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Benjamin Brière a été emprisonné 1079 jours en Iran. Il était accusé d’être un « espion », tout comme Cécile Kohler et Jacques Paris, les deux derniers otages qui ont enfin quitté la prison iranienne en novembre. Benjamin Brière raconte trois ans d’enfer. Témoignage.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Grouzis, Thibault Lambert, Clémentine Spiler et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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Benjamin Brière a été emprisonné 1079 jours en Iran. Il était accusé d’être un « espion », tout comme Cécile Kohler et Jacques Paris, les deux derniers otages qui ont enfin quitté la prison iranienne en novembre. Benjamin Brière raconte trois ans d’enfer. Témoignage.
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00:02Bonjour, c'est Clara Grouzis pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 4 novembre dernier, Cécile Collère et Jacques Paris, détenus en Iran depuis plus de trois ans, sont sortis de
00:18prison.
00:19Les deux derniers otages français sont pour l'instant retenus à l'ambassade de France à Téhéran en attendant leur
00:25probable libération.
00:26Deux ans auparavant, le régime iranien avait libéré Benjamin Brière, un français lui aussi retenu en otage en Iran pendant
00:33trois ans.
00:34Comme Cécile Collère et Jacques Paris, il était accusé d'espionnage.
00:38Depuis son retour en France, Benjamin Brière a décidé de raconter son calvaire dans un livre intitulé « Azadi »,
00:45ce qui signifie « liberté » en persan.
00:47L'ouvrage est paru en octobre dernier.
00:50L'ex-otage français a accepté de se livrer à nouveau, cette fois-ci au micro de Barbara Gouy pour
00:55CodeSource.
01:04Je rencontre Benjamin Brière à Paris dans notre studio.
01:08Il est souriant et très calme.
01:11Il a l'habitude de raconter son parcours, il veut informer et sensibiliser les Français sur ce qu'il se
01:18passe en Iran.
01:19Il s'installe et il est prêt à revenir sur son histoire.
01:23Benjamin est né le 13 juin 1985.
01:28Il grandit en région parisienne, à Noisy-le-Grand.
01:31Sa mère est secrétaire et son père travaille dans un garage de revente de voitures d'occasion.
01:37À l'école, c'est un élève perturbateur.
01:41J'allais questionner un peu tout.
01:44Tout ce qu'on me disait à l'école, je le questionnais et ça passait pour de l'insolence auprès
01:49des profs.
01:50Puis j'ai toujours été quelqu'un d'actif plutôt que dans les bouquins.
01:54Je ne rentrais pas forcément dans un système éducatif, mais ça n'empêchait pas le fait que je n'étais
02:01absolument pas fainéant.
02:02J'avais plutôt envie d'aller sur le côté actif de la chose.
02:08Le système français est très procéduré, on va dire.
02:11Benjamin a une petite sœur de 5 ans de moins que lui.
02:14Elle s'appelle Blandine et ils sont très proches.
02:18Ils grandissent.
02:19Benjamin obtient son bac et il se lance dans une carrière dans l'événementiel, plutôt musicale.
02:25Au début de sa vingtaine, il a l'opportunité d'aller faire un stage de 8 mois à Tokyo.
02:31Je suis parti les 8 mois, je suis revenu un mois en France et je suis reparti direct.
02:37Je n'étais pas fan forcément de la culture japonaise, mais j'ai beaucoup apprécié le temps là-bas.
02:43Il y a eu une opportunité aussi professionnelle qui s'est présentée à la suite de ça.
02:47Et il y a eu aussi la rencontre, il y a toujours une femme finalement, il y a toujours une
02:52rencontre un peu amoureuse derrière ce genre de décision à un moment.
02:56Benjamin reste à Tokyo pendant 6 ans.
02:58Il a ensuite de nouvelles opportunités professionnelles et il va vivre dans d'autres pays.
03:04Singapour, les Émirats Arabes Unis et le Qatar.
03:07Bon alors je gagne un très gros salaire.
03:12Super, je suis extrêmement épanou dans mon boulot, super.
03:15Mais au final, qu'est-ce que ça m'a apporté ?
