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15 personnes sont jugées depuis le 13 mai dans une vaste affaire de corruption qui implique un entrepreneur du BTP, des élus, et un ancien préfet. Récit.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy, Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Une grande affaire de corruption devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le 13 mai et jusqu'au 20 juin.
00:1815 prévenus répondent notamment de corruption, donc de prise illégale d'intérêt ou encore de recel d'abus de biens
00:24sociaux.
00:24Des élus sont soupçonnés, pour faire court, d'avoir accordé des faveurs à des entreprises du bâtiment du BTP en
00:31échange de services ou de cadeaux.
00:34Parmi les prévenus, il y a un ancien préfet, Alain Gardère, ex-directeur adjoint du cabinet de Claude Guéant, quand
00:40celui-ci était ministre de l'Intérieur.
00:42Codesources résume cette affaire aujourd'hui avec Nicolas Gouanard du service Police-Justice Île-de-France du Parisien.
00:49Il suit ce dossier depuis le début.
00:59Nicolas Gouanard, le lundi 13 mai au tribunal correctionnel de Paris, au début de ce procès pour corruption, tout le
01:05monde observe une minute de silence.
01:07Le vendredi précédent, le juge Renaud Van Ruenbeek, qui était une figure de la lutte anti-corruption, est décédé à
01:13l'âge de 71 ans.
01:14La présidente de la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, qui est une chambre qui juge les délits financiers,
01:21demande à observer une minute de silence parce que c'est une chambre où beaucoup d'affaires instruites par le
01:26juge Van Ruenbeek ont été jugées.
01:28Et elle lit aussi un communiqué de la cour de cassation qui loue le travail du juge.
01:34Quelle est l'atmosphère à ce moment-là ? Vous êtes sur place. Pour le Parisien, qu'est-ce que
01:36vous voyez ?
01:37On voit tout le monde qui est en train de se lever.
01:40Il y a les prévenus, ce qui donne une scène assez mémorable, puisqu'on a des prévenus pour corruption qui
01:46se lèvent et qui honorent la mémoire d'un juge anti-corruption.
01:50Et il règne un silence assez lourd à ce moment-là dans la salle d'audience.
01:57On va évoquer ce procès à la fin de ce podcast, mais dans cet épisode, on va surtout expliquer l
02:03'essentiel de l'affaire en se concentrant sur trois des quinze prévenus.
02:07Nicolas Gouanard, présentez-nous celui qui est le plus connu, l'ancien préfet Alain Gardère.
02:13Oui, Alain Gardère, c'est un haut fonctionnaire qui est aujourd'hui retraité.
02:17Il a commencé sa carrière dans la police nationale au début des années 2000.
02:22Il a d'abord été commissaire en Ile-et-Vilaine.
02:25Ensuite, il a été affecté en Ile-de-France quelques temps à la police urbaine de proximité.
02:31Ensuite, il a été patron de la direction de sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, qu'on appelle aussi
02:36la DESPAP.
02:36Il avait plus de 20 000 fonctionnaires sous ses ordres à ce moment-là.
02:40Et après, il a commencé à graviter un peu dans les cabinets.
02:43Et notamment, il a été au cabinet de Claude Guéant quand il était ministre de l'Intérieur.
02:48Alain Gardère, âgé aujourd'hui de 67 ans, a aussi été préfet délégué à la sécurité à Marseille en 2011
02:54et 2012.
02:55Il était considéré à l'époque comme un proche de Nicolas Sarkozy.
02:58À partir de 2014, Alain Gardère est à la tête du CNAPS, le Conseil National des Activités Privées de Sécurité.
03:06Nicolas Gouanard, quel est cet organisme et quel est son poste à ce moment-là ?
03:10Le CNAPS, c'est un organisme qui a été créé en 2011, qui délivre aussi bien les cartes professionnelles que
03:16les agréments auprès des entreprises, par exemple du gardiennage.
03:19On entend souvent à la radio des pubs agréer PNAPS pour des sociétés qui font des gardiennages à domicile.
03:25Donc, c'est un organisme qui est important, qui dépend aussi du ministère de l'Intérieur.
03:29Et à ce moment-là, Alain Gardère est directeur du CNAPS.
