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  • il y a 2 jours
Fatoumata Koïta, excisée à 16 ans au Sénégal, milite contre ces mutilations génitales féminines en France et dans son pays d'origine. Elle a créé une association venant en aide à ces femmes dans leur parcours de reconstruction.

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Transcription
00:00J'ai été excisée à l'âge de 16 ans, on m'a écarté les jambes, on a pris une lame, on a pris un couteau, on m'a coupée.
00:07À ce moment-là, en fait, il y a tout ce qui se chamboule, on essaye de fuir, on essaye de nous bloquer.
00:11J'en avais déjà entendu parler, mais je pensais que c'était une pratique qui n'existait plus en 2013.
00:15On me dit « c'est pour ta mère que tu le fais, c'est pour sa fierté ».
00:19Donc j'ai cédé.
00:20Avec du recul, j'essaye de prendre une vie normale, mais je n'avais pas confiance en moi.
00:24En tant que jeune femme, ça a forcément joué.
00:26Vous vous rendez compte qu'en 2025, on a ce genre de discussion et on a ce genre de sensibilisation.
00:30Les femmes se font infibuler, se font couper les parties intimes.
00:34Moi, j'ai décidé d'en parler parce que je souffrais et j'avais besoin de crier ce que j'avais vécu.
00:43Selon les chiffres de l'UNICEF, 230 millions de femmes ou jeunes filles vivant aujourd'hui ont subi des mutilations génitales féminines.
00:49Fatoumata est l'une d'entre elles. À 16 ans, elle a été victime d'excision au Sénégal.
00:54L'excision, ça consiste à enlever totalement ou partiellement les organes génito-féminins extérieurs pour des raisons non médicales.
01:00Dans la majeure partie des cas, l'acte est réalisé sans anesthésie avec des instruments non stérilisés.
01:05Infections, incontinence, complications à l'accouchement, les séquelles restent à vie.
01:10Aujourd'hui, Fatoumata a 28 ans, elle est mère de deux enfants.
01:14Elle a le courage de nous raconter son histoire, des moments très difficiles,
01:17mais aussi son combat contre ces mutilations féminines.
01:21En 2013, je retourne au Sénégal pour la deuxième fois.
01:25J'avais 16 ans et j'étais super contente.
01:28Parce que la première fois au Sénégal, c'était super bien passé.
01:31Donc je pensais revivre des vacances, on va dire, de rêve.
01:35Mais malheureusement, ça ne s'est pas passé comme prévu.
01:37On arrive à Dakar et on reste quelques jours.
01:40Et ensuite, on va au village de mes parents, qui se trouvent en Casamance, près de Kolda.
01:46À ce soir, je suis assise avec mes cousines.
01:48On rigole, on discute.
01:49Et je vois ma mère dans un coin, absente, en train de réfléchir, une tête triste.
01:55Et je m'approche d'elle pour lui demander qu'est-ce qui se passe.
01:58Elle me dit, rien, va jouer avec tes cousines.
02:02Elle me fait comprendre que ça ne me regarde pas.
02:03Donc je préfère la laisser.
02:05Je continue, je suis en vacances, je n'ai pas envie de me prendre la tête.
02:09Le lendemain, à l'aube, ma mère me réveille.
02:12Je suis avec ma soeur jumelle.
02:14Et à ce moment-là, en fait, on se lève, on se prépare.
02:18On arrive chez ma tante.
02:19On nous dirige dans une chambre.
02:21On ne se doute de rien.
02:23Il y a une femme qui rentre et qui dit, on va commencer par elle, en désignant ma soeur.
02:26À ce moment-là, je reste tétanisée.
02:29Je me dis, c'est pas possible.
02:31Le sujet de l'excision, je ne le connaissais pas plus que ça.
02:34J'en avais déjà entendu parler, mais je pensais que c'était une pratique qui n'existait plus en 2013.
02:37Et à ce moment-là, il y a tout ce qui se chamboule, on essaye de fuir.
02:42Au début, on essaye de nous bloquer.
02:44Ensuite, on nous laisse passer.
02:45Et on retourne dans la maison de nos parents.
