00:00Et notre invité ce matin dans la grande interview CNews et Européens, c'est Pierre Lelouch.
00:04Bonjour à vous.
00:05Bonjour.
00:06Ancien ministre, spécialiste des questions internationales.
00:08Pierre Lelouch, les frappes se poursuivent en Iran au troisième jour de l'offensive américano-israélienne.
00:13En réponse, une attaque de drones kamikaze iraniens a touché hier la base navale d'Abou Dhabi
00:18où se trouvent des troupes et des bâtiments français sans faire de blessés, heureusement.
00:21Est-ce que nous sommes en train, la France, d'entrer dans le conflit, Pierre Lelouch ?
00:25La réponse est oui. D'abord parce qu'on a été attaqué.
00:30Et deuxièmement parce que cette base, c'est la France qui l'a voulu en 2008, sous Nicolas Sarkozy.
00:38Il faut savoir, enfin je vais raconter une anecdote.
00:42Le cher Mohamed Ben Zayed, qui est le patron des Émirats à Abou Dhabi,
00:48souhaitait depuis longtemps avoir une garantie française contre l'Iran.
00:51Donc nous avons des décors spécifiques avec les Émirats arabes.
00:53Oui, bien sûr. Et le président, à l'époque, il avait demandé à plusieurs personnes, dont moi,
00:58de transmettre ce message au président Chirac, qui n'a pas voulu ouvrir la base.
01:02La base a été ouverte par Nicolas Sarkozy en 2008.
01:05Elle se compose de trois éléments.
01:08Un régiment de cuirassiers, des rafales, soit une base aérienne,
01:11et une base navale, à côté de la base navale émiratie.
01:15Et c'est peut-être là qu'elle a été touchée.
01:16Voilà. Et dans les accords de 2008, il y a une garantie de sécurité offerte par la France à Abou
01:22Dhabi en cas d'attaque contre Abou Dhabi.
01:24Ça veut dire quoi, concrètement ?
01:25Ça veut dire que nos avions pourraient entrer en action aux côtés d'avions allemands et britanniques,
01:31puisque les dirigeants de ces trois pays ont dit hier qu'ils étaient prêts à des actions défensives proportionnées.
01:36Oui, mais aussi d'aller les chercher, si j'ai bien compris, aux points de lancement.
01:40C'est-à-dire d'avoir des frappes sur les points de lancement à l'intérieur de l'Iran.
01:44D'accord.
01:45D'après le communiqué que j'ai vu.
01:46Après, je n'ai pas tous les détails, bien sûr.
01:50Mais oui, il y a un basculement par rapport à la première déclaration d'Emmanuel Macron en disant
01:55« Je n'ai pas été prévenu, on n'est pas impliqué ».
01:57Ben si, on était largement impliqué.
01:59D'abord parce qu'on a beaucoup, beaucoup de Français dans la région.
02:02Et deuxièmement parce que nous avons des accords de défense aussi.
02:06On est bien contents de vendre des rafales, mais en échange, il y a des accords de défense.
02:09Et maintenant, on est au pied du mur.
02:10Après avoir été attaqué, il était compliqué de ne pas réagir quand on est une grande puissance nucléaire comme la
02:16France.
02:16Le Président va aujourd'hui à l'île longue parler de la dissuasion, de la couverture de nos alliés européens.
02:21C'est compliqué de rester l'arme au pied en attendant de se faire humilier davantage par le régime iranien.
02:27Pierre Lelouch, revenons sur ce qui se passe actuellement.
02:29Des explosions entendues dans toute la région.
02:32Trois soldats américains ont été tués depuis le début de cette opération avec des blessés.
02:35sans doute plus, dit Donald Trump.
02:37L'Amérique paye aussi, elle, le tribut de la guerre.
02:41Oui, mais ce n'est que le début.
02:43Ce n'est que le début.
02:45Pour l'instant, cette opération, elle a entr'ouvert la porte.
02:49Elle a cassé le cadenas qui fermait complètement l'Iran sur le monde.
02:54Mais après, il faut pousser la porte.
02:55Et le travail de pousser la porte, c'est un mélange de frappes qui va affaiblir le potentiel militaire du
03:00régime.
03:01Mais là, il y a pour un certain temps, parce qu'il reste beaucoup, beaucoup de matériel.
03:05En Iran, on parle de 2500 missiles à longue portée.
03:08Donc, portée, ça veut dire combien de kilomètres ?
03:102000 kilomètres.
03:112000 kilomètres.
03:11Largement de quoi, naturellement, atteindre toute la région.
03:14Sans compter des milliers de missiles à courte portée.
03:17Ils arrosent avec des drones, avec lesquels ils arrosent leurs voisins arabes.
03:21Avec l'idée que, en pressant sur les arabes, les arabes vont ensuite demander à Trump d'arrêter les frais.
03:28Parce qu'eux-mêmes sont en danger.
03:29Parce que ces pays-là sont extrêmement faibles.
03:32On parle de pétro-monarchie, qu'il y a 150 000 personnes, 2 millions de travailleurs immigrés.
03:37Mais tout ça, c'est des fortunes basées sur du sable.
03:40Les Iraniens le savent bien, ils les méprisent.
03:42Mais là, ils vont essayer de leur faire peur, suffisamment peur, pour qu'ils demandent l'arrêt des opérations américaines.
03:48Remenons un instant sur cette opération Epic Fury, qui, en une seule frappe, a décapité le régime iranien, islamique.
03:57C'était une opération militaire d'une précision inouïe, menée par le renseignement américain, enfin, permise par le renseignement américain.
04:03Voilà, le renseignement américain qui est très très puissant.
04:05On l'a vu au début de la guerre d'Ukraine, ils savaient exactement à quelle heure arrivaient les Russes
04:09et où.
04:10Et ça a permis à Zelensky de survivre à cette première...
04:13Là, c'est exactement la même chose. Ils avaient toutes les données.
04:16Ils savaient outre se trouver Rameney.
04:17Et les aviateurs israéliens ont fait le travail d'une façon extrêmement spectaculaire.
04:22Donc c'est une combinaison des deux choses.
04:23C'est pour ça que la guerre a commencé à 9h30 du matin et pas en pleine nuit, comme d
04:27'habitude,
04:27parce que la réunion se tenait à cette heure-là, en plein centre de Téhéran.
04:31Cela dit, la décapitation, qui est très importante, symboliquement, n'est pas la fin du régime,
04:37parce que c'est un régime extrêmement organisé, implanté.
04:41Et depuis 50 ans, ils ont eu le temps de se consolider.
04:45Il y a au moins 10-15% de la population qui vit du régime.
04:50Et puis, vous avez des structures qui sont très précises et qui garantissent la pérennité du régime.
04:57On n'est pas au bout de la décapitation.
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