03:32Présentez-nous maintenant le second personnage clé de ce dossier, l'homme d'affaires du bâtiment, Antonio de Souza, 76
03:37ans.
03:38Il n'a pas toujours été riche.
03:39Il est originaire du Portugal. Il est arrivé en France en 1963 à l'âge de 15 ans.
03:44Il était peintre en bâtiment à ce moment-là.
03:46Il aime expliquer que, par exemple, son père ne savait pas lire, pas écrire.
03:50C'était un maquignon, c'est-à-dire un marchand de chevaux.
03:54Et que, quand il arrive en France, il n'a aucun métier.
03:58Il va s'installer avec ses frères en Ile-de-France.
04:00Et là, ils vont travailler pour une entreprise qu'ils vont racheter par la suite à la fin des années
04:0460 pour faire de la décoration.
04:06Et ils vont rebaptiser cette entreprise Décoration de Souza Frères.
04:09Et ensuite, il va monter plusieurs entreprises de BTP, de bâtiments.
04:13Oui, l'entreprise qu'il rachète prospère.
04:16Et ensuite, à la fin des années 80, ils vont monter différentes entreprises du bâtiment
04:21pour faire aussi bien de la promotion immobilière que du gros œuvre ou des réseaux de la voirie.
04:26Au plus fort de son activité, l'entreprise fondée par Antonio de Souza, France-Pierre, est florissante.
04:32Oui, ça, c'est les chiffres qui sont avancés par France-Pierre.
04:35Ils construisent, à une époque, jusqu'à 1000 logements en Ile-de-France par an, ce qui est assez énorme.
04:41Ils achètent des terrains, notamment à Bourg-la-Reine, dans les Hauts-de-Seine,
04:45qui est une des premières communes à avoir poussé du France-Pierre.
04:48Et ils vont essaimer un peu partout en Ile-de-France par la suite,
04:51principalement dans des départements de Grande-Couronne, en Seine-et-Marne et en Essonne.
04:56Mais aussi, en Petite-Couronne, dans le Val-de-Marne, par exemple,
04:59où ils sont très présents, notamment sur Alfortville ou Maison Alfort.
05:03Mais, en avril 2016, tout s'est arrêté pour Antonio de Souza.
05:06Oui, le 13 avril 2016, il est présenté à un juge d'instruction pour être mis en examen
05:10pour différents chefs, notamment de l'abus de biens sociaux ou du trafic d'influence.
05:15Et on apprend qu'il était dans le collimateur de la justice depuis un certain nombre d'années,
05:20puisqu'il y avait des oppositions municipales qui s'étaient inquiétées
05:22de voir que l'entreprise France-Pierre avait la mainmise sur le foncier de leur commune.
05:27Il y avait du France-Pierre qui poussait un peu partout.
05:29Donc, il y avait des signalements qui avaient été faits.
05:31Et là, la justice rattrape Antonio de Souza à ce moment-là.
05:34Et il est placé en détention provisoire.
05:36Le préfet Alain Gardère, lui, à quel moment il est apparu dans le radar des enquêteurs ?
05:40Lui, il apparaît quand les enquêteurs s'intéressent à une association caritative qui oeuvre en Afrique.
05:46Et en faisant les comptes de cette association, il découvre qu'il y a une entreprise de bâtiment
05:51qui s'appelle Liamas Construction, qui est liée à France-Pierre,
05:55qui a payé pour le compte de cette association un certain nombre de choses,
05:59des conteneurs pour le Congo, mais aussi des voyages.
06:02Et parmi les bénéficiaires d'un de ces voyages au Portugal, on a Alain Gardère et son épouse.
06:07Alain Gardère a été placé sur écoute par l'IGPN, la police des polices,
06:11et on l'entend par exemple en septembre 2015 évoquer un cadeau pour lui et sa femme.
06:16Le juge d'instruction estime qu'il y a une relation atypique entre Alain Gardère
06:20et l'entreprise qui lui a payé le voyage au Portugal.
06:24Donc, il est placé longuement sur écoute.
06:26Ça dure plusieurs mois.
06:27Au cours de ses écoutes, les enquêteurs découvrent qu'Alain Gardère bénéficie
06:32d'un certain nombre d'avantages de la part d'entrepreneurs.
