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C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:00...
00:09Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:13L'historien Frédéric Réjean est notre invité aujourd'hui.
00:16Ensemble, on reviendra bien entendu sur plusieurs thèmes abordés cette semaine,
00:21à commencer par cette question autour de la mémoire traumatique.
00:24Plusieurs études font débat, mais mettent en exergue la possibilité que le traumatisme d'un parent
00:29s'imprime dans les gènes de sa descendance.
00:31Alors quelles conséquences après 4 siècles d'esclavage ? On en parlera.
00:36Connaissez-vous d'ailleurs le Maloya ?
00:38Il s'agit de l'une des deux grandes musiques traditionnelles de l'île de la Réunion,
00:42inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'humanité depuis 2009.
00:45Une musique précisément imprégnée de l'histoire de l'esclavage.
00:49Et puis, comment vivre sans eau à Mayotte ?
00:52Des années que les habitants vivent au rythme de coupure.
00:55Il faut parfois composer avec des jours entiers et consécutifs, sans eau au robinet,
01:01le regard de notre invité dans un instant.
01:04Bonjour Frédéric Réjean.
01:06Bonjour.
01:06Merci beaucoup d'être venu sur le plateau de C'est pas si loin.
01:09Alors force est de constater que l'actualité des Outre-mer met régulièrement en exergue des inégalités,
01:14inégalités persistantes dont aucune politique ne semble pouvoir venir à bout.
01:18Est-ce que la France regarde son histoire coloniale comme un système clos ou alors qui façonne jusqu'à aujourd
01:26'hui le présent
01:26et notamment l'économie de ces territoires d'outre-mer ?
01:30Alors la situation présente des Outre-mer est un héritage de la colonisation.
01:38Il faut distinguer deux types d'outre-mer.
01:41Il y a ceux qui ont connu la colonisation esclavagiste, les plus vieux territoires qui depuis le XVIIe siècle sont
01:49français,
01:50la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Guyane.
01:52Et puis d'autres territoires qui au XIXe siècle sont devenus français comme la Polynésie, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie.
02:00Donc on a deux types différents d'histoires, même si c'est toujours le processus colonial qui est à l
02:10'œuvre.
02:11Et ces territoires ont été et sont toujours placés dans une étroite dépendance économique du centre de l'Hexagone,
02:24la métropole coloniale à l'époque de la colonisation.
02:28Et ça, c'est toujours sur le plan structurel et économique des éléments qui sont en place.
02:36La différence, c'est que pendant la colonisation, ces territoires étaient des territoires qui produisaient des marchandises
02:48à très fortes valeurs ajoutées, comme le café, le sucre, le coton, l'indigo.
02:54Et depuis plus d'un siècle et demi, ces territoires ont une balance commerciale qui est très largement déficitaire
03:07et donc sont dans une plus grande dépendance sans pouvoir produire des choses suffisantes pour leur propre autoconsommation.
03:17Mais vous avez le sentiment qu'il y a débat sur les conséquences de ce pont d'histoire
03:21ou alors un refus, justement, d'en faire un sujet politique ?
03:24Non, c'est un véritable sujet politique.
03:27La seule chose, c'est que…
03:29C'en est un dans l'absolu ou c'en est un en pratique ?
03:31Alors, c'en est un dans l'absolu.
03:34Il y a quand même un ministère qui est chargé de cela.
03:40Mais c'est sûr que lorsque vous n'avez pas de solution à proposer, vous préférez, en tant qu'homme
03:48ou femme politique,
03:49éviter de parler de ce problème-là, sauf si vous êtes élu directement de ces territoires.
03:55Ce que vous nous dites, c'est que le récit national reste malgré tout très hexagonal.
04:00Oui, il reste hexagonal.
04:02Bon, il y a quand même quelques petits progrès qui ont été faits.
04:06Mais ce sont des périphéries.
