- il y a 16 heures
Dans cette vidéo, Adnane et Dylan racontent comment ils ont subi leur orientation au moment du collège. Entre les clichés sur les lycées pros, le poids de l'origine sociale dans le parcours scolaire et la figure du « conseiller de désorientation », retour sur ce moment de « tri entre les élèves ».
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ÉducationTranscription
00:00Là, on est en train de vous préparer des futurs ouvriers, des futurs salariés, des futurs travailleurs qui vont fermer
00:06leur gueule.
00:07On les dresse dès le collège, dès le lycée.
00:11Je pense que dans l'orientation en fin de troisième, il y a un tri qui se fait.
00:14Donc en fait, tu rentres dans un établissement où tu sais qu'il y a une majorité de personnes, pas
00:18toutes,
00:19mais tu as une majorité de personnes qui ont une histoire douloureuse avec le système éducatif.
00:23Tu avais deux personnes qui étaient là parce qu'elles avaient choisi dans ma classe,
00:26mais sinon, tout le reste, c'était des élèves qui ont été orientés ou qui se sont orientés dans ces
00:30filières-là par défaut.
00:32Et donc, on a tous le sentiment de ça te fait niquer quelque part.
00:35Et donc, à aucun moment, tu te dis que ça va bien fonctionner.
00:40Après, s'il y en a un qui a une vocation pour un métier manuel qui nécessite une filière pro,
00:46c'est génial qu'ils puissent y aller.
00:48Mais la majorité, ils ne savent pas ce qu'ils ont envie de faire.
00:51Et tu te retrouves dans une impasse ou un truc que tu n'as pas choisi, tu vois.
00:55Dans cette vidéo, vous allez entendre Dylan et Annan.
00:59Ils ont des parcours différents et une grosse vingtaine d'années d'écart,
01:02mais ce qui les réunit, c'est d'avoir subi leur orientation.
01:05Les deux ont dû se battre pour sortir du chemin que l'éducation nationale avait tracé pour eux.
01:09Ce sujet de l'orientation subie, il touche principalement les élèves issus de milieux populaires.
01:14Le poids de l'origine sociale reste déterminant pour la réussite scolaire.
01:18En France, il est même l'un des plus élevés des pays développés,
01:21selon un rapport publié par France Stratégie en 2023.
01:25Allez, je vous laisse avec Dylan et Annan qui vont raconter leur parcours.
01:29Mais juste avant, il faut que je vous dise que Street Press, c'est un média indépendant.
01:32Si on peut consacrer du temps à ce genre de sujet important,
01:36c'est parce que des lecteurs nous soutiennent.
01:37Donc si vous le pouvez, faites un don à Street Press.
01:43Est-ce que t'as lu que t'as lu une chasse d'école un peu ?
01:45Ouais, ça rappelle de très mauvais souvenirs.
01:48Moi, j'ai grandi à Bannue, qui est une ville dans le 92,
01:51dans une petite cité qui s'appelle Les Poitou, qui est résidentielle.
01:54J'ai grandi avec ma mère, qui a été nounou et qui est devenue assistante maternelle.
01:59Et mon frère.
02:00Moi, je suis né à Ivry-sur-Seine.
02:02J'ai grandi là-bas.
02:04J'y vis toujours.
02:05Je suis d'origine marocaine.
02:07J'ai un frère jumeau, un grand frère, une grande sœur.
02:10Et mon père, réfugié politique, il aurait pu être un notable au Maroc.
02:15Et pour son intégrité, ses idées politiques,
02:19lui, il a fait le choix de fuir pendant 40 ans et d'être ouvrier en France.
02:26Donc j'ai baigné dans un milieu qui est un mix entre famille d'ouvriers et un télo très politique.
02:37Moi, du coup, j'ai un parcours scolaire qui commence très vite à dysfonctionner.
02:44Je n'ai pas encore le recul pour comprendre quelles en sont les causes, quelles en sont les sources, etc.
02:52Moi, au collège, je suis un élève qui n'est pas forcément adapté à la charge de travail qui est
02:58demandée.
02:59Je n'ai pas la maturité d'autres élèves.
03:01Donc je décroche quand même pas mal en quatrième, troisième.
03:04Et en troisième, on me fait redoubler.
03:08Parce qu'à l'époque, il y avait plus de redoublements qu'aujourd'hui.
03:11J'ai des meilleurs résultats la deuxième année, donc je passe en seconde.