06:35Et parmi ses avantages, il y a cet exemple de septembre 2015,
06:38où pour son anniversaire, il se fait offrir par le patron d'une entreprise de sécurité privée
06:45un dîner au restaurant, le Jules Verne, qui est le restaurant au deuxième étage de la Tour Eiffel,
06:51où il dîne avec sa femme.
06:52Donc, la note est assez salée.
06:54Il dîne pour 544 euros.
06:56Et tout est pris en charge par cette entreprise de surveillance.
07:01Les enquêteurs soupçonnent Alain Gardère d'avoir reçu d'autres cadeaux.
07:03Oui, on parle de voyages en Corse, on parle de voyages à Dubaï,
07:07de propositions de voyages aussi en Hongrie, de la part d'un autre entrepreneur.
07:12Il y a des accès à des ventes privées pour des grandes marques de luxe,
07:18de prêt-à-porter, de bijoutiers.
07:19Et il y a aussi des restaurants.
07:22Alain Gardère aime beaucoup dîner dans de grandes tables parisiennes.
07:27Et c'est ce qui revient beaucoup, les restaurants,
07:29notamment au Paradis Latin, où il peut venir quand il veut sans payer.
07:33Nicolas Gouanard, les enquêteurs ont établi le patrimoine immobilier d'Alain Gardère.
07:3810 appartements achetés entre 1989 et 2012,
07:42dont 5 construits par l'entreprise France-Pierre.
07:45Appartements achetés au moins pour une partie d'entre eux, à prix d'amis.
07:48Oui, c'est des appartements qui ont été achetés, ce qu'on appelle le brut de béton.
07:52C'est-à-dire qu'ils n'avaient aucune finition, normalement il n'y a pas d'électricité,
07:56il n'y a pas d'eau qui arrive dans ces appartements-là.
07:59Sur les actes notariés, on voit qu'ils sont vendus brut de béton.
08:03Donc ça explique le prix relativement bas.
08:06Notamment un appartement de 130 mètres carrés, avec une grande terrasse à Maison Alfort,
08:11qu'il a acheté 269 000 euros, alors que dans la même résidence,
08:14un appartement à un autre étage, moins bien situé, sans grande terrasse,
08:19alors que l'appartement d'Alain Gardère avait une grande terrasse,
08:22qui a été vendue 400 000 euros, alors même que l'appartement d'Alain Gardère,
08:25donc je vous le rappelle, c'est 269 000 euros.
08:28Donc il y a une grosse différence au niveau des tarifs.
08:30Sauf que dans les faits, ces appartements-là n'étaient pas brut de béton,
08:34ils ont été livrés avec toutes les finitions.
08:37Nicolas Gouanard, dans ce dossier, il y a aussi plusieurs élus
08:39qui sont soupçonnés, en résumé, d'avoir reçu des cadeaux ou des services
08:43de l'entreprise d'Antonio de Souza, France-Pierre ou de ses filiales.
08:47Oui, parmi les communes, on trouve en Essonne, Montgeron, Vigneux-sur-Seine,
08:51en Seine-et-Marne, on a Osouard-la-Ferrière, on a aussi Saint-Thibaut-des-Vignes,
08:56Bussy-Saint-Georges, alors le maire de Bussy-Saint-Georges,
08:58lui n'est pas renvoyé en correctionnel, mais il a été placé en garde à vue dans ce dossier.
09:01C'est un de ses collaborateurs de cabinet qui, lui, va être jugé.
09:05Et c'est des protagonistes qui, eux, ont reçu en cadeau, par exemple,
09:08il y a eu des 4x4 BMW, il y a eu des voyages,
09:11il y a eu des travaux faits gratuitement dans certaines maisons.
09:13Il y a eu aussi des appartements mis à disposition sans avoir à payer de loyer.
09:19C'est ce qu'on reproche, par exemple, à l'ancien maire de Montgeron,
09:21qui, dans le cadre d'une séparation, ne savait pas où aller,
09:24et lui a mis à disposition un appartement gracieusement à Maison-Alfort.
09:28Concrètement, d'après l'accusation, quel type de services ces élus ont rendu
09:32à l'entrepreneur du BTP, Antonio de Souza, en échange de ses cadeaux ou de ses services ?