02:49Et à ce moment-là, je comprends que mes parents étaient au courant et qu'ils avaient cédé suite à la pression.
02:55J'ai compris que c'était une tradition qu'il y avait dans notre culture,
02:58qui faisait croire aux femmes que c'était en étant excisées qu'on était honorables et respectables.
03:02Je sais qu'il y avait des oncles qui étaient là et qui disaient qu'on n'avait pas le choix,
03:07qu'il fallait que ça se fasse, que c'était l'honneur de la famille,
03:11que toutes les femmes étaient passées par là et qu'il fallait.
03:14On me disait, c'est pour ta mère que tu le fais, c'est pour sa fierté.
03:20Mais à ce moment-là, je me suis dit, en fait, je ne vais pas avoir le choix, on va me prendre de force.
03:25Donc autant que ça se fasse quand je l'ai décidé, on va dire.
03:28Donc j'ai cédé. On m'a ramenée chez ma tante. Il y avait des femmes qui m'attendaient, des dizaines de femmes.
03:37Il y a une dame qui m'a tendue à comprimer. Et à ce moment-là, en fait, mon cerveau s'est détaché.
03:43Je sais que je l'ai vécu ce moment-là, mais j'ai des flashbacks où je me retrouve à même le sol,
03:49les jambes écartées, déshabillées. On maintient les jambes.
03:52Une femme avec une lame qui me coupe à bif sans anesthésie.
03:56Je coupe la pointe du clitoris. Ensuite, je peux coudre.
04:02Je me sers de cette aiguille, comme si je raccommodais des vêtements.
04:05C'est fait dans des conditions d'hygiène dramatiques.
04:09On te coupe avec une lame qui a probablement déjà été utilisée pour couper d'autres femmes.
04:13Ensuite, on te met une simple serrétis hygiénique comme protection.
04:17On va des fois mettre, dans certains cas d'excision, on va mettre de l'alcool, du parfum.
04:21Moi, je ne me souviens pas. Je me souviens juste d'une pommade qu'on m'avait mise.
04:25J'avais des douleurs. Aller aux toilettes pour la première fois après avoir été extisé, c'est très douloureux.
04:30Je me souviens d'avoir regardé les ciels et de m'avoir dit, pourquoi je souffre autant ?
04:34On a subi un traumatisme parce que, pour moi, l'excision, c'est également un viol.
04:38Parce qu'une personne étrangère vient mettre sa main dans ce que j'ai de plus intime.
04:42Et en plus, elle m'a amputée.
04:44Quand je rentre en France, je n'en parle à personne.
04:50Je n'en ai jamais parlé, que ce soit à mes parents, à mes proches et même à ma sœur, qui a subi aussi l'excision par la suite.
04:58Elle a tenté de m'en parler, mais moi, je disais, c'est fait.
05:01Je n'ai pas envie d'en parler. C'est arrivé, donc voilà, on ne peut rien y faire.
05:05C'était tellement douloureux que j'ai décidé de faire comme si rien ne s'était passé.
05:08Avec du recul, j'ai contacté des psychiatres qui m'ont dit que j'avais fait une amnésie traumatique, un stress post-traumatique.
05:14En fait, mon cerveau, pour me protéger, il a totalement déconnecté.
05:17J'étais là sans être là et j'ai vécu ce que j'avais vécu, mais de manière, on va dire, déconnectée.
05:26C'est le cerveau qui, face à ce risque vital, n'a pas d'autre moyen que de faire disjoncter le système.
05:31Elle ne peut plus informer le cerveau des émotions.
05:35Donc, les émotions ne sont plus ressenties et la douleur aussi n'est plus ressentie.
05:42Avec du recul, j'essaie de prendre une vie normale, mais je n'avais pas confiance en moi.
05:46En tant que femme, ça a forcément, en tant que jeune femme, ça a forcément joué.
05:51Par exemple, je sais que j'ai voulu, par exemple, me couper les cheveux très courts, m'habiller.
05:58Je ne m'habillais plus de la même façon et j'avais un rapport avec mon corps qui était différent.
06:05Par la suite, j'essaie de continuer ma vie normalement.
06:10Je passe mon bac, je passe mes diplômes.
06:15Ensuite, je rencontre mon mari.