03:15Mais en seconde, c'est le même problème.
03:19J'ai des résultats qui ne suivent pas.
03:21Et je me souviens de mon prof principal, qui était un prof de maths, à une réunion parent-prof.
03:26Il dit à mon père,
03:27« Votre fils, ça serait mieux qu'il parte en première technologie qu'au lycée Jean Massé, c'était le
03:32lycée à côté. »
03:34Parce que c'est un gamin qui est plutôt, un ado qui est plutôt manuel.
03:40Je suis archi pas manuel.
03:42Mon père était électricien, il m'emmenait avec lui sur les chantiers qu'il faisait au noir et tout.
03:48Et j'ai un tournevis, je ne savais pas le faire.
03:51Donc il y a un prof qui avait collé comme ça une étiquette.
03:55Mon père, lui, veut que je fasse une première S.
03:58Moi, je ne me vois pas dans des ateliers et tout.
04:03Donc, on décide que j'allais redoubler.
04:06Et du coup, j'ai passé quatre ans en troisième et en seconde.
04:10Moi, à cette époque-là, je choisis les noms de filières qui me semblent les moins stigmatisantes.
04:16Donc tu as le bac pro commerce, le bac pro vente, le bac pro gestion administration.
04:19Et je mets un lycée, le lycée Jean Monnet à Montrouge, en dernier de ma liste de vœux.
04:25Et c'est dans ce lycée-là qu'on va m'orienter.
04:28Mais c'était une surprise.
04:29Ce n'était pas une surprise pour moi, ce n'était pas une surprise pour mes enseignants.
04:31Et je voyais très bien que mon bulletin ne me permettrait pas de faire autre chose.
04:36Je pense que dans l'orientation en fin de troisième, il y a un tri qui se fait.
04:39Donc en fait, tu rentres dans un établissement où tu sais qu'il y a une majorité de personnes, pas
04:44toutes,
04:44mais tu as une majorité de personnes qui ont une histoire douloureuse avec le système éducatif.
04:49Et donc à aucun moment, tu te dis que ça va bien fonctionner.
04:52Quand tu es jeune, tu te dis que c'est bien parce que vous allez être libre, vous allez tout
04:55arracher en classe, etc.
04:56Et tu vas passer de bons moments.
04:58Mais en vrai, quand tu prends un pas de recul, tu comprends que c'est quelque chose d'anormal.
05:02Tu commences à comprendre que c'est quelque chose d'anormal.
05:04Je ne sais pas, tu ne peux pas demander à un élève de troisième de faire des choix
05:08qui vont avoir une incidence derrière sur toute sa vie.
05:11Moi, même quand j'étais à la fac, à 20 ans, 21, 22, 23 ans, je ne savais pas ce
05:16que j'allais faire de ma vie.
05:18Alors à 14 ans.
05:19Après, s'il y en a un qui a une vocation pour un métier manuel qui nécessite une filière pro,
05:25c'est génial qu'ils puissent y aller.
05:28Mais la majorité, ils ne savent pas ce qu'ils ont envie de faire.
05:30Et tu te retrouves dans une impasse ou un truc que tu n'as pas choisi, tu vois.
05:35T'as un son d'Oxmo Puccino qui raconte ça un peu.
05:37Il dit, je crois, la conseillère d'orientation, elle me recommande un bas de pro chaussure.
05:42Moi, j'ai un bon plan pour vous.
05:44Faites un PEP chaussure.
05:48Les gens, ils m'ont attendu pour marcher, moi.
05:49C'est aussi un choix facile de dire les mauvais vont en pro et on voit en fait où est
05:53-ce qu'il y a de la place.
05:55Si tu as de la place en compta, si tu as de la place en commerce, et bah, t'en
05:58mets deux là.
05:59Si tu en as une en chaudronnerie, t'en envoies un là.
06:02Chaudronnerie, enfoiré.
06:03Tu crois que je fais quoi avec un chaudronnerie, moi ?
06:05Nous, on disait souvent en rigolant, en se marrant, que c'était des conseillers de désorientation
06:11parce qu'on dirait que leur but, c'est de t'envoyer.
06:14Tu sais, là, ce qui me vient, c'est un labyrinthe.
06:16On te jette dedans, tu ne sais pas où tu es.
06:18Tu n'arrives jamais à trouver la sortie.
06:20Et la sortie, c'est ta voix, la voix qui va t'épanouir.
