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Depuis le 28 décembre, le peuple iranien se révolte contre le régime en place qui réprime largement les protestations. Selon Iran Human Rights, plus de 3400 ont été tués.
Code source revient sur cette situation avec, Azadeh Alemi, porte-parole du comité de soutien aux droits de l’homme en Iran.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network.
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Depuis le 28 décembre, le peuple iranien se révolte contre le régime en place qui réprime largement les protestations. Selon Iran Human Rights, plus de 3400 ont été tués.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Codesource revient aujourd'hui sur la révolte du peuple iranien contre le régime de l'Ayatollah Ramenei.
00:18Révolte partie le 28 décembre, au départ pour dénoncer la vie chère.
00:22Elle a pris une grande ampleur et elle est réprimée dans le sang par les autorités.
00:27D'après une ONG iranienne, plus de 3400 manifestants ont été tués et 10 000 autres arrêtés.
00:33On revient donc sur la situation en Iran et sur l'histoire récente du pays avec une invitée, une opposante
00:39iranienne naturalisée française qui vit en région parisienne, Azadeh Alemi.
00:44Elle est porte-parole du comité de soutien aux droits de l'homme en Iran.
00:56Azadeh Alemi, merci beaucoup d'abord d'avoir accepté notre invitation pour venir parler de la situation dans votre pays
01:02d'origine.
01:03On va parler de l'actualité de cette répression meurtrière à la fin de ce podcast.
01:07Mais d'abord, on va rappeler l'essentiel à savoir sur l'histoire moderne de l'Iran.
01:12Et commençons par parler de vous d'abord, de votre parcours.
01:15Vous êtes née en Iran en 1979, quelques mois après la révolution islamique qui a donc amené les mollas, les
01:23religieux, au pouvoir.
01:25Alors en effet, je suis née en Iran l'année de la révolution anti-monarchique.
01:30C'est-à-dire qu'il y avait une dictature monarchique en Iran depuis plus de 37 ans.
01:39C'était la monarchie par la vie.
01:42C'était une dictature moderne, si vous voulez.
01:45Ça ne ressemblait pas à celle qu'on vit aujourd'hui en Iran.
01:48Les femmes étaient différentes.
01:49Elles avaient plus de liberté au niveau vestimentaire, au niveau social.
01:55Mais il y avait beaucoup de problèmes avec la police secrète du régime.
02:00C'est-à-dire que le fait de s'exprimer était interdite.
02:05Il ne fallait pas avoir d'avis contraires au roi et à son système.
02:10Il s'était tout de suite réprimé par la police secrète de cette dictature qui s'appelait Savak.
02:16C'est pour ça qu'il y a eu une révolution du peuple iranien en 1979.
02:20Et donc ce monarque iranien, c'est ce qu'on appelle le chat d'Iran,
02:25Mohamed Reza Palavi, qui est donc resté au pouvoir 37 ans avant sa chute.
02:29Racontez-nous un peu votre famille.
02:30Dans quel milieu vous êtes née, donc en 1979 en Iran ?
02:34Je viens d'une famille d'opposants au système monarchique.
02:38Donc ils ont participé activement à la révolution anti-monarchique.
02:42Mais très vite, juste après l'arrivée de Roménie au pouvoir.
02:46Donc là, il y a tout la Roménie, l'un des plus hauts dignitaires chiites à la tête du pays.
02:51Voilà, qui a débarqué tout d'un coup, une fois que nous avons vu que ce régime qui vient d
02:57'arriver au pouvoir roménie,
02:59qui a dérobé en quelque sorte la révolution aux Iraniens,
03:03tout de suite, il y a eu une nouvelle vague d'opposition.
03:07Et ma famille, qui était très engagée pour la démocratie,
03:10ils ont participé de nouveau.
03:13Ça prenait en compte mes deux jeunes oncles, mon père, ma mère, mon grand-père, ma grand-mère, toute la
03:19famille.
03:19Et depuis 1989, l'ayatollah qui est à la tête du pays, c'est Ali Ramenei.
03:24Il y a eu plusieurs soulèvements, plusieurs répressions sanglantes,
03:28notamment d'abord celle de 1988.
