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  • il y a 12 heures
“Romería”, de Carla Simón, le magnifique portrait d’une jeune fille en quête d’identité.
Marina, dont les parents sont morts du sida peu après sa naissance, cherche la vérité. Passé et présent se mêlent dans un récit dense et sensoriel, sous le grand vent de la Galice.
Transcription
00:00Cette semaine, avec Romeria, on fait un beau, un splendide pèlerinage familial.
00:34« Romeria » en espagnol, ça veut dire pèlerinage, c'est le troisième long-métrage de Carla Simone.
00:39C'est une cinéaste catalane qu'on avait découvert avec « Été 93 » en 2017, qui était un film
00:45extrêmement sobre et extrêmement bouleversant sur une petite orpheline de 6 ans qui devait s'acclimater durant un été à
00:54son nouveau foyer chez son oncle maternel.
00:56Son deuxième long-métrage a remporté « L'ours d'or » à Berlin en 2022, c'était « Nos
01:02soleils ».
01:02Et puis avec Romeria, elle continue dans une veine assez autobiographique puisqu'elle raconte l'histoire d'une jeune fille
01:09de 18 ans qui est orpheline, qui vit avec ses parents adoptifs.
01:13Elle veut faire des études de cinéma, cette Marina, et pour avoir une bourse, il faut qu'elle apporte un
01:18papier comme quoi elle est bien la fille de feu son père.
01:21Et donc elle va à la rencontre du clan paternel. Donc on passe de la côte est dans les films
01:27précédents à la côte ouest de l'Espagne puisqu'on va en Galice.
01:31Donc autre région, autre ambiance, même s'il y a toujours cette lumière très belle de l'Espagne, mais cette
01:36fois-ci peut-être moins solaire puisqu'on est dans le côté atlantique.
01:39Et là le film capte ça vraiment avec beaucoup de beauté.
01:42On a une cinéaste qui a vraiment démarré dans un registre assez naturaliste, très réaliste, qu'on retrouve ici, mais
01:48on passe petit à petit vers autre chose.
01:50C'est-à-dire qu'elle ouvre son cinéma vers un certain passage onirique où il s'agit de faire
01:54revivre les fantômes du passé, en l'occurrence ceux de ses parents.
01:58Et il y a une idée formidable, c'est de faire jouer sa mère et son père dans l'éclat
02:01de leur jeunesse, avant la déchéance, de les faire jouer par les mêmes acteurs que Marina et son cousin.
02:06Et donc ça, ça donne quelque chose de vraiment très très beau, avec une petite dimension fantastique qui d'un
02:10seul coup vient perturber et magnifier le réel.
02:39Le film est bâti sur deux temporalités.
02:42Il y a le présent du film qui est donc juillet 2024, quelques jours de vacances au contact de cette
02:48famille paternelle inconnue.
02:49Et puis il y a le passé sur lequel Marina fait des recherches quasiment au caméscope en main.
02:56Elle est armée du journal intime de sa mère défunte.
02:59Et elle essaie de retrouver les endroits où ont vécu ses parents et elle les imagine.
03:03Et donc le film va comme ça, de la fin des années 80, qui marque aussi vraiment une tragédie en
03:11Espagne.
03:11C'est une crise de l'héroïne, c'est-à-dire de la drogue très très prégnante qui a vraiment
03:17quasiment fauché une génération.
03:19Et puis on en arrive à effectivement la maladie qui a emporté ses parents, qui était le sida.
03:23Et donc, comme dans Été 93, par exemple, elle rejoue une scène traumatique de sa jeunesse,
03:30donc à deux âges différents et dans des circonstances différentes,
03:34sa jeune protagoniste tout à coup entend d'autres jeunes lui dire
03:40« ma mère m'a interdit de te toucher parce qu'elle est la fille de personnes mortes du sida
03:44».
03:44Et donc elle raconte aussi ce qu'a été cette époque, la culpabilité, la honte, comment c'était caché ou
03:52pas dans les familles.
03:53Et ce qui est vraiment profondément émouvant dans ce film, c'est que c'est donc l'histoire d'une
03:57jeune,
03:57d'une future cinéaste qui apprend son métier en fait, comme l'a dit Marie.
04:01Elle a toujours son caméscope en mâle, elle filme un petit peu cette ville qu'elle découvre,
04:05cette ville, ces lieux où ont vécu ses parents.
04:07Et en faisant ça, elle retrouve un petit peu un des pouvoirs du cinéma qui est de faire revivre les
04:12morts.
04:13C'est vraiment ce qui est peut-être le plus émouvant dans ce film, c'est ça,
04:16c'est cette résurrection des parents qu'elle a à peine connues grâce à la magie du cinéma.
04:20Romeria, c'est très bien.
04:23Romeria, c'est un grand bravo.
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