09:36Ils sont soupçonnés d'avoir accéléré des procédures pour, par exemple,
09:41obtenir des permis de construire.
09:43Ils sont aussi soupçonnés d'avoir changé les plans locaux d'urbanisme
09:47pour que certains terrains non constructibles le deviennent.
09:56Alors, on va s'arrêter maintenant sur le cas d'Osoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne.
09:59Son maire actuel, Jean-François Honneto, est sur le banc des prévenus dans ce dossier.
10:03Est-ce que vous pouvez un peu nous le présenter ?
10:05Alors, c'est un membre du parti des Républicains qui a été élu à la tête de cette ville
10:10d'un peu plus de 20 000 habitants en 2001.
10:13Physiquement, on le repère assez facilement, puisqu'il a le teint allé toute l'année.
10:19Voilà, il est toujours très très bronzé.
10:21Ce que ses détracteurs ne manquent pas de faire remarquer pour dire qu'il n'est pas souvent
10:25à Osoir-la-Ferrière.
10:26Et on le dit proche de Jean-François Copé, le maire de Meaux,
10:30et de la comédienne Véronique Jeuneste, connue pour son rôle de Julie Esco.
10:34D'après l'enquête, Jean-François Honneto a bénéficié d'une forte somme d'argent
10:38pour qu'il puisse s'acheter un terrain.
10:40C'est ce que les enquêteurs découvrent au cours de leurs investigations,
10:44et notamment le versement de 531 000 euros
10:48par l'entreprise dont on a déjà parlé tout à l'heure, l'IAMAS,
10:51qui avait payé le voyage au Portugal à Alain Gardère,
10:53qu'on retrouve là, dans ce volet du dossier,
10:57avec cette somme de 531 000 euros
10:59qui a été versée sur le compte d'un notaire
11:01afin de payer un terrain en Corse
11:03qui est acheté par Jean-François Honneto.
11:06Autre élément mis en lumière par l'enquête,
11:08Jean-François Honneto est soupçonné
11:10d'avoir fait profiter sa fille d'un emploi de complaisance
11:13à la mairie d'Osoir-la-Ferrière.
11:14Oui, c'est ce qu'on appelle une découverte incidente.
11:17En s'attardant sur le cas de Jean-François Honneto,
11:20les enquêteurs vont voir
11:22qu'il a embauché sa fille au sein de son cabinet
11:25sur un poste qui n'existait pas avant.
11:26Il l'embauche pour faire de la communication
11:28et gérer l'événementiel.
11:30Surtout, il découvre aussi
11:31qu'elle gagne plus de 45 000 euros par an,
11:35ce qui est le septième plus haut salaire de la mairie,
11:37alors qu'elle n'a aucune qualification particulière.
11:40Toujours d'après l'accusation,
11:41le maire d'Osoir-la-Ferrière
11:42a ouvert un compte en banque en Californie
11:44pour sa fille,
11:45en y mettant plusieurs dizaines de milliers d'euros,
11:48mais sans prévenir les impôts.
11:49Après son expérience au sein de la mairie d'Osoir-la-Ferrière,
11:53la fille de Jean-François Honneto
11:55décide de s'installer aux Etats-Unis
11:56où elle ouvre une petite boutique.
11:58Et c'est la raison pour laquelle
12:00Jean-François Honneto explique
12:01qu'il a ouvert un compte en banque
12:04au sein d'une banque américaine.
12:06Mais il dissimule cette ouverture de compte en banque
12:08à l'administration fiscale,
12:09ce qui lui sera reproché par la juge d'instruction
12:12qui le met en examen pour blanchiment de fraude fiscale,
12:14d'autant qu'il y a des montants
12:15qui sont assez importants,
12:16qui sont virés sur ce compte.
12:18On parle d'un virement de 45 000 euros, notamment.
12:20Comme la situation sera régularisée par la suite,
12:23il bénéficiera d'un non-lieu dans cette affaire.
12:26Nicolas Gouanard, on le redit dans ce dossier,
12:28le cœur des délits présumés,
12:29ce sont des changements des PLU,
12:31les plans locaux d'urbanisme,
12:33le fait de rendre constructibles, par exemple,
12:36des terrains qui ne l'étaient pas auparavant.
12:37Évidemment, ça peut être très profitable.