03:18En 2017, il y a un énorme embargo qui est imposé au Qatar à l'époque où je travaille.
03:26Et toutes les frontières sont fermées, tous les projets sont abandonnés à un moment.
03:30Et puis au bout de 6 mois, on passe d'une activité extrême à quasiment plus rien à cause de
03:36cet embargo.
03:37Plus une situation personnelle qui change aussi.
03:40Il y a l'envie de changement et je décide de tout quitter, de tout vendre et de tout donner.
03:47Benjamin rentre en France, il achète un van qu'il retape et aménage tout seul alors qu'il n'a
03:52jamais vraiment bricolé.
03:54Il a pour projet de partir en voyage pendant plusieurs mois.
03:58Mais au printemps 2019, sa soeur Blandine, qui habite à Lyon, lui annonce qu'elle est enceinte.
04:05Donc je viens à Lyon pour l'été 2019 pour les aider, faire de la peinture, faire préparer la chambre
04:11des jumeaux, puisqu'elle en aura deux, une fille et un garçon.
04:15Et puis peu de temps après la naissance, en septembre 2019, c'est le moment pour moi de repartir et
04:23lui promettre que je serai de retour pour le premier anniversaire, parce que c'est important.
04:29En septembre 2019, Benjamin part pour réaliser un long périple à travers l'Asie.
04:35Son objectif est d'arriver en Inde, en passant notamment par l'Iran.
04:39Le début du voyage se passe bien, il entre en Iran le 15 décembre 2019 et son visa l'autorise
04:47à rester dans le pays pendant trois mois.
04:49Mais rapidement, début 2020, le pays bloque ses frontières en raison de la pandémie du Covid-19.
04:56Il y a rapidement eu une sorte de confédération d'étrangers voyageurs là-bas qui se fait, qu'ils soient
05:04en vélo, à pied, en van, peu importe.
05:09Le ministère des Affaires étrangères iranien délivre aux ambassades une autorisation pour leurs ressortissants de rester finalement dans le pays
05:18sans problème de visa,
05:20puisque là c'est une situation exceptionnelle, tout est traduit à chaque fois dans toutes les langues des différentes ambassades.
05:25Donc moi j'ai préféré rester en Iran, j'ai eu ce parti pris.
05:29Donc il n'y avait pas vraiment de confinement, moi je décide d'en faire un quand même pour m
05:32'aligner un petit peu sur ce que j'entends en France.
05:36Je passe quelques semaines dans un désert tout seul, c'était incroyable comme expérience.
05:41Et ensuite, finalement je vois qu'il est toujours possible de voyager dans le pays, donc je continue de voyager
05:48en évitant les villes.
05:50C'est vite fait des ravitaillements dans les supermarchés et vite en repartir et puis je reste principalement en nature,
05:55ce qui me va très bien aussi.
05:57Le véhicule et les papiers de Benjamin sont souvent contrôlés en Iran.
06:01Mais tout se passe toujours bien, jusqu'à la nuit du 27 au 28 mai 2020, quand Benjamin dort dans
06:08son van sur la route entre la capitale Téhéran et la deuxième plus grande ville du pays, Machad.
06:14Il est réveillé par des militaires.
06:16Il y a des gros coups sur la tôle, il y aura des armes braquées tout de suite sur moi.
06:21Tout de suite il y a une tension et une pression qui est mise.
06:24Tout de suite visa, passeport, carnet de passage pour le véhicule, tout est en règle.
06:31Tout a déjà été contrôlé des dizaines de fois, donc à aucun moment je m'inquiète non plus.
06:35Et puis ils inspectent le van, et puis tout de suite après, ça passe à une vitesse supérieure.
06:40On me fait sortir du canyon avec le van, ou on me fait attendre en pleine nuit.
06:45Et puis, est-ce que tu es juif ?
06:47Ça c'est la première question qui m'a été posée, à laquelle j'ai refusé de répondre.
06:51Plus tard dans la matinée, il y a une personne que je décris comme l'homme aux yeux noirs dans
06:57le livre,
06:58qui lui posera dès la première minute le mot espion.
