00:00Est-ce que vous vous souvenez de cette vidéo de Jordan Bardella ?
00:02Dans certaines rédactions de journaux de gauche, dans les campagnes électorales,
00:06il y a des dizaines de journalistes qui sont payés par la rédaction
00:09pour aller écumer les pages Facebook, les pages Facebook des grands-mères,
00:13les pages Facebook de la boulangère de la grand-mère de ma candidate.
00:16Bah, on a recommencé.
00:17Et ce qu'on a trouvé au sein du Rassemblement National,
00:20c'est pas quelques brebis galeuses, mais bien tout un troupeau.
00:23Depuis des mois, avec le pôle enquête de Street Press,
00:25mais aussi d'autres médias comme Libération et Mediapart,
00:28on enquête sur les candidats du Rassemblement National
00:30pour les futures élections municipales, les 15 et 22 mars prochains.
00:34Et comme à chaque élection, on a trouvé énormément de cas
00:36qui montrent le vrai visage du parti lepéniste et de ses alliés.
00:39Passage dans des groupuscules radicaux, violence physique, propos racistes ou homophobes.
00:44En tout, Street Press a recensé dans une cartographie plus de 155 brebis galeuses,
00:48candidates sur des listes d'extrême droite au municipal.
00:51Parmi elles, plus de 140 proviennent du Rassemblement National ou de ses alliés sciotistes.
01:01Avant de continuer cette vidéo, il faut que je vous rappelle que Street Press,
01:03c'est un média indépendant et toutes nos vidéos et nos articles sont financés par nos lecteurs.
01:08Alors si vous voulez nous aider, on vous a mis toutes les infos dans les commentaires pour nous faire un
01:11don.
01:13Je reviens à notre sujet.
01:14Pour ces élections municipales, le RN a investi sous ses couleurs plus de 600 têtes de liste
01:19avec son allié, l'UDR d'Eric Setti.
01:21Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella a l'espoir de gagner des grandes villes
01:26comme Toulon, Nice, Nîmes, Lens ou Calais.
01:30Aux élections législatives de 2024, une avalanche de révélations sur les candidats ARN racistes,
01:35homophobes ou fans du nazisme avait ralenti l'incension du parti d'extrême droite.
01:39Depuis, ils l'assurent, ils ont fait le ménage et ils n'ont plus de brebis galeuses sur les bras.
01:43Enfin, sauf ici.
01:45S'il vous plaît, Jordan, Marine, Jordan Marine, s'il vous plaît.
01:48Le RN a même vanté l'utilisation de l'intelligence artificielle pour scanner les publications de chaque tête de liste.
01:54Et Jordan Bardella, le président du parti, a assuré qu'il faisait le nécessaire.
01:58Lorsqu'il y a des cas qui, encore une fois, tiennent des propos qui ne sont pas conformes
02:03à la ligne politique, aux valeurs ou à la déontologie du Rassemblement National,
02:09ces personnes-là ne sont plus candidates du Rassemblement National.
02:12Mais à Street Press et avec une quinzaine d'autres médias comme Les Jours, Libé, Mediapart, Conspiracy Watch ou Le
02:18Monde,
02:18on a recensé à l'heure où je fais cette vidéo plus de 140 brebis galeuses du RN à travers
02:23la France.
02:23Ok, pause.
02:24Depuis qu'on a tourné cette vidéo, on est même monté jusqu'à 186.
02:28Et chaque jour, on en trouve des nouvelles.
02:30Allez, on continue.
02:31On en a même fait une carte pour y voir plus clair.
02:33Le premier renseignement, c'est qu'on a retrouvé des candidats que Street Press avait déjà épinglé lors des dernières
02:38législatives.
02:38Le RN tente vraiment d'en recaser des dizaines.
02:40Du coup, je vous emmène à Chambéry, en Savoie, la ville de Brice Bernard.