04:10C'est une très faible minorité de la population française qui vit dans les Outre-mer.
04:16Et en plus, c'est loin, même si…
04:19C'est pas si loin, on le rappelle.
04:20Même si c'est pas si loin de nos cœurs, mais c'est des difficultés qui sont…
04:30Enfin, on le voit, ce qui concerne l'eau, le développement économique, l'échec solaire…
04:37On va y revenir en détail.
04:39Effectivement, on s'arrête sur le premier thème que vous avez retenu cette semaine, Frédéric Réjean.
04:42À quel point une mémoire traumatique peut-elle coloniser une victime ?
04:46Quelle réalité pour les populations des anciennes colonies, justement ?
04:50Celles réduites en esclavage, un système qui appartient au passé,
04:53mais dont les répercussions psychologiques se conjuguent parfois au présent.
04:56Extrait.
05:02Ce qui est important, c'est de comprendre que l'humiliation a joué un rôle fondamental
05:07dans la constitution de la psyché de la personne mise en esclavage.
05:16Cette destruction de l'estime de soi, elle conduit à une intériorisation de l'infériorité.
05:22Et donc, il y a un certain nombre de complications psychologiques qui surviennent.
05:29Les enfants peuvent aussi être plus ou moins comptables de cette dévalorisation.
05:36Ils la ressentent.
05:37Ils l'intériorisent aussi.
05:39Et donc, il y a une sorte de transmission intergénérationnelle de ces troubles psychologiques.
05:48On voit bien comment nos filles, nos femmes, très tôt, ont commencé à être complexées
05:54par rapport aux cheveux et à vouloir à tout prix s'en débarrasser.
06:00Le colorisme, le défrisage des cheveux, tout ça fait partie des séquelles de la hiérarchisation
06:07raciale qui a démarré avec la colonisation.
06:15Les modalités éducatives ont effectivement été largement entamées, modifiées par l'esclavage.
06:24Les parents tenaient surtout, la mère en particulier, à ce qu'un enfant ne soit pas vendu,
06:29à ce qu'un enfant ne soit pas fouetté, à ce qu'il se comporte correctement.
06:33Sur la façon dont on continue à éduquer les enfants, les petits-enfants,
06:38le fait qu'on pense que pour pouvoir les éduquer, pour les forcer à écouter,
06:43il faut qu'on utilise le fouet, c'est aussi une séquelle.
06:47Parce que ça n'existait pas avant la colonisation.
06:52Frédéric Réjean, ça fait des années déjà que vous travaillez sur l'esclavage.
06:55Est-ce que vous êtes d'accord avec ce principe d'une mémoire traumatique,
06:58d'une transmission potentielle de traumatisme ?
07:00Alors, il y a la transmission, comment dire, de l'hérédité sociale.
07:07C'est-à-dire qu'au moment de l'abolition de l'esclavage, les anciens esclaves n'ont rien.
07:12Et leur ancien propriétaire possède le foncier et tous les ressorts économiques.
07:19Qui plus est, ils reçoivent un dédommagement.
07:22Et tout ceci est transmis.
07:25C'est-à-dire que lorsque vous avez des parents qui ne sont pas allés à l'école,
07:31et que les structures scolaires ne sont pas suffisamment développées.
07:39Moi, j'ai des exemples familiaux.
07:42La mère de mon épouse, qui est guadeloupéenne, n'a pas été scolarisée.
07:48Mon père a été scolarisé à l'âge de 8 ans.
07:51Et là, je parle de gens qui sont nés un siècle après l'abolition de l'esclavage.
07:56Donc, tous ces processus de reproduction, à la fois économique, sociale et culturelle,
08:05entraînent ces difficultés-là.
08:07Et ça, ça aussi, il me semble que ce sont les principales causes traumatiques.
08:13Alors, après, moi, je ne suis pas psychologue.
08:15Bien sûr, bien sûr.
08:16J'écoute ce qu'il dit.
