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« El Mencho », le baron de cartel de 59 ans, a été assassiné par l’armée mexicaine dimanche 22 février. Cette opération a plongé le Mexique dans le chaos.
Récit avec Julien Delacourt, journaliste indépendant basé à Mexico.

Chapitres :
0:00 - Nemesio Oseguera, dit "El Mencho" : l'ascension du baron de la drogue mexicain
3:24 - L'histoire des cartels et la guerre contre la drogue au Mexique
10:25 - La chute d'El Mencho : une opération risquée et ses répercussions

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Barbara Gouy, Anaïs Godard et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Euronews

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#codesource #elmencho #mexique #cartels #drogueria

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News
Transcription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Il était le narcotrafiquant le plus recherché du continent américain.
00:16Son nom, Nemesio Oseguera, 59 ans, plus connu sous le nom de El Mencho,
00:22chef du cartel de drogue le plus puissant du Mexique.
00:25El Mencho est mort le dimanche 22 février au cours d'une opération militaire qui visait à le capturer.
00:32Des actes de vengeance ont ensuite éclaté à plusieurs endroits dans le pays.
00:37Ce baron de la drogue symbolisait l'omniprésence et la violence des cartels qui gangrènent le Mexique depuis des décennies.
00:46Pour en parler avec nous dans Codesource, un journaliste indépendant basé à Mexico, Julien Delacour.
00:53Il est notamment le correspondant de RTL et de Radio-Canada dans la région.
01:04Julien Delacour, avant d'entrer dans le vif du sujet, qu'est-ce que vous pouvez nous dire d'essentiel
01:09à savoir sur le Mexique
01:10pour celles et ceux qui n'y sont jamais allés ou qui connaissent mal ce pays ?
01:14Le Mexique, c'est un très grand pays déjà, qui fait plus de trois fois la taille de la France.
01:18C'est un pays très peuplé aussi, avec 130 millions d'habitants.
01:23Et ça, c'est sans compter les près de 50 millions de Mexicains qui vivent aux États-Unis.
01:27Ça, c'est une autre particularité du Mexique.
01:29Il partage une frontière de 3000 kilomètres environ avec les États-Unis, à son extrémité nord.
01:36Au sud, il touche le Guatemala et le Belize.
01:38Ça fait du Mexique un pays d'Amérique du Nord, je préfère le préciser.
01:43En fait, c'est le seul pays latino-américain d'Amérique du Nord.
01:45Et à ce titre, il partage un traité de libre-échange avec les États-Unis et le Canada.
01:50Vous avez 30 ans, Julien Delacour.
01:52Vous êtes journaliste au Mexique depuis 2022.
01:54Quels sont les principaux sujets que vous avez à couvrir sur place ?
01:58Alors, c'est très varié.
01:59Mais je dois dire que depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche,
02:03il y a beaucoup de sujets sur toutes les dynamiques migratoires.
02:06Ça, ça a beaucoup augmenté.
02:08Depuis 2022, depuis que je suis arrivé au Mexique,
02:10on a quand même vu plusieurs épisodes de violence.
02:13Mais pour être honnête, pour ma part, j'ai beaucoup plus traité de la violence
02:17à travers ce qu'on appelle la crise des disparitions forcées.
02:20Donc, dans les grandes lignes, ce sont des personnes qui disparaissent,
02:23sans laisser de traces, dont les corps ne sont pas retrouvés dans le cas où ces personnes sont mortes.
02:28Et malheureusement, c'est souvent le cas.
02:29En fait, pour beaucoup, ce sont des victimes des différents groupes criminels ou de féminicides.
02:33Et il faut bien comprendre que c'est une véritable tragédie nationale.
02:36Il y a 130 000 personnes actuellement portées disparues.
02:40Les disparitions ont été plus importantes ces deux dernières décennies,
02:43depuis le début de la guerre contre la drogue.
02:46Et plus généralement, au Mexique, il y a beaucoup de morts liées au trafic.
02:50Oui, c'est vrai que ça fait froid dans le dos, puisqu'on parle de 350 000 morts
02:55en rapport avec le crime organisé et le trafic de drogue entre 2006 et 2021.
03:01Pendant la dernière décennie, le Mexique recensait environ 30 000 homicides par an,
03:05même si ça a un petit peu baissé ces dernières années.
03:08On peut quand même dire que depuis 2006, c'est assez stable.
