00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Alexis Brézé.
00:03Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05On l'oublierait presque, nous votons dans dix jours pour les municipales alors que l'on ne parle plus que
00:09de l'Iran.
00:10Alexis, on se souvient que la dernière présidentielle, 2022, avait été totalement parasitée par le conflit ukrainien.
00:16On est quatre ans plus tard, Alexis, le phénomène peut-il se reproduire ?
00:19C'est vrai Dimitri que quand on pense à 2022, il y a de quoi s'inquiéter,
00:23parce qu'en matière de campagne étouffée et d'élection escamotée, on n'a jamais fait mieux.
00:28Cette submersion totale du débat présidentiel par la question ukrainienne
00:33a permis à Emmanuel Macron d'être réélu sans faire campagne,
00:37ni défendre le début du commencement de quelque chose qui ressemble à un programme.
00:40Bon, ça ne lui a pas vraiment porté bonheur,
00:42puisque sans projet ni nouveau contrat passé avec les Français,
00:46il s'est trouvé fort dépourvu quand la bise politique fut venue.
00:49Enfin, il a été réélu, et c'est vrai qu'on peut se poser la question,
00:52va-t-il cette fois être sauvé par l'Iran ?
00:56Vous savez ce que disait Josh Kirak à Dimitri ?
00:58La prévision est un art difficile, surtout lorsqu'il concerne l'avenir.
01:02Et bien pourtant, je vais prendre le risque d'en faire une de prévision.
01:05Non, je ne crois pas un instant que le miracle, ou le cauchemar,
01:09c'est chacun selon son point de vue, puisse se renouveler.
01:12Et pourquoi donc Alexis ?
01:13Et bien tout simplement parce que l'Iran n'est pas l'Ukraine,
01:16et parce que les municipales ne sont pas la présidentielle.
01:19Que s'est-il passé avec la crise ukrainienne en 2022 ?
01:22Un phénomène bien connu de la science politique que l'on appelle l'effet drapeau.
01:26Quand un événement extérieur intervient, qui inquiète le pays,
01:30une guerre, une crise internationale,
01:31les électeurs apeurés ont tendance à se réfugier dans les jupes
01:36de celui qui paraît comme le mieux à même de les protéger,
01:39le pouvoir, le gouvernement, le président.
01:40C'est ce qui s'est passé en 2022.
01:42Cette irruption de la guerre en Europe a fait peur légitimement aux Français,
01:46qui ont craint d'abord une extension du conflit,
01:49puis ses conséquences économiques.
01:51Et Emmanuel Macron, drapé dans ses habits de président protecteur,
01:55a habilement joué de la menace russe pour ramener les électeurs à lui.
01:59Mais rien de tel aujourd'hui.
02:01D'abord parce que l'Iran, c'est loin,
02:03et que personne ne croit que les Mollahs vont envahir notre pays.
02:06D'ailleurs, à la différence de 2022,
02:09où les partis étaient divisés, rappelez-vous,
02:11entre pro-russe et anti-Poutine,
02:13la guerre chez nous n'est pas aujourd'hui vraiment un sujet de débat politique.
02:17Et il n'y a que Jean-Luc Mélenchon pour pleurer l'ayatollah Ramenei.
02:21Le RN, par exemple, est à peu de choses près
02:24sur la ligne consensuelle d'Emmanuel Macron.
02:27Et même si la crise iranienne devait avoir des effets économiques
02:30sur l'activité ou le prix de l'énergie,
02:32on voit mal comment les électeurs pourraient en tirer des conséquences politiques
02:36à Bordeaux, à Lyon, à Nice ou à Paris.
02:39En faveur de qui ? Contre qui ?
02:41On ne parle pas d'une élection nationale,
02:43mais de 35 000 élections locales.
02:45Croyez-moi, les 15 et 22 mars,
02:48la sécurité dans les villes
02:49comptera bien davantage que celle du Moyen-Orient.
02:52Donc dans 10 jours, vous ne croyez pas, Alexis, à une vague Macron ?
02:55Non, pas du tout.
02:56Pas plus d'ailleurs que je ne croise à une vague anti-Macron,
02:59qui serait pourtant davantage dans l'ordre des choses,
03:01puisque les municipales sont traditionnellement
03:04le moment d'un vote sanction contre la majorité du moment.
03:06Seulement voilà,
03:08pour sanctionner les candidats du pouvoir,
03:10ou au contraire pour les soutenir,
03:12il faudrait que ces candidats existent.
03:14Or, et cette absence en dit long,
03:16il n'y a quasiment pas de candidats
03:18macronistes estampillés renaissance
03:20dans les grandes villes.
03:22Violette Chpilbout à Lille,
03:23qui est loin d'être favorite,
03:24Thomas Kassnav à Bordeaux,
03:26Annecy, Metz, Guerre Plus.
03:28Alors il y a les candidats à horizon,
03:29comme Christian Aestrosi,
03:30mais enfin ils sont prêts à tout
03:31pour faire oublier qu'ils ont été macronistes.
03:33Bref, l'implantation locale
03:35du parti présidentiel est à peu près nulle.
03:37Et ça, la guerre en Iran n'y changera rien.
03:40L'invincible, c'est un beau nom pour un sous-marin,
03:42mais ça fait bien longtemps
03:44que dans les profondeurs du pays,
03:45le macronisme a été coulé par le fond.
03:48L'édito politique sur Europe 1.
03:50Merci beaucoup Alexis Brézet.
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