07:03Benjamin est emprisonné. Il a 34 ans, il ne comprend pas ce qu'il se passe,
07:08et il pense qu'il y a erreur sur la personne.
07:11Mais les jours passent sans qu'il ne soit libéré.
07:13Il n'y a aucune possibilité de parler.
07:16Il n'y a pas de possibilité non plus d'appeler ma famille, et encore moins l'ambassade.
07:21Mais en fait, très rapidement, je me rends compte qu'il faut que je crée une carapace,
07:24parce que sinon je vais me faire manger.
07:27Il y a une pression énorme qui est mise directement,
07:30notamment avec la rencontre d'un pseudo-juge,
07:34une semaine après être arrêté,
07:36qui me cognera pendant un long moment,
07:40pour restorquer des aveux.
07:43Benjamin est accusé d'espionnage pour le compte d'un état ennemi,
07:47notamment parce qu'il avait un drone avec lui.
07:49Mais c'est un drone de loisirs,
07:51et Benjamin comprend que ce drone est une excuse,
07:54et que les autorités iraniennes
07:56cherchent seulement à trouver une raison de l'incarcérer.
07:59Il est placé en cellule d'isolement pendant un mois.
08:02Et c'est leur technique de déstabilisation,
08:06c'est la technique appelée torture blanche,
08:09puisque ça ne laisse pas de traces physiques,
08:12mais à l'intérieur, c'est fait pour vous broyer,
08:14c'est fait pour restorquer des aveux.
08:17Je peux comprendre certaines personnes
08:19qui, au bout d'un certain temps,
08:20pourraient avouer le meurtre de Kennedy.
08:22Il n'y a aucun problème là-dessus,
08:24parce que retourner en prison,
08:26apaise, c'est mieux, c'est plus facile.
08:30Benjamin peut enfin avoir un appel avec sa sœur,
08:33Blandine, pendant ce mois d'isolement.
08:35Parce que je commence à perdre patience,
08:38et je refuse catégoriquement de répondre aux questions
08:42jusqu'au moment où j'aurai un coup de téléphone,
08:44et ils m'autoriseront à avoir 15 secondes avec ma petite sœur,
08:48on a juste le temps de se dire qu'on s'aime et que ça va.
08:51Mais j'avais été bien briefé avant ce coup de téléphone,
08:54en me disant, la seule chose que tu as le droit de dire,
08:56c'est tout va bien.
08:57C'est ce que je dirais, mais nos familles, nos proches,
09:02la façon dont on le dit, ou un mot qu'on emploie,
09:04ils vont savoir tout de suite qu'il y a un truc qui ne va pas.
09:11Ces appels sont sur écoute et ne sont pas réguliers.
09:14Ils auront lieu au bon vouloir des autorités iraniennes,
09:18et quand Benjamin sort de la cellule d'isolement,
09:21il comprend qu'il n'est pas prêt de sortir de prison.
09:23Il trouve des activités, il apprend à travailler le cuir dans un atelier mis à disposition pour les détenus,
09:30il lit beaucoup de livres, et il apprend même le perçant.
09:34Il y en a qui parlent de trois mots d'anglais,
09:36et puis avec une vingtaine de mots en commun, on va loin finalement.
09:40C'est un langage d'un gamin qui a quelques années,
09:44où c'est moi, mangez pomme hier, mais au moins on se fait comprendre.
09:47Et au fur et à mesure, j'ai déjà un champ lexical très particulier pour quelqu'un qui apprend une
09:53nouvelle langue,
09:53puisque je ne sais pas dire le mot fleur ou douceur,
09:56mais par contre j'ai tout le champ lexical de la justice, des crimes,
09:59et de toutes les entourloupes possibles,
10:01et de toutes les insultes possibles qu'on peut imaginer dans une prison, comme un gangster.
10:06En discutant avec les autres détenus,
10:08Benjamin comprend qu'il est une monnaie d'échange.
10:11Les autorités iraniennes voudraient négocier la libération d'un Iranien détenu en Belgique contre celle de Benjamin.
