00:00Neuf, soyez libres Elisabeth Lévy, évidemment comme chaque matin, en alternance aussi avec Françoise Degoy.
00:06Bonjour Elisabeth.
00:07Bonjour Patrick, bonjour à tous.
00:09Alors, avec la guerre, des milliers de Français sont bloqués au Moyen-Orient.
00:14Ah bah oui, on ne risque pas de l'oublier, car en plus de toutes ces vidéos bouleversantes d'influenceurs
00:20en détresse, c'est bien quand...
00:21Bouleversant, je sens de l'ironie là.
00:23Oui, oui, vous le sentez bien.
00:24Car, et puis on ne risque pas d'oublier, parce que quand elles ne savent plus quoi dire sur la
00:28guerre qui continue et sur le régime qui tient bon, malheureusement,
00:31les chaînes info diffusent des mouvants reportages sur ces sinistrés d'un nouveau type, le touriste coincé dans une zone
00:38de conflit indigné d'être abandonné.
00:41Et quand ces touristes arrivent, parfois, certains arrivent, les micros se tendent pour recueillir le récit de leur calvaire, et
00:48je vous livre un scoop,
00:49et bien tous ont des familles, des boulots, des vies à reprendre, et tout ça le complique.
00:53Et que fait le gouvernement ? Voilà la question.
00:56Alors, il y a 300 à 400 000 Français qui vivent dans la région, mais eux se débrouillent pour l
01:01'essentiel.
01:02Ce sont surtout, donc, outre les influenceurs, les vacanciers affolés, qui ont contacté le ministère des Affaires étrangères.
01:09Il y a 36 000 inscrits sur le fil d'Ariane, la plateforme, et 7 000 appels à la cellule
01:15de crise.
01:15Alors bon, il y a eu quelques rares vols du rapatriement sanitaire, notamment, mais sinon, les agents sont là pour
01:21écouter, enregistrer,
01:22et conseiller des itinéraires pour rallier un aéroport ouvert.
01:25Patrick, ils n'ont pas de portable, tous ces touristes et ces influenceurs, qu'ils ont besoin de demander à
01:31Paris, au ministère,
01:32de leur dire comment on va de Tel Aviv au Caire.
01:35Ah bah oui, mais bon, vous êtes sans cœur, j'aimerais vous y voir, vous attendre sans savoir, avec parfois
01:41des enfants en bas âge, quoi.
01:42Oui, oui, alors peut-être, vous avez raison, peut-être que j'appellerai moi aussi pour qu'on vienne me
01:46chercher,
01:47mais voyez-vous, trop de cœur, ça empêche de penser.
01:50Alors d'accord, il est désagréable, voire effrayant d'attendre dans un hôtel ou un aéroport de pouvoir rentrer chez
01:56soi,
01:56mais tout de même, je pense aux Gazaouis, aux Libanais, aux Israéliens, des kiboutts et des frontières.
02:01La guerre, elle, n'a pas gâché leurs vacances, elle a détruit leur vie.
02:05Et on assiste, en quelque sorte, à une collision anthropologique.
02:09D'un côté, il y a le tourisme, qui ne voit dans la planète sans frontières que des sites à
02:13visiter,
02:14des peuplades exotiques à découvrir, et de plus en plus, des méga centres commerciaux à arpenter,
02:19parce que je crois que c'est l'une des attractions de Dubaï.
02:23Et de l'autre, la réalité ancestrale de la guerre, et la guerre, c'est eux ou nous.
02:27Et les vacanciers, ben voilà, ils découvrent que l'histoire, ce n'est pas un manège dont on descend à
02:32la fin du tour et quand on veut.
02:33Et que font-ils ? Ils se tournent, bien sûr, vers maman gouvernement, comme vous faisiez à 16 ans,
02:38quand vous étiez bloqué, Patrick, à l'autre bout du monde, et qu'il fallait vous envoyer des sous.
02:43Eh bien, la grandeur de l'âge adulte, c'est qu'on est responsable de soi.
02:47Alors, vous me direz, il y a le contrat social.
02:49Oui, le contrat social dit que l'État doit nous protéger, pas vivre à notre place.
02:53L'État, ce n'est pas ta mère, et ce n'est pas non plus la tour opérateur.
02:57Tout le monde peut le comprendre.
02:58Le gouvernement français ne peut pas arrêter la guerre pour évacuer ses ressortissants.
03:03Franchement, si nos ancêtres avaient été aussi démunis, dépendants, face aux aléas,
03:07eh bien, je ne suis pas sûr que l'espèce aurait survécu.
03:10Comme l'écrit l'immense Philippe Muray, l'Occident meurt en Bermuda.
03:14Merci Elisabeth Lévy.
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