03:31Rappelez-nous ce qu'il s'est passé en Iran en 1988.
03:33Alors, dans les années 80, il y a un mouvement de contestation énorme par plusieurs mouvements d'opposition,
03:42notamment l'OMPI, qui était le principal mouvement d'opposition au régime des Molas,
03:48dont faisaient partie mes parents.
03:50Tout le monde était arrêté, tout le monde était emprisonné, exécuté.
03:54J'ai perdu mes deux jeunes oncles, qui avaient 22 et 25 ans, en 1981.
03:59Ils ont été exécutés. Ma tante, elle était exécutée alors qu'elle était enceinte de cinq mois.
04:05Les prisons étaient remplies, remplies d'opposants, de marxistes, de communistes,
04:10des membres des mojaïdines du peuple d'Iran.
04:13Khomeini, qu'est-ce qu'il voulait faire ?
04:15Il voulait, malgré tout, éliminer toutes sortes d'oppositions.
04:20Parce que les gens, une fois qu'ils sortaient de prison, ils reprenaient le relais.
04:24Et ils continuaient leur combat.
04:26Donc il s'est dit, qu'est-ce que je peux faire ?
04:27J'ai exécuté plus de 100 000 personnes dans les années 80.
04:32Ça n'a pas suffi, ça a continué encore.
04:34Alors, il a décrété, sur un fatwa, ça s'appelle fatwa, c'est un décrit religieux, oui, une fatwa.
04:42Il a décrété que toute personne qui reste ferme sur son opinion et ses positions politiques,
04:49il devra être exécuté.
04:51Alors, ils ont constitué des comités de la mort, on appelle ça,
04:55et il y a eu 30 000 prisonniers, ainsi exécutés, en deux mois seulement.
05:01En deux mois, durant l'été sanglant de 1988.
05:06Aujourd'hui, ceci, par exemple, est considéré par l'Organisation des Nations Unies
05:12comme un crime contre l'humanité, comme un génocide contre le peuple iranien.
05:16Et vous-même, Azadeh Alemi, petite, avec votre mère, vous avez été emprisonnée
05:21dans la prison d'Evin à Téhéran, prison qui est tristement célèbre en Iran.
05:25Vous aviez 6 ans à ce moment-là, racontez-nous ça.
05:28Alors, ma mère a été arrêtée en 1981, après une manifestation pacifique à Téhéran,
05:35avec beaucoup d'autres opposants au régime.
05:38Elle a été condamnée à de longues années d'emprisonnement.
05:40Une fois, elle a été libérée, en 1985, mais très vite, elle a voulu quitter l'Iran
05:47et rejoindre la résistance iranienne qui se trouvait à l'étranger.
05:51Étant donné qu'elle était surveillée, très surveillée par le régime,
05:55on était sous des écoutes téléphoniques, donc elle a été de nouveau arrêtée.
05:58Et c'est à ce moment-là que je suis allée, en même temps, dans la prison d'Evin,
06:03le jour de son arrestation.
06:04Nous avons été emmenés dans cette sinistre prison d'Evin,
06:10après quelques heures d'interrogation, nous avons été emmenés dans une cellule d'isolement,
06:15où je suis restée pendant deux mois avec elle.
06:20Vous, Azadeh Halimi, à partir de quand vous avez pu vous exiler en France ?
06:24Moi, je suis arrivée en France en 1991.
06:27J'avais 11 ans.
06:28J'ai quitté, finalement, l'Iran avec ma mère, qui a été miraculeusement libérée de la prison,
06:35un mois ou deux mois avant ce fameux massacre de 1988.
06:40Nous avons traversé les montagnes à cheval pour passer par les frontières de la Turquie,
06:47pour arriver en Irak.
06:48Et puis ensuite, je suis arrivée en France, parce que mon père et mon grand-père s'étaient exilés,
06:53bien avant, juste dans les années 80, étant donné qu'ils étaient recherchés,
06:57ils s'étaient exilés en France.
06:58Donc, je suis parvenue à arriver en France et je suis devenue réfugiée politique,
07:02ici, à l'âge de 11 ans.
07:04Vous, comment vous avez vécu ça en tant qu'enfant ?