08:18Je sais qu'il y a des débats sur la transmission traumatique via la génétique.
08:24Là, je crois que les chercheurs ne sont pas tous d'accord avec ça.
08:28Et donc, comme ce n'est pas ma socialité, je ne vais pas rentrer dans ce débat.
08:31Vous nous dites que c'est quelque chose de plus concret que ce qu'on imagine,
08:34qui reste vraiment social, qui reste économique, qui reste éducatif,
08:37qui reste transmis par l'éducation de parents à leurs enfants, peut-être aussi ?
08:41Oui, et même par rapport aussi à une attitude par rapport au travail.
08:47Et par rapport à l'éducation, tout à l'heure, l'intervenante parlait de colorisme.
08:54J'ai une collègue qui a travaillé sur l'éducation des enfants.
08:58Elle montre, pour des enfants nés dans les années 50, 60, 70,
09:03qu'en gros, les parents confiaient toutes les tâches ménagères,
09:08attachaient les bœufs aux enfants les plus foncés de la fratrie.
09:12Donc, vous imaginez le traumatisme que ça représente au sein d'une population.
09:17Et puis, finalement, celui qui est chargé de toutes les tâches ménagères,
09:21il a moins de temps pour faire ses devoirs.
09:22Il est peut-être moins bon à l'école.
09:25Et puis après, on explique, s'il est moins bon, c'est parce qu'il est plus foncé.
09:27Oui, c'est parce que…
09:28Alors qu'en réalité, on ne lui a pas laissé le temps de faire ses devoirs.
09:30Donc, ça, c'est des phénomènes de reproduction culturelle.
09:37Frédéric Réjean, longtemps au sein des familles ultramarines,
09:39on sait aussi qu'on n'en parlait pas de l'esclavage.
09:42Est-ce que ce silence protège ?
09:44Ou alors, est-ce qu'à l'inverse, il empêche de guérir ?
09:47Je pense que le silence empêche de guérir.
09:51Il faut absolument en parler, et bien en parler.
09:56que les chercheurs, les psychologues, les économistes, les historiens,
10:02les psychologues parlent de cela.
10:05Il me semble qu'il faut en parler correctement.
10:08Je pense qu'on en parle plus, on en parle un peu mieux.
10:14Mais tout ceci ne changera pas le fait que les gens n'ont pas d'eau.
10:19Ah, bien sûr.
10:21Il faut aussi que les problèmes du quotidien soient réglés.
10:26Bien sûr.
10:27Alors, il est justement né dans les plantations, le Maloya,
10:30dont je parlais en début d'émission.
10:31Depuis 2009, inscrit au patrimoine culturel et immatériel de l'humanité
10:34par l'UNESCO, mais à l'image de bien des danses et musiques d'outre-mer,
10:38il a longtemps été considéré comme subversif.
10:40On en parle juste après cet extrait.
10:47Le Maloya, c'est une pratique musicale traditionnelle de La Réunion.
10:52Pour grossir les traits, c'est du chant malgache
10:55sur des instruments africains et des cultes partagés, on va dire.
11:02Il y a une dimension panafricaine un peu dans cette naissance-là.
11:07C'est-à-dire que tu as plusieurs peuples différents qui se sont retrouvés
11:10toujours ensemble et dont l'identité a été niée.
11:14C'est une musique qui est jouée à l'origine dans des services religieux funéraires
11:24d'une origine sud-indienne, plus des musiques de tambour
11:31pratiquées par des descendants d'esclaves noirs.
11:34Ces deux musiques se mélangent et le Maloya a pour particularité
11:39d'être le regroupement au début du XXe siècle,
11:43entre les années 1910-1930,
11:46dans cette période-là, de plusieurs pratiques musicales
11:50qui vont converger.