03:12En fait, il faut bien comprendre que même en dehors des grosses arrestations,
03:16des gros rebondissements, la violence est toujours présente au Mexique,
03:19à des niveaux auxquels on a parfois du mal à s'imaginer en France.
03:23Vous allez nous raconter le parcours d'El Mencho
03:26et nous dire comment sa mort a secoué le pays ces derniers jours.
03:29Mais avant ça, pour bien comprendre,
03:31on va retracer rapidement l'histoire des cartels de drogue au Mexique.
03:35Quand et comment est-ce qu'ils apparaissent, ces cartels ?
03:38Alors, c'est toujours assez difficile d'évaluer avec exactitude
03:41quand et comment sont nés les cartels.
03:43Mais disons que dans un contexte de prohibition dans les années 1920 aux Etats-Unis,
03:49on a vu des activités de contrebande apparaître.
03:52Il y a eu aussi du trafic d'opium qui était interdit aux Etats-Unis.
03:55Mais vu que le Mexique était producteur d'opium,
03:59on a vu aussi apparaître des premiers narcotrafiquants,
04:02même si c'était encore des organisations très locales.
04:05Ensuite, dans la deuxième moitié du XXe siècle,
04:08et même on peut aller jusqu'aux années 80,
04:10la consommation de cannabis a explosé aux Etats-Unis.
04:13Alors, la production a suivi au Mexique.
04:16Et ça, ça n'a pas manqué d'attirer l'attention de la DEA vers les années 80,
04:20le service étasunien de lutte contre le narcotrafic.
04:23Du coup, inévitablement, les groupes armés au Mexique se sont un petit peu militarisés.
04:29Certains ont commencé aussi à s'organiser entre eux pour coordonner leurs actions,
04:33surtout dans le bassin de l'ouest et du nord du Mexique.
04:37On parle souvent de Guadalajara et du Sinaloa,
04:39un petit peu comme les berceaux des premiers cartels,
04:42comme on l'entend aujourd'hui.
04:44Mais voilà, c'est surtout le trafic de cocaïne un petit peu plus tard qui change la donne.
04:47Et là, le Mexique n'agit plus tellement comme producteur,
04:50mais se charge de faire passer la cocaïne
04:53qui vient d'Amérique du Sud vers les Etats-Unis.
04:55Là, c'est l'ancien cartel de Guadalajara qui se chargeait un petit peu de tout ça,
05:00qui n'avait pas vraiment de concurrence à ce moment-là.
05:02Et c'est là, dans les années 90, que ça se complique un petit peu,
05:05puisqu'il y a des conflits internes qui commencent à apparaître.
05:09Le cartel de Guadalajara se fragmente en plusieurs places,
05:12qui se séparent un petit peu du pouvoir central et qui deviennent tous concurrents.
05:18Au fil du temps, ces cartels se sont diversifiés en faisant passer d'autres drogues,
05:23puissantes et peu chères, notamment vers les Etats-Unis.
05:27Expliquez-nous ça.
05:27Oui, globalement, les cartels mexicains s'adaptent sans cesse aux nouvelles consommations de drogue.
05:31Et ces 15-20 dernières années, c'est vraiment les drogues de synthèse qui ont explosé.
05:36On parle beaucoup dernièrement du fentanyl, qui est un IPAC ultra puissant,
05:41qui fait des ravages en Amérique du Nord,
05:43si bien qu'on parle au Canada et aux Etats-Unis d'épidémie.
05:46Une seule prise même peut conduire à une surdose mortelle.
05:50Aujourd'hui, les cartels mexicains en ont fait le cœur de leur trafic de drogue.
05:52C'est aussi plus rentable et plus simple pour eux, vu qu'ils n'ont besoin que de substances actives,
05:57qui leur vient cette fois d'Asie et non plus d'Amérique du Sud.
06:00Et ils peuvent préparer le fentanyl ou encore l'extasie ou d'autres substances
06:05dans leurs nombreux laboratoires clandestins qu'ils ont à travers le Mexique.
06:08Mais ces cartels ne font pas que fabriquer et faire passer de la drogue.
06:12Ils prennent le contrôle sur des territoires.
06:15Oui, alors ce sont des dynamiques très complexes.
06:17Il faut comprendre que le crime organisé infiltre une bonne partie de la vie publique et politique au Mexique.
06:23Dans les territoires où tel ou tel cartel est le plus présent,
06:27globalement on voit de larges dynamiques de corruption,
06:29notamment avec les autorités locales, les autorités de l'État en question,
06:34mais aussi les autorités municipales, la police.
