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Depuis la mort de son mari chauffeur routier dans un accident de la route en 2014, Sophie Rollet s’attèle à rassembler des preuves contre l’entreprise qu’elle juge responsable de cet accident : le fabricant de pneumatiques américain Goodyear.
Pour Code source, elle témoigne au micro d’Ambre Rosala.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : TF1, Arte
#goodyear #sophierollet #accidentdevoiture
Pour Code source, elle témoigne au micro d’Ambre Rosala.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Sophie Rollet contre Goodyear, c'est le titre d'un documentaire diffusé sur Arte le 19 juillet
00:18et toujours disponible sur Arte.tv. L'histoire d'une femme de 49 ans qui se bat pour prouver
00:23qu'un défaut sur l'un des modèles de pneus vendus par l'entreprise américaine est responsable
00:29indirectement de la mort de son mari, un camionneur tué en juillet 2014 dans un accident de la route
00:34provoqué par un pneu éclaté. Chez Codesources, nous avons eu envie que Sophie Rollet prenne le temps
00:40de nous raconter elle-même son combat. Elle a accepté de recevoir Ambre Rosala.
00:54Je rencontre Sophie Rollet chez elle à Genet, un village de 130 habitants situé dans le département
00:59du Doubs. Elle habite dans une ancienne ferme avec ses deux derniers enfants, Clara, 19 ans,
01:04et Jérémy, 17 ans. L'aîné Clément a 22 ans et il a quitté la maison familiale pour faire ses
01:10études.
01:10Nous nous installons dans la salle à manger et elle commence à me raconter son enfance. Sophie
01:16grandit dans les Vosges à une cinquantaine de kilomètres d'Épinal. Comme son père est chauffeur
01:21routier, elle grandit entourée de camions. Alors moi j'ai grandi avec le France Route qui
01:27arrivait par la Poste tous les mois et puis Max Mény à la radio. Mon oncle avait une entreprise,
01:35donc c'est pareil, il avait des camions. Je me vois toute petite à côté d'un pneu de camion
01:40où je
01:40dépasse pas le pneu de camion et que mon oncle enlève et remet au terme des saisons quand ils
01:48alternaient les pneumatiques côté hiver et sur le côté été. Comme son père, le frère de Sophie devient
01:58lui aussi chauffeur poids lourd. Sophie, elle, devient sapeur pompier une fois majeur. L'été
02:04de l'année 1996, quand elle a 22 ans, elle travaille dans un centre de vacances en tant
02:09que surveillante de baignade. Là-bas, elle rencontre Jean-Paul, un chauffeur de bus à
02:13l'international. Il tombe amoureux et Sophie emménage avec lui à Sanlis, dans l'Oise, avec
02:19les deux enfants de Jean-Paul. Ils se marient en 2000 et leur premier fils, Clément, naît en
02:232001. Comme Jean-Paul est très régulièrement en déplacement pour son travail, la vie de
02:28famille devient difficile. Au mois de mai, généralement, on se voit trois jours par mois.
02:34Les trois jours là, je refais sa valise, machin. Donc comme Clément arrive, il dit je veux
02:41être plus à la maison, je veux rentrer tous les soirs. Et donc on change totalement de
02:46vie en 2004. Il change de métier, donc il redevient chauffeur de matières dangereuses,
02:54mais en livraison particuliers.
02:58La livraison de particuliers, cela signifie que Jean-Paul va faire des trajets moins longs.
03:02Il est embauché en tant que chauffeur routier pour la société F3C, qui vend du fioul en
03:07région Franche-Comté. La famille déménage alors à la campagne, à Genet, dans le département
03:12du Doubs, et Sophie et Jean-Paul ont deux autres enfants, Clara et Jérémy. Là-bas,
03:18Sophie devient assistante maternelle. Elle prend l'habitude de se lever tous les matins,
03:22en même temps que son mari, vers trois heures, pour qu'ils prennent leur petit déjeuner
03:25ensemble. Au quotidien, le couple est très fusionnel.