07:08Quand vous êtes née dans un milieu, dans une atmosphère de résistance,
07:15ça ne peut pas vous faire de trauma particulier.
07:18Ça fait partie de votre vie.
07:20C'est-à-dire que depuis que je suis toute petite, j'étais soit dans les prisons,
07:25soit dans les couloirs de la prison pour aller rendre visite à ma mère.
07:29Et j'étais face à des gens qui étaient prêts à tout pour ramener la liberté à son peuple.
07:36Quand je suis arrivée en France, j'étais une enfant, j'ai appris le français, j'ai mis quelques mois.
07:42Et puis, petit à petit, j'avais l'impression qu'il me manquait quelque chose.
07:46J'étais entre deux.
07:48Je n'arrivais pas à faire une vie normale, entre guillemets, d'une jeune qui a 18 ans,
07:54qui vit en France dans un climat libre, démocratique.
07:57Je pouvais m'habiller comme je voulais, je pouvais parler comme je voulais, dire ce que je voulais.
08:03Petit à petit, j'ai compris qu'en fait, mon souffle est rattaché à mon peuple, à l'Iran.
08:09Donc, j'ai voulu, par tout moyen, être la voix des Iraniens.
08:14Et surtout, la voix des prisonniers politiques.
08:17On va revenir sur les révoltes, les répressions, sur l'actualité.
08:20Mais justement, quand vous êtes en France, à ce moment-là, vous allez travailler dans l'immobilier.
08:25Vous savez, bien sûr, vous restez en lien avec votre pays d'origine.
08:28Comment est-ce qu'on vit dans les années 2000, dans les années 2010, début 2020, en Iran ?
08:32Dans les années 2000, on a voulu faire avoir le peuple iranien par ce qu'on appelle les modérés.
08:40On a fait sortir des visages un peu différents.
08:44On a voulu faire croire au peuple que voilà, il y a un tel qui s'appelle Khamenei.
08:48C'est un enturbané, un mollah, mais qu'il est plus moderne, plus démocrate et qu'il parle autrement.
08:55Donc, il y a toute une population qui a cru que ça allait mener au changement.
09:00Le peuple iranien s'est un peu fait avoir et donc il n'y a pas eu de mouvement de
09:04révolte à ce moment-là.
09:06Dans les années 2000, les femmes iraniennes vivent tous les jours avec un stress régulier.
09:13C'est-à-dire que le matin, quand elles sortent de chez elles, elles ne savent pas si elles vont
09:17se faire arrêter par la police des mœurs.
09:20Pour n'importe quoi, en Iran, on peut vous arrêter et vous emmener au poste des gardiens de la révolution.
09:28Tout est permis pour eux et le peuple n'a le droit de rien.
09:31Et on ne peut pas s'exprimer contre le régime, j'imagine ?
09:34Non, ça c'est interdit. Interdit.
09:39Il y a eu de nombreuses révoltes et répressions sanglantes en 2009, en 2017, 2019 et plus récemment en 2022.
09:48En 2022, ce qui a déclenché la révolte, c'est la mort d'une jeune fille d'une petite vingtaine
09:52d'années, il y a un doute sur sa date de naissance,
09:54Masha Amini. Elle avait été arrêtée parce que son voile était mal mis.
09:58Oui, en 2022, je pense que le monde entier a entendu ces manifestations à cause de la mort de Masha
10:06Gina Amini.
10:07C'était une femme kurde. Elle avait quelques mèches de cheveux qui sortaient, donc elle s'était fait arrêter par
10:13cette fameuse police des mœurs qui ne fait que ça.
10:16Ce sont des femmes ou des hommes qui viennent, qui prennent des jeunes femmes, qui les jettent dans les camionnettes
10:23pour les emmener ensuite au poste.
10:25Après qu'on a appris la mort de cette jeune fille tellement injustement, le pays entier s'est révolté.
10:32Il y a eu des manifestations à travers le pays et une répression meurtrière de la part des forces de
10:38l'ordre,
10:38notamment de la part des gardiens de la révolution islamique, l'armée d'élite du régime.
