questions
00:44:23qui étaient posées
00:44:24je les voyais de près
00:44:25dans la salle d'audience
00:44:26ils étaient loin
00:44:26ils étaient à plus 10 mètres de moi
00:44:27donc c'est loin
00:44:28et même s'il y avait des télés
00:44:29elles ne diffusaient pas forcément
00:44:30ce qui se passait dans le box
00:44:31et donc tu vois
00:44:32ça me donnait une espèce de vision
00:44:33en trois dimensions
00:44:34du procès
00:44:35là où la salle d'audience
00:44:36j'ai souvent ça qualifiait ça
00:44:37d'un peu de théâtre romain
00:44:38tu vois
00:44:39au bout d'une vallée
00:44:40un truc loin
00:44:41qui mettait trop de distance
00:44:44avec le sujet
00:44:45que j'étais en train de creuser
00:44:47le coeur
00:44:47et puis la proximité
00:44:49parce que je pense
00:44:50que pour les partis civils
00:44:51ça devait être très important
00:44:54de sentir presque l'odeur
00:44:57de ceux qui étaient à l'origine du mal
00:45:01or vu le monde
00:45:04c'était impossible
00:45:04tu parles
00:45:06tu parles de François Hollande
00:45:08dans ton livre
00:45:08ça t'a fait quoi
00:45:11alors moi
00:45:12j'ai eu l'occasion
00:45:13de le rencontrer
00:45:14une fois
00:45:15dans un cadre
00:45:18de football
00:45:19ah j'adore
00:45:19donc
00:45:20très drôle
00:45:22très
00:45:22voilà
00:45:23mais bon
00:45:24c'était très décontracté
00:45:25personnage très drôle
00:45:28très sympathique
00:45:29mais là
00:45:32je sens que
00:45:34ça t'a fait quelque chose
00:45:36ouais ça m'a fait quelque chose
00:45:36en fait
00:45:37tu sais
00:45:39moi je suis né à Pucone quoi
00:45:41mais oui
00:45:41Pucone c'est un petit village au Chili
00:45:43bon aujourd'hui
00:45:44c'est une grande station balnéaire
00:45:45mais quand je suis né
00:45:46c'était un tout petit village
00:45:47et en vrai
00:45:48personne ne sait où c'est quoi
00:45:49non je sais même pas où c'est
00:45:51voilà
00:45:52je vais chercher parce que c'est toi
00:45:53mais c'est loin en fait
00:45:55donc moi
00:45:56très très humblement
00:45:58je suis né à Pucone
00:45:59j'ai vécu ça
00:46:00et j'ai vécu tout un tas
00:46:02d'une somme d'événements extraordinaires
00:46:03depuis le 13 novembre
00:46:04qui sont extraordinaires
00:46:06j'ai été naturalisé au Panthéon
00:46:07j'ai rencontré François Hollande
00:46:09à d'autres reprises que celle-là
00:46:10je me suis fait des amis
00:46:13liés à cet événement
00:46:14je me suis marié avec une femme extraordinaire
00:46:16enfin
00:46:17et en fait
00:46:18en même temps je rajoute que
00:46:20t'en as bien chié de l'autre côté
00:46:22oui c'est sûr
00:46:22parce que tu rééquilibres les choses
00:46:24je dis pas l'inverse
00:46:24mais ce que je veux dire par là
00:46:25si on tombe que sur ce côté-là
00:46:27de la vidéo
00:46:28on se dit
00:46:28putain le mec
00:46:30il est souriant
00:46:30il est en train de nous dire
00:46:31que c'est Hollywood
00:46:32depuis le vendredi 13
00:46:33moi je t'ai rencontré
00:46:34t'étais quand même à ramasser
00:46:35à la petite cuillère
00:46:36non mais ce qui est intéressant
00:46:38sur cette rencontre-là
00:46:39ça t'a apporté des opportunités
00:46:41que tu n'aurais pas eues
00:46:42exact
00:46:42et en fait
00:46:43cette rencontre avec François Hollande
00:46:44c'est vraiment le signe
00:46:46d'une part sa confiance
00:46:47c'est-à-dire que moi je suis
00:46:48bon si je reviens à ce que je disais tout à l'heure
00:46:49voilà
00:46:50moi j'estimais pas en fait
00:46:52qu'on m'accorde cette confiance
00:46:53je pensais pas que ce serait possible
00:46:55et même si
00:46:57j'étais chroniqueur et tout
00:46:59je suis pas journaliste moi
00:47:00tu vois
00:47:01je suis photographe professionnel
00:47:02mais pas dans la presse
00:47:04j'ai vécu ce truc-là
00:47:05et en fait
00:47:06quand j'ai envoyé ma demande au cabinet
00:47:07je m'attendais à recevoir un message
00:47:09du genre
00:47:09bon ouais
00:47:10malgré le respect qu'on a pour votre histoire
00:47:12on le fera pas quoi
00:47:13et j'aurais dit bon ok
00:47:14tant pis c'est pas grave
00:47:15mais ils ont dit oui
00:47:17et en fait
00:47:17j'ai vécu ce jour-là
00:47:19un peu le comble de l'acteur frontière
00:47:20parce que
00:47:21le matin même
00:47:22donc j'étais
00:47:22donc l'idée en fait
00:47:24c'était de le photographier
00:47:25le jour
00:47:25de sa déposition
00:47:27de son témoignage
00:47:28parce qu'il est pas inquiété