03:29On était vraiment reliés, connectés. Je me souviens d'une conversation où on était en train de boire le café
03:37et je
03:37la regarde et je lui dis « Oui, nous irons samedi ». Il me dit « Quoi ? » Je
03:44lui dis « Ce que tu es en train de penser là,
03:45nous irons samedi ». Il me dit « Mais je ne t'ai rien dit ». Je lui dis «
03:49Oui, mais je sais à quoi tu viens de penser ». Il me dit « Quoi ? » Je lui
03:52dis « Tu veux absolument ton
03:53lecteur dbd portable pour mettre dans ton camion. Donc nous irons l'acheter samedi ». Il me dit « Mais
04:00t'es
04:00incroyable ». Et souvent, quand il était dans le camion, comme il commençait très tôt le matin, il rentrait sur
04:06les
04:07coups de 16 heures. Et des fois, en fait, dans le camion, il était très gourmand et il disait «
04:12Ah, j'aimerais
04:13bien avoir une tarte aux pommes ». Et en fait, il ouvrait la porte de la cuisine et sur la
04:18table, trônait la tarte aux pommes à
04:21laquelle il avait juste pensé dans son camion. Le vendredi 25 juillet 2014, les enfants sont en
04:29vacances. Comme d'habitude, Sophie se lève en même temps que Jean-Paul, qui part travailler.
04:34Il monte dans le camion, il fait son demi-tour, il me fait mon petit appel de phare pour me
04:40dire
04:40au revoir. Et puis, donc il s'en va. Et puis moi, je m'occupe des enfants que je garde,
04:47je fais les
04:47gâteaux, etc. On mange, je débarrasse la table, chacun repart vaquer à ses jeux. Et puis moi, je me mets
04:57devant le 13 heures. Et en fin de journal, il clôture, on apprend également un autre accident dans le Doubs,
05:05un carambolage entre plusieurs voitures et trois camions. Et pour l'instant, on annonce deux morts.
05:13Et cet autre accident mortel qui s'est produit ce matin, cette fois sur l'A36, dans le Doubs, quatre
05:19voitures et trois poids lourds sont impliqués. Le bilan fait état pour le moment d'au moins deux morts.
05:29Et en fait, j'ai une angoisse et un affolement qui me saisissent. Je me décide d'appeler en fait
05:36Daniel Mouget, donc son responsable chez F3C. J'ai dit « Je suis Madame Rollet, j'aimerais avoir des nouvelles
05:42de… »
05:43J'ai pas le temps de finir ma phrase. Il me dit « C'est une circonoléance. » Je lui
05:47ai dit « Comment ça ? »
05:48Et en fait, il me dit « Mais vous n'êtes pas au courant ? Au courant de quoi ?
05:53» Et en fait, là, il me dit « Mais je ne dois rien vous dire,
05:58les gendarmes ne sont pas venus. » J'ai une montée, vraiment une émotion viscérale qui me prend et je
06:04vais vomir.
06:05Les gendarmes sonnent chez Sophie vers 15h pour lui annoncer que Jean-Paul est mort dans cet accident de la
06:10route.
06:11Alors qu'il roulait dans son camion, le pneu d'un autre engin qui roulait sur la voie d'en
06:15face a éclaté.
06:16Le poids lourd a traversé le terre-plein central et a percuté le camion de Jean-Paul.
06:25En juin 2015, presque un an après la mort de Jean-Paul, Sophie reçoit le procès verbal de l'enquête,
06:30ouverte après l'accident. Le PV indique que le pneu qui a éclaté et provoqué l'accident était recreusé.
06:37Cela veut dire que ses rainures ont été retaillées pour prolonger la vie du pneu et Sophie voudrait en savoir
06:43plus.
06:43Alors elle demande autour d'elle et fait des recherches sur internet.