06:36C'est comme ça qu'ils lavent une bonne partie de leur argent,
06:39avec des systèmes aussi de raquettes organisées contre de nombreux commerçants.
06:44Et sans quoi, si on refuse de payer, on voit son local brûlé.
06:48Cela passe aussi par la terreur,
06:50à qui se sentirait dénoncée cette omniprésence des cartels dans ces territoires.
06:55Dans les zones les plus investies par le crime organisé,
06:57on remarque que les assassinats de journalistes sont plus fréquents que dans le reste du Mexique,
07:02ainsi que des assassinats de personnalités politiques qui dénoncent ces systèmes-là.
07:07C'était le cas en novembre 2025.
07:09On a vu le maire d'une ville de l'État du Michoacán,
07:13qui est devenue le symbole de la lutte contre les cartels, se faire assassiner en pleine rue.
07:19Ces cartels pratiquent beaucoup l'extorsion.
07:22C'est le fait de contraindre les commerçants, par exemple,
07:25à reverser une partie de leurs recettes s'ils veulent avoir la paix.
07:28Et au milieu des années 2000,
07:30le gouvernement mexicain décide d'entrer en guerre contre les narcotrafiquants.
07:34Des opérations militaires et policières de grande ampleur sont déclenchées
07:39pour récupérer des territoires contrôlés par ces cartels.
07:43Qui est le plus puissant d'entre eux à ce moment-là ?
07:46Vous savez, la carte d'influence des cartels, c'est quelque chose qui est en perpétuel mouvement.
07:50Mais à ce moment-là, on parlait beaucoup du cartel de Sinaloa,
07:54avec son chef emblématique, Joaquin Guzman,
07:57qu'on connaît plus sous son surnom, El Chapo.
08:00Et juste, je vous parlais plutôt de 2006, c'est vraiment une année charnière.
08:04Eh bien, en fait, c'est en 2006 que le président de l'époque, Felipe Calderón,
08:08déclare officiellement la guerre contre le narcotrafic.
08:11Et ça, ça a vraiment marqué un avant et un après,
08:13que ce soit dans la militarisation du pays et l'usage de soldats
08:17pour combattre les trafics en drogue,
08:19et aussi dans le degré de violence des cartels.
08:23En 2006, au nom de la guerre contre la drogue,
08:25Felipe Calderón convoque l'armée.
08:2750 000 soldats sont déployés pour lutter contre les trafiquants.
08:31Si 22 barons des cartels de drogue sont tués ou arrêtés,
08:34le bilan humain de cette intervention est alarmant.
08:36Plus de 55 000 personnes ont péri en 6 ans.
08:40Les cartels ripostent souvent avec une très grande violence,
08:44des assassinats.
08:45Et si les autorités n'arrivent pas à les faire tomber,
08:48c'est aussi à cause de la corruption dans le pays.
08:51Une corruption qui empoisonne parfois jusqu'au sommet de l'État.
08:55Bien sûr, je parlais avant de la corruption à un niveau plus local,
08:58ce qui est véritablement essentiel pour les cartels.
09:01Mais ils ont aussi infiltré des sphères politico-économiques
09:03bien plus élevées.
09:05Et cela va parfois effectivement jusqu'au sommet de l'État.
09:07Même dans le gouvernement du président Calderón,
09:09d'ailleurs celui-même qui avait déclaré la guerre aux narcos.
09:13Puisque son homme fort en termes de sécurité,
09:15Renaro García Luna,
09:17a été accusé de larges liens de corruption,
09:20avec notamment le cartel de Sinaloa,
09:22pendant qu'il était en poste.
09:23Il aurait même permis aux trafiquants
09:25d'utiliser l'aéroport international de Mexico
09:27pour faire transiter la drogue.
09:29Il est actuellement en prison aux États-Unis
09:32où il purge une peine de 38 ans
09:34pour narcotrafic et délinquance organisée.
09:37Et ça, effectivement,
09:38c'est un des cas les plus emblématiques.
09:39Mais cela reste juste un exemple
09:41du niveau de corruption qu'il peut y avoir au Mexique.
09:44Il y a la guerre entre les cartels
09:46et le gouvernement mexicain,
09:48mais il y a aussi les cartels
09:49qui se livrent une guerre sans merci entre eux.
09:52Bien sûr, parce qu'il y a tout simplement
09:53une lutte pour le contrôle des territoires
09:56entre les différents groupes.
09:57On parlait de la fragmentation des cartels.
