00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:06Il est 7h13, la question des charges en France pour les entreprises.
00:12Dans l'actualité, il y a le travail dissimulé, le travail au noir comme l'on dit,
00:17qui coûte très cher à l'État, 7 milliards d'euros de fraude.
00:21Pour tenter d'enrayer ça, il y a un projet de loi qui va être examiné aujourd'hui à l
00:25'Assemblée Nationale,
00:26évidemment, afin de s'attaquer à ces entreprises qui profitent de ce travail au noir.
00:31Mais si elles le font, c'est aussi parce que les charges sont élevées.
00:35Évidemment, c'est pour baisser les factures.
00:36A tel point d'ailleurs que, je ne sais pas si vous l'avez vu,
00:39mais il y a une offre d'une start-up, d'une très grosse start-up en France,
00:44qui fait le buzz aux États-Unis à cause de la différence entre le salaire brut et le salaire net
00:50avec toutes les charges.
00:52Alors tiens, je vous le donne quand même, c'est parce que ça va vous faire peut-être sourire.
00:56C'est une offre qui est à 375 000 euros.
01:00C'est pas mal, hein ?
01:01En France, 375 000 euros, c'est quand même bien payé,
01:06mais ça revient à 530 000 euros pour l'employeur,
01:11et il reste dans la poche pour le salarié, après avoir tout payé, 187 000 euros.
01:17Vous voyez le différentiel ? 529 000 euros, 187 000 euros.
01:22Résultat, ça fait le buzz aux États-Unis.
01:24Nous sommes avec Marc Lagouard, chef d'entreprise, artisan maçon à Montauban,
01:30vice-président de la CAPEB Tarn-et-Garonne.
01:33Bonjour Marc Lagouard.
01:35Bonjour.
01:36Bon, on est loin, j'imagine, des offres d'emploi de ce type,
01:41qui défraient la chronique à 375 000 euros,
01:44mais ça dit quand même quelque chose de l'ensemble des charges
01:49sur le dos des entrepreneurs et des entreprises, Marc Lagouard.
01:54Oui, c'est effectivement loin de notre réalité.
01:58Dans nos entreprises, on n'a pas des salaires aussi élevés.
02:01On n'aurait déjà pas la capacité à pouvoir salarier des personnes à ce tarif-là.
02:08Mais cela étant, on le constate, et donc là, les Américains s'en rendent compte,
02:12mais nous, on est confrontés à ça tous les jours.
02:14La réalité, elle est que pour qu'un salarié puisse avoir un salaire décent,
02:19nous, on est tenus de le payer.
02:23Mais quand on fait le calcul par rapport à ce que coûte un salarié dans l'entreprise,
02:29moi, un de mes salariés hautement qualifié,
02:31il va toucher à peu près 130 000 euros nets rendus sur l'année.
02:35Ça coûte à l'entreprise 55 000 euros.
02:38Donc, c'est 55 000 euros, il faut aller les chercher.
02:40Oui, quasiment deux fois plus.
02:42Oui, c'est ça, pour un 2500 euros par mois, à peu près,
02:46vous allez débourser près de 4000, c'est ça ?
02:50Un peu plus de 4000.
02:52Un peu plus de 4000.
02:53Donc, en fait, il faudrait qu'on arrive à le vendre.
02:56Et nous, dans nos entreprises artisanales du bâtiment,
02:59la valeur de nos entreprises, c'est nos salariés.
03:02On n'est avec eux tous les jours.
03:04Notre volonté, c'est qu'ils puissent s'épanouir dans nos entreprises,
03:08qu'ils puissent avoir des projets.
03:10Mais aujourd'hui, c'est de plus en fait.
03:12Je pense que ça fait quelques années où on constate que ça devient de plus en plus compliqué
03:17pour nos salariés, pour nos entreprises,
03:20à pouvoir satisfaire cet équilibre.
03:24Le salarié ne s'y retrouve pas, nous, on ne s'y retrouve pas non plus.
03:28C'est compliqué.
03:29Oui, c'est pour ça que l'UDP et la CAPEB,
03:33notamment, vous appartenez à la CAPEB, Marc Lagouard,
03:38ils défendent une proposition assez ambitieuse
03:40qui consiste à réduire les cotisations et les contributions sociales
03:43qui pèsent sur les actifs.