06:47Elle tombe sur un article à propos d'un autre accident de camion.
06:50Il s'est produit à Loupian, dans l'Hérault, quelques années auparavant,
06:54lui aussi à cause d'un pneu recreusé qui a éclaté.
06:57On retombe sur un pneu strictement similaire à celui qui a éclaté dans l'accident de Jean-Paul.
07:03Et là, quand on sait toutes les références qui existent en matière de pneumatique,
07:08que ce soit le même, en plus, ils ont un dos très similaire.
07:12Alors le dos, c'est le numéro qui identifie la période de fabrication.
07:17C'est-à-dire qu'ils sont fabriqués quasiment à six mois de différence,
07:20ce qui est très peu. On n'est pas sur trois ans.
07:23Donc en fait, ils ont une période de fabrication qui est presque identique.
07:28Avec un bilan qui est terrible.
07:30Puis à partir de là, du coup, moi je commence à se dire,
07:34s'il y en a eu deux, est-ce qu'il y en a eu d'autres ?
07:41Dans les deux accidents, le pneu qui a éclaté est un pneu de la marque Goodyear, du modèle Marathon.
07:46Sophie cherche alors à savoir si en 2014, il y a eu d'autres accidents de ce type.
07:51Et si oui, elle veut savoir si les pneus qui ont éclaté sont des pneus Goodyear Marathon.
07:56Pendant des mois et des mois, sur son ordinateur, elle passe en revue des dizaines d'articles de presse.
08:02Je vais chercher éclatement de pneus, accident de poids lourd.
08:06J'ai plein de listings où les faits divers me disent,
08:10il y a eu tel accident avec un éclatement de pneus, il y a des blessés, il n'y a
08:13pas de blessés, il y a des morts.
08:16Donc là, après, je regarde si les forces de l'ordre qui intervenaient sur l'accident sont identifiées.
08:23Si l'unité est identifiée, j'essaye de contacter l'unité.
08:29Je lui dis, je suis dans une démarche très atypique, je recherche à savoir si c'est bien votre unité
08:35qui a géré l'accident.
08:36Si dans l'accident, c'est bien un accident, un éclatement de pneumatique qui est confirmé,
08:43je suspecte une possible série d'accidents liés à des éclatements de pneumatique.
08:48Est-ce que dans votre cas, en fait, il pourrait s'agir de Goodyear Marathon ?
08:54Donc je fais ça, en fait, généralement à 3h du matin, de 3h à 5h30, on va dire,
09:01parce que Internet passe bien, parce que mes enfants sont couchés
09:05et que quand mes enfants sont loués, je m'occupe de mes enfants.
09:08C'est plein de petits détails qui font que ça va se faire à ce moment-là.
09:15Les gendarmes et les policiers que Sophie contacte ne lui répondent pas à chaque fois.
09:19Mais un jour, un gendarme l'appelle.
09:21Et il dit, en regardant la photo, il me semble qu'on pourrait être sur du Goodyear Marathon.
09:27Ça fait tilt.
09:28Sophie comprend qu'en examinant les photos d'accidents plus en détail,
09:31elle peut déterminer elle-même la marque de pneus.
09:34À partir de ce moment-là, de cette remarque-là, je vais grossir les photos,
09:39je vais les enregistrer, travailler sur un logiciel qui me permet de voir si c'est des Goodyear.
09:46Du coup, je n'ai plus besoin de faire autant de démarches en gendarmerie,
09:51puisque sur certaines photos, en fait, si c'est un Michelin, on le met d'office de côté.
09:56Les enfants de Sophie la soutiennent dans sa démarche.
09:59Mais ses proches ne comprennent pas toujours pourquoi elle s'obstine à faire ses recherches
10:02et elle fait parfois face à des remarques qui la blessent.
10:06Mais ça ne va pas te ramener ton mari.
10:08Mais non, tu vois des choses qu'il n'y a pas à voir.