10:00Aujourd'hui, il y a au moins six cartels principaux
10:02qui se font régulièrement la guerre,
10:04surtout dans certains territoires disputés.
10:06Et puis, il y a aussi les tensions internes
10:08entre différentes factions d'un même cartel.
10:11Par exemple, depuis 2024, on observe beaucoup ça
10:14concernant le cartel de Sinaloa
10:15qui s'est divisé en deux sous-groupes
10:18qui se font la guerre
10:18depuis l'arrestation de plusieurs de leurs chefs
10:21pour savoir qui va reprendre le contrôle de l'organisation.
10:25Au début des années 2010,
10:27un nouveau cartel fait son apparition
10:29avec à sa tête un homme d'une trentaine d'années
10:32surnommé El Mencho.
10:34Qu'est-ce qu'on sait de lui
10:35et de son parcours jusqu'à cette date ?
10:37Alors déjà, on connaît son vrai nom,
10:39Nemesio Oseguera.
10:41Il est né dans l'état mexicain de Michoacan
10:43dans les années 60,
10:44dans une famille de cultivateurs d'avocats.
10:47Et c'est assez important
10:48quand on sait aujourd'hui l'importance
10:49du secteur de l'avocat
10:51qui est une des activités les plus investies
10:54par le crime organisé après la drogue.
10:56Ensuite, ce que l'on sait,
10:58c'est que dans sa jeunesse,
10:59El Mencho a émigré clandestinement aux Etats-Unis
11:01jusqu'à en être expulsé
11:03pour port d'armes et différents petits trafics.
11:05Il avait 30 ans et de retour au Mexique,
11:07il s'est rapproché d'un cartel qui contrôlait
11:09la zone où il vivait.
11:11Il a gagné en échelon jusqu'à s'affranchir de ce groupe.
11:14C'est là qu'arrive le cartel de Jalisco Nouvelle Génération
11:17qui est passé par d'autres noms
11:18mais qui, au début, avait la particularité
11:21d'être un cartel familial
11:22dirigé par El Mencho et ses proches directs.
11:25C'est vraiment dans la deuxième partie des années 2010
11:28que le cartel s'impose vraiment
11:29comme un des principaux au Mexique.
11:31El Mencho se retrouve rapidement
11:33à diriger un réseau immense
11:35mais il est aussi extrêmement discret.
11:38Oui, c'est une de ses particularités.
11:39D'ailleurs, il est discret.
11:40Pas autant connu du grand public
11:42ni autant emblématique qu'El Chapo
11:44qui a été, durant un moment,
11:46son rival direct du cartel de Sinaloa.
11:49C'est à la fois un trait de caractère
11:50et aussi une manière de renvoyer directement
11:52vers les actions et les progrès du cartel
11:55plutôt que de s'attarder sur sa personnalité.
11:58Mais discret ne veut pas dire inoffensif
11:59puisqu'il a fait vraiment de la violence extrême
12:02une véritable marque de fabrique
12:04du cartel de Jalisco.
12:05Et quoi qu'il en soit,
12:06il n'était pas tant discret
12:07pour que la DEA le laisse tranquille
12:09et les Etats-Unis ont quand même mis sa tête
12:11à prix à hauteur de 15 millions de dollars.
12:16Dans les années qui suivent,
12:17son cartel, baptisé le cartel Jalisco Nouvelle Génération,
12:21le CJNG, gagne en puissance
12:23au point de rivaliser avec le cartel de Sinaloa.
12:27Comment il y parvient ?
12:28Déjà, c'est par un jeu d'alliance
12:30avec d'autres groupes.
12:31D'ailleurs, à ses débuts,
12:32le cartel de Jalisco a été allié
12:34au cartel de Sinaloa
12:36avant qu'il ne devienne des concurrents.
12:38Et quelques alliances stratégiques
12:40ont permis au cartel de se développer,
12:42de passer la drogue aux Etats-Unis,
12:44notamment par la ville frontière de Tijuana.
12:47Alors le cartel de Jalisco Nouvelle Génération
12:49a si très rapidement compris
12:50qu'il fallait se diversifier,
12:52s'adapter dans les drogues
12:53en proposant en plus de la cocaïne,
12:55des amphétamines, de l'ecstasy,
12:56ou plus récemment du fentanyl,
12:58mais aussi et surtout se diversifier
13:00dans d'autres secteurs.
13:02La traite et l'extorsion de personnes migrantes
13:05qui passent par le Mexique
13:06pour se rendre aux Etats-Unis.