10:43Il y a eu plus de 500 morts à ce moment-là. Vous, vous vous dites quoi ? Est-ce
10:48que vous retenez l'espoir de cette nouvelle mobilisation ?
10:51Ou bien vous vous dites que ça ne changera jamais en Iran ?
10:53Moi, en 2022, j'ai compris qu'on rentre dans une autre phase. Le régime était quand même plus affaibli
11:02qu'avant.
11:03En 2019, il a tué 1500 personnes en moins de trois jours. Lors des soulèvements de 2022, il y a
11:10eu plus de 750 morts,
11:12mais il y a eu beaucoup de personnes qui ont été aveuglées. C'est-à-dire qu'on a tiré
11:18avec des fusils à plomb en visant les yeux.
11:21Donc ça les a rendus aveugles. Ce qui fait que le régime a changé de stratégie en quelque sorte.
11:28Tuer moins, mais essayer de faire peur.
11:31Une personne qui descend dans la rue pour sa liberté, il dit « c'est pas grave si je perds
11:37ma vie ».
11:37Mais une personne qui descend dans la rue et qui devient aveugle après, il n'a pas trop envie.
11:42Pour moi, en tant qu'Iranienne, le régime est dans la pente du renversement.
11:48C'est-à-dire que son renversement est inévitable.
11:51Ça va venir. Ça ne pouvait pas se faire à ce moment-là en 2022, mais ça allait venir d
11:57'un jour au l'autre avec une autre étincelle.
12:00On continue à avancer dans l'histoire récente de l'Iran.
12:04Beaucoup plus récemment, au mois de juin 2025, les États-Unis et Israël ont bombardé plusieurs cibles dans le pays,
12:10notamment des installations nucléaires.
12:12Plusieurs hauts dirigeants des gardiens de la révolution ont été tués dans ces frappes.
12:17La riposte militaire de l'Iran a été limitée.
12:20Comment est-ce que les événements ont été perçus par les Iraniens ?
12:24Il faut savoir que les Iraniens sont très nationalistes.
12:28C'est-à-dire qu'on n'aime pas être ingéré par une puissance étrangère.
12:33Surtout un peuple qui veut renverser un régime dictatorial et théocratique tel que le régime des Mollah.
12:40Imaginez, on est en train de sortir dans les rues et il y a des bombardements.
12:45Le peuple ne peut plus manifester.
12:48Le peuple, il essaye de se cacher, d'aller se réfugier à tel ou tel endroit pour ne pas recevoir
12:54les bombes sur la tête.
12:55Donc, pour nous, en tant qu'Iraniens à l'étranger,
13:00nous avons toujours considéré que le peuple iranien doit par lui-même renverser ce régime.
13:07Ni par la guerre, ni par une ingérence étrangère,
13:12ni par une politique d'apaisement vis-à-vis du régime des Mollah.
13:17Mais le peuple lui-même a le pouvoir et a le courage surtout de le faire par ses propres moyens.
13:24Après, je sais que pendant cette guerre de 12 jours,
13:28lorsqu'on a vu que certains dirigeants ou responsables,
13:32des responsables, des gardiens de la révolution ont été tués,
13:36ça fait chaud au cœur, aux familles.
13:38Les gardiens de la révolution ont tué tellement de personnes,
13:41ont fait tellement de mal.
13:42Imaginez ma grand-mère qui a perdu trois de ses enfants.
13:47Je ne veux pas dire que ça la rend heureuse,
13:49mais d'un côté, elle a l'impression que justice est faite légèrement.
13:53Mais nous, on n'attend pas qu'une puissance étrangère,
13:58quelle qu'il soit, vienne renverser ce régime pour nous.
14:01On en vient à l'actualité récente.
14:03Fin décembre 2025,
14:05un nouveau mouvement de contestation va naître.
14:08Au départ, pour des raisons économiques,
14:10notamment la chute de la monnaie iranienne, le Riyal,
14:13fin décembre,
14:14il fallait pour acheter un dollar,
14:17près de 1,5 million Riyal.
14:20Azadeh Alemi, expliquez-nous économiquement,
14:23où en est l'Iran aujourd'hui ?
14:25Elle est anéantie.