10:10Mais c'est votre pathologie du deuil qui fait que vous créez des liens là où il n'y en
10:14a pas.
10:15Donc voilà.
10:16Et puis après, en fait, j'ai décidé que je verrai de moins en moins de monde,
10:22parce que j'avais pu, à un moment donné, c'est fatigant de se justifier.
10:26Il n'y a plus que trois ou quatre personnes avec lesquelles je pouvais en parler librement,
10:32sans avoir, en fait, de jugement.
10:37Après des mois de recherche, Sophie dresse une liste de 76 accidents similaires à celui de son mari,
10:43datés de 2010 à 2015, dont quatre, le même été que l'accident de Jean-Paul.
10:48Entre le 17 juillet 2014 et le 14 septembre 2014,
10:56soit deux mois pleins, donc 60 jours,
10:59sachant qu'au mois d'août, les routiers ne roulent pas.
11:01Généralement, ils sont souvent en vacances.
11:04On a quatre accidents mortels avec du Goodyear Marathon.
11:10Ça, c'est une certitude absolue.
11:12Sophie décide de pousser ses recherches au niveau européen.
11:15Elle cherche des accidents qui ont pu se produire en Belgique, en Allemagne ou encore aux Pays-Bas.
11:20Sur un site néerlandais, elle tombe sur un article qui parle d'une série d'accidents
11:24liés à des éclatements de pneus aux Pays-Bas.
11:27Où, en fait, en juin 2014, ils ont publié un article
11:31qui dit que les assureurs, en fait, tirent une sonnette d'alarme
11:35parce qu'ils ont remarqué qu'au lieu de quatre ou cinq accidents
11:40qu'ils traitent normalement en un mois,
11:43ils ont un phénomène qu'ils ne comprennent pas
11:46parce qu'ils traitent en cinq à six accidents par semaine.
11:51Et on a Goodyear qui s'exprime et qui dit
11:55« Oui, suite à une insatisfaction commerciale,
11:58on a émis un programme d'échange commercial
12:01sur telle référence et telle référence. »
12:04En fouillant sur Internet, Sophie trouve ce programme d'échange commercial
12:07qui date de cette période-là.
12:09Sur ce document, Goodyear invite ses clients
12:12à se faire échanger les pneus du modèle Marathon
12:14parce qu'il y a un risque d'éclatement.
12:16Sophie ne comprend pas pourquoi la marque n'a pas organisé
12:19un rappel d'urgence de tous ses pneus
12:21s'ils présentaient de tels risques.
12:23Le modèle du pneu impliqué dans l'accident de Jean-Paul
12:25n'est pas tout à fait le même que celui mentionné sur le document,
12:29mais pour Sophie, c'est déjà énorme.
12:31En octobre 2016, elle porte plainte contre X
12:34pour homicide involontaire.
12:36Elle transmet toutes ses découvertes à la justice
12:38et espère qu'elle prendra le relais.
12:40Une enquête est ouverte, mais rien ne se passe.
12:43Elle reprend alors timidement ses recherches
12:46et demande conseil à ses enfants.
12:48Et je leur dis, qu'est-ce que vous en pensez là ?
12:51J'arrête ou je continue ?
12:52Parce que moi, là, en fait, j'en peux plus.
12:54Et j'ai Clément qui me dit,
12:57pourquoi tu me poses cette question ?
12:58Tu sais très bien ce que j'en pense.
12:59Je dis, non, mais je veux te l'entendre dire.
13:01Et il me dit, mais tu nous apprends
13:04à aller au bout des choses,
13:05et là, tu veux arrêter ?
13:07Si tu nous apprends à aller au bout des choses
13:09et que là, toi, tu ne vas pas au bout des choses,
13:10il dit, ce n'est pas la peine de nous l'enseigner,
13:12c'est incohérent.
13:13Et après, je vais voir Clara.