02:44En 2024, on révélait une photo Facebook de lui en train de faire une quenelle,
02:48un geste antisémite popularisé par l'humoriste Dieudonné.
02:51Dans une autre publication, il imitait une personne asiatique avec des baguettes et les yeux plissés.
02:56Pour ne rien arranger, on avait évoqué sa proximité sur Instagram avec des membres de l'extrême droite radicale,
03:01comme Frédéric Chatillon.
03:03C'est un ancien chef du GUD, un mouvement d'extrême droite violent,
03:06et aussi un intime de Marine Le Pen.
03:09Brice Bernard suivait aussi un membre du groupe néofasciste local, Edelweiss.
03:13Et pourtant, quand son profil est ressorti, le Rassemblement National l'a validé,
03:17et le député Jean-Philippe Tanguy l'a même défendu.
03:19Est-ce que c'est une bêtise de jeunesse ou une erreur ?
03:22Ça peut arriver, ça m'excuse pas, mais ça peut arriver, et on essaie de comprendre le parcours des gens,
03:25ou est-ce que c'est vraiment des gens racistes, ou qui ont d'autres vices et d'autres choses
03:30inacceptables ?
03:30Mais on peut faire une erreur.
03:31Une autre stratégie du RN en carte brebis galeuse, c'est de ne pas donner l'investiture au candidat.
03:36Je vous emmène sur notre carte des brebis galeuses à Concarneau, une ville côtière du Finistère en Bretagne.
03:40Au législatif de 2024, on avait épinglé le candidat RN Christian Perez pour ses nombreux propos racistes.
03:46Il avait par exemple posté ce message où il évoquait l'équipe de France de football.
03:50J'ai cru voir des clandestins repartir chez eux, et là, paf, c'était que la pseudo-équipe de France
03:55qui partait au Qatar.
03:56En plus de toutes ses allusions islamophobes et racistes sur Facebook, il avait même publié cet appel au meurtre.
04:03Je rêve d'une autre chasse impossible à nommer ici.
04:05On avait également souligné sa participation à un forum en 2011 aux côtés d'antisémites notoires,
04:11comme Jérôme Bourbon, directeur du journal d'extrême droite Rivarol,
04:14Yvan Benedetti, un pétainiste, et le négationniste Vincent Renoir.
04:18Eh bien, le RN, pour s'en dédouaner, ne lui a pas donné l'investiture pour ses élections municipales.
04:23Sauf que le parti Le Pénis ne présente aucune liste en face, et que lui se revendique toujours adhérent RN.
04:28En résumé, c'est de la poudre de perlimpinpin.
04:30Alors parfois, en cas de nouvelle révélation, le RN retire ses candidats.
04:34C'est le cas à Belfort, dans l'Est de la France, avec Quentin Maculot,
04:38qui a fait écho à la théorie raciste et complotiste du grand remplacement.
04:41Ou à Carpentras, dans le sud de la France et le département du Vaucluse,
04:44avec Christian-Henricho Simoni, viré de la liste après la révélation de tweets racistes par Libération.
04:49Comme celui-ci sur la députée LFI de Daniel Obono.
04:52Que cette Obono retourne avec les bonobos de son pays.
04:55Honte à elle et à tous ceux qui l'ont élu.
04:57Il a été remplacé par le député lepéniste Hervé de Lépinault.
05:00Sauf qu'il n'est pas vraiment mieux.
05:02C'est un opposant notoire à l'avortement.
05:03En octobre 2020, il a comparé sur Twitter l'IVG au génocide arménien et rwandais,
05:08à la Shoah, au crime de Daesh.
05:13Et il y a encore beaucoup de candidats qui ont pu tenir des propos racistes.
05:16Celui de Beaune, René Lioré, a multiplié les tweets contre les Africains
05:19pour les traiter de barbares ou de racailles.
05:21Celle de Colmar, Nathalie Aubert, a publié en 2023 ce montage raciste sur Facebook.