14:27Les Iraniens n'ont même pas la possibilité d'acheter
14:30un kilo de viande.
14:32Et le pain, je n'en parle pas.
14:33C'est devenu une situation insupportable.
14:37Le peuple est affamé.
14:39L'Iran a près de 90 millions d'habitants.
14:43Dans ces 90 millions d'habitants,
14:45peut-être que 70 millions vivent en dessous du seuil de la pauvreté.
14:50La situation est très très grave.
14:52C'est pourquoi ça a été l'étincelle
14:55pour faire sortir les gens dans la rue.
14:59Alors justement, la colère est partie des commerçants,
15:01des bazars, des bazaris de Téhéran,
15:04qu'on a déjà évoqués.
15:05Ils ferment leur boutique pour dénoncer
15:07la situation économique catastrophique du pays.
15:10Et à partir de là, la mobilisation va monter
15:12à travers l'Iran, avec de grandes manifestations.
15:15Il y a plus de monde qui sort dans la rue
15:18par rapport au mouvement précédent.
15:20Racontez-nous ce qui se passe début janvier.
15:22Alors depuis le 28 décembre,
15:24où il y a eu les grèves de bazaris,
15:27petit à petit, les manifestations
15:29se sont étendues dans les universités.
15:32Ensuite, les gens sont descendus dans les rues.
15:35Et puis c'est parti dans 47, 57, 100,
15:40et puis 190 maintenant.
15:42Et les derniers jours, c'était plus de 200 villes d'Iran
15:45qui sont descendues dans les rues.
15:48Des jeunes, des vieilles personnes,
15:51des handicapés, des enfants, des poussettes.
15:53Enfin, tout le monde est descendu dans les rues
15:55pour dire non au régime des Moula.
15:59On a du mal à mesurer le courage nécessaire
16:02pour manifester en Iran
16:03quand on pense à toutes ces répressions sanglantes
16:06qu'on vient d'évoquer.
16:07Il faut un courage fou pour aller dans la rue.
16:09Tout à fait.
16:10Parce que toutes les précédentes manifestations
16:14ont été réprimées par le sang,
16:16en tirant sur la foule.
16:18C'est ce qui fait que ce régime continue à survivre
16:23depuis 47 ans.
16:25C'est parce que le régime réprime
16:27de manière sanglante
16:29qu'on n'a pas réussi à le renverser.
16:31Sinon, dès les années 1980,
16:34le régime était tombé.
16:35Mais ce régime a utilisé la force,
16:38les exécutions massives
16:40pour empêcher le peuple de descendre,
16:42pour que le peuple ait peur de descendre dans les rues.
16:44Et là, c'est vraiment un courage.
16:46Vraiment, je suis fière des Iraniens aujourd'hui
16:49en les voyant descendre dans les rues
16:51malgré le risque d'être tués.
16:53Et la répression, cette fois-ci,
16:55est particulièrement sanglante.
16:57Les autorités iraniennes coupent Internet
16:59dans tout le pays à partir du 8 janvier.
17:01Mais des informations filtrent quand même.
17:03Des témoins parlent de tirs tendus
17:05en direction des têtes des manifestants.
17:07Ils décrivent des hôpitaux,
17:08des morgues saturées.
17:10L'ONG Iran Human Rights,
17:12qui est basée en Norvège,
17:13avance un bilan de près de 3 500 morts.
17:17Je rappelle que vous-même,
17:19vous faites partie d'une ONG,
17:20le comité de soutien aux droits de l'homme en Iran.
17:22Vous faites confiance à qui
17:23pour savoir combien de manifestants
17:25ont été tués par le régime
17:27dans cette répression ?
17:28Nous, nous nous basons
17:31sur nos contacts de l'intérieur de l'Iran,
17:34les familles,
17:35mais également sur une source
17:38très fiable
17:39qui est le Conseil National de la Résistance Iranienne.
17:42Le Conseil National de la Résistance Iranienne
17:45a fait une communiquée
17:47et a déclaré que
17:49plus de 3 000 manifestants
17:52ont été exécutés
17:53depuis le 28 décembre
17:56au 14 janvier.
17:58Nous, nous nous basons
17:59sur cette source
18:01et également d'autres sources
18:03très fiables.