12:40Et à Osoir-la-Ferrière, il y a un exemple frappant.
12:43Oui, c'est ce qu'on appelle le domaine du château de la Doutre,
12:47à Osoir-la-Ferrière,
12:48où l'entreprise France-Pierre achète plusieurs lots.
12:52Parmi ces lots, il y a une parcelle qui fait 15 000 m2.
12:57L'entreprise l'achète 50 000 euros à un moment.
13:01En 2013, le PLU est révisé,
13:04donc le plan local d'urbanisme.
13:06Donc cette parcelle non constructible devient constructible
13:09et le montant, le prix de la parcelle,
13:12augmente considérablement.
13:14On parle de 4,7 millions d'euros
13:17contre les 50 000 d'achats au départ.
13:19Mais il y a d'autres estimations hautes
13:21qui parlent aussi de 11 millions d'euros
13:22pour le prix de cette parcelle.
13:24J'imagine que ces malversations,
13:26si elles sont confirmées par la justice,
13:28elles ont été faites au préjudice de la société,
13:30notamment des habitants, des communes concernées ?
13:32Oui, d'abord en termes de cadre de vie,
13:35puisque par exemple, à Osoir-la-Ferrière,
13:36c'est une ville où il y a toujours des grues.
13:38J'y suis allé en reportage avant l'ouverture du procès.
13:40Il y a un habitant qui s'amusait en disant
13:42que ça ressemblait un peu à la Sagrada Familia à Barcelone.
13:45C'est un monument religieux qui est en construction permanente,
13:49qui est toujours en chantier.
13:50Il compare sa ville, Osoir-la-Ferrière,
13:52à cet édifice-là,
13:53parce qu'il y a toujours des grues dans la commune.
13:56C'est aussi un déficit en termes d'images,
13:58puisque ce sont des villes qui sont connues
14:01Osoir-la-Ferrière, Saint-Hibaut-des-Vignes ou Vignes-sur-Seine,
14:03qui sont aussi connues pour l'affaire France-Pierre.
14:06Est-ce que des fois, ça peut être au détriment
14:07de la sécurité des habitants ?
14:09Oui, ce qui peut être problématique,
14:11c'est quand on a un terrain non constructible
14:13qui est en zone inondable,
14:15avec des catastrophes à venir
14:17qui peuvent être assez conséquentes.
14:19Puisqu'en Ile-de-France,
14:20on a eu les grosses inondations de 2016
14:22qui sont encore dans tous les esprits.
14:24Ça pourrait conduire à des dégâts assez sérieux
14:27dans les années à venir.
14:30Est-ce que des mairies directement concernées
14:32se sont portées partie civile dans cette affaire ?
14:34Non, et c'est tout le problème.
14:36On a peu de partie civile dans ce dossier.
14:38On a l'association Anticor,
14:39qui est partie civile.
14:40On a l'État.
14:41Il y a l'agence judiciaire de l'État
14:43qui est représentée au procès.
14:45Mais par contre, parmi les communes,
14:47on n'a pas de communes qui sont représentées.
14:49Alors que le déficit d'images
14:51est quand même assez important.
14:52C'est ce que soulèvent des avocats spécialistes
14:55dans ce dossier-là.
14:55C'est qu'on a rarement des villes
14:57qui se constituent partie civile
14:58dans des dossiers de corruption comme celui-ci.
15:01Nicolas Gouanard, bien avant ce procès,
15:02deux personnes ont choisi de plaider coupable
15:04il y a des années.
15:06Dans certains dossiers d'instruction,
15:07il est possible de sortir par la petite porte,
15:09c'est-à-dire la CRPC,
15:11la Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité,
15:14qu'on appelle aussi le plaider coupable.
15:16Et ça a été le cas dans ce dossier
15:17du commandant de police Pierre Cournil,
15:19qui était le directeur de cabinet
15:21d'Alain Gardère au CNAPS,
15:23qui lui a choisi de plaider coupable
15:25pour complicité d'abus d'autorité.
15:28Et il a été condamné à trois mois de prison
15:30avec sursis et à 20 000 euros d'amende
15:31donc il y a quelques années.