05:26Il y a aussi Monique Grisetti dans la cité fosséenne à Marseille.
05:29Elle est sur la liste du candidat Franck Alizio, son neveu,
05:32qui est bien placé dans les sondages pour remporter la mairie.
05:34Il y a quelques années, elle avait écrit un message raciste à propos du chanteur Gims.
05:38Qu'il retourne de là où il vient, qu'il amène toute sa tribu avec lui,
05:42qu'il aille traire la chèvre, ça nous fera des vacances.
05:44Elle a également été membre d'un groupe Facebook aux nombreuses publications racistes.
05:48Parmi les têtes de liste du RN au municipal,
05:5112 autres candidats ont fait partie de ces groupes,
05:53tous épinglés par le média les jours.
05:55Il y a également de nombreux candidats qui ont tenu des propos islamophobes,
05:59comme Alimou, une commune de 10 000 habitants en Occitanie avec Maxime Beau.
06:03Lui, il est obsédé par l'immigration et l'islam.
06:06Alors quand il apprend qu'en 2016, un quick halal va ouvrir,
06:09il écrit ce message violent.
06:10Bientôt dans le menu quick, calache, bombe et autres repas radicalement explosifs.
06:15Après nos révélations sur ses propos, le RN n'a rien fait.
06:18Et pour cause, sur sa liste, on retrouve plusieurs cadres du parti.
06:21Il y a par exemple le directeur du service presse du RN, Victor Chabert, en 5e position,
06:26et le député Julien Rancoule en 3e position,
06:29dont Maxime Beau est le suppléant à l'Assemblée nationale.
06:31Ils le connaissent donc bien.
06:34Sans surprise, il y a aussi des candidats homophobes.
06:36Cette fois, ça se passe en Bretagne, du côté de Rennes et Fougère, deux villes d'Île-et-Vilaine.
06:41À Rennes, le candidat Julien Masson a déjà évoqué en 2018 un prétendu lobby LGBT sur Twitter,
06:47après une conférence de la Manif pour tous perturbée.
06:49Et en 2016, sur le même réseau, la tête de liste à Fougère, Virginie Dorsade,
06:54a qualifié une campagne de prévention du sida à destination des homosexuels
06:57de propagande idéologique abominable.
07:01Et même si le parti s'en défend, il y a aussi des candidats qui feraient avec les idées antisémites.
07:05On part dans le sud-ouest, en Gironde,
07:07où l'Ibéa a révélé qu'une candidate RN-UDR est abonnée sur Facebook
07:11aux pages du média antisémite Rivarol ou du pétainiste Parti de la France.
07:14Et à Jarny, une petite ville de 8000 habitants de l'autre côté de la France, en Lorraine,
07:19le candidat RN a partagé des mêmes antisémites.
07:24Face à ce troupeau de profils problématiques, le RN répond peu ou ne l'explique pas.
07:28Si le racisme a complètement disparu de votre ADN,
07:31comment vous expliquez-vous que les candidats racistes, c'est toujours chez vous,
07:34qui viennent frapper à la porte ?
07:35Écoutez, je ne me l'explique pas et ils doivent savoir qu'ils seront pourchasserés,
07:41qu'ils seront dégagés dès qu'ils sont identifiés,
07:44parce qu'évidemment, ils ne déclarent pas ses opinions, on doit enquêter, on doit le découvrir.
07:48Surtout, ça en dit long sur les cadres locaux du parti leupéniste
07:51et ce qu'il tolère idéologiquement.
07:53Ça, c'est Safia Daani qui le dit.
07:54C'est une docteure en sciences politiques et aussi la co-directrice de l'ouvrage
07:58Sociologie politique du Rassemblement national.
08:00Le RN ne va pas et ne peut pas se couper de sa base électorale et militante
08:05qui, somme toute, est tournée vers l'étropisme de l'extrême droite, notamment idéologique.