06:25Je suis trop content de t'accueillir dans cette nouvelle vidéo.
06:27Le but, te faire découvrir les lycées professionnels normands.
06:30Ensemble, on va découvrir un secteur passionnant, le BTP, bâtiments et travaux publics.
06:35Tu as aussi un rapport au travail qui se construit et qui se construit beaucoup dans la douleur
06:38pour des filières dans lesquelles le travail est un moment de souffrance.
06:42Déjà, tu vois, avoir une image d'enfant de 14 ans en bleu de travail,
06:46c'est déstabilisant quand tu grandis.
06:48Tu vois, des bleus de travail qui sont plus grands que eux,
06:50tu as tout ce truc de construction du travail.
06:52On te présente des métiers dont tu n'as jamais entendu parler,
06:55mais dont la seule idée que tu as de ce qu'eux proposent,
06:59c'est des métiers qui payent mal et qui construisent de la souffrance,
07:03qui ne te permettent pas d'aspirer à une vie meilleure que celle que tu as déjà vécue.
07:07Là, on est en train de vous préparer des futurs ouvriers,
07:10des futurs salariés, des futurs travailleurs qui vont fermer leur gueule.
07:14Dans l'inconscient de plein de gens et de plein de profs,
07:19ces gamins de quartier qui vont avoir une façon de s'habiller, de parler,
07:24il faut qu'ils aillent en filière pro,
07:26parce que c'est là où ils vont s'épanouir, plus en tout cas.
07:30Et si le gamin a 16 ans, 17 ans, il se passionne parce qu'il voit telle série
07:36où l'avocat est le héros, il trouve ça dingue, il se met à lire,
07:40et là, ça se connecte d'un coup dans la tête, parce que c'est un truc qui le passionne.
07:45C'est d'être petit, tu ne pourras plus faire avocat.
07:48Un des trucs qui m'a beaucoup mis en colère, c'est ces deux rapports en particulier,
07:52un de l'éducation nationale, qui est sorti en 2019,
07:56et un autre de Sciences Po et du LIEP en 2014,
07:59sur l'orientation et sur la composition sociale du lycée professionnel.
08:03À ce moment-là, je comprends que tout ce qu'on a vécu,
08:08c'est su, c'est étudié et c'est quantifié.
08:12Donc en fait, ce n'est pas un hasard.
08:14C'est-à-dire que, comme le disait mon prof d'anglais,
08:16quand vous mettez un pied au collège, on sait qui ira en lycée pro,
08:18on sait qui ira en lycée général.
08:20Donc ça, c'est noir sur blanc.
08:21Et en fait, je me souviens d'un moment très concret,
08:23on est dans une voiture avec des amis sur un parking,
08:26on discute,
08:28et en fait, on se rend compte des raisons
08:32qui nous avaient poussé à être orientés en lycée professionnel.
08:36On a tous le sentiment de s'être fait niquer quelque part.
08:38Tu vois, on nous avait promis des trucs.
08:40On se révèle aussi des histoires d'orientation.
08:43Tu vois, t'en as acquis,
08:43on a promis des carrières de commerce international
08:47pour qu'il aille en lycée professionnel,
08:48pour qu'il ne conteste pas son orientation.
08:52On a tous fait l'expérience.
08:54En tout cas, tous ceux qui sont autour de moi,
08:55on a tous fait l'expérience.
08:57D'une moquerie, d'un mot de travers sur notre orientation.
09:01Moi, beaucoup de personnes qui disent
09:02« je ne pensais pas que tu étais en lycée professionnel ».
09:05Tu vois, tu t'exprimes bien,
09:06« je ne pensais pas que tu étais en lycée pro ».
09:07Et tu peux aussi demander à beaucoup de gens
09:09qui sont passés par ces voies-là,
09:12beaucoup te diront qu'elles réinventent,
09:13qu'elles recréent des intitulats à leur filière.
09:15Tu vois, en fait, t'en as pas beaucoup qui disaient
09:17« je suis en bac pro gestion d'administration ».
09:18Ils disent « je suis en école de commerce ».
09:21Au lieu de dire « je suis en bac pro commerce,
09:23je suis en école de commerce ».
09:24Tu vois, chacun, en fait,
09:26invente son terme qui va lui permettre
09:27de se valoriser différemment.
09:29Parce qu'on sait que c'est mal vu.