18:04Nous ne voulons pas
18:05déclarer des chiffres
18:07qui ne peuvent pas être exacts
18:09avant vérification.
18:10Donc, lorsqu'on dit 3 000,
18:13c'est-à-dire que nous avons
18:14vérifié
18:15l'identité de chaque personne
18:17dans chaque ville
18:18avec vraiment
18:20la véracité de sa mort.
18:22Vous avez réussi à avoir
18:23des nouvelles de votre famille
18:24restée en Iran ?
18:25Des oncles ?
18:26Des tantes ?
18:27Vos cousins ?
18:28Directement, non.
18:30Indirectement, j'ai essayé
18:31d'appeler
18:31d'autres membres de ma famille
18:33qui sont à l'étranger
18:34pour savoir s'ils ont eu
18:36des nouvelles
18:37de leur maman,
18:38de leur papa
18:38qui pourraient dire
18:41que peut-être, oui,
18:41toute la famille va bien.
18:43Mais je peux vous dire
18:43que personnellement,
18:45depuis plus d'une semaine,
18:47je n'ai aucune nouvelle
18:48parce qu'à chaque fois
18:49que j'appelle,
18:50c'est coupé.
18:50Internet est coupé.
18:52Les lignes directes
18:53sont coupées.
18:53Les Iraniens,
18:54ils peuvent appeler
18:55de certaines lignes fixes
18:57ou mobiles
18:58mais de manière directe,
18:59pas en passant
19:00par Internet.
19:01Je pense que
19:02les gens ont malgré tout
19:03peur d'être surveillés
19:06ou écoutés.
19:07C'est très courant
19:08sous les dictatures
19:09qu'on écoute
19:10les conversations téléphoniques
19:11des gens.
19:12Dans les cortèges
19:13en Iran,
19:14les manifestants
19:14ont souvent
19:15scandé le nom
19:16du fils
19:17du monarque déchu
19:19dont on parlait,
19:19le chat d'Iran.
19:20Ce fils s'appelle
19:22Reza Balavi,
19:23il a 65 ans,
19:24il vit aux Etats-Unis,
19:25il a quitté l'Iran
19:26quand il avait 18 ans.
19:28Dans l'ensemble,
19:29les Iraniens ont
19:30quelle image de lui ?
19:31Vous savez,
19:32un peuple,
19:33quand il renverse
19:34une dictature,
19:36généralement,
19:37il ne revient pas
19:37en arrière.
19:38La plupart des Iraniens
19:40veulent une démocratie,
19:42une république
19:43laïque et démocratique.
19:44Quand on dit
19:45le chat d'Iran,
19:47ça veut dire
19:47qu'on veut
19:47une monarchie.
19:48Je voudrais vous dire
19:50que ce qu'on entend
19:51actuellement
19:52sur certains médias
19:53comme quoi on appelle
19:54le fils du chat
19:56d'Iran,
19:57c'est très marginal,
19:59c'est quelques personnes
20:00qui essayent
20:01d'imposer ça
20:02à la foule
20:03et les autres
20:04ne suivent pas.
20:05Ce qu'on vous cache,
20:06c'est que
20:07de l'autre côté,
20:08il y a
20:09un grand nombre
20:10de manifestants,
20:11notamment
20:12des jeunes,
20:13notamment
20:13dans les universités
20:15de Téhéran
20:16ou d'autres villes,
20:17dans les premiers jours,
20:18ils ont crié
20:19« Abba le tyran »
20:21qu'il soit
20:22« Shah »
20:23ou « guide suprême ».
20:24C'est très important
20:26à comprendre
20:26et ne pas
20:27se faire avoir
20:28par une espèce
20:30de propagande
20:31qu'on est en train
20:31de faire
20:32sur le fils
20:34de l'ancien
20:36dictature
20:36qui a été
20:37renversé
20:37par les Iraniens.