13:07En fait, les criminels les séquestrent
13:09et demandent des rançons aux familles.
13:11On parle aussi de l'agriculture
13:13avec les avocats.
13:14Il y a aussi les citrons.
13:15Les deux, maintenant,
13:17sont très investis par le crime organisé.
13:18Donc on peut dire que le cartel Jalisco Nouvelle Génération
13:22fonctionne un peu comme une multinationale
13:24qui a des activités légales aussi
13:27pour blanchir l'argent de la drogue ?
13:29Oui, c'est tout à fait ça.
13:31Un fonctionnement de multinationale
13:32et de diversification
13:34pour premièrement être présent partout
13:37et deuxièmement avoir des options
13:39pour le blanchiment d'argent
13:40puisqu'effectivement tout l'argent
13:41qui vient des activités illégales
13:43ne peut pas être utilisé comme ça.
13:45Il faut des combines
13:46pour justifier de telles sommes aussi.
13:47Alors cela passe par des investissements au Mexique
13:50mais en plus à l'international
13:52dans les marchés qui sont connus pour leur opacité
13:55comme à Dubaï qui est un bon exemple
13:57où le cartel de Jalisco
13:59a largement investi à la fois dans l'immobilier
14:01dans des entreprises
14:03ou dans des placements financiers.
14:05Le cartel d'El Menchoss
14:06forge rapidement une réputation
14:08d'organisation impitoyable et sanguinaire.
14:12Il a notamment recours au recrutement forcé.
14:15Alors de quoi il s'agit ?
14:16Le recrutement forcé, c'est une pratique
14:17qu'on observe beaucoup dans l'état de Jalisco.
14:20En fait, via des groupes WhatsApp
14:22ou via la messagerie Telegram,
14:24des membres du cartel APAT,
14:25des jeunes gens avec de fausses annonces de travail,
14:28on leur donne une adresse assez isolée
14:30et dès qu'ils arrivent, ils sont séquestrés
14:32sans vraiment d'autre choix que de suivre
14:34un entraînement et de travailler,
14:36parfois comme chair à canon pour les cartels.
14:38C'est une pratique courante
14:39chez tous les groupes criminels
14:40mais c'est vrai que la récente découverte
14:43de camps d'entraînement l'année dernière a fait éclater
14:45l'ampleur du problème dans l'état de Jalisco.
14:49En 2015, les autorités mexicaines parviennent
14:51à localiser El Menchoss et tentent de l'arrêter
14:54mais l'opération militaire vire au fiasco.
14:57Oui, et pourtant, c'était à l'époque
14:59une des plus grosses opérations
15:01et un des plus gros déploiements du genre
15:03avec des centaines de militaires
15:05de différents corps de police
15:06pour un plan qui était nommé
15:08Opération Jalisco.
15:10Alors là où il y avait eu des interventions,
15:12la réponse des narcos était immédiate
15:14avec des blocages de routes,
15:15des incendies de véhicules
15:17et de nombreux combats.
15:18Et surtout, El Menchoss avait bien été localisé.
15:20Il avait été pris en chasse
15:22par un hélicoptère de l'armée
15:23mais il a réussi à prendre la fuite
15:25en l'abattant, lui ou un de ses hommes.
15:27Cet hélicoptère avec un lance-roquette.
15:31En 2016, Joaquin Guzman,
15:33dit El Chapo, le plus célèbre
15:35des barons de la drogue,
15:36est arrêté et condamné
15:38trois ans plus tard à la prison à perpétuité.
15:41El Menchoss devient alors le narcotrafiquant
15:43le plus recherché par les Etats-Unis.
15:46En 2020, les autorités mexicaines
15:48bloquent des milliers de comptes bancaires
15:51liés au cartel Jalisco Nouvelle Génération.
15:54Que fait ce cartel en réponse ?
15:56C'est une des plus grosses opérations
15:58qu'a organisée El Menchoss et elle a échoué.
16:00Mais en 2020, le leader du cartel
16:03de Jalisco Nouvelle Génération
16:04avait fomenté un attentat
16:06contre le chef de la sécurité
16:07de la ville de Mexico.
16:09Un homme très hostile au cartel
16:11et en effet actif dans la lutte
16:12contre le portefeuille des groupes criminels.
16:14Il a miraculeusement évité la mort.
16:17Omar Garcia Arfuch, qui est maintenant
16:19le ministre de la Sécurité et de la Protection
16:21Citoyenne du Mexique.