10:20Parfois, il a des rendez-vous avec l'ambassade de France en Iran,
10:23mais rien ne bouge pendant des mois.
10:26Le 25 décembre 2021, après un an et demi de détention,
10:30Benjamin entame une grève de la faim.
10:33On m'avait promis un coup de téléphone le jour de Noël,
10:37parce qu'en plus je sais que toute ma famille est ensemble,
10:40et en fait on me refusera.
10:42Et en fait je suis tellement dégoûté de tout ça,
10:45que j'ai l'estomac noué, sans le vouloir,
10:48je ne m'alimente pas pendant deux jours,
10:50et après je décide au bout de trois jours,
10:52moi en fait je vais continuer, je ne vais plus m'alimenter.
10:54J'avertis ma soeur, clandestinement.
10:57La prison l'apprendra dans les médias, ça ils n'aiment pas du tout.
11:00Benjamin a trouvé une manière de faire passer des lettres clandestinement à sa soeur.
11:05Il ne m'explique pas comment il a fait.
11:08Benjamin tient le coup pendant la grève de la faim.
11:11Quelques semaines après, en janvier 2022,
11:14Benjamin est jugé.
11:15Il est condamné en Iran à 8 ans et 8 mois de prison pour espionnage.
11:20Mais pour lui, cette peine ne veut rien dire.
11:23Il faut vraiment déconstruire tous nos schémas de connaissances juridiques et de droits ici,
11:29pour l'appliquer là-bas.
11:31Mes avocats prennent énormément de risques à me défendre,
11:34parce qu'ils vont contre le système qui m'enferme.
11:38Les juges, que j'appelle des pantins,
11:42ils ne font que lire ce qu'on leur donne.
11:45Les condamnations sont complètement grotesques.
11:49Ils auraient pu mettre 20 ans,
11:50ils auraient pu mettre n'importe quoi.
11:52La libération ne se jouait pas dans une cour de justice.
11:54Quelques jours après la condamnation de Benjamin,
11:57le président iranien et Emmanuel Macron
12:00se rencontrent pour parler de son cas.
12:03Benjamin y croit.
12:04Il arrête sa grève de la faim,
12:06mais rien ne bouge.
12:07Et le 7 mai 2022,
12:09deux autres Français,
12:11Cécile Collère et Jacques Paris,
12:13sont arrêtés en Iran.
12:15Cinq mois après, le 7 octobre,
12:17une vidéo 2 passe à la télévision iranienne.
12:20Pour la première fois dans le dortoir,
12:22je demande à tout le monde de se taire
12:23parce que je veux regarder la télévision,
12:25alors que d'habitude, ça m'insupporte.
12:27Je me colle à l'écran
12:30et on voit Cécile et Jacques
12:32dans une vidéo glaçante et terrifiante,
12:34s'exprimer en français
12:36avec des sous-titres en perçant.
12:37Je suis Cécile Collère,
12:39je suis agent de renseignement
12:42et opérationnel à la DGSE.
12:45Avouer, être des agents de la DGSE,
12:47je n'ose même pas imaginer
12:49les pressions qu'ils ont pu endurer.
12:51Cet argent devait effectivement servir aussi
12:53à financer les actions de grève
12:56et les manifestations.
12:58J'imagine juste aussi les familles,
13:02quand elles ont dû voir ça,
13:05ça a dû être terrifiant pour eux.
13:07Il n'est pas dans les habitudes
13:08de la DGSE de dire
13:09« on est à la DGSE ».
13:11Et que nous étions en Iran
13:13pour préparer les conditions
13:14de la révolution en Iran
13:15et du renversement
13:17du régime iranien-islamique.
13:22La sœur de Benjamin
13:23lui explique que Cécile et Jacques
13:25sont dans le même cas que lui.
13:27L'Iran les accuse à tort d'espionnage
13:30pour faire pression sur la France.
13:32Ils sont donc retenus en otage
13:34par les autorités iraniennes.
13:36Quelques jours après cette vidéo,
13:38Bernard Félan, un autre otage français,
13:40arrive dans la prison de Benjamin.
13:43Il vient d'être arrêté.
13:45Et tout de suite, il veut me parler.