03:46Alors, il ne s'agit pas de casser notre modèle de protection sociale,
03:50mais quand même d'essayer, évidemment, d'intervenir
03:53pour qu'il reste un petit peu plus d'argent dans la poche des gens qui travaillent.
03:56C'est ça, Marc Lagouard ?
03:58En fait, c'est ça.
04:00La question qui se pose aujourd'hui, c'est qu'il faudrait peut-être arriver à réfléchir
04:04comment refondre toute notre contribution au système social, à la protection sociale.
04:09Aujourd'hui, la protection sociale, elle est uniquement assise sur les revenus d'activité.
04:15Il faudrait trouver des solutions pour rendre du pouvoir d'achat aux gens qui sont en activité
04:21et aller chercher des prélèvements qu'on devrait chercher par ailleurs sur d'autres,
04:31peut-être de la TVA, peut-être augmenter et permettre aux personnes qui sont en activité
04:37de pouvoir mieux vivre de leur travail.
04:39Oui, d'autant que ce qui se développe à côté, alors qu'il existe, vous allez me dire,
04:44depuis des années et des années, c'est pas nouveau, c'est le travail au noir à côté, évidemment.
04:51Et pour vous, à partir du moment où vous respectez les règles,
04:54il y a cette concurrence qui fausse un peu justement le jeu.
04:59Et c'est une double peine pour vous, c'est-à-dire que vous payez évidemment plus cher
05:03et en même temps, vous avez cette concurrence en face.
05:08On doit tous être responsables.
05:10Et en fait, si demain, tout le monde venait à travailler avec du travail dissimulé,
05:16notre pays ne vivrait plus.
05:18Vous avez aujourd'hui une super niche fiscale et sociale qui est le régime de l'auto-entreprise.
05:24Donc l'auto-entrepreneur, on comprend très bien qu'il ait envie de faire ça
05:29pour essayer de gagner mieux sa vie.
05:32Cela étant, il va payer moins de cotisations, donc il y aura moins de rentrées sociales et fiscales.
05:38Il ne va pas non plus collecter de la TVA.
05:41Nous, nos entreprises, on collecte la TVA.
05:42Et la TVA, elle va bénéficier au fonctionnement de l'État.
05:46En fait, il faudrait que ce régime-là soit limité à deux ans.
05:51C'est ces propositions aussi qui sont faites dans le cadre d'une activité principale
05:55pour éviter d'avoir trop de distorsions et essayer de rétablir une équité au niveau de toutes les entreprises.
06:05Oui, oui, complètement.
06:06Bon, un mot du marché du travail et du marché du logement, de l'immobilier, de la construction.
06:13Pour le recrutement, Marc Lagouard, on disait que c'était difficile il n'y a pas si longtemps dans le
06:19secteur du bâtiment.
06:20Ça va ou pas ?
06:21Alors, étant donné que l'activité, depuis quelques mois même, l'activité est quand même assez ralentie.
06:30Donc, du coup, on arrive à trouver des profils plus intéressants pour pouvoir effectuer des recrutements.
06:37Mais cela étant, pour pouvoir recruter, il faut quand même avoir de l'activité derrière.
06:44Et on le voit bien avec MaPrimenov où on y va, on n'y va pas, on arrête.
06:50Ça crée une incertitude chez nos clients qui, du coup, se posent des questions.
06:55Tiens, est-ce que je lance les travaux ? Je ne lance pas les travaux.
06:58Et on a besoin d'une stabilité et de redonner confiance, en fait, à nos clients.
07:05Pour pouvoir, en fait, tout le monde a besoin d'aller développer son activité.
07:13Cette confiance, on a un sentiment qu'il n'est pas là.
07:16Oui, non mais complètement.
07:18S'il n'y a pas de confiance, on ne se lance pas dans les travaux.
07:22Vous avez raison, et bien sûr, c'est tout le système qui est grippé, en quelque sorte.
07:26Merci Marc Lagouard, chef d'entreprise Artisan Maçon, du côté de Montauban et vice-président d'ACAPEB Tarn-et-Garonne,
07:33d'avoir répondu à nos questions ce matin en direct sur Sud Radio.
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