16:22C'est un peu l'homme fort de la présidente mexicaine
16:25Claudia Schembaum en matière de sécurité.
16:27Il continue d'ailleurs à attaquer massivement
16:30les finances des groupes du crime organisé.
16:32D'ailleurs, c'est une méthode qui est reconnue
16:34comme peut-être plus efficace que d'arrêter
16:37ou de tuer des chefs criminels.
16:38Sur les réseaux sociaux, le cartel
16:40Jalisco Nouvelle Génération
16:42exhibe sa puissance, son arsenal
16:44qui est digne de celui d'une petite armée.
16:47Mais il se montre aussi en train
16:49d'aider les habitants dans les villages.
16:51Décrivez-nous cette stratégie de communication.
16:53Oui, c'est vrai que ça a toujours été
16:54la ligne de ce cartel de Jalisco Nouvelle Génération.
16:57Au milieu de la terreur,
16:59essayer de se montrer proche de la population,
17:01parfois contre les injustices.
17:03Cela se passe beaucoup plus
17:05dans des zones rurales
17:06où on peut voir parfois des distributions
17:08que ce soit de nourriture
17:09ou même des distributions d'argent.
17:11Par contre, il ne faut pas oublier
17:13que ce sont des vidéos
17:13qui servent vraiment
17:15leur impératif de communication
17:16pour se donner évidemment une bonne image,
17:19l'image d'un groupe
17:19qui peut vraiment agir
17:21comme un substitut de l'État
17:22dans certaines régions.
17:23En 2024, Claudia Schenbaum
17:25devient la première femme présidente du Mexique
17:28et son arrivée au pouvoir
17:30marque un tournant
17:31dans la lutte contre les cartels.
17:33Pourquoi ?
17:34C'est vrai qu'avec Claudia Schenbaum,
17:36on note quelques différences
17:37et surtout une rupture
17:38avec son prédécesseur
17:40qui était aussi son mentor,
17:41Andrés Manuel López Obrador.
17:43Alors que sur énormément de sujets,
17:45en fait,
17:45elle poursuit une certaine continuité
17:47avec toutes ses politiques.
17:49Sur la question de la sécurité,
17:51elle s'est manifestement éloignée
17:53de la ligne de López Obrador
17:55qui avait pour slogan
17:56des accolades,
17:57pas des fusillades
17:58et qui entendait en fait
17:59s'attaquer à la pauvreté
18:01comme cause première de la délinquance.
18:03C'était une stratégie
18:04qui avait pu être soutenue
18:06en masse par certains
18:07mais qui par définition
18:08entendait ne pas souvent intervenir.
18:11Alors Schenbaum
18:12et son ministre de la Sécurité
18:13ont en effet adopté
18:15une stratégie plus offensive,
18:17de moins sur quelques opérations précises
18:19et comme je le disais,
18:20s'attaquer aux finances des cartels.
18:21Et elle subit aussi
18:22beaucoup de pression
18:23de la part des États-Unis,
18:25les États-Unis qui sont inondés
18:27par la drogue
18:27qui transite par le Mexique.
18:29Oui évidemment,
18:30Claudia Schenbaum
18:30elle arrive quasiment en même temps
18:32que Donald Trump
18:33pour son second mandat.
18:34Lui qui avait fait
18:35de la lutte contre les cartels
18:36à la fois un argument de campagne
18:37en disant à plusieurs reprises
18:38qu'il fallait carrément bombarder
18:40le Mexique
18:41pour lutter contre ses groupes
18:42et qui a fait
18:43dès qu'il est revenu
18:44à la Maison-Blanche
18:45vraiment un argument,
18:46une priorité nationale
18:47la lutte contre les cartels
18:48pour la défense du pays.
18:50Alors oui,
18:50il est possible
18:51que la présidente mexicaine
18:52reçoive régulièrement
18:52des pressions
18:53de la part de Washington
18:54pour lutter de manière
18:55plus efficace,
18:56plus directe
18:56contre les cartels.
18:57On sait notamment
18:58que l'administration Trump
18:59brandit souvent
19:00la menace des droits de douane
19:01pour plusieurs pays
19:03mais notamment
19:03pour le Mexique
19:04et ça peut être pris en compte
19:05comme un argument
19:06qui pourrait aussi faire changer
19:08les politiques de sécurité
19:09de Mexico.
19:11On en vient aux événements
19:12les plus récents
19:13Julien Delacour
19:13le dimanche 22 février.
19:15Les autorités parviennent
19:17à localiser El Mencho
19:18et décident de passer à l'action.