13:46Il dit « t'inquiète pas, on a le temps.
13:48Viens, on va s'asseoir,
13:49on va prendre le chai,
13:50on va boire un thé. »
13:53Dès les premiers jours,
13:54c'est trop bien pour lui
13:56dans le sens où
13:57j'ai l'opportunité de lui donner
13:59tout ce pour quoi je me suis battu
14:00depuis deux ans et demi,
14:02c'est-à-dire des livres.
14:03Voilà, c'est trop bien
14:04de pouvoir apporter ça, vraiment.
14:06Benjamin et Bernard parlent en français
14:08et surtout, ils se soutiennent.
14:10En novembre 2022,
14:12un nouvel ambassadeur de France en Iran
14:14est nommé.
14:15Benjamin sent que les choses
14:17peuvent enfin bouger.
14:18Alors il entame une nouvelle grève
14:20de la faim, le 28 janvier 2023,
14:23un an jour pour jour
14:24après avoir arrêté la précédente.
14:27Trois semaines après,
14:29le 15 février,
14:30Benjamin est acquitté
14:31lors d'une audience en appel.
14:33« Je suis sorti du dortoir.
14:35Il faut dire au revoir à Bernard.
14:37Je ne sais pas trop quoi lui dire.
14:38J'ai du mal à le regarder dans les yeux.
14:40Je dis quoi ?
14:40À plus, on se voit dehors.
14:42Bon courage. »
14:42Enfin, c'est très compliqué.
14:44Je passe le premier,
14:46deuxième, troisième sas de sécurité
14:47et arrivé à un mètre
14:48de la sortie de la prison
14:49où mon avocate
14:51est censée être derrière,
14:52dehors.
14:53On me demande de patienter
14:54et deux minutes après,
14:55au final,
14:56il y a une main qui se pose
14:56sur mon épaule
14:57en me disant
14:57« Tiens, retourne en cellule. »
15:00Donc c'est incompréhension totale.
15:02Même mon avocate me dit
15:03« Ah, ne t'inquiète pas,
15:05je passe la nuit à Machade.
15:06Je m'occupe de ça demain
15:08et demain, t'es sorti. »
15:09Sauf que demain,
15:10se prolonge en après-demain
15:11et après après-demain.
15:12Une semaine après,
15:13où j'ai mon avocate au téléphone
15:16qui me dit
15:16« En fait, tu vas être jugé. »
15:19Benjamin ne comprend pas
15:20ce qu'il se passe.
15:21Il n'est pas libéré
15:22et il reste encore
15:24plusieurs mois en prison.
15:25Il continue sa grève de la faim.
15:27Et en fait,
15:28ce qui sera le plus dur,
15:29c'est le côté mental
15:30parce que
15:32sans activité de l'estomac,
15:33il ne laisse pas
15:35dormir tous les autres organes.
15:37Donc en fait,
15:38je commence à
15:39enchaîner des nuits d'insomnie
15:41et quand on les enchaîne
15:42comme ça,
15:43c'est le cerveau
15:44que ça ravage.
15:45Il y a des associations
15:46d'idées
15:46qui sont complètement folles.
15:48Il y a des vertiges,
15:49il y a des étourdissements.
15:50Évidemment,
15:51je ralentis tous mes gestes
15:52pour me lever.
15:53Je prends quelques minutes,
15:54je m'assoisse d'abord
15:55sur ce qui nous sert de lit.
15:57Je visualise mentalement
15:59comment je vais me déplacer,
16:01comment je vais me lever.
16:02Si je le fais trop vite,
16:03je sais que je vais le payer
16:03tout de suite.
16:04Benjamin tient bon.
16:05Le 11 mai 2023,
16:08du jour au lendemain,
16:09il est finalement libéré
16:11avec Bernard Féland.
16:14Enfin libéré de retour
16:15chez eux,
16:16malade,
16:16affaibli,
16:17épuisé par leur long mois
16:18de détention en Iran
16:19et plusieurs grèves de la faim.
16:21Les Français,
16:22Benjamin Brière
16:22et Bernard Féland
16:23accusés d'espionnage.