00:47:29ni partie civile
00:47:30donc c'est son témoignage
00:47:31devant la cour
00:47:33ça a lieu en novembre
00:47:342021 toujours
00:47:36et en fait
00:47:36moi mon idée
00:47:38c'était de le photographier
00:47:38ce jour-là
00:47:39parce que c'est ce que je faisais déjà
00:47:40avec mes camarades
00:47:41partie civile
00:47:42au moment de leur déposition
00:47:43l'idée c'était de le photographier
00:47:44en noir et blanc
00:47:45chacune des personnes
00:47:47qui le voulaient
00:47:47qui déposaient
00:47:48ce jour-là
00:47:49au palais de justice
00:47:51et donc moi j'ai un peu exporté ce truc
00:47:53pour le proposer à François Hollande
00:47:55pour avoir une photo unique
00:47:57de ce jour-là
00:47:58donc en fait ma photo est la seule
00:48:00de ce jour-là
00:48:02ce portrait
00:48:02dans son cabinet
00:48:03et donc il m'a reçu
00:48:05dans son cabinet
00:48:06et on a parlé
00:48:08il m'a dit
00:48:08alors le procès
00:48:09ça te fait quoi
00:48:10et tout
00:48:10je lui ai dit
00:48:11tu sais
00:48:11voilà
00:48:12je sais pas trop
00:48:13c'est très bizarre
00:48:14et j'ai senti en lui
00:48:16vraiment une main tendue
00:48:18il a voulu
00:48:19il s'est demandé
00:48:20à un moment donné
00:48:20pourquoi est-ce qu'une victime
00:48:21pourquoi est-ce qu'une partie civile
00:48:22mobilisait autant de ressources
00:48:24pour son procès finalement
00:48:27et donc moi je le mets en lumière
00:48:28dans ce portrait en noir et blanc
00:48:30qui est toujours disponible
00:48:31sur le site de France Info
00:48:34et puis je vais au pari de justice
00:48:36et je le revois ensuite à la barre
00:48:38et je me dis
00:48:38wouah putain
00:48:39en fait t'étais avec lui tout à l'heure
00:48:40c'est quand même un ancien président de la République
00:48:41c'est un ancien président de la République
00:48:43et un personnage extrêmement brillant
00:48:47bon voilà
00:48:50c'est quelqu'un
00:48:51tu croises
00:48:53quand tu le croises
00:48:55tu t'en souviens
00:48:56tu t'en souviens
00:48:57oui exactement
00:48:57et puis en plus de ça
00:48:59tu évoques justement
00:49:01le petit chilien
00:49:02voilà
00:49:04l'histoire de ta famille
00:49:05et t'arrives au bout
00:49:06il y a un truc
00:49:08que j'ai toujours eu envie
00:49:10de te demander
00:49:12et que je t'ai jamais demandé
00:49:13mais peut-être au moment
00:49:15où on s'est rencontré
00:49:17pour la première fois
00:49:17je te sentais plus fragile
00:49:19est-ce que
00:49:21est-ce que t'as conscience
00:49:22d'être un héros ?
00:49:23c'est marrant
00:49:24parce qu'en fait
00:49:24j'ai un
00:49:25Antoine Mégi
00:49:26donc a publié un livre
00:49:27sur le procès
00:49:28Antoine Mégi
00:49:28ex-otage aussi
00:49:29non Antoine Mégi
00:49:30non le chercheur
00:49:31du livre
00:49:31ah oui pardon
00:49:32je confondais avec
00:49:33on parlait d'un autre Antoine
00:49:35en fait
00:49:36Antoine
00:49:37dans le livre
00:49:38qu'il publie
00:49:39donc il s'appelle
00:49:39un verdict sans appel
00:49:40qui est en fait
00:49:41une sorte de grande thèse
00:49:43sur tous ces procès
00:49:44pour terrorisme
00:49:44qu'ils ont suivis
00:49:45il me présente
00:49:46dedans
00:49:46avec ses collègues
00:49:48chercheurs
00:49:48qui ont étudié
00:49:49les procès
00:49:49et il dit
00:49:50David
00:49:52voilà
00:49:53c'est devenu
00:49:54un des acteurs
00:49:55centraux du procès
00:49:56un peu malgré lui
00:49:56etc
00:49:57et puis il dit
00:49:57on pourrait le qualifier
00:49:59aussi étonnamment
00:50:00que ça puisse paraître
00:50:01de héros
00:50:01et c'est pas la première fois
00:50:03qu'on me dit ça
00:50:04et je
00:50:06j'ai pas
00:50:07c'est peut-être
00:50:09l'humilité
00:50:10tu vois
00:50:10qui me fait dire
00:50:11ouais
00:50:11non en fait
00:50:11je suis pas un héros
00:50:12enfin tu vois
00:50:12j'ai pas ce truc
00:50:13je peux dire
00:50:13en fait
00:50:14parfois je me dis
00:50:15pour moi-même
00:50:15j'ai été un héros
00:50:16tu vois
00:50:17parce que
00:50:17j'ai vraiment
00:50:19basiquement
00:50:19si on revient
00:50:20au 14 novembre 2015
00:50:21je sors d'une prise d'otage
00:50:22et du pire attentat
00:50:23qu'ait connu la France
00:50:24depuis la seconde guerre mondiale
00:50:25dix ans après
00:50:27donc maintenant
00:50:27jamais de ma vie
00:50:28à ce moment-là
00:50:28je me serais dit
00:50:29putain dix ans après
00:50:30t'en es là