19:21Racontez-nous ça.
19:22Oui,
19:22dans la matinée
19:23de ce dimanche,
19:24l'opération s'est lancée.
19:27Une des plus grandes opérations
19:29du genre
19:29avec un déploiement
19:31de l'armée,
19:31de la marine,
19:33de l'aviation mexicaine
19:34et de la garde nationale
19:35dans une villa de Tapalpa
19:38dans l'état de Jalisco,
19:39le fief de son organisation.
19:41Quelques autres points stratégiques
19:43ont aussi été visés,
19:44toujours dans cet état,
19:45pour vraiment désorganiser
19:46le cartel.
19:47Cela a donné lieu
19:48à des affrontements,
19:49quelques tirs
19:49aux lances roquettes.
19:51El Mencho a encore
19:52essayé de fuir
19:53mais il a été touché
19:54par balle.
19:54Les autorités sont parvenues
19:56à l'arrêter
19:57mais il a été déclaré mort
19:58dans l'hélicoptère
19:59qu'ils transportaient
20:00à Mexico
20:00dans le courant de la journée.
20:02C'est ce qu'a annoncé
20:02l'état-major de l'armée mexicaine
20:04avant de délivrer
20:05un bilan plus large
20:06et d'annoncer la mort
20:06de 73 personnes au total
20:08dans les opérations,
20:09dont 25 membres
20:10de la garde nationale.
20:17Immédiatement après l'annonce
20:18de la mort d'El Mencho,
20:19plusieurs grandes villes
20:20du pays deviennent
20:21le théâtre
20:22d'une explosion de violences.
20:24Oui, alors il y a eu
20:25beaucoup de violences
20:26dans l'état de Jalisco,
20:27évidemment,
20:28où sont déroulées
20:28la plupart des opérations.
20:33Beaucoup d'images
20:34sont parvenues
20:34de la ville de Puerto Vallarta,
20:36qui est une station balnaire
20:38bien connue des touristes
20:39et qui a vu aussi
20:40des violences éclater.
20:42Dimanche 22 février,
20:43on y voyait des colonnes
20:44de fumée noire
20:45qui venaient de véhicules,
20:46parfois de commerces incendiés.
20:48Et c'était la situation
20:49dans plusieurs parties du pays,
20:51dans certains territoires
20:52qu'on savait très investis
20:54par le cartel de Jalisco.
20:56Parfois des fusillades
20:57ou des explosions,
20:58beaucoup de narco-blocages
21:00quand les criminels
21:01coupent la route
21:02avec des véhicules incendiés
21:03pour semer le trouble.
21:04Il y a eu 10 des 32 États du Mexique
21:06qui ont maintenu leur école fermée
21:08pendant plusieurs jours.
21:09Les États-Unis aussi
21:10ont classé 9 de ces États
21:12sur leur liste rouge
21:13de sécurité.
21:14Mais comme on le disait au début,
21:15le Mexique, c'est très grand,
21:16donc certaines zones
21:17n'ont absolument pas
21:18rencontré de violence.
21:21Vous arrivez à joindre
21:23des habitants
21:24dans les zones
21:25qui sont touchées
21:26par ces actes de vengeance.
21:28Qu'est-ce que ces personnes
21:29vous disent ?
21:29Oui, j'ai pu joindre
21:30des habitants,
21:31mais dans l'urgence,
21:32avec les blocages routiers,
21:33c'était plus simple
21:34par téléphone.
21:34J'ai notamment pu joindre
21:36des habitants
21:36de Guadalajara,
21:38qui est la capitale
21:38de l'État de Jalisco,
21:40et ils m'ont raconté
21:41comment est-ce qu'ils avaient
21:42appris ce qui se passait.
21:43Parfois, c'était leurs proches
21:45qui leur avaient dit
21:46jusqu'à ce qu'eux-mêmes
21:47entendent une explosion.
21:48Parfois, c'était en sortant
21:49dans la rue
21:50et en voyant des voitures
21:51calcinaient.
21:52La plupart se sont cloîtrés
21:53chez eux en regardant
21:54les informations
21:55quand ils ont pris la mesure
21:56de ce qui se passait.
21:57Mais pas d'inquiétude
21:58outre mesure,
21:59parce que Guadalajara
22:01et dans le Jalisco en général,
22:02les gens sont habitués
22:03à ce qu'il y ait
22:04ce genre de violence.