06:16Je veux quand même souligner parce que ça peut forcément avoir un impact dans le mariage.
06:20Donc, je lui ai dit que j'avais été excisée.
06:23À ce moment-là, c'est un peu ressorti.
06:25J'ai pleuré quand je lui ai raconté.
06:27Il m'a tout de suite compris.
06:29Il m'a dit qu'il me soutenait et qu'on allait faire en sorte de pouvoir contacter ou de consulter des professionnels de santé pour voir ce qu'on peut faire.
06:37Les séquelles, à ce moment-là, je pense, avec du recul, c'est le manque de confiance en moi, le manque d'estime de moi.
06:44Et j'ai du mal à faire confiance aux autres.
06:47Le moment où tout remonte à la surface, je pense que c'est l'accouchement de ma fille.
06:52Le moment de l'accouchement où je me retrouve dans la même position où je suis excisée, les jambes écartées, des femmes autour de moi, et j'ai subi une épisiotomie.
07:01Ça consiste à ce que la professionnelle de santé va un peu couper pour que le bébé puisse sortir plus facilement.
07:11Et je pense que ça, ça a été le premier signe d'alerte pour me dire que mon cerveau veut me rappeler quelque chose.
07:21J'ai revu la scène, mais mon cerveau a chassé ce souvenir parce que j'étais en train d'accoucher.
07:24Je me suis dit que ce n'était pas le moment de me rappeler.
07:26Mais je pense que ça a eu un impact sur la joie et sur le fait d'accueillir mon premier enfant.
07:34Le fait de devenir maman, surtout d'une petite fille, je pense que tout ça, ça a réveillé déjà des blessures que j'avais.
07:46Et c'est des mois après où j'étais avec ma chef.
07:51Et en fait, elle voyait que je n'étais pas forcément bien.
07:53Elle m'a prise dans son bureau.
07:54Et à ce moment-là, elle m'a dit qu'est-ce qu'il y a ?
07:57Je lui ai parlé de certaines blessures que j'avais et d'un coup, j'ai sorti ça.
08:01J'ai été excisée à l'âge de 16 ans.
08:04Et je ne saurais pas pourquoi c'est sorti à ce moment-là, mais je pense que mon cerveau était prêt à affronter ce que j'avais vécu.
08:11Elle m'a conseillé d'aller voir un psychologue.
08:14À ce moment-là, j'ai pris la décision d'aller consulter.
08:18J'avais, je pense, envie de crier ce que j'avais vécu, mais j'avais ce sentiment encore de honte.
08:24Et je n'avais pas forcément envie que les gens sachent que j'ai été excisée parce que j'avais cette peur qu'on me prenne de pitié.
08:31Il y a quelques mois, il y a un trip qui est sorti.
08:33Je ne sais pas si plusieurs personnes l'ont vu.
08:36C'est un trip qui parlait de l'excision.
08:39En fait, c'était moi.
08:42Donc j'ai créé des comptes anonymes sur Twitter et sur Instagram où j'ai raconté mon histoire,
08:47où j'ai raconté ce que j'avais vécu, que j'avais été excisée à l'âge de 16 ans.
08:50Et qu'en fait, aujourd'hui, je voulais prendre la parole parce que j'en souffrais énormément.
08:53À ce moment-là, beaucoup de personnes m'ont contactée et m'ont dit qu'elles avaient vécu la même chose et qu'elles en souffraient.
08:59Et à ce moment-là, il y a un sentiment de tristesse, mais de colère aussi,
09:04de me dire qu'on est plusieurs femmes, plusieurs filles à avoir vécu cette chose,
09:09cette pratique, cette tradition misogyne, et qu'on n'en parle pas.
09:14Et à ce moment-là, en fait, je pense que là, ça a été le début de l'éveil.
09:21Le début où je me suis dit, bon, à un moment ou à un autre, j'en reparlerai, j'en ferai mon combat.
09:25Parce que trop de femmes souffrent et c'est pas normal qu'en XXIe siècle, on est encore des victimes de cette pratique.
09:33J'ai été excisée à l'âge de 16 ans, on m'a écarté les jambes, on a pris une lame, on a pris un couteau, on m'a coupée, à vif, sans anesthésie.