00:50:31t'aurais publié deux livres
00:50:32t'aurais passé
00:50:33enfin tu serais passé
00:50:34par des épreuves
00:50:35plus difficiles
00:50:36les unes que les autres
00:50:37mais comment imaginer ça
00:50:38oui je sais
00:50:39et justement
00:50:39et donc je me dis
00:50:40bon bah peut-être
00:50:41que tu peux te le dire
00:50:41à un moment donné
00:50:42et te regarder dans un mur
00:50:43et te dire
00:50:44ouais
00:50:44t'es aussi le héros
00:50:45de toi-même
00:50:46moi je pense
00:50:46je sais pas si je suis un héros
00:50:47pour l'autre
00:50:48tu vois ce que je veux dire
00:50:49c'est ça que j'essaie d'expliquer
00:50:50mais moi je pense que
00:50:51pour beaucoup de gens
00:50:51tu es un héros
00:50:52et je me demandais
00:50:54si t'en avais conscience
00:50:56avec toute l'humilité
00:50:57qui te
00:50:58je pense que
00:50:59je pense que mon histoire
00:51:00elle a quand même
00:51:00pas mal voyagé
00:51:01et j'en suis responsable
00:51:02d'ailleurs
00:51:02tu vois tu parlais de Netflix
00:51:04tout à l'heure
00:51:04de ce documentaire
00:51:05mes livres
00:51:07mes chroniques
00:51:08toutes ces interviews
00:51:09que j'ai données
00:51:10celles qu'on a fait ensemble
00:51:11je pense que oui
00:51:12en fait j'en suis
00:51:13je l'ai aussi alimenté
00:51:14cette image
00:51:14mais tu sais
00:51:15au fond
00:51:16même si
00:51:17même si j'en suis vachement fier
00:51:18tu vois
00:51:18de pouvoir porter la parole
00:51:21ma parole de victime
00:51:22auprès du public
00:51:23il y a quand même
00:51:24ce truc de se dire
00:51:25ouais
00:51:25tu disais tout à l'heure
00:51:27c'est pas glorieux
00:51:28enfin tu vois
00:51:29ce que j'ai vécu
00:51:30c'est dur
00:51:30et donc
00:51:31c'est aussi m'assimiler
00:51:32à une forme
00:51:33à quelque chose
00:51:34qui n'est pas forcément moi
00:51:35je comprends
00:51:35tu vois
00:51:36et donc
00:51:36ça c'est une question du livre
00:51:37et je vais faire un parallèle
00:51:39ouais
00:51:39pour que encore une fois
00:51:40celles et ceux
00:51:41qui nous regardent
00:51:42comprennent
00:51:42j'ai une copine
00:51:44qui est en rechute
00:51:47d'une tumeur au cerveau
00:51:50et je l'avais au téléphone
00:51:51avant l'été
00:51:52elle va mieux maintenant
00:51:53je remercie
00:51:55mais avant l'été
00:51:56je lui disais
00:51:57qu'est-ce que t'es courageuse
00:51:59elle me disait
00:52:00mais non
00:52:02je suis pas courageuse
00:52:03
00:52:04non
00:52:05on m'a dit
00:52:05que j'avais
00:52:06une boule comme ça
00:52:07dans le cerveau
00:52:08qui était en train de
00:52:09et non
00:52:10j'affronte
00:52:11je suis pas courageuse
00:52:12et j'ai l'impression que
00:52:14en fait
00:52:16quand on est à affronter
00:52:17comme t'as affronté
00:52:18tu t'en rends pas compte
00:52:20mais ma question
00:52:21c'était
00:52:22est-ce que
00:52:23est-ce que
00:52:25parfois
00:52:25tu sais
00:52:26tu perçois
00:52:27dans le regard des autres
00:52:28voilà
00:52:30ce qu'ils pensent de toi
00:52:31l'amour
00:52:32oui ça arrive
00:52:32tu vois
00:52:32un truc qui
00:52:33tu peux le prendre
00:52:35t'as le droit
00:52:35ouais ouais ouais
00:52:36est-ce que ça répare un peu
00:52:39est-ce que
00:52:40je veux dire
00:52:41tout le monde a vu
00:52:42les images
00:52:42
00:52:42où j'étais accroché
00:52:43à cette fenêtre
00:52:44oui ou tu tends la main
00:52:45à une femme
00:52:46qui est enceinte
00:52:47c'est le Sébastien
00:52:47c'est pas moi
00:52:48mais oui oui
00:52:48enfin t'es là
00:52:48et ensuite
00:52:50enfin
00:52:52ensuite
00:52:52vous allez
00:52:53enfin
00:52:53t'écoutes le commissaire
00:52:54en charge des opérations
00:52:57qui dit
00:52:58à un moment
00:52:58alors je sais plus
00:52:59si c'est dans le doc du 13
00:53:01sur Netflix
00:53:02ou ailleurs
00:53:03mais je l'ai entendu dire
00:53:04ils devaient tous mourir
00:53:05pour nous
00:53:06bon
00:53:07et
00:53:07vous
00:53:08quand on vous écoute
00:53:09les uns et les autres
00:53:11que ce soit les femmes
00:53:12les filles
00:53:12comme les garçons
00:53:14vous êtes tous
00:53:16d'un seul coup
00:53:17des chevaliers
00:53:18d'un seul coup
00:53:19vous êtes comme
00:53:20habité d'une grâce
00:53:22ouais ouais
00:53:23tu vois ce que je veux dire
00:53:24c'est une question
00:53:24en fait
00:53:24moi tu sais
00:53:25j'essaie de philosopher
00:53:26et en vrai
00:53:27déjà ça me touche
00:53:29ce que tu dis