13:15Donc, elle doit 12 ans, quoi.
13:17Elle me dit, mais maman,
13:19si ce n'est pas toi qui le fais,
13:20qui va le faire ?
13:21Puis elle dit, si quelqu'un l'avait fait,
13:23peut-être que papa, il ne serait pas mort, quoi.
13:25Et puis, Jérémy, il a 10 ans,
13:28il est sur l'ordi,
13:29et je lui dis, et toi, Jérémy,
13:31qu'est-ce que tu en penses ?
13:32Je lui dis, sors de ton ordi,
13:34écoute ce que je suis en train de te dire.
13:36Il dit, tu sais, en fait,
13:37tant que tu cherches,
13:38ça veut dire que tu penses à papa,
13:39donc moi, ça me va.
13:41Sophie a peur de voir des liens
13:42là où il n'y en a pas.
13:43Alors, elle décide de contacter
13:44une dizaine de journalistes d'investigation
13:46pour leur demander
13:48ce qu'ils pensent de ces recherches.
13:49Le journaliste du Monde,
13:51Gérard Davé, lui répond.
13:52Il pense qu'elle tient peut-être quelque chose,
13:54mais qu'il manque des documents officiels
13:56pour confirmer ses doutes.
13:58Et ils en restent là.
14:02En janvier 2020,
14:04Sophie reçoit un document du tribunal
14:06qui traite sa plainte.
14:07C'est le rapport d'expertise
14:08du pneu qui a éclaté
14:10dans l'accident de Jean-Paul.
14:11Il indique que l'expert
14:13qui a travaillé sur ce pneu-là
14:15estime, en fonction des travaux
14:16qu'il a réalisés,
14:18que le pneu a été mal fabriqué
14:20et qu'il était impropre
14:22à la commercialisation
14:24et à sa mise en circulation.
14:32Quand je reçois ce papier-là,
14:34en fait, je vais me justifier
14:35auprès de mes enfants,
14:36de dire, vous voyez,
14:36tout le monde dit que je suis folle,
14:38et finalement,
14:39ben non, je ne suis pas folle, quoi.
14:41Enfin, mon intime conviction
14:44s'appuie sur une preuve directe,
14:46parce que tout ce que j'ai jusqu'à présent,
14:48on va dire,
14:48c'est des preuves indirectes.
14:50Et là, par contre,
14:51on arrive sur quelque chose
14:52où, voilà,
14:54c'est une preuve directe.
15:00Sophie recontacte Gérard Davet
15:02et lui transmet ce rapport d'expertise.
15:04Le journaliste consacre alors
15:05au combat de Sophie
15:06une double page dans le journal Le Monde.
15:08Après ça,
15:09elle est contactée par le documentariste
15:11Thierry de Lestrade.
15:12Il travaille pour la chaîne Arte
15:14et lui propose de réaliser
15:15un documentaire sur son combat.
15:17Mais Sophie refuse.
15:18Je suis très timide.
15:20Et donc,
15:21paraître à la caméra
15:22et devoir exposer
15:25ma vie privée,
15:27mon deuil,
15:28c'est très difficile.
15:30Et moi,
15:30je ne veux absolument pas.
15:31Je veux rester cachée.
15:34Thierry de Lestrade
15:34est très persuasif.
15:36Et puis,
15:37il y avait une forme
15:38de bienveillance,
15:39de respect.
15:40Et à un moment donné,
15:41derrière,
15:42c'est la notion
15:43de sécurité routière.
15:44Et en fait,
15:45ça a été l'élément
15:46le plus important.
15:47Il fallait que ça sorte.
15:48Finalement,
15:49Sophie accepte de témoigner
15:50à visage découvert
15:51dans le documentaire
15:52de Thierry de Lestrade.
15:53Le réalisateur et son équipe
15:55se rendent chez Sophie
15:56à partir du printemps 2021
15:57pour commencer à filmer.
