00:00Mais où se cache Robert Capa ?
00:01Les équipes du musée de la libération à Paris se sont livrées à une véritable chasse aux fantômes.
00:07Pendant deux ans, elles ont visionné tous les films réalisés lors de la libération de Paris
00:11pour traquer les furtives apparitions du célèbre photographe de guerre en plein travail.
00:17Avec cette exposition, on entre dans cette fascinante fabrique à images,
00:21celle des grands scoops du XXe siècle.
00:23L'homme qui était prêt à risquer sa vie pour décrocher la photographie,
00:27celle qui ferait le tour du monde,
00:30n'a pas fini de livrer ses mystères.
00:31Comment a-t-il fabriqué sa légende ?
00:34Comment travaillait-il ? Réponse en trois photos.
00:38Robert Capa n'est pas américain.
00:41Et il ne s'appelle pas Robert Capa.
00:43Il naît André Friedman,
00:45juif hongrois réfugié à Paris en 1933,
00:47après un séjour à Berlin.
00:49Il invente de toutes pièces ce pseudonyme en 1936
00:53avec sa compagnie et muse Gerda Taro.
00:55Une russe commerciale brillante pour attirer l'attention
00:58et vendre ses photos en les signant d'un nom
01:00qui sonne comme celui d'un grand photographe américain.
01:03Robert Capa, ça claque !
01:05Référence au cinéaste Franck Capra ?
01:08Écho au mot hongrois Capa qui signifie requin ?
01:11Peu importe, le mythe est lancé.
01:13Taro l'aide à construire le personnage.
01:15Il la forme au reportage.
01:16Ensemble, il couvre la guerre d'Espagne qui les fait connaître.
01:20Elle y perdra la vie en 1937, écrasée par un char.
01:28Au-delà du pseudo, Robert Capa, c'est aussi un style de vie.
01:32Séducteur, flambeur, grand amateur de whisky,
01:34de parties de poker ou de courses de chevaux.
01:36Il fréquente aussi des écrivains,
01:38Ernest Hemingway ou John Steinbeck,
01:40tombe amoureux d'Ingrid Berman.
01:42Voilà, vous avez le mythe,
01:44le reporter de guerre peut apparaître.
01:46Retour en arrière.
01:47Berlin, début des années 1930.
01:50Nous sommes au tout début de la carrière d'André Friedman.
01:53Le jeune exilier hongrois vit à Berlin.
01:56Le voilà embauché par l'agence de presse des faux.
01:58Comme homme à tout faire.
02:00Probablement sa meilleure école.
02:02Et puis vint ce jour de 1932.
02:04Coup de chance.
02:05Les photographes stars de l'agence sont indisponibles
02:07pour couvrir une conférence de Léon Trotsky à Copenhague.
02:11Friedman saisit l'opportunité.
02:13Muni d'un simple billet d'entrée et de son Leïka,
02:15il se place sous la tribune et immortalise le révolutionnaire de très près en contre-plongée.
02:22Ces photos, André Friedman est le seul à les avoir
02:25et porte l'empreinte de ce qui deviendra son mantra
02:28« Si ta photo n'est pas bonne, c'est que tu n'étais pas assez prêt ».
02:38Revenons en 1936.
02:40Un républicain espagnol est fauché par une balle.
02:42L'image fait le tour du monde.
02:44Des décennies plus tard, la découverte d'un second cliché crée la polémique.
02:49Cette photo, prise au même endroit, représente un autre combattant, lui aussi abattu.
02:54Alors, mise en scène ou capture d'un réel instant ?
02:58Le mystère demeure.
02:59Mais une chose est sûre, Kappa est là où personne n'ose aller.
03:03Ce chasseur d'images se distingue des autres
03:05par sa capacité à toujours se trouver au bon endroit et au bon moment.
03:096 juin 1944, sur les plages d'Omahabitch,
03:13il est le seul et unique reporter photographe
03:15à participer à la première vague du débarquement.
03:17Oui, pour devenir Robert Kappa, il faut être complètement barge.
03:21Alors que rien ne l'obligeait à être volontaire,
03:24sa peur ne sera jamais plus forte
03:26que son envie de tromper la mort
03:28ou de danser avec elle.
03:33Ces images sont un peu floues,
03:35prélevées au cœur de l'action.
03:37Au plus près des combats, il photographie à l'instinct.
03:40On est très loin des compositions sophistiquées,
03:43le fameux instant décisif,
03:44si cher à son ami Cartier-Bresson.
03:51Paris, 25 août 1944,
03:53il est le premier journaliste étranger
03:55à entrer à 9h40 et 20 secondes.
03:59Comme on peut le constater ici,
04:00des clichés tout simples, à hauteur d'homme.
04:03On l'aperçoit ici par surprise,
04:05avec ses appareils en bandoulière,
04:06pour ne rater aucune prise de vue
04:08et limiter les contraintes de rechargement des pellicules.
04:11Comment saisir le réel ?
04:13Sa marque de fabrique conjugue action, émotion et mouvement,
04:16mais sans pathos ni complaisance.
04:19En faisant passer l'humain avant le spectaculaire.
04:23Robert Capa propulse ainsi le photoreportage
04:25dans l'ère du photojournalisme.
04:27En 1947, il fonde l'agence Magnum
04:30pour protéger les droits des photographes indépendants.
04:33Pourquoi Magnum ?
04:34En latin, le mot renvoie à la grandeur,
04:36mais aussi pour le revolver
04:38et pour les grandes bouteilles de champagne
04:40qu'il affectionne.
04:41Du romanesque encore.
04:58En mai 1954, au Vietnam,
05:01il prend sa dernière photo.
05:03Quelques minutes plus tard, il saute sur une mine.
05:05Il a 41 ans.
05:07Son frère Cornel Capa écrira
05:09Pendant sa brève vie sur Terre,
05:11il a intensément aimé et vécu.
05:14Né sans argent, il mourut d'eux-mêmes,
05:15ne laissant derrière lui que le récit
05:17de son singulier voyage
05:18et un témoignage visuel
05:20qui exprime sa foi
05:21en la capacité de l'homme
05:23à supporter la souffrance
05:25et parfois à la vaincre.
05:26Voilà, c'était lui, Robert Capa,
05:28un photographe qui voulait être au plus près,
05:31au plus près de l'histoire
05:32et au plus près des hommes.
05:36Sous-titrage Société Radio-Canada
05:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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