16:25Avant de rentrer en France,
16:26ils vont à l'hôpital en Iran.
16:29On est sortis de l'hôpital
16:30après plein d'examens,
16:32après une nuit interminable
16:34parce qu'on pense sincèrement
16:35qu'on va venir nous rechercher
16:36et nous remettre en prison,
16:37ce qui est très largement possible.
16:40Et oui,
16:40ça s'enchaîne très vite.
16:41On sort de l'hôpital,
16:43on nous met dans une ambulance,
16:44on va à l'aéroport de Machade
16:47où un avion médicalisé
16:50vient d'atterrir
16:51et tout va très vite.
16:5428 minutes plus tard,
16:55on est sortis de l'espace aérien iranien,
16:57on est libres.
16:5829 minutes plus tard,
16:59ma famille est prévenue.
17:01Si c'est lunaire,
17:01on ne comprend pas ce qui se passe.
17:03Mais puis plusieurs heures plus tard,
17:05on atterrit à Paris.
17:08Benjamin est hospitalisé
17:09pendant un mois et demi
17:10en arrivant en France.
17:12Il a 37 ans,
17:13presque 38.
17:15Après avoir été incarcéré
17:16pendant trois ans,
17:18il retrouve ses proches,
17:19mais c'est dur de se refaire une place.
17:21On a eu tendance là-bas
17:23à oublier que la vie
17:25existait encore à l'extérieur.
17:27On réalise que tout le monde
17:29a avancé,
17:31tout le monde a fait des projets,
17:33tout le monde a des amis
17:34qui ont des enfants,
17:36qui ont déménagé,
17:38qui ont changé de projet professionnel.
17:41En fait, je me rends compte
17:42que tout le monde a grandi
17:42et moi, j'ai juste vieilli finalement.
17:45Quelques semaines après être rentré,
17:47Benjamin rencontre les familles
17:49des autres otages français en Iran
17:51qui n'ont pas encore eu la chance
17:52d'être libérés.
17:53Les premiers à être venus,
17:55c'est les parents de Cécile et Noémie
17:57qui sont venus me voir à l'hôpital.
18:00À schéma inverse,
18:00j'aurais beaucoup apprécié
18:01que si un otage avait été libéré avant moi,
18:05il aille parler à ma sœur,
18:06il aille parler à mes proches,
18:07même s'il n'avait pas d'infos.
18:08Moi, je n'avais pas d'infos sur eux.
18:10Je ne les avais pas croisés en prison,
18:11je n'avais pas croisé leur fils,
18:13leur père, leur frère.
18:14Mais de leur dire,
18:16ne s'inquiétez pas, ça va aller.
18:18Ils vont sortir,
18:19c'est de leur donner espoir aussi.
18:20C'est une forme d'espoir,
18:21une libération,
18:22même si elle amène son lot
18:25de dire,
18:27oui, mais ça va être quand
18:28leur tour à eux ?
18:29Benjamin essaye de reprendre ses marques,
18:31mais au fil des mois
18:33et même des années,
18:34il se sent toujours otage
18:36et il se rend compte
18:37qu'il est très difficile
18:38de se réinsérer
18:39dans la société française.
18:41Administrativement,
18:42c'est une double peine
18:43quand on rentre
18:43puisqu'il n'y a aucun suivi,
18:45aucun accompagnement,
18:46aucune aide
18:47qui n'est prévue
18:47par l'État français.
18:50Donc voilà,
18:50là c'est aussi une bataille
18:52au retour,
18:54personnelle,
18:54que je transformerai
18:55en bataille citoyenne
18:57puisque je milite maintenant
19:00pour la création
19:01d'un statut d'otage
19:02qui donne droit
19:03à certaines choses,
19:05qui donne droit
19:05à une prise en charge
19:06déjà de la famille
19:07pendant la détention
19:09parce qu'eux aussi
19:10il leur faut un accompagnement,
19:12parce qu'eux aussi
19:12leur vie est mise sur pause
19:14et entre parenthèses.