12:00C'est très important qu'on garde en tête que,
12:04comme leur identité, même leur humanité a été niée,
12:08leur prénom effacé, leur qualité d'humain,
12:11parce qu'ils étaient réduits à des biens meubles,
12:13en fait, en dessous d'un animal, carrément.
12:15Donc, cette pratique culturelle-là,
12:18c'était le moyen pour eux de reconnecter avec leurs souvenirs
12:23et leurs ancêtres, leur terre natale.
12:32C'est une musique qui, comme beaucoup d'autres,
12:33a longtemps été interdite.
12:35En quoi une musique pouvait-elle faire peur au pouvoir en place ?
12:39Eh bien, parce que c'est la musique, c'est subversif.
12:43Il ne faut pas oublier qu'à l'époque de l'esclavage,
12:47il était interdit aux esclaves de plantations différentes
12:50de se rassembler lors de fêtes.
12:52Alors, ils pouvaient se rassembler avec l'autorisation du maître,
12:55mais uniquement ceux de l'habitation.
12:58Et ça a tout de suite été perçu comme quelque chose de subversif.
13:05Et ce qui est intéressant dans ces créations artistiques,
13:08comme le Maloya, comme le Belay, le Gonca,
13:13c'est que ces sociétés, qui sont des sociétés nées dans l'esclavage,
13:17c'est rare.
13:17Vous voyez, la France n'est pas née dans l'esclavage,
13:20la Chine, des tas de pays ne sont pas nés dans l'esclavage,
13:24mais la particularité de sociétés antillaises,
13:26c'est d'être nées dans l'esclavage,
13:28et malgré tous les traumas que nous avons évoqués,
13:32ce sont des sociétés qui ont créé des choses,
13:35et ces musiques,
13:37qui font maintenant partie du patrimoine mondial de l'UNESCO,
13:45font partie de nous et sont un héritage de cette histoire.
13:49C'est vrai que vous avez rappelé le Belay, le Guoca,
13:51pour la Martinique et la Guadeloupe,
13:53le Maloya sur l'île de la Réunion,
13:54ce sont des musiques de souffrance ou des musiques de résistance ?
13:58Ce sont des musiques à la fois de le tout,
14:01c'est l'expression de la souffrance,
14:03c'est aussi la résistance, la résilience,
14:06le dépassement de la souffrance,
14:11c'est tout à la fois.
14:13Je posais la question à nos invités cette semaine
14:15lorsqu'on a fait cette émission sur le Maloya,
14:18qui est devenue une sorte de vitrine culturelle
14:20depuis son inscription au patrimoine immatériel de l'UNESCO,
14:23est-ce que le risque, c'est une certaine folklorisation,
14:26peut-être une dilution du message politique initial ?
14:32Je ne pense pas,
14:33parce qu'il y aura toujours,
14:36c'est comme dans toute création artistique,
14:38vous avez ceux qui font de l'art pour de l'art,
14:41il y en a qui le font pour un message,
14:43et puis il y en a qui le font pour du commerce.
14:46Je pense qu'on aura toujours ces trois facettes dans l'art.
14:56Avant de refermer cette page sur l'esclavage,
14:58je voudrais qu'on s'intéresse à la loi Taubira,
15:00la loi Taubira de 2001,
15:02qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité,
15:0425 ans plus tard.
15:05Est-ce qu'on est allé plus loin que le symbole en France ?
15:09Alors, on commence,
15:11on est un peu plus que dans le symbole,
15:13ne serait-ce que par la place relativement conséquente
15:18que ça occupe dans les programmes scolaires.
15:21Et puis, il y a le mémorial du Trocadéro,
15:25qui va être inauguré début 2027,
15:29qui là, dans un des endroits les plus emblématiques de Paris,
15:34entre l'esplanade du Trocadéro et la Tour Eiffel,
15:38il y aura ces 215 000 noms d'anciens esclaves
15:41devenus libres qui seront inscrits.
15:44Et donc là, je pense qu'on est dans un geste symbolique fort.