00:53:29mais non mais c'est la réalité
00:53:31et en effet
00:53:32c'est la réalité
00:53:33moi c'est quelque chose
00:53:34que je retrouve
00:53:34dans le regard des gens
00:53:35que je rencontre
00:53:36qui me reconnaissent
00:53:37parfois dans la rue
00:53:38ça arrive
00:53:38moi ça me gêne profondément
00:53:39parce que tu vois
00:53:40je m'estime pas
00:53:40être une star
00:53:41ou quelqu'un
00:53:42à qui on peut approcher
00:53:46parce qu'il a un talent
00:53:46tu vois ce truc là
00:53:47je suis quelqu'un
00:53:48qu'on approche
00:53:49parce qu'il a survécu
00:53:50à un attentat
00:53:50et tu sais
00:53:51c'est quelque chose
00:53:52aussi que je dénonce
00:53:53dans le livre
00:53:53parce que je suis touché
00:53:56qu'on vienne me voir
00:53:57tu vois
00:53:57j'adore en vrai
00:53:58parce que ça me permet
00:53:59parfois de rencontrer
00:54:00des gens hyper intéressants
00:54:00moi je suis photographe
00:54:02dans le Languedoc
00:54:02tu vois
00:54:03je travaille avec un vigneron
00:54:04et donc je rencontre
00:54:04tout un tas de personnes
00:54:05hyper intéressantes
00:54:06et donc là-bas
00:54:08on me dit
00:54:08ah mais c'est toi le mec
00:54:09et tout
00:54:09putain Netflix
00:54:10incroyable
00:54:10tu vois ce genre de choses
00:54:11donc à la fois
00:54:12ouais ça vient aller flatter
00:54:13un peu mon égo
00:54:14je me dis ah putain c'est cool
00:54:15on parle de moi
00:54:16en même temps
00:54:17qu'est-ce qu'on dit de moi
00:54:18en fait
00:54:18tu vois si on revient à la base
00:54:19on vient me voir
00:54:20parce que j'ai survécu
00:54:21à un événement
00:54:22et je pense que
00:54:22on vient te voir
00:54:23parce que t'es très courageux
00:54:24très courageux
00:54:25oui mais d'accord
00:54:25mais au fond
00:54:26au fond
00:54:26au fond
00:54:27mon histoire
00:54:28et tu vois résumé
00:54:29mais ton histoire
00:54:30elle est liée
00:54:30à un acte de violence
00:54:32elle est liée
00:54:33à un acte
00:54:34commis par des
00:54:35bon je vais essayer
00:54:39de rester
00:54:39poli
00:54:40voilà
00:54:40parce que
00:54:42c'est un des actes
00:54:43les plus
00:54:44c'est dégueulasse
00:54:47c'est pas courageux
00:54:48c'est
00:54:49y'a rien de plus fastoche
00:54:50que de tirer sur des jeunes
00:54:51qui sont venus voir
00:54:52un concert de rock
00:54:53et je repense à cette vidéo
00:54:56dont tu me parles
00:54:56c'était bien vu
00:54:59qu'ils montrent cette vidéo
00:55:00c'est quoi un concert de rock
00:55:01de rock
00:55:02de rap
00:55:02de pop
00:55:03on s'en fout
00:55:03c'est des gens
00:55:04qui sont venus
00:55:05pour partager de la musique
00:55:06et qui sont de dos
00:55:07et ces mecs sont venus
00:55:08leur tirer dessus
00:55:09non
00:55:11ce que tu lis
00:55:12dans le regard des gens
00:55:13c'est
00:55:13c'est tout le courage
00:55:15dont vous avez fait preuve
00:55:16c'est tout
00:55:16tout ce dont vous avez fait preuve
00:55:18ce soir là
00:55:19pour
00:55:19alors
00:55:21comme ma copine me dit
00:55:23non j'affronte
00:55:24oui vous avez affronté
00:55:25pour sauver votre peau
00:55:26parce que c'est
00:55:27l'instinct de survie
00:55:28mais
00:55:29est-ce que toi
00:55:30on t'aurait raconté
00:55:31une semaine avant
00:55:32que t'allais te retrouver
00:55:34dans un couloir
00:55:35avec deux mecs
00:55:36qui avaient des ceintures explosives
00:55:37des calaches
00:55:38et que
00:55:39de l'autre côté
00:55:40il y avait des mecs en arme
00:55:41qui allaient faire sauter une porte
00:55:42et que vous pouviez mourir
00:55:44et que t'allais
00:55:45avoir ce comportement là
00:55:46je te promets
00:55:48que tu m'aurais dit
00:55:48mais
00:55:49impossible
00:55:49t'as pris un truc
00:55:50tu m'aurais dit
00:55:52tu vois ce que je veux dire
00:55:53donc ce que je veux dire
00:55:54bien évidemment
00:55:55qu'on a tous en nous
00:55:56je suis intimement
00:55:59persuadé de ça
00:56:00depuis
00:56:0020 ans
00:56:01que je
00:56:02j'interroge les gens
00:56:04et des gens
00:56:04qui ont vécu des épreuves
00:56:06tout homme
00:56:07et toute femme
00:56:08a quelque chose en lui
00:56:09dont il ignore
00:56:10la capacité
00:56:13mais
00:56:14force est de reconnaître
00:56:16que
00:56:16oui vous avez fait preuve
00:56:18vous avez été valeureux
00:56:20ce soir là
00:56:21ouais ouais
00:56:22ça c'est vrai
00:56:23il y a tout un cas
00:56:24une somme d'événements
00:56:25héroïques