20:38L'Iran est un pays
20:40pluriethnique,
20:41il y a des farces,
20:42il y a des turcs,
20:43il y a des kurdes,
20:44il y a des lords,
20:45donc une grande
20:47composition
20:48de différentes personnes,
20:50de différentes cultures,
20:52ils ont besoin
20:52d'être respectés
20:53et c'est dans
20:55une démocratie
20:56qu'on pourra
20:56faire respecter
20:58le droit
20:59de tout le peuple
20:59où la religion
21:01et l'État
21:01sont bien séparés,
21:03où les minorités
21:05ethniques
21:06ont leur place,
21:07leurs droits
21:08sont respectés.
21:10Il faut savoir
21:10qu'à l'époque
21:11du père
21:12de ce monsieur,
21:14c'est-à-dire
21:15Mohamed Reza
21:16par la vie,
21:17les minorités
21:18ethniques
21:18détestaient
21:19ce roi
21:20parce qu'ils étaient
21:21réprimés
21:22et maltraités
21:23par ce roi.
21:24Ils ont un très
21:25très mauvais souvenir
21:26de l'époque
21:28de la monarchie
21:29et ne veulent surtout
21:30pas qu'un descendant
21:32de cette monarchie
21:32revienne en Iran.
21:34Comme on est dans un pays
21:35où il n'y a aucun
21:36débat possible,
21:37aucune opposition possible,
21:38j'imagine qu'il n'y a pas
21:39de figure fédératrice
21:40aujourd'hui
21:41qui peuvent incarner
21:42l'opposition ?
21:42Alors, certes,
21:44le régime iranien
21:44a réprimé
21:46l'opposition,
21:47mais il faut savoir
21:48qu'il existe
21:49des alternatives
21:50au régime
21:51des Mullah.
21:52Il y a par exemple
21:53le Conseil national
21:54de la résistance iranienne
21:55dont je vous ai parlé.
21:56C'est la plus ancienne
21:58coalition
21:59de groupes politiques
22:00et de personnalités
22:02iraniennes
22:03qui se sont réunies
22:04autour
22:05d'une table
22:06depuis maintenant
22:07plus de 45 ans.
22:09Ils existent.
22:10Donc, ils ont beaucoup
22:10d'expérience
22:11et ils sont rodés
22:13pour pouvoir
22:14être l'alternative
22:16à ce régime
22:17pendant une période
22:18de transition
22:19de six mois.
22:21Il faut savoir
22:22que
22:22le dernier mot,
22:24c'est le peuple iranien
22:26qui le dira
22:26sur le terrain.
22:28Il y a
22:29des unités
22:30de résistance,
22:31des jeunes insurgés
22:32qui sont en lien
22:33avec l'opposition
22:35iranienne
22:35à l'étranger
22:36qui sont en train
22:37de faire leur travail
22:39pour renverser
22:40ce régime.
22:41Donald Trump
22:42a soufflé
22:42le chaud et le froid
22:43concernant l'Iran.
22:44Le 3 janvier,
22:45il a menacé
22:46le pouvoir iranien
22:47d'intervenir,
22:48de frapper durement,
22:49je cite,
22:50le régime
22:50en cas de répression
22:51trop violente.
22:52Ensuite,
22:53il a parlé
22:54d'une réunion,
22:54d'une négociation
22:55en préparation
22:56avec le régime.
22:58Le 15 janvier,
22:59il a salué
23:00le fait que
23:00selon lui,
23:01le régime
23:01a renoncé
23:02à 800 exécutions
23:03d'opposants.
23:04Azadeh Alemi,
23:05vous,
23:06vous attendez quoi
23:07du président américain ?
23:08Nous n'avons jamais
23:09rien attendu
23:10de la part
23:11d'aucune puissance.
23:12La seule chose
23:13que moi je demande
23:14en tant qu'Iranienne,
23:16c'est la fermeté.
23:17C'est ce qu'on demande
23:18depuis plus de 30 ans
23:20aujourd'hui.
23:21On dit qu'arrêtez
23:22d'être complaisants
23:23vis-à-vis de ce régime,
23:24notamment,
23:25je parle des Européens,
23:27mettez les gardiens
23:28de la révolution
23:29sur la liste
23:31des entités terroristes,
23:32parce que ce sont eux
23:33qui répriment
23:34et qui persécutent
23:35le peuple iranien.