15:49Mais on reste dans le symbole.
15:54Enfin, c'est un gros symbole.
15:56Oui, on est d'accord.
15:57Mais est-ce que ça ne reste pas, malgré tout, uniquement un symbole ?
16:00Est-ce qu'il faut aller plus loin ?
16:01Est-ce qu'il faut des réparations matérielles ?
16:03Mais le traumatisme de l'esclavage,
16:07enfin, voilà,
16:09aujourd'hui,
16:11les descendants d'esclaves,
16:12on ne reçoit ni de coups de fouet, ni de...
16:14Est-ce que, là aussi,
16:17l'agression de cette mémoire traumatique,
16:20est-ce qu'elle n'est pas symbolique
16:22et que ce n'est pas un symbole qui peut le permettre ?
16:25Maintenant,
16:27il faut régler les problèmes du quotidien des gens.
16:29Il faut régler les problèmes d'inégalités sociales,
16:32économiques et culturelles
16:35qui sont extrêmement fortes dans les Outre-mer.
16:38Voilà, je crois que c'est lorsqu'on arrivera à ça
16:43que les gens iront mieux.
16:45En tout cas, le prochain thème est une parfaite illustration
16:47de ces inégalités Outre-mer.
16:49Faut-il parler de crise ou de pénurie d'eau à Mayotte ?
16:52Un jour sur deux.
16:53Et ça, c'est dans le meilleur des cas.
16:55Pas la moindre goutte d'eau au robinet.
16:57Les conséquences sont évidemment sanitaires,
16:59mais aussi sociales et économiques.
17:01Extrait.
17:07Des coupures de robinet et de poing d'eau publique,
17:10à Mayotte, c'est presque devenu la routine depuis 10 ans.
17:16Des perturbations qui peuvent durer jusqu'à 48 heures à la saison sèche.
17:20Face à cette pénurie d'eau majeure,
17:23l'archipel français cherche des solutions.
17:30Depuis juin dernier,
17:32les bulldozers s'activent près de la mangrove d'Ironibé.
17:35La construction d'une seconde usine de dessalement
17:38a été décidée à cet endroit stratégique
17:40pour pallier la crise de l'eau sur le territoire.
17:45En gros, il faut 2 litres d'eau de mer
17:48pour produire 1 litre d'eau potable.
17:50Donc c'est une filtration très fine.
17:52À la sortie, on a une eau qui est totalement déminéralisée
17:56et qui va passer derrière par de la reminéralisation,
17:59donc de l'injection de réactifs pour la repotabiliser.
18:01Et ensuite, cette eau qui est du coup potable
18:03est stockée dans des réservoirs
18:05et est repompée pour être envoyée sur le réseau du délégataire.
18:10Fortement attendu, le projet d'usine est lancé.
18:14Sa mise en service est prévue pour octobre 2027,
18:17mais pour quel impact ?
18:19L'organisme public l'assure,
18:21des suivis environnementaux réguliers
18:23sont menés en parallèle du chantier.
18:27On a à 300 mètres du chantier
18:30une colonie de crabiers blancs, une espèce protégée.
18:32Lors des opérations de vibrofonçage
18:34et bataille des pieux de la passerelle,
18:37l'écologue vient mesurer le bruit et la vibration
18:39pour voir si c'est un effet sur cette espèce protégée ou pas.
18:45Même les enfants à l'école, au quotidien,
18:47manquent d'eau très régulièrement à Mayotte.
18:49Dans quelle mesure cette crise révèle-t-elle une longue histoire
18:53de sous-investissement dans les infrastructures maoraises ?
18:56Oui, c'est à la fois le résultat de sous-investissement dans les infrastructures,
19:01puis aussi le résultat d'une démographie galopante,
19:07qui est à la fois liée à la natalité
19:09et à de forts mouvements migratoires.