00:56:25très discrètes
00:56:26et ça
00:56:27je me permets de te le dire
00:56:28je pense que
00:56:29c'est quelque chose
00:56:30qu'il faut que tu acceptes
00:56:31peut-être
00:56:31parce que
00:56:32ça répare
00:56:34de lire dans les yeux
00:56:36de l'autre
00:56:36ce que t'as fait
00:56:38m'a fait du bien
00:56:39ce que tu as fait
00:56:41m'a montré
00:56:42que c'était possible
00:56:43ce que t'as fait
00:56:45putain
00:56:47je suis content
00:56:48de te connaître
00:56:48tu vois
00:56:48moi je te le dis
00:56:49je suis content
00:56:50de te partager
00:56:51parmi les gens
00:56:52que je connais
00:56:53parce que
00:56:54tu es un exemple
00:56:56comme d'autres personnes
00:56:57que je connais
00:56:58mais
00:56:58et je pense que ça
00:57:00quand on a été victime
00:57:01comme vous l'avez été
00:57:02ça doit être un truc difficile
00:57:04à
00:57:04tu vois
00:57:05et j'essaie de te donner
00:57:06un raccourci
00:57:07pour qu'il y aille plus vite
00:57:08oui c'est vrai
00:57:08non mais je comprends
00:57:09en vrai t'es pas le seul
00:57:10à le faire
00:57:10c'est à dire moi mes proches
00:57:11enfin une partie
00:57:12des mes proches
00:57:12en fait quand tu parles de ça
00:57:15quand tu dis
00:57:16peut-être que ça répare
00:57:18c'est peut-être aussi
00:57:19quelque chose
00:57:19dont je ne me
00:57:20pour l'instant
00:57:20j'arrive pas à me saisir
00:57:21parce que c'est trop tôt
00:57:22tu vois
00:57:22parce que tu utilises
00:57:24le mot star
00:57:25ouais ouais
00:57:25c'est pas le bon mot
00:57:26non mais tu vois
00:57:26dans le sens
00:57:27moi je dis ça dans le sens
00:57:28bon une star
00:57:29quand tu la vois
00:57:29tu la reconnais
00:57:30enfin tu vois
00:57:30t'es connu pour
00:57:31non t'es
00:57:32oui star ça veut dire étoile
00:57:34et quelque part
00:57:34oui c'est ce que ça veut dire
00:57:36t'es quelqu'un qui est connu
00:57:36parce que
00:57:37tu es tout à coup
00:57:39tu réverbards
00:57:40tu as été propulsé
00:57:41au milieu d'un événement
00:57:42qui est devenu
00:57:45une fiction
00:57:46qui n'en est pas une
00:57:47tu vois
00:57:48parce que tu regardes
00:57:49Netflix
00:57:50il y a des moments
00:57:51tu te dis
00:57:51mais c'est la première fois
00:57:53que tu le vois
00:57:53et la dernière partie
00:57:55où on n'entend que vous
00:57:56dans le couloir
00:57:58
00:57:58non mais tu te dis
00:57:59mais ces jeunes gens
00:58:01ont vécu
00:58:01un truc
00:58:02un truc
00:58:05incroyable
00:58:06extraordinaire
00:58:07et en même temps
00:58:08fait preuve d'un
00:58:09solidarité
00:58:11courage
00:58:11tout est humain
00:58:13tu vois
00:58:13et quand je parlais
00:58:15dans mon introduction
00:58:16de renaissance
00:58:17ou de naissance
00:58:18ou de quelque chose
00:58:19de fort
00:58:19tu vois
00:58:20c'est que
00:58:21je ne sais pas
00:58:21si c'est une divinité
00:58:23qui a décidé
00:58:24que ce soir là
00:58:24dans ce couloir
00:58:25il allait y avoir
00:58:26une concentration
00:58:27de ces visages là
00:58:29que je vois
00:58:29sur ce doc
00:58:30du 13 novembre
00:58:31sur Netflix
00:58:31mais il y a quelque chose
00:58:33de
00:58:34hors du commun
00:58:36tu sais tu parles de couloir
00:58:38mais en vrai
00:58:38ça a été le cas
00:58:39sur tous les sites
00:58:40d'attentats
00:58:40et d'ailleurs
00:58:40on le voit
00:58:41sur
00:58:41sur ce documentaire
00:58:44on voit des gens
00:58:45sur les terrasses
00:58:45qui en fait
00:58:47disent
00:58:47non non
00:58:47mais moi ça va
00:58:48je ne suis pas trop blessé
00:58:49toi tu es plus blessé
00:58:49il y a ce truc
00:58:50il y a cet ordre là
00:58:50et ça s'est exprimé
00:58:51au Bataclan
00:58:51sur les terrasses
00:58:52au Stade de France
00:58:52aussi
00:58:53ça s'est vu
00:58:54en fait
00:58:55on a tous tenté
00:58:57d'être plus dignes
00:58:57les uns que les autres
00:58:58et c'est vrai
00:59:00moi je peux être d'accord
00:59:01avec toi
00:59:01en attendant
00:59:02tous mes camarades
00:59:04participer au procès
00:59:05je m'en suis rendu compte
00:59:06à quel point la solidarité
00:59:07à quel point la fraternité
00:59:08s'est exprimée
00:59:09ce soir là
00:59:09c'est ce qui vous a sauvé
00:59:11aussi
00:59:11c'est ce qui en tout cas
00:59:12tu sais mon avocat
00:59:13il a dit que
00:59:14c'est ce qui a arrêté
00:59:15à un moment donné
00:59:16la course de la terreur
00:59:17dans Paris
00:59:17c'est sûr