15:59Pendant qu'ils filment,
16:00en septembre 2022,
16:01Sophie est entendue
16:02par la juge d'instruction
16:04en charge de l'affaire.
16:05Sophie lui transmet
16:06un dossier d'une trentaine de pages
16:07avec tous les éléments
16:08dont elle dispose
16:09et l'enquête est relancée.
16:11Le 7 juin 2023,
16:13le documentaire
16:14Sophie Rollet contre Goudieur
16:15est diffusé
16:16sur le site internet d'Arte.
16:18Après tant d'années,
16:20Mme Rollet va enfin
16:21être entendue par le juge.
16:22C'est un moment important.
16:24C'est le moment
16:25où elle va pouvoir
16:26dire en face
16:27à ce magistrat
16:28tout ce qu'elle a envie.
16:29Tout va être consigné.
16:30Elle va pouvoir remettre
16:31tous les documents
16:32qu'elle a collectés
16:33depuis des années
16:33au juge.
16:35Il y a toujours cet écho
16:36de dire finalement
16:37est-ce que je ne me suis pas trompée ?
16:39Est-ce que j'ai vu des choses
16:40qui ne sont pas là ?
16:41Ce matin,
16:42c'est en XXL
16:44où on remet en cause
16:45finalement
16:46tous les éléments
16:47qui sont là,
16:49qui sont bien là.
16:49Mais finalement...
16:51Je vais vous rassurer.
16:53La juge aurait pu très bien
16:54suite à la demande
16:55que j'ai faite
16:55de vous faire entendre.
16:56Parce que vous avez
16:57des éléments à apporter.
16:58On aurait pu me répondre.
16:59Pas besoin d'entendre,
17:00Mme Rollet.
17:01Transmettez-moi
17:01les éléments en question.
17:03Oui, c'est vrai.
17:04Par écrit.
17:04Tout simplement,
17:05c'est une transmission
17:05de documents,
17:06d'actes.
17:07Elle a souhaité
17:08et elle a accepté
17:09de vous entendre.
17:12La chaîne publie également
17:14le programme d'échange commercial
17:15qu'a déniché Sophie
17:17dans le but d'éviter
17:18que ces pneus dangereux
17:19continuent de circuler.
17:21En fait,
17:22c'est l'élément
17:22que j'attendais
17:23de la justice.
17:26Puisqu'en fait,
17:26moi,
17:28je n'ai pas le pouvoir
17:29logiquement
17:30de lancer
17:32ce document-là.
17:33Et Arte va diffuser
17:34en fait ce document
17:35en six langues.
17:37Aujourd'hui,
17:37on ne pourra plus dire
17:38si un de ces pneus
17:39circule encore
17:40et éclate
17:40et provoque des morts,
17:41on ne pourra plus dire
17:42qu'on ne savait pas.
17:44Le documentaire
17:45Thierry de l'Estrade,
17:47ça met la clé
17:48dans la serrure
17:49et après,
17:51aux autres,
17:53de poursuivre.
17:54Maintenant,
17:54moi,
17:54j'ai fait ce que j'avais à faire,
17:56ce que ma morale
17:56m'indiquait de faire.
17:58Maintenant,
17:58ceux qui n'ont pas voulu voir,
18:00ils n'ont pas voulu voir.
18:01Je les laisse
18:02avec leur propre conscience.
18:26Ambre,
18:27où en est le combat
18:28de Sophie Rollet,
18:29judiciairement ?
18:30Alors,
18:30il y a une enquête
18:31qui a été ouverte
18:31et elle suit son cours.
18:32Par contre,
18:33Sophie Rollet m'a dit
18:34que la juge d'instruction
18:35en charge de l'affaire
18:36allait bientôt être mutée
18:37et qu'un nouveau juge
18:39allait reprendre le dossier
18:40et Sophie espère
18:41que ce sera quelqu'un
18:42qui fera en sorte
18:42de faire avancer
18:43l'enquête assez rapidement.