09:30On sait que, tu vois,
09:32parfois dans une famille
09:34dans laquelle tous les frères et sœurs
09:35font de la voie générale,
09:37et bien toi, t'es l'enfant qui va en bac pro,
09:39t'es la déception de la famille.
09:40Alors, c'est pas partout le cas.
09:41Évidemment, il y a des élèves
09:42qui choisissent d'aller en lycée professionnel.
09:45Mais dans certains cas,
09:46et c'était le cas dans le mien,
09:48c'est comme si tu avais une sélection nationale,
09:50finalement,
09:51de tous ceux qu'on veut voir,
09:52qu'on ne veut pas voir ailleurs.
09:53T'as tous les élèves qui viennent de l'étranger,
09:55les mineurs m'en accompagnés,
09:57qui sont concentrés dans les lycées professionnels.
09:59T'as les élèves en situation de handicap
10:02qui sont à 80% orientés en lycée pro
10:05quand ils sont orientés dans le système public.
10:07Moi, je me souviens d'un prof en anglais
10:09avec qui on était très proche.
10:12D'entrée, il nous disait,
10:13finalement, pour moi,
10:14tout le monde ne devrait pas être à l'école,
10:16parce qu'il y en a qui n'ont rien à faire à l'école.
10:18Et on sait qu'en fait, ça ne donnera rien.
10:20Donc, c'est du temps que vous perdez
10:22et que vous nous faites perdre.
10:23Puisqu'on est tous conscients de ça,
10:24on va essayer de faire autre chose.
10:25Donc, je sais que sur l'anglais,
10:26vous n'allez pas performer.
10:27Donc, on va débattre,
10:28on va regarder des films,
10:29on va discuter,
10:30on va parler de la vie.
10:32On a oublié le côté scolaire
10:34et le côté linguistique.
10:37En fait, ça nous a permis
10:38de grandir différemment.
10:39Et donc, c'est une des raisons
10:42pour lesquelles,
10:43à partir de la première
10:44jusqu'à la terminale,
10:45pour moi, ça s'est très, très bien passé,
10:46parce que j'ai compris
10:47qu'on n'avait pas des profs
10:48qui étaient là pour faire leurs oeuvres.
10:50On avait aussi des profs
10:51qui étaient là pour nous comprendre,
10:52nous accompagner.
10:53J'ai réussi à arriver en terminale S.
10:56Je l'ai eu du premier coup, mon bac.
10:57Et je disais aussi,
10:58je dis tout le temps
10:59que moi, j'ai été sauvé par l'anonymat.
11:02À partir du moment,
11:04c'est pas une parano,
11:06à partir du moment
11:07où il n'y a plus eu mon nom visible
11:09sur les copies qu'on me corrigait,
11:12je n'ai plus jamais redoublé.
11:14J'ai eu mon bac du premier coup
11:17corrigé de façon anonyme.
11:19J'ai un doc de sciences éco,
11:20une licence de sciences éco,
11:21une maîtrise de sciences éco,
11:23un DEA de sciences économiques
11:25à la Sorbonne.
11:26Je n'ai plus jamais retapé.
11:27À partir du moment
11:28où les gens qui me corrigeaient
11:30ne savaient pas qui ils corrigeaient.
11:32Je ne dis pas ça pour faire mon parano,
11:34c'est juste des faits.
11:35Je ne me suis pas mis de limite.
11:37J'ai eu des stages
11:37beaucoup dans des institutions,
11:39notamment à l'Assemblée nationale
11:41ou dans des agences
11:42qui sont dans les affaires publiques.
11:44Ça, ça m'a permis de comprendre
11:45que tu avais d'autres choses
11:46qui étaient possibles
11:47et qu'il n'y avait pas que ton diplôme
11:51qui pouvait être déterminant
11:52ou sur lequel il fallait investir.
11:54Et en fait,
11:55quand je suis en terminale,
11:56je mets,
11:57donc première année Parcoursup,
11:58je ne mets que des licences
11:59en sciences politiques.
12:00Et je suis pris
12:00dans toutes les licences
12:03que j'ai visées.
12:09Moi, je vois clairement
12:10qu'en 35 ans,
12:11rien n'a changé quasiment.
12:13J'ai un fils
12:14qui est en troisième aujourd'hui
12:16et bon,
12:17il a des bons résultats.
12:19Pour moi,
12:20il n'est pas concerné
12:21par tout ça,
12:21mais il a un prof
12:23qui essaye de...