00:59:18l'action des policiers
00:59:19est primordiale aussi
00:59:20mais tu vois
00:59:20cette solidarité là
00:59:21au bout d'un moment
00:59:21nous on fait front
00:59:22alors c'est plus discret
00:59:24que rentrer dans un couloir
00:59:25faire assaut
00:59:26comme les mecs de la BR
00:59:27ils l'ont fait
00:59:27et tout
00:59:27mais en même temps
00:59:29ça a été le cas
00:59:30tu vois
00:59:30donc tu as raison
00:59:35et puis il y a des choses
00:59:36dans ton bouquin
00:59:37qui m'ont interpellé
00:59:38c'est
00:59:39Salam Abdeslam
00:59:43au début
00:59:45arrogant
00:59:49mais qui finalement
00:59:50lui aussi
00:59:51ne s'attend pas
00:59:52à vivre
00:59:52la claque
00:59:54on entend le jour
00:59:55qu'il va vivre
00:59:56et je trouve que
00:59:58il y a aussi
00:59:59beaucoup d'humanité
01:00:00dans ce que tu décris
01:00:01à la fin
01:00:02de ce qu'est ce garçon
01:00:03finalement
01:00:04parce que
01:00:05tu as quand même
01:00:07le mérite
01:00:07de le ramener
01:00:08tu vois
01:00:10à l'état
01:00:10d'être humain
01:00:12au final
01:00:12c'est même pas moi
01:00:13tu vois
01:00:13parce que bon
01:00:13non mais
01:00:14c'est l'événement
01:00:15mais c'est ce que tu écris
01:00:15c'est ce que j'écris
01:00:16et c'est vrai que
01:00:17enfin
01:00:17quand
01:00:19donc au début du procès
01:00:20il y a cette opposition
01:00:21totale
01:00:22avec cette fin
01:00:23en tout cas
01:00:23vis-à-vis de lui
01:00:24parce que donc
01:00:25en effet au début
01:00:25il fait cette déclaration
01:00:26qui moi
01:00:26vient me cueillir
01:00:27quoi vraiment
01:00:28et qui transforme
01:00:29mon expérience
01:00:29et à la fin du procès
01:00:31bon
01:00:31on comprend qu'il a
01:00:32transité aussi
01:00:33et que
01:00:34ce qu'il a entendu
01:00:35au procès
01:00:35et que le témoignage
01:00:36de toutes ces participules
01:00:37qui sont venues
01:00:38l'ont touché
01:00:40en fait
01:00:40et en fait
01:00:41ce qui est assez ouf
01:00:42c'est que moi
01:00:42j'ai rencontré
01:00:43ces avocats
01:00:43donc Martin Vett
01:00:44et Olivia Ronen
01:00:45qui m'ont dit
01:00:47en fait
01:00:47qu'une des choses
01:00:48aussi les plus importantes
01:00:49dans leur travail
01:00:50avec Salah d'Islam
01:00:51c'était aussi
01:00:52de lui faire comprendre
01:00:53qu'on le jugeait
01:00:55en tant qu'homme
01:00:56en fait
01:00:56que même s'il réverbérait
01:00:58une image
01:00:59de monstre
01:01:00de terroriste
01:01:00etc
01:01:01de seul survivant
01:01:02des attentats
01:01:03des commandos
01:01:05en fait
01:01:05des attentats
01:01:05il avait aussi
01:01:08ce devoir
01:01:08vis-à-vis de la justice
01:01:09d'être
01:01:09une personne
01:01:11comme une autre
01:01:11on va dire
01:01:12et au fond
01:01:13je pense que ça parle bien
01:01:14aussi de la mission
01:01:14de la justice en France
01:01:15on juge
01:01:16on juge des hommes
01:01:17en fait
01:01:18on juge des humains
01:01:19et même si on les considère
01:01:21comme des monstres
01:01:21et moi je pense que
01:01:22j'ai toute la liberté
01:01:23en tant que victime
01:01:23de ces attentats-là
01:01:24de dire que
01:01:25je le considérais
01:01:26comme un monstre
01:01:26et que j'avais la haine
01:01:27en fait contre lui
01:01:27je pense que
01:01:29c'est aussi important
01:01:30de pouvoir dire
01:01:30et haut et fort
01:01:32que pour nous
01:01:32c'était digne
01:01:33qu'il soit défendu
01:01:34de la manière aussi
01:01:34la plus équilibrée et digne
01:01:35et donc moi à ce moment-là
01:01:37je salue le travail
01:01:37de ces avocats
01:01:38qui ont été
01:01:39vraiment exceptionnels
01:01:40et non seulement eux
01:01:41tous les avocats de la défense
01:01:42de garder une stature
01:01:44de garder une fermeté
01:01:45aussi tu vois
01:01:46et d'essayer de garder
01:01:47aussi un équilibre
01:01:48en fait
01:01:49aussi
01:01:49oui
01:01:49un équilibre
01:01:51tu as raison
01:01:51donc oui
01:01:53c'est vrai qu'il a transité
01:01:54Salah Abdeslam
01:01:55donc il y a ce chapitre
01:01:56qui est hyper important
01:01:57dans mon livre
01:01:58qui s'appelle
01:01:58le petit gars de Molenbeek
01:01:59et en fait
01:02:00il est qualifié de la sorte
01:02:01par un expert psychiatre
01:02:03qui est très connu
01:02:03dans les milieux
01:02:04du procès pour terrorisme
01:02:05parce qu'il en a vu
01:02:06énormément d'hommes radicalisés
01:02:08et il le qualifie comme ça