22:05Pas tout le temps, évidemment,
22:06mais il y a eu déjà
22:07des épisodes de violence
22:08entre les autorités
22:09et les cartels criminels
22:10dans le passé.
22:11Et puis, tous m'ont dit
22:12qu'ils ont fait très attention
22:13le dimanche 22 février,
22:15mais qu'à partir du lendemain,
22:16les choses ont vraiment
22:17commencé à se calmer.
22:18Julien Delacour,
22:19est-ce que le gouvernement
22:20mexicain s'attendait
22:21à de telles représailles
22:23en s'en prenant
22:24à El Mencho ?
22:25Oui, c'est prévisible
22:26et c'est même systématique
22:28quand on parle
22:28d'opérations de Stampleur.
22:30Alors, avec la mort
22:31d'El Mencho,
22:32chef du cartel
22:33qu'on se considère
22:34comme le plus important
22:35et le plus violent
22:35du Mexique en ce moment,
22:37ce n'est absolument pas
22:38surprenant de voir
22:39ces violences.
22:40Des violences qui font
22:41office de protestation,
22:43mais aussi des violences
22:44internes, intestines,
22:45pour savoir qui reprendra
22:47les rênes de l'organisation.
22:48Là, ce sont des violences
22:49qui peuvent durer
22:50dans le temps,
22:51mais qui ne seront peut-être
22:52pas aussi visibles
22:53que le 22 février.
22:55Mais pour beaucoup d'experts
22:56de la sécurité au Mexique,
22:57Claudia Schembaum a en fait
22:58choisi de prendre le risque
23:00de manière absolument consciente.
23:02Encore une fois,
23:02on peut se poser la question
23:04de la temporalité,
23:05puisque nous sommes
23:06à moins de 4 mois
23:07du coup d'envoi
23:09du mondial de football
23:10qui aura lieu
23:10au Mexique,
23:11aux Etats-Unis
23:12et au Canada.
23:13Et évidemment,
23:14toutes ces violences,
23:14ça ne renvoie pas
23:15à une très bonne image
23:16du Mexique.
23:18Au Mexique,
23:18est-ce que la mort
23:19d'El Mencho
23:20est tout de même
23:21perçue comme une victoire ?
23:22Ou bien est-ce que
23:23les Mexicains redoutent
23:24plus une escalade
23:26de la violence ?
23:26Alors les deux,
23:27très clairement,
23:28la chute d'un tel chef,
23:29ça peut être vu
23:30comme une victoire symbolique
23:31et ce n'est pas négligeable.
23:32Cela désorganise
23:33momentanément le cartel,
23:34cela peut le diviser
23:35et si on ajoute à ça
23:36la bataille financière
23:37contre les actifs
23:39des criminels,
23:39eh bien ça peut vraiment
23:40porter un coup.
23:41Mais les Mexicains
23:42ne sont pas dupes
23:43et tous savent que
23:44Washington voulait
23:45la tête d'El Mencho.
23:46Pour certains
23:47avec qui j'ai pu parler,
23:48en fait,
23:48ce n'est pas tellement la question
23:49et ce n'est pas tellement grave.
23:50Et ils se disent satisfaits
23:52de voir qu'il se passe
23:53enfin quelque chose
23:54dans la lutte
23:55contre le crime organisé.
23:56Alors évidemment,
23:57cela génère des violences
23:58et toute une partie
23:58de la population,
23:59même s'ils ne pleurent pas
24:01la mort d'El Mencho,
24:02bien au contraire,
24:03peuvent redouter des violences.
24:04Et en fait,
24:05c'est particulièrement
24:06le cas de tous ceux
24:07qui habitent des zones tendues
24:08ou des territoires
24:09contrôlés par les cartels
24:11car c'est eux
24:11qui se retrouvent
24:12le plus souvent impactés.
24:28Merci à Julien Delacour.
24:31Cet épisode de Code Source
24:32a été produit par Anaïs Godard
24:34et Clara Garnier-Amourou.
24:36Réalisation Julien Moncouquiole.
24:39Code Source,
24:40c'est le podcast quotidien
24:41d'actualité du Parisien.
24:43Nous publions un nouvel épisode
24:45chaque soir de la semaine,
24:46du lundi au vendredi.
24:47Et puis, n'oubliez pas
24:49Grim Story chaque samedi,
24:51notre podcast consacré
24:53aux affaires criminelles.
24:54Crime Story,
24:55présenté par Claudia Prolongeau
24:57et Damien Delsenis,
24:58le chef du service
24:59police-justice du Parisien.
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