18:45Donc voilà,
18:45elle m'a dit
18:45que ça allait avancer
18:46mais probablement
18:47assez lentement.
18:48Qu'est-ce que Sophie Rollet
18:49attend de cette enquête ?
18:51Alors,
18:51ce qu'elle attend,
18:51ce n'est pas du tout
18:52un dédommagement
18:53ou de l'argent.
18:54Moi,
18:54elle m'a dit
18:54et c'est aussi
18:55ce qui ressort
18:55dans le documentaire
18:56que si elle faisait tout ça,
18:58si elle veut
18:58que l'enquête avance,
18:59c'est parce qu'elle ne veut plus
18:59qu'il y ait d'accidents
19:00de ce type
19:01liés à des éclatements
19:02de pneus.
19:02Alors,
19:03elle sait que le risque zéro
19:04n'existe pas,
19:05elle me l'a dit elle-même
19:05mais en tout cas,
19:06elle veut que toutes
19:07les précautions soient prises
19:08et aujourd'hui,
19:09elle considère
19:09que ce n'est pas le cas.
19:10Donc,
19:10tout ce combat
19:11qu'elle mène
19:11depuis presque 9 ans maintenant,
19:13elle le fait surtout
19:14pour une question
19:14de sécurité routière.
19:16Est-ce qu'elle a eu
19:16des contacts
19:17avec l'entreprise
19:18qu'elle montre du doigt,
19:19Goodyear ?
19:19Non,
19:20elle n'a jamais eu
19:20de contact
19:21avec la multinationale,
19:22même une fois
19:23que son combat
19:23a été médiatisé,
19:25Goodyear n'est jamais
19:25venu vers elle.
19:26Par contre,
19:27l'équipe de Thierry Delestrade,
19:28le réalisateur du documentaire,
19:30a contacté l'entreprise
19:31et elle a répondu
19:32en affirmant
19:33que rien ne pouvait relier
19:34les pneus Goodyear Marathon
19:35à une quelconque série d'accidents.
19:37Est-ce que Sophie Rollet
19:38se considère
19:39comme une lanceuse d'alerte ?
19:40Alors,
19:41au début,
19:41elle ne se reconnaissait
19:42pas du tout là-dedans.
19:43D'ailleurs,
19:43elle le dit dans le documentaire,
19:44au moment du tournage,
19:45elle ne se considère
19:46pas du tout
19:46comme une lanceuse d'alerte.
19:48Par contre,
19:48je lui ai posé la question
19:49quand je l'ai rencontrée,
19:50donc plusieurs mois
19:51après le tournage,
19:52et en fait,
19:52elle m'a expliqué
19:53que le fait de voir
19:54le documentaire
19:54et de prendre du recul
19:55sur l'enquête
19:56qu'elle a menée,
19:57ça lui avait permis
19:58de se rendre compte
19:58de ce qu'elle avait fait
19:59et aujourd'hui,
20:00elle assume beaucoup plus
20:01ce statut de lanceuse d'alerte.
20:03Merci,
20:04Ambre Rosala.
20:05Le documentaire
20:06Sophie Rollet contre Goodyear,
20:07diffusé sur Arte
20:08le 19 juillet,
20:09est également disponible
20:10sur Arte.tv,
20:12documentaire signé
20:13Thierry Delestrade
20:14et Sylvie Gilman.
20:15Cet épisode de Code Source
20:17a été produit par
20:18Clara Garnier-Amourou,
20:19Thibault Lambert
20:19et Emma Jacob.
20:21Réalisation,
20:22Pierre Chafonjon.
20:23Code Source
20:24est le podcast quotidien
20:25d'actualité du Parisien.
20:26Nous publions un nouvel épisode
20:28chaque soir de la semaine
20:29du lundi au vendredi.
20:30Pour nous retrouver facilement,
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20:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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