01:02:10parce qu'en fait
01:02:11Salah Abdeslam
01:02:12est quelqu'un
01:02:13qui réverbère aussi
01:02:14une banalité du mal
01:02:16comme Anna Arendt
01:02:17en parle
01:02:18c'est un monsieur tout le monde
01:02:20qui a été prêt
01:02:21qui a failli
01:02:22commettre un attentat
01:02:23ou qui a tenté
01:02:24de le faire
01:02:25on n'a jamais su
01:02:25au fond
01:02:26c'est un petit
01:02:27un petit mec
01:02:29voilà
01:02:31qui
01:02:32oui
01:02:33qui réverbe
01:02:34par exemple
01:02:37c'est ça
01:02:37il représente
01:02:39toute une jeunesse
01:02:41abandonnée
01:02:43quelque part
01:02:43tu vois
01:02:44par notre système
01:02:45psychique aussi
01:02:45moi tu vois
01:02:47en fait
01:02:47j'attendais de ce garçon
01:02:49ce qui s'est passé
01:02:51à la fin du procès
01:02:52quand j'ai entendu
01:02:53ses premières déclarations
01:02:55et quand je les ai relues
01:02:55dans ton bouquin
01:02:56la colère m'est montée
01:02:58à nouveau
01:02:59mais je me suis très vite
01:03:00souvenu
01:03:01de ce qui s'est passé
01:03:02à la fin
01:03:02voilà
01:03:03mais c'est en écoutant
01:03:05son grand frère
01:03:06un jour
01:03:07que je me suis dit
01:03:08il y a obligatoirement
01:03:10une part d'humanité
01:03:11dans ce garçon
01:03:12tu sais
01:03:13elle doit être encore cachée
01:03:15je ne sais pas
01:03:16ce qui s'est passé
01:03:16mais
01:03:17et l'espoir
01:03:19que j'avais
01:03:19en fait
01:03:20ça se passe
01:03:21et t'en parles
01:03:21dans ce bouquin
01:03:22parce qu'à la fin
01:03:23il est quand même
01:03:24il revient à quelque chose
01:03:26il revient à quelque chose
01:03:27qui ressemble
01:03:28à l'humanité
01:03:30en tout cas
01:03:31mais oui
01:03:32c'était
01:03:32et ça ça a dû t'aider
01:03:34oui carrément
01:03:35oui en fait
01:03:35et justement
01:03:36vu que moi
01:03:36j'étais dans cette
01:03:37pente descendante
01:03:39qui avait commencé
01:03:40au début du procès
01:03:41où je l'avais entendu
01:03:41où j'étais dans une colère
01:03:42noire et tout
01:03:43et qui m'a porté
01:03:43pendant des mois
01:03:44à la fin du procès
01:03:45quand je l'entends ça
01:03:46je me dis
01:03:46ah ouais putain
01:03:47en fait ça a changé
01:03:48il y a quelque chose
01:03:48qui a basculé chez lui
01:03:49tu sais il y a un accusé
01:03:50au procès
01:03:51qui a dit
01:03:51nous on n'est pas nés
01:03:52avec des calages dans les mains
01:03:53et je pense que c'est
01:03:54intéressant ça
01:03:54parce que du coup
01:03:55ça parle aussi d'une vie
01:03:57ça parle aussi d'un parcours
01:03:58moi je suis
01:03:58je reste victime
01:03:59je ne suis pas juge
01:04:00je ne suis pas juriste
01:04:01ni avocat
01:04:01mais je pense que c'est
01:04:02intéressant quand même
01:04:03de se dire ça
01:04:04tu vois
01:04:04moi j'ai eu
01:04:05bizarrement
01:04:06on va dire
01:04:07la chance
01:04:07c'est pas ça
01:04:08mais mon procès
01:04:09enfin ce procès
01:04:10V13
01:04:11il a été
01:04:11ça a été un des procès
01:04:12les plus importants
01:04:13de cette décennie
01:04:14et peut-être même
01:04:14on l'a qualifié
01:04:15de procès du siècle
01:04:16mais ça sera sûrement
01:04:17le procès du siècle
01:04:18peut-être
01:04:18espérons-le
01:04:20oui et en même temps
01:04:21tu vois
01:04:21tu n'as pas envie
01:04:22de l'espérer
01:04:22parce que tu dis
01:04:23si jamais ça se reproduit
01:04:24c'est que c'est
01:04:24quelque chose de pas bon
01:04:25voilà
01:04:26espérons que ce soit le dernier
01:04:28c'est ça
01:04:28et donc
01:04:30tu vois
01:04:30je me dis
01:04:31moi j'ai approché le procès
01:04:33avec une forme de
01:04:34comment on peut dire
01:04:36presque de
01:04:36c'était banal pour moi
01:04:38je sais pas
01:04:38tu vois
01:04:38tu parlais de ton ami
01:04:39qui vivait son cancer
01:04:40et qui dit
01:04:41bah non
01:04:41moi je surmonte en fait
01:04:43je résiste en fait
01:04:44j'ai pas d'autre choix
01:04:45et bah moi le procès
01:04:46c'était pareil
01:04:46j'avais pas du tout
01:04:47conscience de ce vers quoi j'allais
01:04:48et je pensais pas rencontrer
01:04:51des accusés
01:04:53je pensais pas rencontrer
01:04:54des humains
01:04:54je pensais rencontrer
01:04:55des monstres
01:04:56tu vois
01:04:56pour moi c'était des photos
01:04:57dans des dossiers
01:04:58c'était des mètres
01:04:58que je détestais
01:04:59que j'avais élevé au rang
01:05:00monstrueux
01:05:01de ce qui