15:34Ce qui pose un problème dans la défense
15:36d'Alain Gardère,
15:36puisque si son adjoint est reconnu coupable
15:38de complicité,
15:40ça sous-entend que lui est coupable
15:42tout court d'abus d'autorité.
15:44Il y avait aussi la femme
15:46du maire de Vigneux-sur-Seine,
15:47aujourd'hui décédée,
15:49Serge Poinceau,
15:49donc sa femme Nicole,
15:50qui a été mise en examen
15:52pour blanchiment de droits fiscales
15:53et corruption passive.
15:54Et elle a été condamnée il y a un an
15:56à six mois de prison avec sursis
15:58et surtout à la confiscation
16:00de son bien immobilier
16:00d'une valeur de 236 000 euros.
16:03On en vient donc au procès
16:04qui s'ouvre le lundi 13 mai
16:06devant la 11e chambre
16:07du tribunal correctionnel de Paris.
16:09Il y a 15 prévenus,
16:11soupçonnés notamment de corruption,
16:12prise illégale d'intérêt
16:13ou encore de recel d'abus de biens sociaux.
16:16Au premier rang des prévenus,
16:18il y a donc l'ancien préfet Alain Gardère,
16:20l'entrepreneur du BTP Antonio de Souza
16:23ou encore le maire d'Osoir-la-Ferrière.
16:25Nicolas Gouanard,
16:26décrivez-nous l'atmosphère
16:27au début de l'audience.
16:29L'atmosphère est assez lourde
16:31comme à chaque début de procès.
16:33Tout le monde se regarde
16:34un peu en chaîne de faïence.
16:36Il y a aussi de nombreux administrés
16:37qui sont venus voir le procès
16:39pour voir leurs élus comparaître
16:42et avoir un plan d'audience
16:43pour savoir quand vont comparaître
16:45leurs élus.
16:46Comment se défend l'ancien préfet Alain Gardère ?
16:49Alain Gardère va essayer
16:50de ferrailler dès le début,
16:52de montrer qu'il est très offensif
16:53par la voix de son avocat
16:54et notamment, il va essayer
16:56de décrédibiliser l'enquête
16:57des policiers de l'inspection générale
17:00de la police,
17:00donc la police des polices.
17:02Parce qu'Alain Gardère découvre
17:05que ce policier a été chef
17:07de la Bac-Nuit de Paris
17:09quand Alain Gardère était
17:11à la DESPAP,
17:13donc directeur au sein
17:14de la préfecture de police de Paris.
17:16Et pour lui, c'est le signe
17:18que ce policier pouvait lui en vouloir
17:20et qu'il était partial.
17:22On apprend même en ce début de procès
17:24qu'Alain Gardère s'est fait communiquer
17:26le nom de tous les policiers
17:27qui ont touché de près ou de loin
17:29à son dossier pour essayer de trouver
17:30certains policiers qui ont pu travailler
17:32sous ses ordres.
17:33En clair, Alain Gardère
17:34clame son innocence, c'est ça ?
17:35Oui, comme il l'a toujours fait
17:36depuis le début de l'instruction.
17:38Il dit qu'il avait des relations normales
17:41avec toutes les personnes
17:42qui sont impliquées dans ce dossier,
17:43notamment les entrepreneurs
17:44des entreprises de sécurité privée.
17:46Il dit qu'il ne comprend pas
17:48pourquoi il est renvoyé devant ce tribunal.
17:53Le mardi 28 mai, l'entrepreneur du BTP,
17:56Antonio de Souza, est appelé à la barre
17:57pour évoquer ses liens présumés
17:59avec les élus et il n'est pas très loquace.
18:02À la barre, il n'explique pas très bien les choses.
18:05Il fait des réponses assez courtes.
18:07Il dit qu'avec les élus, c'est bonjour,
18:10qu'il présente le projet, c'est au revoir.
18:12Il n'y a pas de relation particulière.
18:14Il dit aussi qu'il vouvoie tout le monde,
18:16qu'il ne tutoie personne.
18:17Pour lui, c'est un gage de son innocence.
18:19Il explique aussi que ça peut arriver
18:21que des élus viennent manger le méchoui
18:23en fin de chantier avec les ouvriers,
18:25mais que ça s'arrête là.
18:26Il n'a pas de relation particulière,
18:28privilégiée avec certains élus.