12:25En tout cas,
12:25ils font la promo
12:26de dingue
12:26des filières professionnelles
12:28et ils ne font pas
12:28la promo
12:29des filières générales.
12:30Ils nous donnent
12:31une brochure
12:32filière professionnelle.
12:33C'était il y a un mois.
12:34Ils ne me donnent pas
12:34de brochure filière générale.
12:36Donc, ça pose question.
12:37Je ne comprends pas.
12:38Nous, on met nos enfants
12:40à l'école
12:40pour qu'on leur enseigne
12:42plein de choses,
12:42qu'on leur donne goût
12:43aux apprentissages
12:45et qu'on élargit
12:47leur champ des possibles.
12:49Pas pour qu'on les enferme.
12:51Et ces choix-là,
12:52c'est une façon
12:53de les enfermer.
12:54Je ne m'inquiète pas
12:55pour mon gamin
12:55parce que je sais
12:56que ça va aller,
12:57mais je m'inquiète
12:58pour plein d'autres, en fait.
12:59Et tu ne sais pas
13:01à qui aller parler,
13:02il faut aller parler à qui,
13:03à la CPE,
13:05au principal.
13:07Tu ne sais même pas
13:07à qui aller dire
13:08« Attention, là,
13:09il y a des profs
13:10qui sont bizarres
13:10ce qu'ils disent à nos gamins. »
13:12Du coup, j'ai fondé
13:12l'association Une Voix pour Tous
13:13en 2021
13:14avec l'idée vraiment de dire
13:15qu'à la fois,
13:16on est là pour raconter
13:17le lycée professionnel,
13:18mais penser aussi
13:19des solutions
13:20pour la question
13:21de la justice sociale
13:22dans l'école.
13:23Dites-vous une chose,
13:24c'est que le lycée pro,
13:25ce n'est pas la fin de l'histoire.
13:26Le lycée pro,
13:27ce n'est pas une fatalité
13:28et ça doit être votre force
13:29pour pouvoir construire
13:30votre parcours à venir.
13:31Notre but,
13:31c'est de changer les choses,
13:33c'est d'améliorer
13:35dans la mesure du possible
13:37la vie des gens,
13:38la vie des jeunes,
13:40que les Dylans,
13:41maintenant,
13:42quand ils sont en troisième,
13:43ils n'aient plus l'impression
13:44d'avoir raté leur vie
13:45à 14 ans,
13:46qu'on puisse leur dire
13:47que tu vas grandir,
13:49tu vas changer de vocation,
13:51tu vas te découvrir.
13:52J'avais 5 de moyenne
13:53en français
13:54et c'était une de mes meilleures notes
13:56et ça ne m'a pas empêché
13:57d'écrire un livre
13:58à 23 ans.
13:59Tout ça,
13:59ça demande du temps
14:00et ça demande de la confiance.
14:02La confiance,
14:03c'est d'abord laisser les élèves
14:05choisir leur orientation,
14:06c'est qu'en fin de troisième,
14:08on n'est plus des profs
14:09ou des conseillers d'orientation
14:11ou de désorientation,
14:12certains diront,
14:13qui décident à la place
14:14d'un élève
14:15le métier
14:15et donc la vie
14:16qu'il va avoir
14:17et puis c'est de dire
14:18que tu as toute une vie
14:21pour te construire
14:21et donc il ne faut pas signer.
14:23Il ne faut pas signer
14:24socialement,
14:25il ne faut pas signer professionnellement.
14:26Aujourd'hui,
14:27je suis réalisateur,
14:28je bosse dans le cinéma,
14:29j'étais enseignant.
14:30Si à cette époque-là,
14:31en troisième,
14:32j'avais écouté
14:35ses profs,
14:35je n'aurais rien fait
14:37de la vie qui est la mienne,
14:38je n'aurais pas côtoyé
14:39les milieux
14:40que j'ai côtoyés,
14:42je n'aurais jamais rencontré
14:43celle qui est devenue
14:44la mère de mes enfants
14:46et je n'aurais pas
14:47la vie que j'ai eue.
14:49Parce que quand j'avais 14 ans,
14:52il y a des profs
14:53qui n'avaient pas l'empathie
14:55qu'ils auraient dû avoir
14:56pour moi,
14:57qui avaient décidé
14:58que ma voix,
14:59c'était une voix
15:01qui n'était pas celle
15:02qui me faisait rêver
15:03ou qui me donnait envie.
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