08:11Ça dit aussi que localement, ils n'ont pas forcément des visiers de candidats propres sur eux très importants.
08:17Donc oui, ils ne peuvent pas forcément dire non à des militants de longue date,
08:20des candidats qui vont pouvoir monter des listes dans des communes dans lesquelles ils ne sont pas présents.
08:26Dans tous les cas, la question qui se pose, c'est est-ce que véritablement,
08:30les candidats qui ne sont pas des brebis galeuses ne sont pas simplement des candidats
08:38qui savent manier la communication politique
08:40et qui vont mettre de côté ce type de propos qui pourraient contrevenir à leur image publique.
08:45Parfois, les responsables de la formation des élus locaux du parti sont eux-mêmes des radicaux,
08:50comme Thibaut de la Tocnay.
08:51En plus d'avoir formé les cadres au RN, il est conseiller régional et candidat dans un petit village de
08:56l'Inde.
08:57Mais dans les années 81, le sexagénaire a fait partie de deux groupes paramilitaires.
09:01L'un au Nicaragua, contre le gouvernement socialiste.
09:04L'autre au Liban, dans les phalanges.
09:05Une milice chrétienne qui a tué de nombreux civils palestiniens.
09:09Thibaut de la Tocnay n'est pas le seul à être passé par des mouvements radicaux.
09:11A Grenoble, 19ème ville la plus peuplée de France,
09:15le candidat RN Valentin Gabriac est le frère d'Alexandre Gabriac,
09:18viré du RN en 2011 après des saluts nazis.
09:21Surtout, il a frayé avec des mouvements radicaux,
09:23comme les intégristes de Civitas ou les Sauraliens antisémites d'égalité et réconciliation.
09:28On a d'ailleurs récupéré un audio d'une réunion où il détaille ça.
09:31T'es fat, plus t'en suis pas sanitaire ?
09:34Pas de question, je suis très ouvert.
09:36Non, ben, j'aime bien, ça va, j'aime bien.
09:47Là encore, de tels liens ne sont pas un problème pour le RN.
09:50En 2024, on avait rappelé à Street Press que leur cadre Julie Rechaigneux
09:54avait côtoyé le groupe néofasciste Bordeaux Nationaliste.
09:57A l'époque, il n'y avait pas retiré l'investiture du parti.
10:00Et maintenant, c'est même la candidate du RN pour la mairie de Bordeaux.
10:03Je pense qu'il y a une autre question qui se pose aussi,
10:04c'est est-ce que l'extrême droite peut se couper de sa base d'extrême droite ?
10:07Et donc, on voit bien que non. Et donc, ça montre aussi que la question de la normalisation
10:11ou de la dédiabolisation, c'est un peu une espèce de...
10:13Bon, c'est un leurre, c'est un mirage.
10:15Et puis, c'est un espèce de cadrage un peu médiatico-politico-dominant
10:21qui n'a pas vraiment de sens une fois qu'on fait des recherches sur le terrain,
10:24à la fois du côté des médias indépendants et puis du côté des sciences sociales.
10:27C'est la fin de cette vidéo. Merci à vous de l'avoir regardée.
10:30La carte de cette centaine de brebis galeuses du RN pour les municipales,
10:33elle est dispo en accès libre sur Street Press et on vous a mis le lien dans la bio.
10:37Et comme on a aussi une petite passion carte,
10:39il y a celle qui identifie toutes les communes qui peuvent basculer à l'extrême droite
10:42grâce au travail du chercheur Alessio Mota.
10:45Si ce travail vous semble important, n'hésitez pas à nous faire des dons pour qu'on continue tout ça.
10:49Merci d'avance pour votre soutien.
10:51Nous, on va continuer de coller au train de l'extrême droite,
10:54qu'elle soit dans la rue ou dans les urnes.
10:56Donc n'oubliez pas de vous abonner et à bientôt sur Street Press.
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