09:42Quand j'ai commencé à militer, on va dire, à visage découvert, j'étais à la recherche de témoignages de femmes qui avaient subi la même chose.
09:49Et à ce moment-là, en fait, Leïla m'a contactée.
09:51Elle a vécu l'excision à l'âge de 7 ans et en fait, elle en souffrait énormément.
09:55Ça a eu beaucoup d'impact sur sa vie et on se conseillait sur plein de choses, sur comment s'en sortir, comment vaincre cette tristesse, cette douleur.
10:06Et elle m'a conseillé l'écriture, ce qui m'a aidée.
10:09Je prenais mon téléphone dans mes notes et j'écrivais quand ça allait pas.
10:13Et un jour, en fait, j'ai eu ce technique, je me suis dit, j'ai envie d'écrire mon histoire.
10:17Et je voulais pas le faire seule, parce que je pense que j'aurais pas eu la force.
10:20Et je lui ai envoyé un message, j'ai directement pensé à elle, je lui ai envoyé un message et je lui ai dit,
10:24si on écrivait un livre.
10:26Et c'est là que l'aventure a commencé.
10:30J'ai créé aussi une association, Ne me mutile plus Stop Excision.
10:35Une association qui a pour but de prendre en charge la chirurgie réparatrice pour les femmes qui ont été excisées en Afrique.
10:40Très régulièrement, des femmes me contactent.
10:42Elles ont subi l'excision en Afrique et malheureusement, elles n'ont pas la possibilité d'avoir accès à des soins,
10:48que ce soit sur le plan chirurgical et même psychologique.
10:51J'ai donc eu l'idée de créer cette association pour aider toutes ces femmes-là.
10:55L'association a signé un premier contrat de partenariat avec une clinique au Mali.
10:59On a pu prendre en charge une première femme qui a été victime d'excision.
11:03Elle a pu avoir accès à une opération.
11:04Ces six fleurs représentent les six femmes que notre association a pu prendre en charge.
11:22Dans le monde, 230 millions de femmes sont concernées par l'excision et ça concerne 94 pays.
11:27On fait comme nos ancêtres et une fille pas cousue, on ne peut pas savoir si elle est vierge.
11:32C'est notre culture, ça vient de notre religion.
11:34On pense que c'est une pratique religieuse alors que c'est une pratique culturelle.
11:38Des femmes musulmanes, chrétiennes, athées sont excisées.
11:42Certains disent aussi vouloir le faire à cause de la religion.
11:45Ils ne savent pas qu'en fait, l'islam interdit de mutiler les filles.
11:48Au contraire, en islam, il n'y a pas de tabou.
11:50En islam, on parle du plaisir de la femme et de son importance.
11:53Cette pratique touche énormément de pays, que ce soit sur le continent africain, mais aussi asiatique.
12:02Moi, j'ai décidé d'en parler parce que je souffrais.
12:05Déjà, pour commencer, j'avais besoin de crier ce que j'avais vécu.
12:09Et aujourd'hui, j'en parle parce que de nombreuses femmes souhaiteraient en parler, mais n'ont pas cette possibilité.
12:16Et je veux montrer à ces femmes-là qu'elles sont des victimes.
12:19On leur fait croire que c'est normal l'excision, alors que pas du tout.
12:22C'est une violence faite aux femmes.
12:23Si on coupait le gland des hommes parce qu'on part du principe qu'ils ne savent pas se contrôler, ça vous choquerait ?
12:28Oui.
12:29Bah, dites-vous qu'on coupe les organes gilito-féminins des femmes, parce que dans certaines communautés, on considère qu'une femme ne sait pas se maîtriser.
12:36Aujourd'hui, le fait de parler de l'excision, ça me fait énormément de bien.
12:39Le fait aussi de savoir que j'aide énormément de femmes, ça me fait du bien.
12:43Après, l'excision, c'est un traumatisme qu'on garde à vie.
12:49Aujourd'hui, ça va mieux.
12:50Aujourd'hui, je travaille sur ce traumatisme et j'en fais une force.
12:53Sous-titrage Société Radio-Canada
12:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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