19:16En octobre 2025,
19:18Benjamin sort un livre
19:20sur sa détention
19:21et dans ce livre,
19:22il fait aussi
19:23une déclaration d'amour
19:24aux Iraniens
19:26et aux Iraniennes.
19:27L'Iran,
19:28j'ai laissé
19:29une partie de mon cœur
19:30et ils ont encore
19:31tout mon amour
19:32et tout mon soutien.
19:33Sans faire de politique,
19:34c'est pas mon rôle.
19:35Moi je suis français,
19:36j'ai pas mon mot à dire
19:37sur prendre partie
19:40sur tel ou tel mouvement
19:41ou telle ou telle opposition.
19:43Par contre,
19:44oui,
19:44j'ai une sorte de devoir
19:46de dénonciation
19:47par rapport à ce que j'ai vécu
19:48et ce que j'ai vu
19:49pour eux
19:50et si le régime iranien
19:53est mis à mal demain,
19:55et bien après-demain,
19:56j'y retournerai.
19:57Et j'espère qu'on y retournera
19:59à un moment donné.
20:07Barbara,
20:07on a entendu
20:08Benjamin Brière le dire.
20:09Depuis qu'il est rentré en France,
20:11il milite pour la création
20:12d'un statut d'otage.
20:13Oui, c'est ça.
20:14En fait,
20:14il a vraiment dû faire face
20:16aux incohérences
20:17de l'administration française
20:18quand il est rentré.
20:19Par exemple,
20:20le Trésor public
20:21l'a accusé
20:21de ne pas avoir déclaré
20:23ses impôts
20:24pendant quatre ans
20:24et quand il les a contactés
20:26pour leur expliquer
20:27la situation,
20:28on lui a dit
20:28qu'il aurait dû demander
20:29à un proche
20:30de le faire pour lui,
20:31ce qui n'était évidemment
20:32pas possible
20:33puisqu'il n'avait que
20:34quelques minutes
20:34de téléphone par mois
20:35avec ses proches.
20:36C'est un exemple,
20:37mais il a eu d'autres démarches
20:39à faire
20:39qui auraient pu être évitées
20:40et il voudrait donc
20:41que les prochains otages
20:43qui seront libérés
20:44n'aient pas à vivre ça.
20:45La création d'un statut d'otage
20:47leur faciliterait la vie
20:48et permettrait de leur proposer
20:50un accompagnement
20:50à leur retour.
20:51Justement,
20:52on le disait
20:52au début de cet épisode,
20:54début novembre,
20:55Cécile Collère et Jacques Paris,
20:56les deux derniers otages
20:57français en Iran,
20:58sont sortis de prison.
21:00Comment il a réagi
21:01Benjamin Brière
21:01en apprenant cette nouvelle ?
21:02Il était soulagé bien sûr
21:04et il connaît bien Noémie,
21:05la sœur de Cécile Collère.
21:06Ils sont contents
21:07de savoir
21:08qu'ils ne sont plus en prison
21:09où leurs conditions
21:10de détention étaient difficiles.
21:12Benjamin est rassuré aussi
21:13de savoir
21:13qu'ils sont tous les deux ensemble
21:15et qu'ils peuvent donc
21:15se soutenir.
21:16Mais il a insisté
21:17sur un point,
21:18il faut être très prudent
21:19quand on parle
21:20de leur libération
21:21parce que même s'ils ne sont plus
21:23dans l'enceinte de la prison,
21:24ils sont toujours retenus
21:25en Iran,
21:26donc on ne sait pas
21:27quand ils pourront partir
21:28de l'ambassade de France
21:29à Tahéran.
21:31Merci Barbara.
21:32Cet épisode de Code Source
21:33a été produit par
21:34Thibault Lambert
21:35et Anaïs Godard,
21:36réalisation Julien Moukoukiole.
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21:40sur votre plateforme
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21:44et des petites étoiles.
21:45On vous invite aussi
21:46à écouter Crime Story.
21:48Chaque samedi,
21:48la journaliste Claudia Prolongeau
21:50vous raconte
21:50une nouvelle affaire criminelle
21:52avec Damien Delsenis,
21:53le chef du service
21:54Police Justice du Parisin.
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