18:30En clair, il nie en bloc toute corruption.
18:32Ah oui, oui, il nie en bloc toute corruption.
18:34C'est la même ligne de défense
18:36que tous les prévenus dans ce dossier.
18:38Ils ne comprennent pas ce qu'on leur reproche.
18:40Vous évoquiez tout à l'heure
18:41un appartement acheté par Alain Gardère
18:43à France-Pierre, 130 mètres carrés
18:45à Maison-Alfort, à Prix-Dami,
18:46moins 30% parce qu'il était censé être
18:49brut de béton, sans finition,
18:51alors qu'il était pourtant bien fini.
18:53Que répond Antonio de Souza sur ce point précis ?
18:56Il répond avec aplomb en disant que
18:59le brut de béton, ça n'existe pas.
19:01Pour lui, c'est impossible de vendre
19:03un appartement en brut de béton
19:04puisque, de fait, il y a tout qui pend
19:07dans l'appartement, il n'y a rien
19:08qui est dans les murs, il n'y a rien
19:10qui est dans les gaines.
19:10Donc, pour lui, c'est impossible.
19:13Et si ça a été vendu, brut de béton,
19:14même si ça apparaît sur l'acte notarié,
19:16c'est qu'il y a eu une erreur du commercial,
19:18mais aussi du notaire,
19:20qui a commis une erreur en stipulant
19:21sur l'acte notarié que l'appartement
19:23avait été vendu, brut de béton.
19:25Nicolas Gouanard, en mars 2022,
19:27vous aviez signé une longue enquête
19:29sur cette affaire dans Le Parisien
19:30en cinq parties.
19:31Et à la fin, notamment en faisant parler
19:33l'association Anticor,
19:35une ONG de lutte contre la corruption,
19:36vous avez souligné le fait
19:38qu'il y a des affaires comparables
19:40à celle-ci, peut-être de moindre ampleur,
19:42un peu partout en France.
19:44Oui, on est sur de la corruption locale
19:46à bas bruit pour des tout petits montants.
19:49Parfois, il y a des gens,
19:51ça peut être des entrepreneurs,
19:52ça peut être des artisans,
19:55qui graissent la pâte des élus locaux
19:58pour des petites sommes,
19:59pour avoir des coups de main,
20:01pour avoir des petites aides ici et là.
20:04Non, ça ne prend pas beaucoup d'ampleur.
20:06Là, l'affaire France-Pierre,
20:07elle a la résonance qu'elle a aujourd'hui
20:09puisqu'on retrouve le préfet Gardère
20:11parmi les prévenus.
20:13C'est l'avocat de l'ONG Anticor,
20:15maître Jérôme Carsanti,
20:16qui dit que ces affaires-là,
20:17on en retrouve beaucoup,
20:19qui n'ont pas forcément cette résonance-là.
20:20Et se pose aussi le problème des parquets locaux,
20:24donc des procureurs locaux,
20:25qui connaissent souvent très bien
20:27les élus locaux,
20:29qui peuvent être concernés par ce genre d'affaires.
20:31Donc, maître Carsanti préconise
20:32qu'il y ait une modification législative
20:35pour que ces parquets-là,
20:38donc les parquets locaux,
20:39qui travaillent parfois main dans la main
20:42avec les élus locaux,
20:43qui pourraient être concernés par ce genre d'affaires,
20:45soient dessaisis automatiquement,
20:47et que ce soit d'autres parquets de villes
20:50d'une même région, par exemple,
20:52qui se saisissent de ces dossiers-là
20:54pour avoir un gage d'inpartialité.
21:07Merci à Nicolas Gouanard.
21:09Je rappelle que les trois prévenus
21:10dont nous avons longuement parlé dans ce podcast
21:12sont, bien sûr, présumés innocents.
21:15Ce procès doit se terminer le 20 juin.
21:18Cet épisode de Codesources a été produit
21:20par Raphaël Pueyo,
21:21Clara Garnier-Amourou et Thibaut Lambert.
21:23Réalisation, Julien Moncouquiole.
21:25N'oubliez pas les deux autres podcasts du Parisien,
21:28Le Sacre, jusqu'au JO de Paris 2024,
21:31chaque mercredi,
21:32les confidences de médaillés d'or olympiques ou paralympiques,
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