19:13Et donc, là, c'est une petite île
19:20qui a presque autant d'habitants que la Guadeloupe maintenant.
19:24Donc, vraiment, là, c'est un défi considérable, l'eau.
19:28Effectivement, il y a un très fort taux de natalité à Mayotte,
19:30mais est-ce que ça veut dire que les projections démographiques
19:32n'ont pas été correctement intégrées aux politiques publiques ?
19:34On ne découvre pas cette forte natalité à Mayotte ?
19:37Alors, c'est plus sur la question des migrations, peut-être,
19:42qui ont d'ailleurs explosé ces 20 dernières années
19:47et qui sont liées à la situation particulière de Mayotte,
19:51qui est un peu, malgré toutes les difficultés,
19:53un havre de richesse au milieu d'un archipel de pauvreté.
19:57À proximité des Comores, beaucoup d'afflux de Comoriens, effectivement.
20:01Un afflux massif de personnes.
20:06Et là, c'est un véritable défi,
20:09d'autant plus qu'une usine de dessalement de l'eau,
20:12ça rejette des saumures, de l'eau salée,
20:18des sels qui vont se retrouver en quantité impressionnante
20:23et qui risquent aussi de générer des méfaits pour l'écosystème.
20:30Mais malgré tout, et je reviens sur ma question, pardonnez-moi,
20:33parce que cette pression démographique, certes, elle existe depuis 20 ans.
20:37Malgré tout, on parle là du 101e département français.
20:39Nulle part ailleurs, dans l'Hexagone,
20:41on imagine qu'on aurait laissé des enfants sans eau à l'école,
20:44qu'on aurait laissé des habitants ne pas être en mesure de boire,
20:46de se doucher ou de faire à manger plusieurs jours par semaine.
20:49Qu'est-ce qui n'a pas été fait correctement, peut-être,
20:53qui n'a pas été pris en compte correctement
20:55dans l'histoire de ce désormais département ?
20:57En fait, depuis un moment déjà, maintenant, depuis 12 ans.
21:00Alors là, c'est…
21:02Selon vous ?
21:03Selon moi, c'est un manque d'investissement,
21:09un manque aussi de vues à long terme.
21:14Mais bon, d'autres départements, comme la Guadeloupe,
21:17subissent des pénuries d'eau, ce qui est absolument anormal.
21:19Pas à ce point-là, mais effectivement…
21:21Ce qui est absolument anormal et ce qui crée d'ailleurs des inégalités
21:24parce que ceux qui ont les moyens de financer une cuve,
21:29une tampon, ont de l'eau tout le temps, finalement,
21:33alors que ceux qui n'en ont pas sont obligés de conserver un bidon
21:37et quelques bouteilles d'eau.
21:39Donc, c'est un véritable problème.
21:42D'ailleurs, normalement, lorsqu'il y a des coupures d'eau,
21:45les établissements scolaires sont fermés.
21:47Alors, je ne sais pas comment ils peuvent fonctionner.
21:48Vous parlez de la Guadeloupe ?
21:49Oui, en Guadeloupe.
21:50Je ne sais pas si à Mayotte, ça se fait aussi.
21:53Sinon, si c'est un jour sur deux…
21:54Alors, pour avoir vécu en Guadeloupe,
21:55les coupures d'eau sont tellement fréquentes, effectivement,
21:57que les établissements ne sont pas toujours fermés
21:59et les enfants doivent composer avec ce manque d'eau.
22:02Donc, effectivement, ça reste une situation critique.
22:04Lorsqu'une population, au final, quelle qu'elle soit,
22:06vit une crise aussi vitale que celle de l'eau,
22:08est-ce que cela ravive un sentiment d'abandon historique ?
22:12Ah oui, mais complètement.
22:13C'est abandon, isolement, par son ancien statut, d'ailleurs,
22:20de territoire d'outre-mer.