01:05:01de ce dans quoi il trempait
01:05:03et le procès il a déconstruit ça
01:05:04mais pas seulement
01:05:05juste la justice
01:05:06on va dire le thème un peu abstrait
01:05:07non eux-mêmes
01:05:08ils ont participé à ça
01:05:09et justement on le voit
01:05:11dans ce chapitre
01:05:12sur les derniers mots
01:05:13des accusés
01:05:13tous les accusés
01:05:15sans exception
01:05:15à part un peut-être
01:05:17un ou deux
01:05:17mais qui n'ont rien dit
01:05:18se sont adressés aux victimes
01:05:20ils ont tous eu
01:05:21un mot pour les victimes
01:05:22et donc ça ça parle
01:05:22du fait que
01:05:23nos témoignages
01:05:24ont aussi influencé
01:05:26leur trajectoire
01:05:26moi j'ai jamais pu parler
01:05:27avec eux
01:05:28et j'avoue que je n'ai pas
01:05:28très envie
01:05:29mais je pense qu'aujourd'hui
01:05:30il n'y en a pas
01:05:32enfin je pense que tous
01:05:33diraient ouais
01:05:34c'est vrai que je me souviens
01:05:35de ce jour-là
01:05:35ou telle victime a dit ça
01:05:37etc
01:05:37donc tu vois
01:05:38il y a un dialogue
01:05:38qui s'est fait
01:05:39et un dialogue
01:05:40qui était malgré nous
01:05:41le début de quelque chose
01:05:43le début de quelque chose
01:05:43un dialogue qui s'est fait
01:05:44et donc ça a marché
01:05:46quelque part
01:05:46les victimes
01:05:47ont communiqué
01:05:48leurs témoignages
01:05:49de la justice
01:05:50et tu te rends compte
01:05:50combien le soir
01:05:52où ils ont commis
01:05:53ces atrocités
01:05:54ces hommes-là
01:05:55et tous ceux
01:05:56qui les avaient aidés
01:05:57étaient loin
01:05:58de ce niveau-là
01:06:02de cet état-là
01:06:03carrément
01:06:03et c'est en ça
01:06:05où je trouve que
01:06:06alors bien évidemment
01:06:07c'est ton témoignage
01:06:08mais moi j'ai pensé
01:06:11en lisant ton livre
01:06:11à toutes celles et ceux
01:06:14qui ont été meurtris
01:06:15touchés
01:06:16et je pense que ce livre
01:06:18il rend hommage
01:06:19à la justice
01:06:21de ce pays
01:06:21à la démocratie
01:06:24qu'est la France
01:06:25avec tout
01:06:27les défauts
01:06:29qu'elle peut avoir
01:06:30et le bordel
01:06:31qu'elle peut produire
01:06:33mais
01:06:33c'est quand même
01:06:36le témoignage
01:06:36de quelque chose
01:06:38de cohérent
01:06:39et de réparateur
01:06:40et en tout cas
01:06:42de très lumineux
01:06:43c'est ce que je voulais
01:06:44te dire
01:06:45merci
01:06:45et c'est moi
01:06:46qui te remercie
01:06:47tu rigoles
01:06:47c'est moi qui te remercie
01:06:49et nous te remercions
01:06:50pour ce bouquin
01:06:50pour ce témoignage encore
01:06:51et j'espère bien évidemment
01:06:54qu'il est le
01:06:55voilà
01:06:56un
01:06:57d'une longue série
01:06:59qui tu vois
01:07:00qui
01:07:00parce que ta vie
01:07:02de toute façon
01:07:03depuis le
01:07:03depuis le 13 novembre
01:07:06elle sera plus jamais
01:07:08tu le sais
01:07:09ouais
01:07:09mais
01:07:11il te faut l'accepter
01:07:13comme
01:07:13voilà
01:07:14comme on accepte
01:07:15comme il me fallait vivre
01:07:16exactement
01:07:17comme il te fallait vivre
01:07:19et ça sera la conclusion
01:07:19merci beaucoup David
01:07:21merci beaucoup
01:07:22et à bientôt
01:07:23merci de nous avoir suivis
01:07:27merci d'être là
01:07:29n'oubliez pas de
01:07:30continuer
01:07:31à regarder notre chaîne
01:07:33d'en parler
01:07:33de partager
01:07:35avec vos amis
01:07:36et puis
01:07:37n'oubliez pas de
01:07:39de parler de nous
01:07:40le monde d'Olivier
01:07:41ce sont des histoires
01:07:42vous voyez
01:07:43vous avez vu quand je vous dis
01:07:44des histoires extraordinaires
01:07:46vécues par des gens ordinaires
01:07:48voilà
01:07:50en tout cas
01:07:52merci d'avoir passé ce moment
01:07:53avec nous
01:07:54et
01:07:54abonnez-vous
01:07:55likez bien évidemment
01:07:57cette vidéo
01:07:58ça nous aide beaucoup
01:07:58et puis si vous avez envie
01:08:00vous aussi
01:08:01de témoigner
01:08:02de votre histoire
01:08:03que vous considérez
01:08:04comme être
01:08:04hors normes
01:08:05extraordinaire
01:08:06n'hésitez pas à nous écrire
01:08:08sur l'adresse
01:08:09qui est liée
01:08:10à cette vidéo
01:08:11et on vous rappellera
01:08:13et on vous rappellera
01:08:14dans les plus brefs délais
01:08:15voilà
01:08:15je vous dis
01:08:16à très vite
01:08:17salut
01:08:20merci
01:08:22merci
01:08:23Sous-titrage FR ?
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