23:36C'est le bras armé
23:37du régime
23:38pour le maintenir
23:40au pouvoir.
23:41Si vous voulez faire
23:41quelque chose
23:42pour le peuple iranien,
23:43mettez ce groupe
23:45sur la liste
23:45des terroristes.
23:46Et ensuite,
23:47fermez les ambassades,
23:50extrader les ambassadeurs
23:52ou les agents
23:52du régime iranien
23:53infiltrés partout
23:55en Europe
23:56et aux Etats-Unis,
23:58extrader-les,
23:59vous verrez
24:00comment le peuple iranien
24:01pourra de lui-même
24:02renverser le régime
24:04des mollas.
24:04Nous voulons
24:05un pays
24:06qui restera
24:07indépendant.
24:08Nous ne voulons pas
24:09un pays
24:09comme ça a été le cas
24:11à l'époque du chat,
24:13qui était quand même
24:14un pion,
24:15si vous voulez,
24:16des puissances étrangères.
24:17Nous ne voulons plus
24:18revivre cela
24:20et donc,
24:21moi,
24:21je n'ai aucun message
24:22pour M. Trump,
24:23je voudrais juste
24:24qu'il soit
24:25ferme
24:26vis-à-vis
24:27du régime des mollas.
24:29Le régime des mollas,
24:31il peut tomber
24:32aujourd'hui ?
24:34Il est dans une pente,
24:38c'est la fin
24:39de sa vie,
24:40c'est-à-dire
24:41qu'il n'a jamais été
24:42aussi affaibli
24:43économiquement,
24:45il n'a jamais été
24:46aussi affaibli
24:47au niveau
24:48de ses bras armés
24:50au Yémen,
24:51au Liban,
24:52en Irak,
24:53donc il a
24:54beaucoup moins
24:54de force
24:55qu'avant
24:56pour pouvoir
24:57étendre
24:58son idéologie
25:00et sa révolution
25:01islamique
25:01comme c'était prévu
25:02depuis 1979
25:04et c'était
25:06par ce moyen-là
25:07qu'il persécutait
25:08son peuple
25:08toujours
25:09parce qu'il finançait
25:11ses groupes terroristes
25:12et le peuple
25:13était affamé.
25:14Ça fait des années
25:15que les Iraniens
25:16disent
25:17ni Gaza
25:18ni Liban,
25:19je donne ma vie
25:20pour l'Iran.
25:21Ça, ça veut dire quoi ?
25:22Ça ne veut pas dire
25:23que je me fous de Gaza,
25:24ça veut dire
25:25que occupez-vous
25:26du peuple
25:27avant de
25:28vous consacrer
25:30à d'autres problèmes
25:31du monde.
25:33Le peuple iranien,
25:34je pense qu'il est
25:35en voie
25:36de renversement
25:38de ce régime.
25:39C'est une question
25:40de...
25:40Je ne veux pas
25:41vous donner
25:42de date exacte,
25:43ça peut être
25:44une question
25:44de plusieurs mois
25:46ou même
25:47encore une année,
25:48mais il faudra
25:50le temps qu'il faudra.
25:51La victoire
25:52est très proche
25:53pour le peuple iranien.
26:01Merci Azadeh Alemi.
26:03Je rappelle
26:03que vous êtes
26:03porte-parole
26:04du comité de soutien
26:05aux droits de l'homme
26:06en Iran,
26:07réfugiés politiques
26:08en France.
26:09Cet épisode de Code Source
26:11a été produit
26:11par Thibault Lambert
26:12et Anaïs Godard.
26:14Réalisation,
26:14Pierre Chaffanjon.
26:15Code Source
26:16est le podcast quotidien
26:17d'actualité du Parisien.
26:19Nous publions
26:20un nouvel épisode
26:20chaque soir de la semaine
26:22du lundi au vendredi.
26:23Et puis n'oubliez pas
26:24Crime Story,
26:25chaque samedi matin,
26:26notre podcast
26:27qui raconte
26:27les grandes affaires criminelles.
26:29Un podcast présenté
26:30par Claudia Prolongeau
26:31avec son invité permanent
26:33Damien Delsenis,
26:35le chef du service
26:35police-justice du Parisien.
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