22:26Mayotte dérogeait un certain nombre de lois de la République…
22:31Enfin, était dans le cadre de la République,
22:33mais n'était pas complètement dans le droit commun.
22:36Là, c'est encore plus flagrant du fait que ce soit désormais un département.
22:40On va terminer avec votre photo du jour, Frédéric Réjean,
22:43photo que l'on découvre, en même temps, en tout cas que je découvre,
22:47la voici, en même temps que nos téléspectateurs.
22:49Pouvez-vous nous la décrire ?
22:51Oui, alors, c'est un tableau qui s'appelle « Le serment des ancêtres »
22:55qui a été peint en 1822 par un peintre métisse guadeloupéen,
23:00donc fils d'une esclave et d'un maître,
23:04qui est d'ailleurs devenu un des grands peintres
23:07pendant la Révolution et l'Empire.
23:09Il a été directeur de l'Académie française de Rome,
23:14professeur au Beaux-Arts.
23:16Et dans ce tableau qu'il a peint clandestinement,
23:22il célèbre l'indépendance d'Haïti.
23:24Il célèbre aussi l'égalité des hommes,
23:27vu qu'on voit sur le même plan un noir et un mulâtre
23:30s'unissant pour lutter pour l'indépendance d'Haïti.
23:35Et donc, j'ai choisi cette image parce qu'encore pendant un mois,
23:42il y a cette exposition rétrospective sur ce peintre Guillaume Letière,
23:46donc au Memorial Act en Guadeloupe.
23:49Donc, exposition qui préalablement avait été au Musée du Louvre
23:53et encore auparavant au Clark Art Institute.
23:57Donc, c'est un musée dans le Massachusetts.
24:01Et donc, j'invite tous ceux qui sont au Guadeloupe à visiter cette exposition.
24:07– Occasion de se repencher sur l'histoire d'un pays première république noire
24:10et qui vit actuellement encore un chaos indescriptible.
24:13Comment voyez-vous, percevez-vous l'avenir d'Haïti ?
24:16– Disons que ça va tellement mal que c'est difficile que ça…
24:24Donc, on espère une possibilité de redressement.
24:29Mais n'oublions pas qu'on est dans un monde particulièrement instable,
24:33notamment dans la Caraïbe, avec des fois des interventions militaires
24:37qui peuvent survenir.
24:39Donc, j'espère.
24:45– Vous espérez.
24:46Effectivement, vous parlez d'une instabilité géopolitique claire et concrète.
24:49On a parlé d'Haïti récemment avec ce porte-avions américain
24:52qui est arrivé dans la rade de Port-au-Prince.
24:54L'appétit peut-être de Trump pourrait se porter sur ce territoire de la Caraïbe.
24:59Est-ce que vous craignez, vous peut-être, que les Haïtiens,
25:02au milieu de cet espace caribéen, ne se tournent vers les Américains demain
25:07et que ça puisse peut-être avoir des conséquences
25:09pour l'ensemble de la Caraïbe ?
25:12– Je pense que les Haïtiens vont se tourner vers ceux qui pourront les aider
25:18et régler le fait qu'Haïti est sous la coupe du narcotrafic international.
25:30Voilà, c'est vraiment une situation qui est extrêmement compliquée,
25:36fruit d'une histoire qui montre que ce soit dans l'ancien territoire
25:43qui sont restés français et d'autres qui sont devenus indépendants.
25:46les difficultés perdurent.
25:48– Merci infiniment Frédéric Réjean d'être venu sur notre plateau.
25:51Merci à vous d'être fidèle à votre rendez-vous,
25:53c'est pas si loin, émission que vous pouvez évidemment retrouver
25:55sur la plateforme france.tv ainsi qu'en podcast
25:58sur toutes les plateformes audio.
25:59Je vous souhaite une très belle fin de journée, un très bon week-end
26:02et je vous dis à la semaine prochaine, même mieux même heure.
26:04– Sous-titrage ST' 501
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